TROIS JOURS D AMOUR A VENISB
J'allai donc l'attendre à Venise. J'étais au matin sous un portique, au café Florian. Je la vis paraître, place Saint-Marc, habillée de blanc, coiffée d'un panama où flottait une voilette blanche. Elle tenait à la main un petit sac en maroquin. Elle me vit et me fit signe d'entrer dans la caihédrale. Il n'y avait pas de messe à ce moment. Les fidèles étaient peu nombreux. Elle se dirigea sur la gauche du grand autel, vers un endroit sombre où je la rejoignis. Elle me prit aussitôt la main.
— Comme je suis heureuse, soupira-t-elle. Je croyais mourir de ne plus te revoir... Viens, nous prendrons une gondole, nous pourrons parler à notre aise, nous serons seuls.
On sait le charme et le décor de Venise. Nous
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descendîmes la piazetta Saint-Marc, nous prîmes une gondole pour nous faire porter aux Giardini où, bras dessus, bras dessous, nous gagnâmes un des petits chalets élégants qui sont là. Nous étions à l'abri des regards indiscrets et dans la paix du matin lumineux, dérangés seulement par des vols de pigeons qui passaient sur nos têtes. Nous parlâmes avenir et mariage. Louise me raconta que la comtesse Fuggei n'avait plus d'influence sur elle. En parlant pour Londres, Louise s'était arrêtée au Lido, dans cette même Venise, avec sa dame d'honneur. Elle lui avaitdit des choses définitives ; elle l'avait traitée d'espionne et déclaré qu'elle serait bientôt ma femme contre vents et marées.
Je buvais ses paroles. Je croyais que, vraiment, elle me sacrifiait ce qui restait de sa couronne : son apanage, son titre de princesse et qu'elle foulait aux pieds sa noble origine pour devenir Madame Enrico Toselli. Qui aurait douté d'elle, de son sourire, du rayonnement de son regard, de la caresse de sa voix, dans cette Venise où sur l'eau lente et endormie palpitent des échos d'harmonie amoureuse ?
Je ne comprends pas que l'on mente. J'ai appris difficilement que toute la force de la
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femme sur l'homme est faite de fausseté. Enfin, bref, je fus tout entier à Louise. Nous déjeunâmes ensemble, puis à trois heures, nous parlimes pour Mestre, aux environs de Venise et là, dans un petit hôtel, nous trouvâmes un abri de poésie cl de repos où nous prîmes le thé. Après dîner, vers huit heures et demie, dans le crépuscule merveilleux d'un coucher de soleil sur l'Adriatique, nous revenions à Venise.
Le lendemain, à sept heures du matin, nous primes le bateau à vapeur et nous fûmes au Lido.
On sait quelle est la beauté du Lido. A ce seul nom, sans que j'aie besoin de décrire la mer bleue et les voiles de pourpre, on voit la couleur et la vie de ce portique de Venise sur la mer.
Le temps restait divin. Nous nous livrâmes au plaisir de nous abandonner dans un bain à la caresse des flots. Le souvenir de ces trois jours de bonheur est ineffaçable en moi.
Cependant j'écrivais à ma famille et mes parents pouvaient croire à un flirt de fiançailles sous l'aile de la comtesse Fugger et de quelque suivante.