ACTE PREMIER
ment de trop vous couvrir ou de ne pas vous couvrir assez selon les heures... enfin, si vous avez confiance en moi.
SIMONE
Je ferai tout ce qu'il faudra, docteur, mais je suis bien résignée, allez!... Seulement, c'est dur. (crise ne larmes.) Oul, c'cst vrai, il y a une chose surtout qui me désespère. Je veux bien, puisqu'il le faut, mourir jeune. Mais, je voudrais, auparavant, avoir vécu comme les autres femmes. La plupart de mes amies sont mariées. Les autres, il y a des hommes qui les aiment, qui leur font la cour... On ne me l'a jamais faite, à moi. Je ne saurai donc pas ce que c'est que d'être aimée, d'être épouse, d'être mère... Je ne suis pas laide... J'ai rencontré plusieurs fois des jeunes gens à qui je plaisais certainement et qui, d'abord, avaient l'air de m'aimer... Et puis, tout d'un coup, leurs manières changeaient; ils cessaient de me traiter comme une jeune fille; ils venaient de s'apercevoir que ce n'était plus la peine... Cela se voit donc presque tout de suite que je vais mourir?... C'est cela qui est triste.
LE DOCTEUR
Le plus triste, mon enfant, c'est cet entêtement à vous croire plus malade que vous n'êtes.
SIMONE
Bon docteur!... Mais que faire contre une idée qu'on a toujours, toujours, malgré soi? Elle est si bien là, cette idée (EUe touche son front.) quc Cela me rend toute sotte et comme honteuse avec les personnes que je ne connais pas... Tenez ! votre ami, M. de Tièvre... eh bien, il doit me prendre pour une petite bête.
LE DOCTEUR
Mademoiselle Simone, vous devenez coquette : donc, vous allez mieux.
SIMONE
Coquette, moi? Oh ! non. Je suis trop sûre, hélas ! de plaire sans effort, comme une petite chose fragile : je n'ai donc pas de frais à faire... Il n'est pas mal, M. de Tièvre, et je le crois bon. Mais j'ose à peine lui parler et le regarder. J'ai peur de sentir encore que, pour lui comme pour les autres, je ne suis qu'une petite malade qu'il faut traiter doucement, puisqu'elle va s'en aller. Tout le monde est bon pour moi, personne ne se fâche de mes caprices. Mais cette bonté même et cet air d'attendrissement que chacun pi'end à mon approcfie me rappellent à chaque minute ce que je voudrais oublier. Ah ! si je pouvais être aimée autrement, rien qu'un peu!... J'aimerais tant qui m'aimerait pour autre chose que ma faiblesse et ma pâleur !...
MADAME AUBERT, se levant et s'approchant, arec Marihe.
Es-tu bien reposée, Simone?
SIMONE
Oui, maman.
MADAME AUBERT
11 est temps de rentrer, mon enfant. Au revoir, docteur.
Msdamo Auberl, Simone cl Mnrllic sorlt*nl par la droile.