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toiil, moins le scandale, el peisiiadé (|iie loutc? la vertu humaine est dans le secret; et tout prêt peut-être à lancer les furieux anatlièmcs d'une conscience irréprochable sur l'un et l'autre de ces vices, si l'intérêt d'une autre passion l'exigeait le lendemain. ïsaurc ne crut pas au sentiment de blâme (pii murnuirait dans le cœur de son mari, et elle continua avec une douceur su])pliante :
— Me comprenez-vous, Pierre ! comprenez- \ ous que le respect du monde ne peut me venir (ju'après le vôtre? 11 faut (pie vous ayez pour moi assez d'égards pour qu'on se dise que je dois les mériter. Vous êtes un homme déjà renommé, on vous regarde, on s'occupe de vous, on ne demande pas mieux que de vous croire; eh bien ! protégez-moi de votre amour, de vos égards, de votre bonne conduite envers moi ; votre abandon, Pierre, c'est ma condamnation délinitive !
La tournure qu'avait prise cette explication si violemment commencée eût dû satisfaire Chambel ; mais il ne vit dans tout ce que lui avait dit Isaure que l'impuissance où elle était de prouver son accusation, et une habileté merveilleuse à remplacer par un appel à son amour l'accomplissement promis de ses mena-
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ces. Cependant Clianibel élait un de ces hommes qui, dans les discussions comme dans les affaires de la vie, se mettait à son insu au diapason de ceux avec qui il était. Plus em- Lanassé qu'ému de ce que venait de lui dire Isaure, il lui répondit cependant du ton calme auquel elle s'était laissée aller :
— Croyez-moi, Isaure, ni mon respect ni mes égards ne vous manqueront jamais, tant (pie vous-même vous vous respecleiez comme vous le devez.
Isaure se tut, quoique la leçon qui terminait la phrase lui parût de (rop.
— Vous ne me répondez pas? reprit Chambel, qui dans tout cela ne pciisait pas avoir obtenu la moindre satisfaction.
— J'espère que vous m'avez comprise, lui dit doucement sa femme. Ce triste retour que j'ai fait sur mou passé m'a mieux servi que les réflexions les plus sérieuses. Oui, ajoutât-elle en levant les yeux au ciel, il avait raison. Fausse ou vraie, l'exaltation de mon âme m'égare ; je le sens. Eh bien ! puisqu'elle est apaisée, quittons un sujet sur lequel il est mieux de s'entendre sans'en parler. Vous m'avez promis ce que j'appelle vos égards et votre protection : j'y comjjle ; vous pouvez compter sur moi.
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Si (lliaiiihcl av;(it, eu h; moiiidn' iiisliiicl de J'oi'gaiiisalioii d'iiiio reiniiie passioiinco et jalouse, il eût compris (|u a la liàtc (|iie nionlrait Isaiire de fuir cet enlrelien , elle sentait luuruiurer eu elle ce resscutiujeiit (jui avait d'al)ord éclaté d'une façon si uKMiaçante, <;t (|ui ensuite s'était détourné de son cours |)onr aller se |)erdrc dans de tristes souvenirs ; il eût clos cette discussion. Mais il se croyait encore un avantage, et il voulut en proliter.
— Ainsi, dit-il, plus de ces scènes où le ridicule serait pour moi, si je les acceptais ?
— Non, Pierre, lui dit Isaure avec une soite de douceur forcée ; non, je vous le jure.
— Plus de ces emportements (pie rien ne justifie?
— Non, reprit encore Isaure, plus d'emportements, je vous le [)romets.
Cette phrase fut j)rononcéc avec un commencement d'impatience manifeste, et Isaure quitta sa place et alla vers la porte pour la rouvrir.
Chambel la regarda faire sans bouger. Isaure sentit la force de sa patience défaillir; elle le regarda; il était posé dans un fauteuil comme lin triomphateur, et son visage avait un pédantisme de mari obéi qui parut odieux à Isaure ; mais elle avait juré de se contenir, et dit à
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Chainbol <rtinc voix où il y avait des larmes sincères :
— Tenez, Pierre, je suis bien souffranio; j'ai fait sur moi-même un effort bien puissant, je suis brisée : je vous demande un peu de repos.
— Qu'à cela ne tienne , dit Chambel en se levant d'un air suffisant ; mais vous ne souffrij-iez pas ces douleurs, si vous vouliez être raisonnable.
■ — Sans doute, fit Isaure avec une voix qui flottait entre la douleur et la colère ; mais je souffre... je souffre beaucoup;... vous voyez bien que je souffre...
Cliand)el prit un bougeoir d'un air sec et froid, et il allait se retirer, pendant qu'lsaiirc le suivait des yeux avec une impatience frémissante ; puis il lui dit :
— Puisque vous désirez être seule, je vous laisse...
— C'est vrai ; je le désire, j'en ai besoin... Isaure était agitée, et Chaudiel cpii le voyait
se complaisait à montrer son impertui'bable victoire. Onze heures sonnaient à la pendule, et il dit à Isaure :
— Il est encore de bonne heure.
— Eh bien ! lui dit Isauresans aitcune in-
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Irnlioii iii;iIvcillaiil(Mnaiss(MiI(Mii('nt poiirliAtcr son (l(''|);ul, vous poiivoz oncorc rfîloiiiiior chez iiiadaiiic (le Morency.
Ce nom réveilla les crainles de Cliambd, el. rectardanl sa femme d'un air menaçant il lui repart if :
— Poiirqnoi me diles-vons cela?...
— Mon Dieu ! pour rien, fil Isaiire avec une impatience mal réprimée ; aile/ chez madame de Morency ou rentrez chez vous... Je désire, j'ai ])esoin d'être seule.
Comme elle disait ces paroles en se contraignant encore de tout son pouvoir, mais assez pour que Chambel se montrât surpris de cette précipitation à l'exclure, un coup de sonnette, modeste, discret, timide, se fit entendre.
— Qui peut venir à cette heure ? dit Chambel.
— Je ne sais, dit Isaure, charmée d'une interruption quelle qu'elle fût.
Une fcnnne de chambre entra et remit à madame Chambel un petit billet avec ces mots :
— Madame, on attend la réponse.
Sur un signe de Cluunbel la femme de chambre se retira et Isaure ouvrit le billet sous le regard de son mari qui l'observait d'un air de
tyran. Isaure ne put s'empêcher de tressaillir en lisant ce billet et de le froisser avec impatience.
— Qu'y a-l-il? lui dit Chambel.
— Rien, dit Isaure, dont l'agitation s'était irritée de ce nouvel incident. Aussitôt elle sonna et dit à la femme de chambre :
— Dites à la personne qui a apporté ce billet que je suis malade et couchée, que je ne sais où j'ai mis ce qu'on me demande... Non, dites plutôt que je dors et que vous n'avez pas voulu m'éveiller...
— Mais, madame, répondit la femme de chambre, j'ai dit à 31. Jules que je vous avais remis son billet.
— M. .Iules ! s'écria Chambel d'un ton à faire frissonner les âmes.
— Eh bien ! reprit madame Chambel d'un ton hautain et décidé, dites à M. Jules que je lui renverrai demain ce qu'il me demande.
La femme de chambre sortit une seconde fois et madame Chambel se jeta sur son fauteuil comme quelqu'un qui se désespère de ne pouvoir échapper à une sorte de destinée implacable.
— Ah ! fit Chambel en posant majestueusement son bougeoir sur la cheminée, M. Jules vous écrit!
— Vous voyez.
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21S MAIUilKniTK.
— Fa il me paraît bien pressé d'avoir la réponse qu'il demande.
— H en a peut-élre le droit.
— Isaure ! lit M. Chambel en remontant sur ses grands chevaux, tout ceci devient un jeu par trop extravagant...
— Non, monsieur, non, ce n'est pas un jeu extravagant ; je suis désolée que cette lettre soit arrivée ; mais, je vous en supplie , n'y voyez rien qui doive vous occuper.
— Il est certain, dit Chambel d'un ton caustique, que si vous la froissez longtemps avec cette colère, je n'y verrai rien.
Isaure se leva encore avec un de ces vifs et soudains mouvements qui représentaient, pour ainsi dire, aux yeux les rapides résolutions de son esprit, et elle dit à Chambel :
— Pierre, j'ai fait une faute, je la reconnais, je vous en demande pardon ; mais, croyez-moi, ne cherchez pas à savoir ce que veut dire ce billet , et demain il ne sera plus question de tout ceci, demain je vous aurai fait un sacrifice bien grand dans ma position.
— Le sacrifice de la correspondance de M. Jules! dit M. Chambel en ricanant.
— Pierre!... Pierre!... lui dit Isaure d'un ton suppliant.
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— Voulez-vous m'en montrer cet échantillon, pour que je connaisse l'étendue de ce sacrilice?...
Isaure le considéra comme si elle n'eût pas compris qu'un homme pût marcher si obstinément à une lutte dont il ne connaissait pas le terrain. A ce moment Chambel ne pensait plus à lui ou plutôt il avait oublié quels reproches on pouvait lui faire parce qu'on ne savait pas ses torts. Cette impudence de l'impunité révolte les esprits les plus calmes, et Isaure n'était pas un esprit de cette trempe ; elle tendit le billet à Chambel en lui disant :
— Lisez dono!...
Chambel le prit et le déploya lentement... Ce billet était écrit au crayon et à moitié effacé... Cependant il déchiffra, après quelques instants, ces mots : « Madame, M. l'abbé Fortin est chez ma tante ; veuillez être assez bonne pour me remettre la lettre que je vous ai confiée. »
Chambel ne comprit rien : le style du billet était des plus convenables si l'heure était indue... Chambel fronça le sourcil et dit à Isaïu'e :
— Et quelle est celle letlre que M. Jules vous a confiée?
'i'-lO MAluaERITE.
— Une lettre adressée à l'abbé Fortin.
— Et comment se troiive-t-clle dans vos mains?
— Parce que je l'ai demandée à M. Jules...
— Et dans quel but?
— Pour avoir la preuve de votre trahison.
— Isaure ! s'écria Chambel.
— Pierre , je vous réponds comme vous m'interrogez ; mais, par grâce, par pitié pour moi et pour vous, ne m'en demandez pas davantage.
— Vraiment, et cette preuve vous l'avez trouvée?
— Oui, dit Isaure d'un ton bas et décidé.
— Vous osez le dire!..., s'écria Chambel.
— J'ose vous dire , fit Isaure, que j'ai trouvé la preuve que vous étiez l'amant de madame de Morency.
— Calomnie ! reprit Chambel qui chancela un moment sur ses pieds...
— Vérité ! dit Isaure... J'ai trouvé ce que je ne cherchais pas ; mais enfin je l'ai trouvé ; cette preuve je l'ai contre vous, je l'ai contre elle... me comprenez-vous enfin?
La position devenait difficile ; Chambel, revenu de son premier étourdissement, se demandait jusqu'à quel point Isaure était sûre
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de ce qu'elle disait. N'était-ce pas seulement un soupçon , un soupçon qu'elle affirmait comme une certitude, avec la même intrépidité qu'elle avait mise à accuser Marguerite. S'il en était ainsi, avouer était une faute capitale, et, pour y échapper, il se retira dans cette autorité de mari avec laquelle il avait d'abord espéré triompher.
— Isaure, lui dit-il d'une voix menaçante, vous allez me remettre cette lettre !
— Elle ne m'appartient pas, repartit Isaure; c'est un dépôt sacré.
— Dépôt que vous avez violé quand cela vous a convenu, et que vous trouvez sacré pour moi, n'est-ce pas? Assez de phrases qui ne disent rien, je veux avoir cette lettre.
— Pierre, vous me connaissez, vous savez que nulle menace au monde ne peut m'épouvanter; je vous dis que vous n'aurez pas cette lettre.
— Eh bien, reprit Chambel, si je vous connais, vous ne me connaissez pas ; j'aurai cette lettre, vous dis-je, ou bien...
— Ou bien ? répéta Isaure.
Chambel s'éloigna en serrant convulsivement ses mains, puis il revint vers sa femme, et lui répéta avec moins d'éclat, mais peut-être plus de colère.
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— Isaiire, celle lettre !
— J'ai fail une faute grave en m'en emparant ; j'en ferais une plus grave encore en vous la remettant, monsieur ; et croyez-moi, ce n'est pas de mon intérêt qu'il s'agit, c'est de l'intérêt d'une pauvre et bien innocente jeune fille dont les secrets ne m'ap|)artJennent pas ; je ne veux pas, je ne dois pas vous remettre cette lettre.
Chambcl parut réfléchir, et Isaure continua :
— Ce que je vous ai raconté, Pierre, doit vous prouver que je ne sais pas et que je ne veux pas mentir; aussi loyalement que j'ai dit ma faute à l'honnête homme que j'ai trahi pour vous, je vous dis aujourd'hui : Vous, et vous seul peut-être, ne devez pas lire cette lettre.
L'accent dont madame Chambel avait parlé à son mari arrêta celui-ci.
— Je sais, reprit-il, qu'on n'obtient rien de vous, ni par la menace, ni par la prière, et que vous avez l'art de donner à vos actions les apparences qui vous conviennent. Je ne suis pas homme à vous arracher cette lettre par la violence ; mais je vous préviens que demain j'aurai pris un parti sérieux sur tout ceci, et que demain il ne sera plus temps de jouer la comédie avec moi .
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— Comme il vous plaira, lui dit Isaure ; demain aussi j'aurai décidé ce que je dois faire de celte lettre.
Cliambel se retira, et Isaure se renferma une fois encore chez elle, prit la lettre de Marguerite et s'assit à son bureau pour en faire une copie.