CHAPITRE y
les notables s^unirent à ce cortège impro^ "visé par la reconnaissance. L'humilité de Marguerite s'étpnnait de tout cet empressement; elle ne comprenait pas qû*on fit tant (Thonneur à une personne si ingrate des bienfaits de Dieu.
 son entrée dans la communauté , les religieuses se jettent à ses pieds en fondant en larmes : émue de leur accueil, elle domine ses sentiments et ne piense «qu^à les consoler. « Je Tois bien que vous m'aimez y
leur dit-elle, et que, me croyant encore utile à Totre communauté , vous ne pouvez vous résoudre à me perdre. Aussi , je ferai tout ce qu'il faudra pour me guérir , afin de vous continuer mon assistance. Mais enfin, si Dieu veut disposer de meii jours , ne cher-
124 ' MÀRGUBIIITB DB LORRAIN!
chez pas à tous y opposer. Nous ne sommes religieuses que pour nous soumettre plus Yolontiers à ses ordres ; et s'il m'appelle à lui\ je veux me préparer , afin qu'il ne tronve rien en moi qui lui déplaise. »>
Cet appel du Seigneur ne se fit pas attendre ; le redoublement de la fièvre , l'épuisement des forces , la disparition du sommeil en furent les signes précurseurs. La malade souffrait beaucoup , et cependant elle ne lai»'sait apercevoir en ses paroles et manières qu^un entier contentement et conformité au divin vouloir. Souvent on l'entendait dire à Toix basse : « mon Dieu , que votre Tolonté soit faite I Mon Jésus et mon Sauveur , que je vous suive au Calvaire, et que j|y meure avec vous I »
CHAPITRB ▼ *1S5
Le 1"" novembre 1521 , elle se confessa et communia; sa piété toujours si ardente semblait avoir encore acquis un surcroit de ferveur : elle voulut assister au sermon et an» vêpres ; mais elle tomba dans une. telle faiblesse^ qu'on fut obligé de remporter
pendant l'office , et de la remettre sur son lit.
Le 2 , elle reçut les derniers sacrements , demanda pardon de ses infractions à la règle , de ses fautes, de ses mauvais exemples , et recueillit des forces presque entièrement perdues 9 pour dire à ses religieuses assemblées : « Mes filles , soyez obéissantes , si vous voulez vous rendre agréables à Dieu , car c'est à lui que s'adresse la soumission dont vous vous acquittez envers vos supérieiïts.
126 KARGUERITB DIT LORRAINK
Soyez pauvres de cœur aussi bien qu'en effet ; ne souhaitez que Dieu en ce monde , puisque la seule espérance de sa possession en l'autre vous peut combler do bdnheur. Vous voyez , par mon exemple'^ que les grandeurs de la ^naissance et de la fortune ne font que
passer, et qu'elles n'ont à la fin d'autres limites 'que celles du tombeau où leurs possesseurs sont ensevelis. N'ayez de désirs et d'affection que pour votre céleste Epoux , si vous voulez porter le doux bruit de vos soupirs jusques. à ses oreilles; une offrande impure profane l'autel où elle est présentée.
Mais surtout , mes tilles , soyez humbles y car il n'y a de véritable paix en ce monde et d'heureux avenir en l'autre que par la pratique de l'humilité. »
CHÀPITRI Y 127
, Un^peu plus tard, voyant la désolation des sœiirs , elle dit encore : .«k mon doux Père céleste, je vous recommande mes pauvres filles, vos épouses; soyez-en le protecteur et le directeur , comme vous en avez été le Créateur et le Sauveur. Et vous , mes chères filles, consolez-vous en la bonté de Dieu.
Pourquoi vous tant attrister de mon départ?
Ne faut-il pas que nous nous résoudions à
tout ce qu'il plaît au bon Dieu de faire de
'nous 7... • Prenez confiance, et comptez bien
que je ne vous oublierai pas quand je
serai en la gloire de mon Seigneur, i»
Toute cette journée, elle attendit avec
confiance l'instant solennel où nous passons
du temps à Téternité : à neuf heures du
soir , elle rendit doucement son âme à Dieu.
128 MARGUERITE DE LORRflNE
EUo n'avait pas encore atteint sa cinquantehuitième année.
Ses reste» mortels furent embaumés , exposés pendant tleux semaines, et entourés d'un concours immense de fidèles. La yénération et le malheur semblaient se donner rendez-vous autour de son cercueil. pour priBr, remercier et demander encore de nouveUtf grâces.
Le 19 novembre, jour des funérailles, Téglise du monastère ne put contenir la foule des assistants. Pour faire le deuil de la princesse, on avait habillé cinquantehuit pauvres femmes en souvenir de ses cinquante-huit années; elles étaient vêtues de gris, portaient un voile sur la tête et un cierge à la maiû. Après les cérémonies