‹ Marguerite d'Autriche, duchesse de SavoieChapitre 95 sur 125 · PREUVE LXXXI · texte numérisé non relu

PREUVE LXXXI

[1518], 7 juillet, Bourg. — Lettre de Noël Puget à Marguerite d'Autriche au sujet de sa destitution.

fAutographe. Arch. Nord, B 19000, n° 38848).

Ma tres redoubtée dame.

Picça vous ay maintesfois supplié qui vous pleust me fere donner le double de ce qu'avoit esté fait et pourchassé contre de moy par vos commis deputéz sus voz officiers de vostre cité de Bourg, et neantmoings n'en ay jamais riens peu avoir, ains demeure tousjours chargé et sans cela ne me sçaureis purger. |

Madame, il est verité que je sçay et entendz que de voz offices vous les pouvéz donner, oster a qui qu’il vous plait. Mais, a cause que ma suspencion de mon office

a esté faicte a cause et au rappourt de voz commis, pour mon honneur et que je sçay non vous avoir jamais fait chouse pourquoy l'on me deust suspendre, j'ay esté contraing en appeler a mon superieur tant pour ce que je veulx dire que les causes ne sont pas souffisantes et qu'ilz vous ont rappourté contre verilé, aussi qu'ilz m'ont degnyer me donner le (les mots en italique sont soulignés dans le texte avec un index les désignant placé en marge) double des informacions comme la raison le veult, toutesfois j'ay demeuré tousjours jusques icy et differé de poursuir mon appellacion, esperant que en me faisant justice me feriéz donner le double du tout, car je ne veulx aucunement fuyr vostre congnoissance aut (lire ou) de quelque commis qu'il vous plaira, ains garder vostre auctorité de mon pouvoir, pourveu que j'aye le double de ce qu'a esté fait contre moy pour me pouvoir purger ou d’estre pugny selon que j'auray merité.

Madame, j'ay entendu que, au pourchas de mes malveillans, l’on vous a donné a entendre que mon appellacion se devoit faire par devant vostre Conseil a Bourg. Madame, d'appeller de vous et de voz commis a voz serviteurs, sy je l’eusse fait, y vous eust donner a entendre que je ne vous eusse point fait d'honneur. Aussi par le droit l’on ne peult appeler du superieur a l’inferieur, est verité, et ay appellé pour ceste cause au superieur. Toutesfois, Madame, s'il vous plait que je poursuyve mon appellacion par devant vostre Conseil a Bourg, j'en seray tres content, pourveu qui vous plaise y commectre gens non subspectz, car messires Bergier, Ron Badel et Vyonnet sont mes ennemys et me playdeent eu Avignion sus une monicion apostolique que j'ay faite, et sont de ceulx que je pretendz qui m'ont chargé a tort et sans cause envers Vostre Haulte Seignorie ou fait charge par interposites personnes pour les raisons cy apres declairées, et en cela je ne pense riens avoir fait au prejudice de vostre auctorité.

Madame, j'ay entendu aussi qu'ilz vous ont fait informer que la monicion apostolique que j'ay fait adnuncer que c’est contre vostre auctorité et voz commis qui ont procedé contre de moy, qui est chouse manifestement contre verité, et s’en sont fait dix mille en voz pays et de Bourgogne et de Bresse de la sorte de la myenne que jamais a personne l’on n'y contredit, car, Madame, ma monicion est en forme de malfacteurs commune contre tous ceulz qu'il m'ont chargé envers Vostre Seigneurie faulsemement et contre verité, mesmement de tous les articles desquelx l'on m'a fait respondre es mains de voz commis et qui contre verité et faulsement ont depousé contre moy, car de tant qui ly en a, n’en y{a] pas ung vray et si fusse vray, je ne les heusse pas mis en ma monicion car je me excommunieroye moy mesmes, comme, s’il vostre plaisir est, verréz par le double de ma monicion que je vous envoye.

Madame, a ladicte monicion se sont opposéz ledict mestre Bergier, Badel, Vyonnet et certain autre et se sentans culpables de ladicte monicion, m'ont fait citer en Avignion, qui est contre vostre auctorité, et ont donné ung libel et articles contre moy vuillans empescher le cour de ma monicion comme verréz, s’il vous plait, par le lonp libel que je vous envoye, aussi qui est evidentement a veoir, puys que je ne fais ma monicion que contre ceulx qui contre verité m'ont chargé et qui vuillent empescher le cours d’icelle qui sont coulpables du cas et veulx dire, Madame, qu'ilz font contre vostre auctorité, car il se devoit declairer par devant voz juges, et sur les declaracions la poursuyte eust esté faicte par devant vostre lieutenant et Conseil, comme ont fait d’aultres. Mais ilz ne s’ilz vuillent declairer, ains me vuillent travailler a voz despens soub umbre de lours menleries a faulx donner a entendre, aussi, Madame, que j'ay les declarans en mes mains contre eulx que j'ay esperance que s’il vous plait me laisser poursuyr mon affaire, que le poste se descouvrera et qu'il viendra a vostre grant proffit et que vous congnoistrez ceulx qui vous ont loyalment

servye, aussi que ma monicion n’est point au prejudice de vostre auctorité, quelque chouse que l’on vous ait donné a entendre, et vous asseure, Madame, que vous verréz encores en ces affaires le jeuz de Saincte Susanne, s’il vous plait me leisser poursuir.

Madame, lesdicts messire Bergicr, Badel, Vyonnet m'ont fait prier trois ou quatre fois vouloir laisser ceste monicion, ce que n'ay voulsuz faire pour mon honneur, a cause de quoy, par interposites personnes, ilz vous ont fait entendre contre verité que Jadicte monicion est contre vostre auctorité pour me contraindre a la laisser et me poursuyvre a vos despens en Avignion que ne debvéz souffrir, el au moyen des parens qu'ilz ont aupres de vous qui ont credit envers Vostre Seigneurie el tout ceulx que vostre Conseil qu'ilz ont gaignéz pour les intelligences qu'ilz ont ensamble journellement, sont apres a me brasser quelque chouse pour me mectre tousjours en vostre malle grace pour tousjours parvenir a leurs fins.

Madame, si vostre plaisir est de faire veoir tant mon appellacion que ma monicion a gens non subspectz aux despens de qui appartiendra, si j’ay riens fait contre vostre auctorité, je rendray ma personne, quant bien je me debvroys faire pourter en une lictiere, la out y vous plaira, pour en estre pugny selon que j'aurais a merite.

Madame, combien que je sçay que vous estes la plus triumphante et gracieuse dame du monde et pleine de bonté et que jamais rigueur ne fut en vous, neantmoings pour ce que le Bon Badel, vostre maistre de Chambre des comptes a Bourg, me veult mal de mort a cause d’une myenne maison que j'ay ediffiée aupres de luy, mieulx pour vous, Madame, et les gens de bien que pour moy. Si d'avanture venyéz a Bourg ct que pour la manyance qu'il a de voz affaires et monseigneur le gouverneur et parens aupres de vous qui ont credit, aussi qu'il a gaigné et bandé aucun de vostre Conseil de par dela a ly pour les intelligences qu'il a, je me doubte, Madame, qu'il ne cesse luy et ses consors brasser quelque chouse pour me mectre en vostre malle grace, qu'ilz ne vous facent donner a entendre quelque chouse contre moy pour pervenir a leurs fins, dont vous supplie, ma tres redoubtée dame, tres humblement que a ses rappours que l'on vous pourroit faire de moy vous plaise ne les vouloir croyre que n'en soyéz informée premierement par gens non suspectz, car j'ameroye mieulx mourir que d’avoir fait ny dit chouse contre vostre auctorité et n’avéz subgect qui la voulsit mieux pourter ny garder de ma possibilité. Ledict Badel et sa suyte a tant fait que la pluspart de vostre Conseil sont contre moy et ne cuyde avoir pour moy, Madame, que vous. Je vous supplie tres humblement vouloir estre pour moy avec la raison et non aultrement, ce de quoy je m'’asseure.

À Bourg ce VII de juillet.

Vostre tres humble et tres obeyssant subgectz et serviteur, Signé : Noë PUuGET.

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