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ENTR ACTE DE CHASSE ET REPRISE TRAGIQUE

La vie de famille devenait de plus en plus malaisée et pénible entre ma femme et moi. A propos de rien, Louise invectivait les Italiens. J'avais tort de répliquer en ne ménageant point les Allemands. C'était absurde, mais quand tout se gâte dans un ménage, on tombe aisément dans la stupidité. La colère abêtit.

Cette fin d'année 1910 fut lamentable à Fiesole. Nous eûmes seulement une accalmie de quelques jours dont je reste reconnaissant à l'illustre chirurgien, le professeur Nicolas Giannettasio, directeur à Florence de l'hôpital Amerigo Vespucci.

Louise étant allée visiter une maison de santé, du côté de San Gervasio, petite colline de la banlieue de Florence, avait eu l'occasion de rencon-

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trer le savant professeur Giannettasio. Curieuse d'assister à une opération et désirant en même temps montrer ses connaissances de dame de charité, elle avait manifesté des goûts chirurgicaux devant le Docteur qui fit sous ses yeux diverses opérations. A l'issue de ces opérations, il eut l'amabilité de prier la princesse et moi-même à une partie de chasse en pleine Maremma, du côté de Grosseto, dans les anciens Etats pontificaux, à une journée de Florence en automobile. Ce district, autrefois, était infesté de brigands. C'est aujourd'hui un pays merveilleusement giboyeux. Nous partîmes dans la voiture du professeur Giannettasio. Louise s'était équipée en chasseresse. Nous avions un chien, des fusils, des cartouches. La campagne avait la beauté languissante de l'automne. La nature resplendissait d'un vert éclatant qui caressait les yeux; le regard éprouvait une jouissance matérielle à contempler des sites et des tons incomparables. Nous fîmes un déjeuner succulent à Poggibonsi. Nous remontâmes en auto et nous suivîmes une route en lacets jusqu'à Rocca Slrada où nous fûmes au coucher du soleil. Alors nous dominions la mer Méditerranée, qui, tout au loin, s'étalait en nappe bleue, après des étendues de

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près, de bois et de marais, où tous les verts que l'œil peut saisir vibraient harmonieusement fondus. Grosseto et ses vieilles demeures étaient près de nous en teintes grises, coiffées de rouge. Toute la ville s'enveloppait de la pourpre du couchant qui se reflétait jusqu'aux extrêmes limites de l'horizon sur la mer, dont l'immensité bleuâtre et cuivrée semblait aboutir à un mur flamboyant. Nous passions au travers d'innombrables troupeaux de moutons. En entrant dans Grosseto, son dôme vénérable arrêta notre attention. C'est une des reliques de l'art religieux italien.

Depuis le début de la journée, Louise n'était plus la même femme. Le charme de la nature agissait sur elle. Tant de beauté la transformait. Elle souriait naturellement. Elle parlait délicieusement. Si je n'avais pas été habitué à ces changements soudains, je ne l'aurais pas reconnue. Je me disais cependant :

— Est-ce bien la même créature que celle d'hier et de ces jours derniers?

Et quelque chose en moi ajoutait : « Et que celle de demain ?

Après une nuit passée à l'hôtel, à Grosseto, nous repartîmes en automobile, au cours de la matinée suivante, pour Gapalbio.

Non loin de Capalbio, se dresse sur la mer, le Monte Argentaria dans toute son imposante splendeur. Nous venions de passer à Orbetello. Nous approchions de la fin de notre voyage, lorsqu'une panne nous fit laisser l'automobile au milieu des bois et des marais. Nous n'étions plus qu'à deux kilomètres de la maison de chasse.' Nous partîmes, l'arme en main, laissant le mécanicien réparer sa machine. Tout de suite, nous fûmes entourés de ramiers par centaines, d'alouettes par milliers. Il y avait aussi nombre de faucons.

L'habitation du garde était près d'un lac rempli de poules d'eau et d'autres oiseaux aquatiques. J'aperçus des barques ; la mer n'était séparée du lac que par une étroite langue de terre.

Louise montrait une gaieté d'enfant, courant, sautant, chantant, tapant dans ses mains. Le déieuner que nous fîmes dans la maison du garde, défendue de l'invasion des moustiques par un treillage, fut un déjeuner joyeux. La rusticité des mets et du décor enthousiasmait ma femme. Elle aurait toujours voulu vivre là. Elle vantait lyriquement la liberté, le charme d'une existence simple. Après déjeuner nous partîmes à travers le terrain de chasse que traverse la voie

/errêe qui mène à Rome. Louise fit un grand massacre d'alouettes. Elle les abattait en chasseresse exercée. Nous allâmes ensuite en barque sur le lac et nous fîmes une hécatombe de poules d'eau.

Nous avons passé une semaine dans la Maremma en excursions et en chasses. En excursions, nous étions à cheval, allant dans la montagne, de merveille en merveille.

Le professeur Giannettasio nous comblait d'égards, et quelle bonté! Partout où nous passions dans les villages, dans ce pays où tout le monde l'admire et le vénère, on l'accablait de demandes de consultations. Il y répondait avec une inaltérable bonne grâce, et les plus pauvres recevaient des marques de son inépuisable générosité. Nous vivions dans une atmosphère de pittoresque et d'altruisme dont ma femme, dès le début, avait semblé se délecter... Mais au bout de trois jours, elle voulait déjà partir.

Cette semaine charmante et inoubliable pour moi, ne s'est que trop vite écoulée. Nous sommes revenus en passant devant l'Abberese, propriété qui fut autrefois un bien du grand duc de Toscane et qui appartient encore aujourd'hui au fonds de la famille Impériale d'Autriche.

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Louise ne s'était-elle pas imaginée de demander la permission de chasser sur les terres de cet important domaine! Je m'y étais opposé. Elle avait écrit quand même. Sa lettre n'eut d'autre conséquence que de lui attirer une fin de non recevoir de la part du régisseur du domaine impérial. On lui dit que pour être autorisée, il fallait qu'elle écrivit à un de ses frères, à Vienne...

En revenant, nous eûmes une panne en pleine nuit et au milieu des champs. Nous ne savion" où aller. Nous étions à Frosini, près du château du marpuis Hippolyte Niccolini. Le professeur Giannettasio nous y introduisit, et grâce à sa personnalité, nous y reçûmes la plus princière hospitalité.

J'ai constaté, une fois de plus, combien il ne tenait qu'à ma femme de faire tout oublier de ce qui est à souhaiter qu'on oublie dans sa vie et de trouver le plus sympathique accueil dans la meilleure société italienne. La marquise Niccolini remplit ses devoirs de maîtresse de maison vis-à-vis de nous avec une distinction, une bonté, un charme dont je ne saurais trop, quant à moi, lui rester reconnaissant. Nous couchâmes au château et nous repartîmes le lendemain matin. Nous étions le soir àFiesole. Nous rapportions

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quelques échantillons de notre chasse et, notamment, une brochette de trois cents alouettes.

Je me suis un peu étendu sur ces heures de plaisir. Elles furent si rares dans mes quatre ans de « vie princière ».

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