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aux croupes maigres, et: ‘“‘Hue! Dia!” et “Harrié!”?
derrière les chevaux au labour, tie la fourche à foin 2%
t à bâtir les clôtures de pieux,” Depuis deux ans il RE a te Hp Faux à Eté de son père, conduisait le grand traîneau à bois sur la neige dure, $maitiet moissonnait sans conseil; de sorte que personne ENT dE plus le droit d'exprimer librement son avis et de fumer me rm LE fort tabac en feuilles. Il ayait encore sa figure 1m érbe d’enfant, VE MA traits indécis, des yeux candides, et un étranger se
fût probablement étonné de l’entendre parler avec une lenteur mesurée .de vieil homme plein d’expérience et de le Voir PES étamellesient sa pipe de bois; mais au pays de Québec les garçons sont traités en hommes dès qu’ils prennent part au travail des hommes, et de leur usage précoce du tabac ils peuvent toujours donner comme raison que c’est une défense contre les terribles insectes" Rarcelants de l'été: moustiqués, maringouins qe; 8
et mouches noires) biaek es
— Que ce doit donc être plaisant de vivre dans un pays où il n’y a presque pas d’hiver, et où la terre nourrit les hommes et les animaux. Icitte c’est l’homme qui nourrit les animaux et la terre, à force de travail. Si nous n’avions pas Esdras et Da’Bé dans le bois, qui gagnet de “bonnes” gages, comment ferions-nous ?
— Pourtant la terre est bonne par icitte, fit Eutrope Gagnon.
— La terre est bonne; mais il faut se battre avec le bois pour l’avoir; et pour vivre il faut économiser sur tout et besogner du matin au soir, et tout faire soimême, parce que les autres maisons sont si loin.
La mère Chapdelainè se tut-et Sdupirà. (Elle pensait
toujours ayec regret aux vieilles paroisses où la terre est défrichée èt cultivée depuis longtemps, et où les maisons sont proches les unes des autres, comme à une sorte de paradis perdu, c!459 2" vais A2 SE L
Son mari serra Îe$ poings et hocha la tête d'un air obstiné.
— Attends quelques mois seulement... Quand les
Ya h, # À PACA x AL EE
arçons seront revenus du bois, nous allons nous mettr garç Rad land
au travail, eux deux, Tit’Bé et moi, et nous allons faire de la terre. À quatre hommes bons sur la hache et qui n’ont pas peur de l’ouvrage, ça marche vite, même dans le bois dur, Dans deux ans d’ici nous aurons du grain Ce # , : :
et du RRaure qüot nourrir bien des animaux. Je te dis que nous allons faire de la terre...
3 al ho na, î Faire de la terre! C est. la forte expression du pays, EE APDOR . D... RAA EE y .
qui pe tout ce qui gît de travail terrible entre la pauvreté du bois sauvage et la fertilité finale des champs labourés et semés. Samuel Chapdelaine en parlait avec 2] 5, c! OS ra une flamme d’enthousiasme et d’entêtement dans les Aie agé Ms Rasstrh ; :
C'était sa passion à lui: une passion d'homme fait pour le défrichement plutôt que pour la culture. Cinq fois déjà depuis sa jeunesse il avait pris une concession, bâti ne maison, une étable et une grange, taillé en j IQtÉ . . CA .
plein bois un bien prospère; et cinq fois il avait vendu : » :
ce bien pp sen.aller recommencer plus Join vers le nord, déc uragé tout à coup, perdant tout intérêt et toute ardeur une fois le premier labeur rude fini, dès que les voisins arrivaient nombreux et que le pays commençait à se peupler et à s'ouvrir. Quelques hommes le comprenaient; les autres le trouvaient courageux, mais peu sage, et répétaient que s’il avait su se fixér
Pt
26 MARIA CHAPDELAINE quelque part, lui et les siens seraient maintenant à leur aise.
A leur aise... O Dieu redoutable des Écritures, que tous ceux du pays de Québec adorent sans subtilité ni doute, toi qui condamnes tes créatures à gagner leur pain à la sueur de leur front, laisses-tu s’effacer une seconde le pli sévère de tes sourcils, lorsque tu entends dire que quelques-unes de ces créaturessontaffranchies, et qu'elles sont enfin à leur aise?
A leur aise... Il faut avoir besogné durement de l'aube à la nuit avec son dos et ses membres pour comprendre ce que cela veut dire; et les gens de la terre sont ceux qui le comprennent le mieux. Cela veut dire le fardeau retiré: le pesant fardeau de travail et de crainte. Cela veut dire une permission de repos qui, mème lorsqu'on n’en use pas, est comme une grâce de tous les instants. Pour les vieilles gens cela veut dire un peu d’orgueil approuvé de tous, la révélation tardive de douceurs inconnues, une heure de paresse, une promenade au loin, une gourmandise ou un achat sans calcul inquiet, les cent complaisances d'une vie facile.
Le cœur humain est ainsi fait que le plupart de ceux qui ont payé la rançon et ainsi conquis la liberté — Paise — se sont, en la conquérant, façonné une nature incapable d'en jouir, et continuent leur dure vie jusqu'à la mort; et c'est à ces autres, mal doués ou malchanceux qui n’ont pu se racheter, eux, et restent esclaves, que l'aise apparaît avec toutes ses grâces d'état, inaccessible.
Peut-être les Chapdelaine pensaient-ils à cela et chacun à sa manière; le père avec l’optimisme invincible d’un homme qui se sait fort et se croit sage; la mère
avec un regret résigné; et les autres, les jeunes, d’une façon plus vague et sans amertume, à cause de la longue vie assurément heureuse qu’ils voyaient devant eux.
Maria regardait parfois à la dérobée Eutrope Gagnon, et puis détournait aussitôt les yeux très vite, parce que chaque fois elle surprenait ses yeux à lui fixés sur elle, pleins d’une adoration humble. Depuis un an elle s’était habituée sans déplaisir à ses fréquentes visites et à recevoir chaque dimanche soir dans le cercle des figures de la famille sa figure brune qui respirait la bonne humeur et la patience; mais cette courte absence d’un mois semblait avoir tout changé, et en revenant au foyer elle y rapportait une impression confuse que commençait une étape de sa vie à elle où il n’aurait point de part.
Quand les sujets ordinaires de conversation furent épuisés, l’on joua aux cartes: au “‘quatre-sept”” et au “bœuf”; puis Eutrope regarda sa grosse Roue d’argent et vit qu’il était temps de partir. Le allumé, les adieux faits, il s’arrêta un instant sur le seuil pour sonder la nuit du regard.
— I] mouille! fit-il.
Ses hôtes vinrent jusqu’à la Porte et regardèrent à leur tour ; la pluie commençait, une pluie de printemps aux larges gouttes pesantes, sous laquelle la neige commençait à s’ameublir et à fondre.
— Le ‘‘sudet” a pris, prononça le père Chapdelaine. On peut dire que l’hiver est quasiment fini.
Chacun exprima à sa manière son soulagement et son plaisir; mais ce fut Maria qui resta le plus longtemps sur le seuil, écoutant le crépitement doux de la pluie, guettant la glissade indistincte du ciel sombre au-dessus
de la masse plus sombre des bois, aspirant le vent tiède qui venait du sud.
— Le printemps n’est pas loin... Le printemps n’est pas loin... |
Elle sentait que depuis le commencement du monde il n’y avait jamais eu de printemps comme ce printemps-là.
Trois jours plus tard Maria gn endit en ouvrant la porte | au matin un son qui la figés düelques instants Sur P immobile, prêtant l'oreille. C'était un muügissement lointain et continu, le tonnerre des grandes chutes qui étaient restées glacées et muettes tout l’hiver.
— La glace descend, dit-elle en rentrant. On entend les chutes.
Alors ils se mirent tous à parler une fois de plus de la saison qui s’ouvrait et des travaux qui allaient devenir possibles. Mai amenait une alternance de pluies chaudes et de beaux jours ensoleillés qui triomphait peu à peu du gel accumulé du long hiver. Les souches basses et les racines Gps bien que l’ombre des sapins et des cyprès serrés protégeit la longue agonie des liques de neige; les chemins se transformaient en Re TEST Ta mousse brune se montrait, elle était touté gonflée d’eau et pareille à une éponge. En d’autres pays c'était déjà le renouveau, le travail ardent de la sève;lla poussée des bourgeons et bientôt des feuilles,
D mais le sol canadien, si loin vers le nord, ne faisait que ‘8e débarrasser avec effort de son lourd manteau froid avant de songer à revivre.
Dix fois, au cours de la journée, la mère Chapdelaine : ou Maria ouvrirent la MEET pour goûter la tiédeur de
l'air, pour écouter Je chüc Otément de l’eau courante « én quoi s'ERONEA la dernière neige sur les feñtes, et cette autre grande voix qui annonçait que la rivière
30 ne due CHAPDELAINE
Ü Lt GAIN Péribonka s'était libérée et charriait Ar EPS vers le grand lac les bancs de glace venus du nord.
Au soir, le père Chapdelaine s’assit sur le seuil pour fumer, et dit pensivement:
— François Paradis va passer ie Il a dit qu’il viendrait peut-être nous voir.
Maria répondit: “Oui” très doucement, et bénit l’ombre qui cachait son visage.
Il vint dix jours plus tard, longtemps après la nuit
tombée. Les femmes restaient seules 2 à la maison avec. Tit'Bé et les enfants, le père étant allé chercher de la
grainé de semence à Honfleur, d’où il ne reviendrait que le lendemain. Télesphore et Alma-Rose étaient cache TitBé fumait une dernière pipe avant la prière en commun, quand Chien ] jappa plusieurs fois et vint flairer la porte close. Presque aussitôt deux coups légers reteñtirent. Le visiteur attendit qu’on lui criât d’entrer et parut sur le seuil.
Il s’excusa de l’heure tardive, mais sans timidité.
— Nous avons campé au bout du portage, dit-il, en haut des chutes. Il a fallu monter la tente et installer les POS pour la nuit. Quand je suis parti je savais bien que ce n’était quasiment plus l’heure de veiller et que les chemins à travers les, bois seraient mauvais pour venir. Mais je ‘Suis venu pareil, et quand jai vu la lumière... Ses grandes bottes indiennes disparaissaient sous la boué; il soufait un peu entre ses paroles, comme un homme qui a couru; mais ses yeux clairs étaient tranquilles et piéns d'assurance.
— Il n’y a que Tit’Bé qui ait changé, fit-il encore. | Quand vous avez quitté Mistassini il était haut der"
même; 2
da
Son geste indiquait la Se d’un enfant. La mère Chapdelaine le regardait d’un air plein d’intérêt, doublement heureuse de recevoir une visite et de pouvoir parler du passé.
— Toi non plus tu n’as pas changé dans ces sept ans-là; pas en tout; mais Maria... sûrement, tu dois trouver une différence!
Il contempla Maria avec une sorte d’étonnement.
— C'est que... je l'avais déjà vue l’autre jour à Péribonka.
Son ton et son air exprimaient que, de l’avoir revue quinze jours plus tôt, cela avait effacé tout l'autrefois. Puisque l’on parlait d’elle, Hope il se prit à l’examiner de nouveau. |
Sa jeunesse forte et Shine, ses De cheveux dre son cou brun de payent B simplicité honnête de ses yeux et de ses gestes francs, sans doute pensa-t-il que toutes ces choses-là se trouvaient déjà dans la petite fille qu’elle était sept ans plus tôt, et c’est ce qui le fit Sécouér la tête deux ou trois fois comme pour dire | qu'elle n’était vraiment pas changée. Seulement il $e prit à penser en même temps que € était | lui qui avait dû changer, puisque maintenant Sa Vue lui; poignait le cœur.
Maria souriait, un peu gênée, et puis après un temps elle releva bravement les yeux et se mit à le regarder aussi.
Un beau garçon, assurément: beau de corps à cause de sa force visible, et beau de; visage à cause de ses traits nets et de ses yeux REP .. Elle se dit avec un peu de surprise qu’elle l’avait cru différent, plus osé, parlant beaucoup et avec assurance, au lieu qu’il ne
parlait guère, à vrai dire, et montrait en tout une grande simplicité. C'était l’expression de sa figure qui créait cette impression sans doute, et son air de hardiesse ingénue. ES CAE h Les j l lt »
La mère Chapdelaine reprit ses questions.
— Alors tu as vendu la terre quand ton père est mort, François?
— Oui. J'ai tout vendu. Je n’ai jamais été bien ‘bon ” de la terre, vous savez. Travailler dans les chantiers, faire la chasse, gagner un peu d’argent de temps en temps à servir de guide ou à commercer avec les sauvages, ça, c’est mon plaisir, mais gratter toujours le même morceau de terre, d'année en année, et rester là, je n’aurais jamais pu faire ça tout mon “règne,” 1l m'aurait semblé être attaché comme un animal à un pieu.
— C’est vrai, il y a des hommes comme cela. Samuel, par exemple, et toi, et encore bien d’autres. On dirait que le bois connaît des magies pour vous faire venir...
Elle secouait la tête en le regardant avec une curiosité étonnée.
— Vous faire geler les membres l’hiver, vous faire manger par les mouches l'été, vivre dans une tente sur la neige ou dans un camp plein de trous par où le vent passe, vous aimez mieux cela que faire tout votre règne tranquillement sur une belle terre, là où il y a des magasins et des maisons. Voyons, un beau morceau de terrain “planche,” dans une vieille paroisse, du terrain sans une souche ni un creux, une bonne maison chaude toute tapissée én dedans, des animaux gras dans le clos ou à l’étable, pour des gens bien gréés d’instruments et
ho
qui ont de la santé, y a-t-il rien de plus plaisant et de plus aimable?
François Paradis regardait le plancher sans répondre, un peu honteux peut-être de ses goûts déraisonnables. — C’est une belle vie poureeux qui aiment la terre, dit-il enfin, mais moi je n’aurais pas été heureux. C'était l'éternel malentendu des deux races: les pion-
. niers et les sédentaires, les paysans venus de France
gba :
| | | qui avaient continué sur le sol nouveau leur idéal | d'ordre et de paix immobile, et ces autres paysans, en | qui le vaste pays sauvage avait réveillé un atavisme |
| lointain de vagabondage et d’aventure. RÉ RRS
D’avoir entendu quinze ans durant sa mère vanter le bonheur idyllique des cultivateurs des vieilles paroisses, Maria en était venue tout naturellement à s’imaginer qu’elle partageait ses goûts; voici qu’elle n’en était plus aussi sûre. Mais elle savait en tout cas qu’aucun des jeunes gens riches de Saint-Prime, qui portaient le dimanche des pelisses de drap fin à col de fourrure, n’était l’égal de François Paradis avec ses bottes carapacées de boue et son gilet de laine usé.
En réponse à d’autres questions, il parla, de ses voyages sur la côte nord du golfe ou bien dans le haut des rivières ; il en parla simplement et avec un peu d’hésitation, né sachant trop ce qu 1] fallait dire et ce qu'il fallait taire, parce qu'il s ’adressait à des gens qui vivaient en des liéux presque pareils à à ceux-là, et d’une vie presque pareille.
— Là-haut les hivers sont plus durs encore qu’icitte et plus longs. On n’a que des chiens pour atteler aux traîneaux, de beaux chiens forts, mais malins et souvent rien qu’à moitié domptés, et on les soigne une fois par
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jour seulement, le soir, avec du poisson gelé... ds : Oui, il y a des villages, mais presque pas de cultures; les’ hommes vivent avec la chasse et la pêche... =9Non: je n’ai jamais eu destrouble avec les sauvages ; je me suis toujours bien! accordé avec eux. Ceux de la Mistassini et de la rivière d’icitte je les connais presque tous, parce qu’ils venaient chez nous avant la mort de ‘‘son” père. Voyez-vous, il Chassait souvent l’ hivér, quand il n’était pas aux chantiers, et un hiver qu’il était dans le “haut de la Rivière-aux-Foins,,seul, voilà qu’un arbre qu’il abattait pour faire le feu à faussé en t6mbant, et ce sont des sauvages qui l'ont trouvé le lendemain, par aventure, assomme et à demi gelé déjà, malgré que | Je temps était doux. Il était sur leur territoire de chasse, et ils auraient bien pu faire semblant dé ne pas le voir et le laisser mourir là; mais ils l’ont chargé sur leur traîne et rap- RON, à leur tente, et ils l'ont Soigné. Vous àvéz connu son” père: c’était un homme ‘‘rough? et qui prenait un coup souvent, mais juste, et de bonne mémoire pour les services dé même. Alors quand il a quitté ces sauvages-là, il leur a dit de venir le voir au printemps quand ils descendraient à la Pointe-Bleue avec leurs pelleteries : ‘ François Paradis, de Mistassini, il leur a dit, vous n’oublierez pas. François Paradis.” Et quand ils se sont arrêtés au printemps en descendant
chacun en s’en allant une hache neuve, une belle Tou-" verte de laine et du tabac pour trois mois. Après ça, ils s’arrêtaient chez nous tous les printemps et “son ” père avait toujours le choix de leurs plus belles peaux pour moins cher que les agents des compagnies. Quand il est mort, ç’a été tout pareil avec moi, parce que j'étais