‹ Maria Chapdelaine (volume 4)Chapitre 6 sur 18 · LOC · texte numérisé non relu

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MARIA pie 35

son fils et que mon nom était pareil: F rançois Paradis. S1 j'avais eu plus de capital, j’arais pu ‘faire gros d'argent avec eux... gros d’argent.

Il semblait un peu confus d’avoir tant parlé, et se leva pour partir.

. ::—3 Nous redescendrons dans quelques semaines, et “je tâchérai de, marrêter plus longtemps, dit-il encore. C’est plaisant de se revoir!

Sur le seuil, ses yeux clairs cherchèrent les yeux de Maria, comme s’il voulait emporter un message avec lui dans les “grands bois verts” où il montait; mais il n’emporta rien. Elle craignait, dans sa simplicité, de

s’être montrée déjà trop audacieuse, et tint obstinément les yeux baissés, tout gomme les jeunes filles riches qui reviennent ayec. des mines de > pureté inhumaine des Couvents de Chicoutimi.

Quelques instants plus tard, les deux femmes et Tit’ Bé s’agenouillèrent pour la prière de chaque soir. La mère Chapdelaine priait à haute voix, très vite, et les deux autres voix lui répondaient ensemble en un murmure indistinct. Cinq Pater, cinq Ave, les Actes, puis les longues litanies pareilles à une mélopée.

‘Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort...

‘Cœur Immaculé de Jésus, ayez pitié de nous...

La fenêtre était restée ouverte et laissait entrer le mugissement lointain des chutes. Les premiers moustiques du printemps, attirés par la lumière, entrèrent aussi et promenèrent dans la maison leur musique aiguë. Tit’Bé, les voyant, alla fermer la fenêtre, puis revint s’agenouiller à côté des autres.

‘Grand saint Joseph, priez pour nous...

‘Saint Isidore, priez pour nous...”

En se déshabillant, la prière finie, la mère Chapdelaine soupira d’un air de contentement:

— Que c’est donc plaisant de recevoir de la visite, alors qu’on ne voit presque qu'Eutrope Gagnon d’un bout de l’année à l’autre. Voilà ce que c’est que de rester si loin dans le bois... Du temps que j'étais fille, à Saint-Gédéon, la maison était pleine de veilleux quasiment tous les samedis soirs et tous les dimanches: Adélard Saint-Onge, qui m’a courtisée si longtemps; Wilfrid Tremblay, le marchand, qui avait une si belle façon et essayait toujours de parler comme les Français; et d’autres... sans compter ton père, qui est venu nous voir quasiment toutes les semaines pendant trois ans avant que je me décide...

Trois ans... Maria songea qu’elle n’avait encore vu François Paradis que deux fois dans toute sa vie de jeune fille et elle se sentait honteuse de son émoi.

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