LE JOUR OU LON ESPÉRA
Le Juste vient.
Le Juste sait qu'il était nécessaire qu'il vienne; et il sait qu'on l'attend parfaitement bien.
Le Juste sait que l'on tient prêts, dès le quai de débarquement, le hosannah et le manteau de pourpre,
Et qu'on tient prêt le Golgotha, s'il trébuche en son chemin.
Le Juste vient, comme on entrait, il y a dix-huit siècles, dans l'arène du Cirque Maxime;
Mais, grâces à son peuple, il a dans sa poche un fouet.
Le Juste vient, comme on voudrait entrer dans la cage aux chacals,
Si un petit enfant est tombé dans la cage aux chacals.
Le Juste vient, comme Orphée est entré en l'horreur grimaçante des enfers;
Car il s'agit de toi, Eurydice de la véridique paix !
Le Juste vient, comme certains (au cinéma) savent entrer dans la caverne des voleurs;
Et ce sera eux qui sortiront, bouches bâillonnées, les mains vides de leur butin;
Ou bien ce sera lui qu'on sortira, en façon de charogne, à la nuit, la gorge ouverte.
Mais que, ceci encore, vous le sachiez, ô Juste ! C'est que beaucoup d'âmes vous accompagnent.
Les prières accompagnaient ainsi dans l'arène le Confesseur;
Et la voix des prières montait et montait vers en haut;
Et le grincement sournois des bourreaux s'enfonçait et s'enfonçait dans la terre.
Décembre 1918.