‹ Mari d'altesseChapitre 16 sur 28 · INSTALLATION A FLORENCE · texte numérisé non relu

INSTALLATION A FLORENCE

Je pris prétexte de notre heureux voyage pour dire à Louise :

— Me voilà reparti, il faut préparer d'autres concerts. Je ne peux pas travailler à l'hôtel. Tu ne peux pas y recevoir. Installons-nous modestement, mais installons-nous.

— Laisse-moi faire, répondit ma femme ; travaille, compose, prépare de grandes œuvres, de belles auditions, tu vas me voir à l'œuvre.

— Oui, mais je t'en prie, pas de folies, soyons sages.

Quinze jours après nous étions installés dans un appartement privé, au n" 6 via Ferdinando Bartolommei, à Florence, et Louise avait monté la maison à sa tête : femme de chambre, valet de chambre, cuisinière aide, chauffeur, auto,

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rien ne manquait. Mais alors mes parents s'émurent. Où allions-nous et était-ce là celte vie modeste qui devait convenir à un artiste et à sa femme, désireux de se concilier l'estime publique? Enfin qu'achetait Louise et qui la conseillait? Elle se laissait flouer par les marchands de fausses antiquités et faisait entrer chez nous des choses invraisemblables. 11 y eut, entre autres singularités, huit sièges de salon qui venaient, paraît il, de Laurent de Médicis et dont cinq, au bout de quinze jours, n'étaient plus que des débris. Autre malheur : tout était rouge. Nous avions prêté à Louise des connaissances en matière d'ameublement et des goûts artistiques qu'elle n'avait certainement pas. L'influence toscane n'avait aucunement corrigé l'origine allemande de ma femme. J'ai rarement rencontré quelqu'un d'aussi dépourvu du sens de la couleur et de l'harmonie. Il y a vraiment quelque chose de barbare au fond des âmes teutones.

Et que dire de Louise, maîtresse de maison? Ma mère osa s'informer des détails domestiques.

— Surveillez-vous l'office et la cuisine? dcmanda-t-elle à sa belle -fille.

— Certes, maman chérie, rien ne m'échappe. Je lisais alors dans les yeux de ma mère

qu'elle avait relevé quelque énormilé. Du geste, je la suppliais de se taire ou je trouvais quelque moyen de changer de conversation. J'avais un argument sans réplique.

— Dans l'état où est Louise, il ne faut pas la contrarier.

Sa grossesse, en effet, se poursuivait et, Dieu merci ! très heureusement. J'aurais voulu lui éviter toute émotion.

Je ne pus lui épargner celle qu'elle eut de la mort de son père, le Grand Duc de Toscane. C'est moi qui, un matin, appris par les journaux que le Grand Duc venait d'expirer. La famille de ma femme n'avait pas appelé Louise au chevet du mourant ni songé à l'informer d'une perte aussi cruelle. Que faire î Mes réflexions n'étaient pas sans amertume. Je prévins Louise de la triste nouvelle, après l'y avoir préparée. Elle témoigna le plus vif courroux du dédain des siens. Elle télégraphia sur le champ à Salzsbourg, au Palais du Grand Duc. On ne lui répondit pas. Ma femme s'en prenait surtout à l'avocat Mattaroli qui, assurément, avait dû être averti. Son devoir le plus strict, sans parler

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du sentiment naturel à un homme de cœur, aurait dû le pousser à prévenir Louise de Toscane du malheur qui la frappait, pour lui éviter d'en être brutalement informée par les journaux. Aussi, quand l'honorable Léonida vint présenter ses condoléances, elle ne voulut pas le recevoir.

Je m'employais à la calmer, à la distraire de ce chagrin en l'intéressant à ma vie artistique qui reprenait son cours. J'avais un concerta donner à Gênes, un autre à Bergame et je venais de recevoir de Varsovie une proposition des plus flatteuses. Je m'absentai pour aller à Gênes. Le concert de Bergame fut remis par suite d'une désorganisation d'orchestre. Durant mon absence, Louise m'écrivit chaque jour. Nous eûmes une correspondance d'époux aimants et fidèles. Je n'eu fus que plus péniblement surpris, quand je rentrai, en trouvant la maison dans un désarroi complet et mes parents de plus en plus consternés. Mais encore une fois, à cause de la grossesse de ma femme, je les suppliai de ne rien dire.

Tout alla ainsi cahin-caha jusqu'en mars, époejue de mon départ pour Varsovie où la Société Philarmonique me reçut et voulut bien

fêter en moi l'exécutant aussi passionné que respectueux de l'œuvre de l'immortel Chopin. Il m'était doux de l'interpréter comme je le sens, sur la noble terre de Pologne, pays qui le vit naître.

Je revins, ravi de ce voyage qui fut excellent sous tous les rapports et plus désireux que jamais de poursuivre ma carrière artistique si bien recommencée,

Louise était alors toute au trousseau du bébé qui allait naître. 11 n'était plus question de la petite Princesse Monica ni de ses autres enfants. Pauvre charmante fillette ! J'étais seul peut être à y penser souvent. Pourtant sa mère, au jour de l'an, lui avait envoyé un porte-aiguilles en or avec un dé sur lequel, elle avait fait graver « Von Memili » — « de la part de Maman. » Hélas 1 quinze jours après, le porte-aiguilles et le dé revinrent viaFerdinando Bartolommei avec une lettre de la gouvernante qui avait emmené l'enfant en Saxe. Cette lettre expliquait que S. M. le Roi ne pouvait laisser accepter quoi que ce soit par la Princesse Monica. Louise ne se î.nt pas pour battue. A Pâques, elle fit expédier à sa fille un œuf en sucre rempli de bonbons. L'œuf revint comme le porte-aiguilles, mais

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cette fois, pas de lettre. Ce jour là aussi la maison fut sans joie...

Je calmais Louise, je citais à tout moment notre proverbe italien qui dit que le temps est galant homme et sait tout arranger. Je m'attachais à dire:

— Pourquoi tant de colère? Tu refais ta vie, nous sommes à peine mariés, attends, laisse passer des mois et des mois ; donne l'impression que tu es véritablement aujourd'hui la femme fidèle et rangée d'un artiste qui, lui aussi, continue paisiblement sa carrière et tu désarmeras tout le monde, même la Cour de Saxe. Mais déjà Louise ne m'écoutait plus.

Elle accoucha le 7 mai 1908. Elle avait décidé d'elle-même que si son enfant était une fille, on l'appellerait Yolande; si c'était un garçon, on l'appellerait Charles, Emmanuel Philibert, en souvenir du Duc de Savoie, héros de la bataille de Saint-Quentin.

L'accouchement se fit le 7 mai 1908, normalement. Ma femme entra dans les douleurs à six heures du matin et fit appeler immédiatement ma mère qui ne la quitta plus. Le médecin arriva un peu plus tard. La garde infirmière était déjà là depuis plusieurs jours.

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J'ai éprouvé qu'un père souffre aussi en cette. pénible circonstance. Quelque chose se convulsait en moi. Les préparatifs du Docteur, ses fers étalés, ma femme tirée de sa couche et portée sur un lit de camp, les cris qu'elle poussait, tout cela me serrait le cœur. Je sortais, je rentrais, je ne pouvais être bon à rien, et Louise, dans ses douleurs, compatissait à mon trouble. Elle fut très tendre pour ma mère et pour moi. A onze heures, Buby vint au monde et son apparition offrit quelque difficulté. Il était inanimé tout d'abord. Le Docteur dut taper dessus fortement pour rétablir en lui la circulation du sang.

Qu'il était laid alors, mon cher Buby, devenu aujourd'hui un si gentil petit garçon. Il avait d'abord des yeux bleus ; ils sont devenus noirs. Aussitôt qu'on l'eut sorti du bain et enveloppé dans ses langes, on le mit dans mes bras et je le présentai à sa mère. Elle ne voulut pas l'embrasser. Elle était abattue, elle souffrait encore. On posa Buby dans son berceau. Il y fut très tranquille.

Louise n'eut pas de fièvre et le lait vint en temps voulu, abondant et excellent. Elle nourrit Buby pendant quatre mois et demi, au bout

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desquels elle déclara qu'elle n'avait plus de lait, et nous dûmes recourir aux nourritures artificielles.

C'était la première fois que Louise nourrissait ; le métier de nourrice l'avait d'abord tentée. Elle parlait des devoirs de la maternité avec éloquence. Son lait, c'était son sang, et elle voulait que son fils n'eut pas dans les veines, comme ses autres enfants, un sang étranger. Cette belle ardeur était simplement l'engouement de la nouveauté et quand elle comprit les sacrifices que cette charge imposait, elle se lassa et y renonça.

Louise supporta étonnamment les suites de l'accouchement. Trois jours après, elle se levait, et au bout d'une semaine, elle sortait... Tout allait bien à ce moment. Devant Buby, ma mère oubliait ses appréhensions et ses craintes. La naissance de ce petit être avait mis la maison en joie. Il nous semblait qu'il effaçait tout le passé et qu'il nous apportait une certitude de bonheur. Louise passait son temps à remercier ma mère qui avait assisté le Docteur accoucheur; elle témoignait pour elle d'autant d'égards que de tendresse. On allait voir le tout petit dans son berceau. On épiait ses faits et gestes. Peu à peu

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sa figure s'arrangeait. Au premier jour, sa bouche élait ouverte jusqu'aux oreilles. Chaque fois qu'il prenait le sein, nous faisions cercle pour le voir se gorger de lait et l'on félicitait Louise d'être une parfaite nourrice.

Le ciel de notre quiétude s'obscurcit à propos de la question du baptême. Ma mère, très pieuse, disait :

— Il faut baptiser Buby.

— Assurément, répondait Louise, nous le biptiserons, mais rien ne presse.

Elle trouvait toujours un prétexte pour remettre la cérémonie.

Mon père, qui est aussi un homme de traditions, prit ombrage de ces ajournements :

— Je tiens à ce que mon petit-fils soit baptisé, déclara-t-il,ettout de suite. Je ferai le nécessaire.

Alors, quand nous fûmes seuls, Louise me déclara :

— Je veux qu'il soit baptisé comme ses frères et sœurs. Je n'admettrai pas que mon fils aille à l'église comme les enfants du peuple. On a baptisé mes autres enfants à la Cour, on baptisera Buby à la maison.

Mon père voulut bien se charger des démarches.

J'aurais préféré pour mon fils un baptême comme pour les autres enfants. Nous sommes tous égaux devant la naissance et devant la mort. Mais on se lasse de toujours discuter et contredire, on veut avoir la paix. J'avais donc acquiescé à ce baptême à effet. Louise n'eut plus d'autre souci que d'orner notre salon de la via Ferdinando Bartolommei pour la circonstance. Ce serait la chapelle princière où les prêtres officieraient.

Le baptême eut lieu le 13 juin 1908 par une journée radieuse, Louise avait une robe en dentelle, un corsage décolleté et, des fleurs blanches dans les cheveux. Trois prêtres célébrèrent le baptême de Buby qui criait comme un possédé. Ma femme ne m'avait pas caché qu'elle n'ajoutait aucune espèce d'importance à cette cérémonie, mais elle ne voulait pas « heurter les sentiments religieux de la Cour de Dresde. » Elle fat très gracieuse pour le prêtre officiant, Don Piero Rigacci. Elle demanda seulement que Buby fut présenté couché sur un grand plat d'argent, recouvert d'une dentelle qu'elle évaluait à mille marks et qui avait servi, ainsi que le plat, disait-elle, au baptême des enfants de Saxe.

Mon père et ma mère étaient parrain et mar-

raine. Ils ne ménagèrent pas, on le pense, ni les bonbons ni les présents qu'ils devaient a leur filleul et à la maman, et quand Louise se mit à table au dîner de baptême, elle trouva sous sa serviette, une montre ancienne, en or, avec la clef montée en camée, et portant la date de ce jour mémorable. C'était mon présent personnel, bijou de famille, qu'un an plus tard elle s'avisa, d'une manière que je ne veux pas qualifier, de ne plus vouloir porter. Elle me l'a rendu sans explication aucune, car, paraît-il, une Princesse de sang royal n'en donne pas...

Ma mère avait offert à Buby une chaîne qu'elle avait fait choisir à Louise, et une médaille en or, véritable biiou artistique et d'esprit religieux. Jamais Louise n'en a paré l'enfant et ce précieuL ornement disparut sans que nous sûmes comment.

Si n'était la tristesse qu'il y a à mentionner de tels détails, je pourrais montrer que le chapitre des bijoux est un triste chapitre de cette histoire et très significatif; mais je préfère me taire autant que je le pourrai sur les trafics étranges, les gaspillages et les vilenies que tous ces menus bibelots, auxquels on attache tant d'importance, ont causé dans notre ménage,

VILLEGIATURE A VISEEBK

Buby était faible. Les médecins conseillaient un changement d'air et beaucoup de tranquillité. Le Docteur qui avait accouché ma femme, préconisa la station de Viserbe, sur l'Adriatique, à quelques kilomètres de Rimini, cité d'art et de poésie. Louise pria ma mère de s'y rendre avec moi et de choisir un « villino » isolé et en pleine campagne. Elle souhaitait de jouir d'une grande liberté.

Je fus heureux du conseil du Docteur et du désir de ma femm®, car j'ai passé, avec mes parents, à Rimini, à la villa des Vergers, château vraiment princier, d'inoubliables séjours. Nous étions alors les hôtes de Mme des Vergers, née Firmin-Didot. Son fils le Chevalier Gaston Noël des Vergers est un gentilhomme dans toute

l'acception du terme. Sa sœur, la Marquise Hélène Toulongeon, une femme charmante et d'une amabilité exquise. Tous aimaient la musique. Je me suis trouvé là dans un milieu indulgent, cordial, encourageant. J'y ai travaillé avec bonheur. Il faut à l'inspiration des cadres favorables. Hélas ! ce temps heureux est loin. J'avais alors, devant mes yeux ravis, le mirage d'un bel avenir. Une société choisie et artistique fréquentait les salons de la villa des Vergers. Entourés d'une élite sociale, les artistes y recevaient l'accueil le plus flatteur. Que de bonne musique on faisait ! C'est là que Leoncavollo nous fît entendre sa Bohême, Panzacchi, ses poésies. Hélas ! la mort est venue enlever aux malheureux de la région leur ange tutélaire et au Chevalier des Vergers, à la Marquise de Toulongeon et à ses enfants, la meilleure des mères, la plus tendre des aïeules.

Nous partîmes pour Rimini et nous reçûmes le plus aimable accueil au château de Saint-Laurent. Grâce aux indications de M. des Vergers, nous trouvâmes à Viserbe une villa paisible, telle que la rêvait Louise. Je rapportai le plan et la photographie. Elle lui plût; je la louai pour trois mois.

Voilà donc ma femme et mon enfant en route pour Viserbe et partis pour un nouveau domicile. Je dus rester à Florence, retenu par une de mes compositions : L'Automne, un chant qu'éditait Puccio, de Milan. Ce travail me retint trois jours. Lorsque j'arrivai à Viserbe, je trouvai Louise déjà fatiguée d'être seule avec ses gens et son fils. Elle manifesta le désir d'inviter son amie, MIIe Zimmer, cette faiseuse de romans, qui vivait à Florence et s'entendait si bien à donner de « l'Altesse Royale » à ma femme, à tout bout de champ.

Je n'ai pas beaucoup de sympathie pour les personnes qui se dépensent en hyperboles et en compliments et qui, en outre, s'occupent constamment des affaires des autres. Elles ont ordinairement beaucoup trop d'imagination, inventent ce qu'elles ignorent et cultivent les potins.

Sans mettre l'honorable bas bleu dans cette catégorie, j'aimais autant que ma femme et mon fils connussent unepaix complète. Je recommandais à ma femme d'éviter tout ce qui pourrait nuire a la paix de notre ménage. Mais je dus revenir à Florence une semaine. Je devais faire l'accompagnement de L'A utomne pour orchestre. J'écrivais à Louise. Ma première lettre, affec-

tueuse comme toujours, contenait quelques avis utiles à mon sens et formulés franchement. Fâchée, elle s'abstint de répondre. Ma mère eut la bonté de lui écrire à son tour, devinant ce qui se passait en sa belle-fille. Elle reçut une réponse qui mérite d'être citée :

Villa Viserbella

Viserba par Rimini

21 juillet 1008.

Maman chérie,

...Je viens de recevoir ta lettre expresse et je t'embrasse pour tes maternels conseils, mais en même temps, il faut que tu comprennes aussi quEnrico a eu tort de m'écrire des choses qui étaient non seulement inutiles, mais cruellement injustes I J'ai été blessée au vif et ne voulant répondre sous l'impression première (car par expérience je sais que l'on ne doit jamais le faire) j'ai préféré m' envelopper dans un silence parfait. J'attendais toujours des nouvelles d'Enrico et aujourd'hui tu me les donnes...

Les moindres mésententes sont vite passées, si l'on peut se parler, mais gare si l'on veut mettre sur le papier ce qu'on dirait de vive voix... Enrico est facilement influencé avec son âme jeune d'en-

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fant emporté et jaloux, Il a besoin d'une main qui le guide. Moi je suis peut-être trop décidée et habituée à r indépendance, fai besoin de beaucoup de douceur, de patience et beaucoup beaucoup oie tendresse ! ! ! alors je suis facile à guider...

Cette lettre qui, en somme, ne disait rien, ne me parut pas très rassurante. Elle me surprit péniblement. Je ne tardai pas à comprendre qu'il y avait quelque chose de changé en ma femme et quelle en était la cause.

Quand je revins à Viserbe pour copier ma musique et achever mes arrangements, j'appris que M1Ie Zimmer était venue, puis repartie.

C'était sans doute une coïncidence, mais ma femme me parut étrange et, pour tout dire, fies différente.

Heureusement, survint une autre amie de Louise, M11' Paula Koenig, tout à fait délicieuse, simple, mesurée, loyale. Nous passâmes avec elle quelques jours heureux. Nous fûmes plusieurs fois à Rimini, puis à Ravenne. J'essayais de travailler, j'étais fréquemment dérangé, mais j'avais encore ma liberté d'esprit.

Soudain, au début de septembre, nous étions à moitié de notre location. Louise me déclara

qu'elle ne pouvait plus se supporter à Viserbe.

— L'air est affreux. Je n'ai jamais rien respiré de plus lourd, de plus empesté. La malaria nous environne. Buby dépérit tous les jours.

En dix minutes elle peupla la maison de fantômes et je vis suspendues sur nos têtes toutes les calamités. J'essayai pourtant d'objecter que Buby paraissait en bon état ; mais on me répondit que je n'y entendais rien et que je voulais la mort de mon enfant. J'étais égoïste comme tous les artistes. Je n'avais même pas vu que ma femme n'était plus l'ombre que d'ellemême.

— Enfin, que vec:\-tu? demandai-je. Quelles sont tes intentions?

— Je veux aller à Venise.

— Mais nous avons loué cette maison, nous nous sommes installés à Viserbe...

— Je veux aller à Venise.

— On nous a fait, dans la contrée, un accueil aimable... On nous attend ici et là...

— Je veux aller à Venise...

J'aimais autant avoir la paix ; je répondis :

— Puisque tu le veux, allons à Venise.

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