‹ Marguerite de Lorraine, duchesse d'AlençonChapitre 17 sur 29 · CHAPITRE ▼ M · texte numérisé non relu

CHAPITRE ▼ M

ijoant à Marguerite, elle rapporta dans sa retraite un désir plus ^if de rendre irrévocables sa séparation du abonde et son renoncement aux grandeurs. Au gré de sa ferveur, il lui restait encore trop de distractions , trop de fortune et d'indépendance; elle aspirait à se dépouiller, à se renoncer et h obéir.

Déjà , depuis quelque temps , elle avait fait

connaître le projet d'entrer en religion. On

lui avait objecté Textréme faiblesse de sa

santé ; elle avait semblé céder devant cette

grave difficulté , mais elle a'avait qu'ajourné

Texécution de son dessein; sa vocation lui

apparaissant plus forte et plus irrésistible,

elle ne tarda, pas à prendre une résolutioa

décisive.

Les ordres religieux sont l'henoeur "et la

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gloire de TEglise. Qu^ils se Touent à Pédocation de la jeunesse , au soin des pauvtes , des malades, des infirmes, des irieillards, pu qu'ils défrichent la terre et fassent progresser l'agriculture; qu'ils enseignent aux peuples le respect de tous les droits , la pra- , tique de tous les devoirs y ou qu'ils apaisent la justice divine par leurs prières et leurs austérités 9 il y a dans leur puissante organisation le principe des plus sublimes vertus et le germe des œuvres les plus favorables à la prospérité des nations. Tels sont les mystérieux attraits qui entraînent les esprits généreux et les âmes d'élite à embrasser leurs règles et à se soumettre à leurs constitutions. Parmi ' les communautés florissantes au XV* siècle, Marguerite donna la préférence

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aux Glarisses , ou Pauifres Dames de Sainte^ Claire j qui suivaient la règle yisibl^me&t béoie de Saini-François d'Assise.

D'abord appliquée aux hommes , en i 209 ,

cette rè^le comptait , à la fin du xiii* siècle , 150,000 frères : les femmes, de leur côté, placées bientôt sous la direction^ plus tard sous le patronage de sainte Claire , s'efforçaient de marcher sur les traces de leur foodàteur. Les statuts primitifs leur imposaient une abstinence et un jeûne perpétuels ; un renoncement absolu à toute propriété même commune, l'office des morts ajouté à l'office canonial, le travail et le silence. Il iaterdisait l'emploi du linge et celui des chaussures.

De telles austérités , abordables dans les

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cUmate chauds j avaient paru excéder la mesure des forces ordinaires dans les pays froids ou plus tempérés., Aussi , en 1264, Urbain IV ayait-il autorisé plusieurs modifications , en faveur d'une maison de religieuses dites CTrbanistes , fondée ^ au monastère de I^ngchamp près de Paris , par la bienheureuse Isabelle , sœur du roi saint Louis. La règle , ainsi mitigée , était encore restée inaccessible aux tempéraments peu robustes. En 1447, un bref du pape Eugène IV décida quelques nouveaux adoucissements. Ce bref fut légèrement modifié en 1517 par Léon X, pour la maison que devait fonder et habiter la duchesse d'Alençon. Les bases fondamentales de la constitution primitive y sont respectées; les vœux de chasteté , d'obéissance , de paa-

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^reié et de clôture sont maintenas ; ouiis il

e^t permis d^user de chaussures , de {Tosséder

en commua y de faire deux repas, et de

.^ maoge'r de la viande une fois par jour^ mais

seulement quand il n'y a ni abstinence ni

jeûne prescrit par l'Egliâe ou par la bulle

pontificale. Car il faut , dit la règle y que

les sœurs prennent garde , par pitié pour

leurs corps f d'être cruelles pour leurs âmes.

Avant d'entrer en communauté y la ^postulante est obligée de disposer de tous ses biens ; elle ne doit rien posséder en propre ; si les rentes du monastère sont insuffisantes , elle, peut lui apporter une dot dont le revenu annuel ne dépasse pas trente livres.

Le costume consiste en un habit gris de cendre d'étoffe grossière, un voile noir, et

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une corde pour ceinture* On garde ce Yétement la nuit comme le jour. Les malades seules peuvent s^ servir de linge » d'ordUers et de matelas de laine.

On se lève à minuit pour Toraison et les matines, à six heures pour prime, tierce et la messe. La journée se partage entre le travail et Içs offices : le silence y est presque perpétuel.

Voilà la vie que la sainte duchesse ambitionnait; mais elle eut encore à subir plus d'un délai avant d'obtenir Taccomplissement de ses vcsux. Sa première pensée avait été d'établir la nouvelle communauté à Alençon ; déjà cette capitale du duché possédait une maison de Clarisses; on lui opposa dailleurs l'insalubrité de la ville, le voinnage

GlUPITM Y lOS

des tanneries , la fréquence des maladies contagieuses , le danger de compromettre la santé de ses religieoses. Les Pères cordeliers, supérieurs de Tordre , unirent leurs représentations à celles de la famille , et Marguerite renonça au choix de cette résidence.

Quand sa détermination fut connue , la fille s'en émut ; . elle chaîna une députation de faire une dernière tentative et de supplier la duchesse de ne pas frustrer Âlençon d'une faveur dont on comprenait tout le prix. Marguerite accueillit gracieusement les députés , leur témoigna combien elle aimait les habitants; mais elle ajouta que ceux qui entrent en religion doivent , pour t amour de Dieu I renoncer même aux choses qui leur sont les plus douces et les plus agréables.

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Argentan ne souleva pas les mêmes difficultés; Pair y était sain, la santé publique n'y excitait aucune alarme ; on était d^aii-

leurs bien aise de reconnaître rattachement

des bourgeois , toujours si sûr et si prompt à

Sd manifester ; on savait avec quel bonheur

ils verraient l'établissement se fonder parmi

eux : le choix de cette ville fut défîûilivement

adopté. '

Cette question résolue , Marguerite se hâta

de chercher Remplacement convenable. Elle

,avait désiré les bâtiments de Fhôpital; plu-*

sieurs obstacles l'empêchèrent de s'y établir.

Elle adopta un terrain situé dans l'un des

faubourgs y 'en décida l'acquisitioil ^ fit dresser

les plans et ordonna la construction diss

bâtiments.

CHàPITRB t lê7

, C'était le R. P, Glapion , provincial des Cordeliers , qui devait recevoir les vœux de la princesse. Avant de se mçntrer favorable à la pensée de Marguerite , il voulut éprouver sa vocation par une démarche personnelle/.

Il vint au château d'Essai, insista beaucoup

sur les austérités de la règle , sur les sérieuses

appréhensions qu'une santé si chère et Â

délabrée inspirait à tout le monde ; il invita

la future novice à comparer son passé ^ son

présent lui-même à l'avenir si différent au*

quel elle aspirait , et la pria de se prémunir

contre les illusions généreuses d'une piété

peut-être téméraire. Rien ne réussit à ébranler

sa volonté; elle insista , supplia, et obtint

enfi^ le concours du sage supérieur.

< Avant d'entrer en religion, elle voulut

iù% HARGUnUTB 01 UttftAUB

faire , une dernière foie y le wyage de Piaris , prendre congé do roi , le remercier de sa bonnes grâces et lui en demander la continuation en faveur de ses enfants. François I*' raccueillit avec une affectneose déférence, admira^ son courage et reçut ses adieux avec une émotion partagée par les seigneurs et par les dames de la cour.

De retour à Argentan y elle ne songea plus qu'à se préparer à son noviciat. Les bfltîments du monastère n'étaient pas encore très -avancés; mais comme il lui tardait d'accomplir son sacrifice , elle appela dans son château des religieuses du tiers-ordre, afin de suivre leurs exercices et de se consacrer publiquement au service de Dieu.

La prise d'habit eut lieu au mois d'août

CBAPITRB y 109

1519, en présence de Mgr de Silly, érêcpe de SéeZy des prince^ , de là' noblesse et d'une foule recueillie. Les sanglots se mêlèrent aux larmes, quand on tA la sainte duchesse, naguère encore revêtue du costume et des attributs de la souYeraineté , reparaître avec la bure et la corde de Saint- François ! Cette imposante cérémonie fut nn pas solennel dans la carrière de la ^ie religieuse ; mais elle ne rompit pas encore tout rapport avec le monde extérieur. La règle du tiers-ordre n'excluait ni les relations de famille ni le soin des a£Eaires tfflnporelles. Cette situation mixte se prolongea plus d'une anïiée.

Au mois d'août 1S20, Marguerite prit possession du monastère. Le P. Glapion l'y

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introduisit avec ses filles , la Teille de la fête de sainte Claire; et à partir de ce jour y OD y. observa les statuts de Tordre ^ modifiés par Léon X. Ils répondaient aaz.

besoins religieux de l'époque;. à la fin du XVII* siècle, on comptait encore plus de soixante maisons fondées en France et rangées sous son obéissance.

La belle chapelle du monastère fut dotée de riches ornements. La princesse lui donna , entre autres reliques , le chef de saint Boniface ^ f vénéré de nos jours dans relise Saint-Germain d'Argentan. Le jour de la dédicace du sanctuaire , douze religieuse»

t Ce saint avait été un roi idolAtre. Sa flUe, convertie la pre- ■ière , avait eu le bonheur d'amener son père à la coouai»» noce de la vérité. Saint Boniface raccompagna sur les bords da Bhitt, et reçut avec elle, avec sainte Ursule et un g^aud nombr» d'antres vierges, la couronne du martyre.

CHAPITEB T m

du tiers-ordre furent admises à la profession de la règle ; Margaerite ne prononça ses ^œux qu'après les autres sœurs y parce

qu^elle voulait être y de droite disait-ell«»

la dernière du couvent.

Le 9 octobre de la même année y elle

rédigea son testament y fonda plusieurs messes

et services pour Tâme de son mari y la sienne , celles de ses parents et amis y et recommanda ses diverses œuvres y sa maison

d'Argentan y ses établissements religieux de la Flèche, d'Âlençon, de Cbâteati-Gontier, de Mortagne^ priant son (ils^ sa belle-fille et leurs successeurs d'en être à jamais les protecteurs et les soutiens.

Le 10, elle fit à ses enfants les plus tendres adieux , les entretint de nouveau de

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ses servitears, déjà pourvus de places, de pensions ou de généreuses indemnités , et

remit son testament à son fils en lui disant :

« Mon ami y vous savez cdmme y depuis votre plus tendre enfance , je vous ai élevé avec le plus grand soin ; comme j^ai en-

tretenu votre état et acquitté votre maison de grandes dettes que feu votre père avait laissées, sans rien diminuer de votre bien.

Croyez bien que ça n'a pas été sans grande peine, labeur et sollicitude. Or, je vois i présent TopportiHiité de mettre à exécution le dessein que j'ai, longtemps y a, de dédier ce qui me reste de jours au service de mon Dieu. Maintenant, s'il lui plaît me prévenir de mort, je vous prie, vous mon fils et madame la duchesse, ma très-

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