BUBY VOYAGE A SES DEPENS
Louise, revenant de Londres, était toute auréolée d'espoir. Que lui avaient dit son éditeur et Mrs Ffoulkes ? Qu'avait-elle imaginé? C'était assez difficile à démêler ; mais elle était intarissable sur le chapitre des travaux que la Littérature universelle attendait d'elle. Le moindre de ses ouvrages à venir devait être un volume sur Napoléon Ier. Elle était seulement fâchée de la traduction en allemand de « L'Histoire de ma vie ». Ce texte lui semblait tout à fait inférieur à sa pensée. Elle allait donc refaire elle-même le livre dans sa langue maternelle.
Elle me trouva très calme, du moins en apparence. Mes amis, mes parents, m'avaient tenu compagnie à Fiesole et pendant son absence j'avais consulté, écouté, réfléchi et lu les jour-
naux qui ne cessaient de parler des voyag ma femme et de ses publications futures.
Nous étions en juillet 1911 lorsqu'elle repar pour l'Ile de Wight avec Buby, sous prétexte que le Docteur allemand de Florence, qui l'avai? accouchée, lui avait dit qu'un séjour dans H . Nord de l'Europe ferait du bien à notre fils Ma mère leva les bras au ciel. Où l'enfant devait-il être mieux qu'à Fiesole, même l'été ? Et quels soins pouvaient valoir les nôtres ? Quand Louise touchait à Buby, même pour bien faire, c'était souvent sans mesure, nerveusement, par foucades, et l'enfant en pâtissait.
Ne voulant pas la suivre ni précipiter le dénouement imminent, je dus lui laisser encore prendre Buby. J'étais certain de ce qui allait se passer. A peine à l'Ile de Wight, Louise laissait son fils aux soins de sa femme de chambre et allait à Londres. Elle ne vivait plus que pour « L'Histoire de ma vie ».
Cependant j'étais allé près de mes parents, installés, comme chaque été, aux bains de Porretta dans l'Apennin. Je reçus là une lettre stupéfiante de Louise qui m'avait écrit à Fiesole de la rejoindre sur le champ. Elle partait pour Bruxelles et Spa. Je pris le parti de ne plus
répondre à Louise. Je ne m'en imposais pas moins de lui faire adresser son courrier et de taire tout ce que je savais, tout ce que je pensais, en dehors du petit cercle où l'on était au courant de mes peines et de la vie infernale qui m'était faite depuis longtemps déjà. On s'étonnait dans le public, de mon attitude passive, de mon silence obstiné. Certains disaient que j'aurais dû répondre aux journaux, dont les inventions et les commentaires méritaient d'être relevés. A quoi bon ! l'heure était venue de rompre, j'y étais résolu ; je partirais avec mon fils et personne ne me l'enlèverait. Pour en arriver là, il fallait déterminer exactement la situation de Louise et la mienne.
Ma femme, sous des prétextes divers, fuyait sans cesse le domicile conjugal- C'est moi qui y restais. Je pris le parti de la sommer de regagner sa demeure. Elle errait d'hôtel en hôtel. Point de réponse à ma sommation, et nul signe de vie à partir du 9 septembre. Alors, sur l'avis de mes conseils, je fis faire un inventaire légal du mobilier que nous avions à Fiesole et je retirai, devant témoins, ce qui m'appartenait en propre.
Nous étions entrés dans l'ère des difficultés.
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J'avais reculé tant que j'avais pu, mais enfin il fallait en venir où nous en étions arrives : aux difficultés déclarées.
Que l'on songe à tout ce que j'ai supporté depuis le moment où ma femme, m'attaquant la première, — et dans quelles conditions! — faisait faire par ses domestiques une déclaration notariée, pleine d'accusations inqualifiables contre mon honneur. J'avais patienté quand même ; j'ai défendu, tant que j'ai pu, mon premier grand amour, j'ai lutlé tant que j'ai pu pour l'honneur du foyer que j'avais fondé si follement. J'ai combattu jusqu'à la dernière minute pour essayer de garder une mère à mon en font.