PREUVE LXVIII
(1515, mail ('). — Lettre de Marguerite d'Autriche à Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême, concernant René, bâtard de Savoie.
{Minute de la main de Gattinara, Arch. Nord, B 18943, n° 36831).
Madame ma bonne seur, j'ay receu les lettres que m'avez escriptes par mon cousin monseigneur de Vendosme et aultres ambassadeurs de monseigneur le roy et entendu ce qu'ilz m'ont dict de vostre part pour l’entretenement de l’amityé et alliance dernierement faicte, auxquelz ay respondu comme par eulx entendrez et ne tiendra a moy que toutes chosses ne viegnent a bon chemin et seray toutjour encline a tout bien et a fere de mon pouvoir tout service au roy vostre Glz, avec lequel me tiens avoir ung lyen davantage que je n’avoye avec ses predecesseurs.
Aussy, madame ma seur, ay receu par le seigneur de Jenlys (?) aultres voz lettres escriptes a Mellun le XX VIII d'avril par lesquelles, en faisant responce a celles que vous avoye pieça escriptes par mon presidant de Dole, m'escrivez estre bien aise de ce que icelluy presidant vous ha dict de ma part du bon vouloir et affection que j'avoye a vous et de la confidence a vous choisir mon advocate pour l'adresse de mes afferes envers le roy vostre filz et que n'avez meindre volunté envers moy et vouldriez autant porter mes afferes que les vostres propres et que y avez faict ce que desireries estre faict pour vous mesme en cas semblable, vous rapportant en ce sur mondict presidant, et par les mesmes lettres m'escripvez avoir souvent solicité monseigneur de Savoye, mon bon frere, de rendre et restituer a vostre frere le bastard la joyssance de sa conté de Villars et aultres pieces desquelles, sans cognoissance de
(:) Pour la date la lettre de Louise de Savoie du 28 avril [1515], publiée dans LE GLary, Négociat. t. 11, p. 83.
(2) Le s' de Genlis, chargé à diverses reprises par Louis XII et François I°' de négociations auprès de l'archiduchesse.
cause, il ha esté spolié, et qu'il c’est toutjour excuser ne le pouvoir fere pour ce que lesdictes pieces estoient en mes mains, combien qu'il dict m'avoir offert et offrir encoures de me bailler bonne recompence, et pour ce que desiréz pour aulcunnes bonnes causes ladicte conté et pieces estre rendu audict bastard sans toutcsfoys que je y aie aulcung dommage, vous me priez que sur toutz les plaisirs que je vous vouldroie jamais fere, en me baillant ladicte recompense souffisante d’aultres pieces voysines a quoy tiendrez main, je veuile estre contente mo despartir de ladicte conté de Villars et aultres pieces appertenantes audict bastard afin qu'elles luy soient rendues et que en ce vous feray tres grand plaisir, car avez ceste matiere fort a cueur pour les causes que dictes avoir declairer a mondict president pour les me dire, comme plus a plein vosdictes lettres le contiegnent.
Madame ma seur, quant au premier poinct de vosdictes lettres, combien que mondict presidant a mon arrivée devers moy ne m’apportast aulcunes lettres de vous pour ce que ledict bastard, a cuy l'avyez remys pour de luy prendre voz lettres, luy fist dire que les ambassadeurs du roy les apporteroient, neantmeins me rapporte icelluy presidant de bouche toutes les bonnes parolles que luy avyëés dictes et ordonner me dire de la bonne voulonté qu'aviez a moy et a l’adresse de mes afferes et que le roy feroit mieulx veoir mon cas pour m'envoyer par ses ambassadeurs toutes bonnes despeches et que non seulement en ce qu’estoit de justice mays en ce que seroit de grace vous tiendriés la main que le roy me feroit tout ce que seroit possible sur ce que je demandoie. Et sur cestuy espoir, j’ay toutjour actendu la venue desdicts ambassadeurs, esperant qu’ilz m'apporteroient toutes despeches raisonables aultres que celles que mondict president avoit apportées, lesquelles par toutz gens clercz auxquelz les ay faict veoir tant du Conseil de monseigneur mon nepveur que aultres ont esté jugées toutes exorbitantes de raison ct de justice et leur semble que le roy n'eust sceu justement refuser a la meindre personne de son royaulme ce que je luy demandoye par mes requestes. Mays j'ay esté frustrée de mon espoir et n’ay treuvé les effectz tielz que je pensoye, car lesdicts ambassadeurs ont dict n'avoir aulcune charge d’aulcunes despeches sur mesdictes requestes, et pourroit sembler que le roy ne m'extime pas tielle que luy sceusse fere aulcun service ou que quelcun luy auroit faict aulcung sinistre rapport par lequel l'hon me tient tielz termes, combien que je luy eusse voulontiers faict tout service a moy possible et peult estre que je luy pourroie fere plus grand service que ne vaillent les pieces dont est question. Toutesfoys, pour me mectre toutjour en plus grand debvoir, j'ay faict dresser nouvelles requestes que j'envoye pour presenter au roy, en espoir que sur icelles me fera despecher provisions convenables de justice celon que ses ambassadeurs en ont porter la parolle, en quoy vostre plaisir sera tenir la main et, ce faisant, pouray dire que serez bonne advocate et garderez que le traictier d’amityé et alliance ne sera pas comancer a enfraindre a l'encontre de moy et de ce qui me touche.
Au regard du conté de Villars et aultres pieces que je tiens pour mon douhaire en vertu du traictié que j'ay avec monseigneur de Savoye, mon bon frere, pour ce que par vosdictes lettres n’entendez que j'en aye aulcung dommage dont vous mercie. Je treuve tant par le Conseil de l'Empereur, mon seigneur et pere, que par le Conseil de monseigneur mon nepveur et aussy par les gens de mon Privé Conseil, que je ne pourroye rendre lesdictes pieces et prendre recompence sans prejudicier a mon traictier et mettre mon cas en danger, que ne se pourroit fere sans mon grand dommage, et mesmes que, combien mondict traictier ait esté si solempnelement faict et auctorizer par l'Empereur, mon seigneur et pere, l’hon ne laisse de m'y fere journelement tout plein de nouveletéz et troubles au contraire, ce que l’hon feroit
eucoures plus si, de mon consentement et sans l’auctorité de mondict seigneur et pere, estoit une foys derroguer ou innover a mondict traictié, ce que je n’entendz fere sans le sceu, consentement et ordonance dudict seigneur Empereur, mon pere, celon le vouloir duquel entendz me regler en toutes chosses. Et pour ce que ledict bastard ne peult en ce avoir aulcun dommage et que je ne tiens lesdictes pieces si nOn à ma vie et pour mon douhaire, et apres mon trespas elles pourront demeurer audict bastard et a ses successeurs, et ce pendant pourrés tenir main que la recompence que monseigneur de Savoye me vouldroit baïller soit baillée a icelluy bastard, laquelle recompense estant meilleure celon que l'hon m'escript, pourra ledict bastard y avoir plustost du prouffit que du dommage. Ce consideré, vous prie, Madame ma sœur, vous vouloir contenter de le prendre de bonne part, car je ne le pourroie aultrement fere sans mon grand dommage et interest. Et a tant etc.
[En dessous, toujours de la main de Gatlinara/: Lettres au roy celon la substance du premier article de ceste lettre et y adjouster que, sur les requestes que, de sa part, luy seront derechief presentées, son plaisir soit luy fere despecher bonnes provisions de justice en ensuyvant la forme du traictié d’amityé.