PREUVE LXXXIV
[1520 ?], 21 avril, Bourg. — Lettre de Thomas Bergier et Bon Badel à Marguerite d'Autriche sur leur mission en Faucigny.
{Original. Arch. Nord, B 18947, n° 36915).
Madame, ensuyvant ce qu'il vous a pleu nous mander et commectre, nous sumes transpourtés en vostre pays de Foucigny et avons presenté a Monseigneur, qui estoit et est a Geneve, voz lettres, lesquelles et celles de commission avoir veuez, a trouvé bien bonne vostre provision et nous a promis bailler lettres patentes de assistence et offert gens se besoing en avions, aussy toutes faveurs et aides necces-
(t) Sur l'attribution de date, cf. Mand! du 10 avril 1518 n.st. B. 2278, fol. 15.
saires, nous commandant bien exequuter nostre charge, et que a nostre retour deussions repasser par luy pour le advertir de ce que aurions fait. Et nous baiïlla aultre commission de sa part, ensemble lettres missives a monseigneur le bailly dudict Foucigay, pour faire tout ce que luy seroit ordonné par nous. Et nous dit aussy qu'il avoit tousjours eu tout bon rapport de mons. le juge dudict Foucigny et qu’il estoit bien diligent a la charge de son office et que par luy entendrions sur quoy devrions proceder.
Madame, au despartir de Monseigneur, avons fait la meilleur diligence que nous a esté possible d'entendre les abuz, exces et delictz faitz audict pays. Et avons trouvé que ledict monseigneur le juge avoit fait prandre l'ung des plus mal famés dudict pays, lequel pour plus grant sehurté avoit esté mené a Annessy, la ou estoit ledict juge, pour le faire respondre. Et estre adverty par noz lettres de nostre arrivée, il ne demoura gueres a nous venir trouver et avoir conferé ensemble de ce qu’avions trouvé et qu’il avoit entendu despuis qu'il estoit venu audict office, le trouvames si fort deliberé et diligent a faire bonne justice que plus on ne pourroit, et toutes les gens de bien du pays bien consolés d'avoir ung tel officier.
Madame, les gens creignoient fort dire ce qu'ilz savoient contre ledict prisonnier, doubtans sa delivrance et que apres il ne leur pourtast dommage pour ce qu'il avoit des amis qui pourchassoient sa grace, de quoy nous advertimes Monseigneur, luy suppliant qu'il luy pleust commander ledict prisonnier retourner audict Foucigny, ce que incontinant il fit faire. Et tant cestuy affaire comme d'ung aultre prisonnier destenu a La Bonneville pour quelque murtre fait riere les Allemans dont il est inculpé, et pareïllement de tout ce qu'a esté delinqué par cy devant audict pays dont justice n’a esté faicte, et de tout ce que pourra survenir, nous avons recommandé audict monscigneur le juge de vostre part pour en faire bonne et briefve justice, a quoy nous esperons il fera bon devoir.
Madame, nous avons aussy trouvé, tant au rapport dudict juge que autres gens de bien, que la justice n’estoit point bien obeie, a cause principalment que quant quelcung y a commis quelque peine ou y a esté condempné, telles peines n'ont jamais esté recouvrées par quoy nous y avons, aussy par l’advis dudict juge, constitué ung clavaire qui recouvrera lesdictes peines.
Madame, pareillement avons trouvé que vostre procureur fiscal audict pays a esté asses negligent a poursuyvre les proces criminaulx et voz droiz la ou il estoit tenu, dont vous avés pourté du dommage ; et veant que plus en pourriés avoir si n’y donnions ordre, l'avons demis et en avons mis ung aultre en son lieu qui a la renommée estre diligent et fort homme de bien et qui nous a affermé s’y pourter de telle sorte que voz droiz et les aultres fiscaulx ne demourent en arriere par faulte de bonne poursuyte, esperant, Madame, que vous aurés regart a son bon service.
Madame, nous avons aussy trouvé qu'il seroit bien neccessaire qu'il eust ung bon chastellein au lieu de Salanche qui fust pour mectre la main a tous les delinquans sans pourter nully, et qui ne fust point du lieu, car c'est la ou il s’est fait plus de bruit. Et combien que le chastellein qui y est a present soit homme de bien, toutesfoiz, Madame, il est eagé et foullé et n’est pas bien pour courir apres les malfacteurs, aussy il est allié avec d'aucungs gentilshommes du lieu. Et n’y avons point mis d’aultre pour ce que jusques icy n'avons trouvé aucung souffisant ad ce, et aussy il y a esté pourveu icy d’ung aultre de noveau par vertu de voz lettres missives.
Madame, nous avons sejourné aux principaulx lieuz dudict pays de Faucigny tousjours deux jours, et par avant fait publier nostre venue et s’il y avoit personne qui se voulsist pleindre tant des officiers que d’aultres, il se deusse trouver et comparoistre par devant nous pour leur faire bonne justice, et a ceulx qui sont
venus plaintifz, avons fait par appoinctement et aultrement le mieulx qu’avons peu, le surplus avons recommandé a mondict seigneur le juge, lequel a prins la charge et d'y pourveoir de si bonne sorte que justice sera gardée. Et partout, tant aux officiers que aux sindiques, avons fait les remonstrances de vostre part ainsy qu’avons congneu cstre preparé et neccessaire.
Madame, a nostre retour, nous avons de tout ce qu'avons fait et trouvé adverty Monseigneur, de quoy il s’est bien contanté, el a confermé ledict clavaire pour ce que c’est office noveau. Et nous a commandé le advertir la ou il sera de besoing qu'il donne quelque provision pour vous et voz affaires, et fait toutes bonnes offertes, et tant a l'allée que au retour nous a ouy incontinant et depesché.
Madame, parcillement messcigneurs de Balleyson et de Lucinge se sont offertz a vous faire tous les services a eulx possibles et tres volenticrs se sont emploiés a solliciter comme nous la depesche des provisions necessaires a ladicte commission.
Madame, incontinant estre arrivés preallablement a La Bonneville et apres a Cluse et dey la a Salanche et succecquemmant a Bona, avons fait venir tous les chastelleins et curiaulx de tout lediet pays lesqueulx avons fait jurer bien estroictement nous reveller toutes informacions des delitz faitz et perpetrés audict pays, et avoir veu et entendu tout ce qu'ils nous ont revellé par leurs dicts seremans et le demené des proces, n’y avons peu proceder aultrement que dessus, car les ungz avoient absenté ledict pays, d'aultres avoient esté pugnis et les aultres estoient es mains de vostredict juge et peu d’aultres avoient eu grace de Monseigneur et a bonne cause, car, comme avons veu par les exploitz, ce qu'ilz ont fait a esté leurs corps deffendant. Toutesfoy, il en y à ung nommé de Castro qui obteint sa grace de Monseigneur, donnant a entendre qu'il avoit fait le cas de son corps deffendant, et Monscigneur nous dit qu'il n'entend point l'avoir donnée s'il n’avoit supplié la verité. Et au surplus, Madame, avous trouvé voz subgectz dudict pays qui devant nous sont apparuz bien obeissans et pleins de toute bonne volenté tant envers vous que envers Monseigneur.
Madame, pour non vous actedier, ne vous escripvons en particulier tout ce qu'avons fait, mais quant vostre bon plaisir seroit le vouloir avoir, vous envoierons les memoires de tout. Escript a Bourg le XXI jour d'avril.
Vos tres humbles et tres obeissans subgects et serviteurs, THOMAS BERGIER et BON BADEL.