‹ Marguerite d'Autriche, duchesse de SavoieChapitre 91 sur 125 · PREUVE LXXVII · texte numérisé non relu

PREUVE LXXVII

[1517], 1% août, Brou. — Lettre de Raimond Cartier de Cesana à Marguerite d'Autriche sur les violences exercées contre les religieux de Brou par le seigneur de Montellier.

{Original. Arch. Nord, B 19184, n° 44578].

Jhesus.

Nostre tres redoubtée dame et mere tres benigne, Dieu vous doint bonne vie et longue. Je ne vous sauroie mander des nouvelles du Montellier (!) sinon telles que aujourd'huy j'ay eues qui sont maulvaises. Il me desplaist bien de vous contrister, mais je ne sçay à qui recourir si non a vous qui estes nostre refuge afin qu'il soit vostre bon plaisir de nous y donner remede. Deux religieux de vostre couvent, assavoir le procureur, qui est prebstre, et son compaignon sont aujourd'huy arrivés a Brou venans dudit Montillier ou je les avoie envoiés pour les affaires du couvent. Et m'a recité ledit procureur, qui est religieux et presbtre, que samedi dernier passé, feste S. Jacques, ung des seigneurs dudit Montillier le menassa qu'il le batroit ou feroit batre. Et lendemain le dimanche, estant ledict religieux oudit Montillier avec ung commissaire qui la estoit alé pour fere une enqueste pour vostredit couvent contre lesdicts seigneurs de Montillier, sur le proces que vostre couvent a contre iceulx seigneurs du Montellier pour faire partir les estangs, survint ung serviteur desdits seigneurs de Montillier lequel, d’une espée traicte qu'il portoit, le frappa du plat de son espée sur les espaules, toutesfois, la grace Nostre Seigneur, il n’y eust point de sang. À cause de quoy ledict procureur et sondict compaignon et aussi les autres religieux de vostre couvent craygnent d'aller audit Montillier, doubtans que l'on ne leur donne du taillant ou de la poincte, et moy encoures ay plus grande peur, par quoy je suis bien empesché car je ne sçay comme faire ne comme lever la rente dudit Montillier, car riere lesdits seigneurs de Montillier nous ne trouvons homme qui nous vueille loger, et d’ailleurs nous ne trouvons a qui accenser sinon a mespris. Par quoy, pour l'amour de Dieu, nous vous supplions et requerons qu’il soit vostre bon plaisir de nous y faire faire justice, nous recommandant tres humblement et tous vos petitz orateurs a vostre benigne grace, en priant Nostre Seigneur qu'il vous doint le comble de voz bons desirs. Escript en vostre couvent de Brou, le premier jour d’aoust, par vostre humble orateur des Augustins le moindre,

Frere REYMOND CARTIER de CESANE.

(t) Montelier (Le), Ain, art Trévoux, c° de Meximieux.

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