‹ Mari d'altesseChapitre 22 sur 28 · EN PLEIN DRAME · texte numérisé non relu

EN PLEIN DRAME

J'ai déjà parlé d'un deuxième acte de séparation signé par devant les avocats Mattaroli et Coselschi. Cet acte devait rester secret, selon nos communs désirs. Or, pendant que ma femme avait fui à Montreux, l'avocat Coselschi fit confidence des conditions convenues entre ma femme et moi au premier journaliste qui se présenta chez lui...

J'étais rentré à Fiesole tout en allant voir mes parents dès le matin, chaque four. Moins d'une semaine plus tard. Louise arrivait avec Buby que le médecin n'avait pas laissé transporter plus tôt.

— Quelle était notre existence à la villa Paganucci ? Je voudrais ne pas m'en souvenir. Je vois encore les faces hostiles et barrées des deux

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femmes allemandes, l'expression de leurs yeux quand je prenais dans mes bras mon enfant. Je vois la mère énigmatique, changeante, insaisissable, incompréhensible, et dans son regard tout ce qu'elle essayait de dissimuler.

C'est alors que j'appris la déclaration dés deux domestiques par devant notaire. Je me trouvais en ville. Un véritable ami me raconte cette inconcevable histoire qu'il a découverte par hasard. Je m'informe, je vérifie le fait... J'étais dans un état de colère que j'avoue et qu'on excusera. Je voulais douter, mais tout était vrai, parfaitement vrai. Je rentre à Fiesole. J'avais eu le temps de me ressaisir. Je fais venir les deux femmes. Je leur déclare que ie vais recourir au Procureur du Roi et les poursuivre pour diffamation. Louise était présente. Ma femme et ses deux acolytes me firent pitié. Elles n'avaient plus l'air que de coupables prises sur le fait- Elles me supplient, elles retireront leurs calomnies, elles feront un acte devant le notaire Vantini, pour annuler ce qui a été dit dans une heure d'égarement: Je suis homme, je suis bon, je dois pardonner... On me secoue, on m'inonde de larmes. Louise, restée avec moi, se montre douce, enjoleusej

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éloquente. Je me laisse désarmer, d'autant plus que si les racontars de l'acte avaient eu la moindre base de vérité, ma femme n'aurait pas repris sa vie avec moi pendant encore dix-huit mois.

Bientôt, en mai 1910, j'eus l'intuition qu'une nouvelle catastrophe menaçait notre foyer. Ma femme était de plus en plus changée. Je n'étais plus en face de la même personne. J'eus de3 doutes... Je lui en fis part. Je formulai dos observations. Alors, enveloppante, tendre, elle me traita avec bonté se disant heureuse et fière de ma jalousie qui lui prouvait mon immense amour, et, pour bien m'assurer de sa fidélité, elle me dit dans un redoublement de passion qu'elle voulait faire une course à Rome avec moi seul et que là, sous l'influence d'une nouvelle lune de miel, nous serions heureux.

J'acceptai en pensant que ce tête à tête de huit jours me permettrait de mieux voir clair dans l'âme de ma femme, ainsi que dans la situation qui nous était faite à l'un et à l'autre et de décider le parti que je devais prendre.

Nous sommes descendus à Rome à THôtel Marini, sans donner notre vrai nom. Nous étions de plus en plus obligés de nous dissi-

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muler, car lorsqu'on nous découvrait hors de Florence, où on était habitué à nous, nous étions des personnages sensationnels.

Nous sommes restés une semaine à Rontet en simples touristes. Une des personnalités des plus considérables de la capitale italienne, mon cousin, M. Charles Gamond, ancien Directeur général des Postes, Commandeur de la Légion d'honneur, fut pour nous un cicérone charmant et érudit. La visite du Vatican inspira à ma femme ses ordinaires attaques et appréciations violentes par lesquelles elle témoignait de sa haine pour tout ce qui est religieux. Elle ne s'y abandonna, heureusement, qu'en sourdine.

Quand nous rentrâmes à Fiesole, ie m'étais arrêté à un parti, prélude à d'autres plus décisifs : celui de renvoyer celle des femmes allemandes, dont l'influence sur Buby ne répondait pas à ma conception. C'était toujours une ennemie de moins dans la maison.

Nous étions rentrés depuis peu de jours lorsque nous rencontrâmes l'avocat Orlando Giannotti. Nous le priâmes de venir ie lendemain soir dîner avec nous. A l'heure convenue, il arrive. Louise, descendue en ville, ne rentrait pas... Nous attendons... Comme sœur Anne^

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nous ne voyons rien venir. Après deux heures d'attente, neuf heures sonnant, nous nous mettons à table. Nous comprenions que Louise faisait encore des siennes. L'idée d'un malheur, d'un accident, ne nous venait pas à l'esprit. Mes parents, et moi-même nous aurions été avertis sans retard. Nous dînons donc, mon cher convive et moi. M. Orlando Giannotti rentre en ville et je me mets au lit, veuf...

Ma femme était allée à Signa chez le Marquis et la Marquise d'Asnasch. Cette fugue dura trois jours. Au retour de Louise, larmes, protestations, regrets, dont je ne fus pas dupe.

Il va sans dire qu'au milieu de toutes ces tempêtes, mon travail ne pouvait être fructueux. Ces exercices quotidiens que la virtuosité exige, je les faisais machinalement. Ces heures délicieuses que l'on passe à jouer de mémoire les pages que l'on sait par cœur des maîtres les plus admirables, je ne les connaissais plus. Qu'étais-je ? Que devenais-je? Je n'avais plus un seul concert en perspective. J'étais littéralement une épave. Je me sentais enlizé, perdu, et tous les jours je remettais de m'arracher au bourbier. Quand je parlais de rompre, deux bras me prenaient par le cou pour me retenir,

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Je crois que Louise se plaisait dans le scandale de notre existence et dans la colère que nous avions l'un contre l'autre et qui cédait quelquefois à la passion d'un amour par instants ravivé. Celle haine, grandissante en nos cœurs, ajoutait je ne sais quel goût amer et fort à nos baisers, à nos étreintes. Je n'ai pas compris cela tout de suite, mais depuis j'ai réfléchi, j'ai ressassé tous ces iours. Quand l'esprit, quand le cœur veulent s'affranchir, il y a encore en nous quelque chose de l'animal qui a ses habitudes, qui a ses instincts, et ce quelque chose retient, enchaîne, retarde : On est lâche avec son corps. Louise, réduite à une seule de ses femmes allemandes, partit en juillet avec Buby pour Flims, en Suisse, non loin de Zurich, d'où était originaire sa suivante préférée la Hùrlimann. Je la rejoignis une dizaine de jours plus tard. Je la trouvai seule avec Buby et des domestiques d'hôtel. Elle avait permis à sa femme de chambre d'aller se reposer quelques jours dans sa famille. C'était pour être agréable à cette camériste qu'elle s'était transportée dans ce pays froid où l'enfant, tomba malade, immédiatement, 11 dépérissait si visiblement qu'à la mi-août, Louise réintégra Fiesole, qui l'attirait malgré les fortes chaleurs»

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