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MARIAGE D'AMOUR r?3
tenue au courant de tout, — sachant que Marie va mettre un enfant au monde, elle a du se dire que sa vengeance, qu'elle n'avait pu faire retomber sur nous, elle la ferait tomber sur celui qui va naître.
— Serait-ce possible?... Ah! moi aussi je l'ai craint, mais j'ai voulu chasser cette pensée. Comment, un pauvre être innocent?...
Hanté par cette appréhension, — poursuivit le comte de Saint- Florent, — j'ai fait prendre d'une façon confidentielle des renseignements par notre représentant anglais. Eh bien ! lady Warder a quitté Londres en ordonnant à ses gens de garder les lettres qui arriveraient à son adresse, sans donner d'autre explication, en indiquant seulement qu'elle serait de retour dans un mois à peu près. Vingt jours se sont écoulés depuis; et, dans un court délai, Dieu, nous aura donné un petit ange. Est-ce que nous nous le laisserons ravir/
Lucienne joignit ses mains, et une prière fervente, désespérée, monta, de son cœur, vers le ciel.
Mais il ne fallait pas se contenter de prier; il fallait agir!
Une heure après, l'un et l'autre étaient de retour à la petite villa de la roule de Versailles.
Mignonnette, qui ne les attendait pas sitôt, ressentit une vive joie: elle eut voulu leur sauter au cou ; mais allourdie par le dernier terme de sa grossesse elle leur tendit ses bras.
M. de Saint-Florent la laissa entre Lucienne et Jacqueline, ces deux affections sublimes, et alla trouvfr le père Berthier.
Et là en présence de ^a femme, il le mit au courant de ce qu'il avait appris et de ce qu'il redoutait.
L'ancien garde lança un juron terrible, tandis que la bonne et courarageuse vieille balançait sa tèle blanche, se demandant « pourquoi le bon Dieu permettait de telles méchancetés ».
Il fut alors convenu que le père Berthier veillerait chaque nuit.
M. de Saint-Florent avait proposé de partager la faction entre l'énergique vieillard, et .Maurice.
— Bah ! laissez dormir le petit. J'en ai monté des factions, du temps que je servais sous les ordres de son père, j'y suis habitué.
Et fermant le poing :
— Ah ! malheur pour qui se trouvera au bout de mon revolver!
Le jardinier qui travaillait, silencieux et soucieux à quelque distance s'approcha alors.
11 avait entendu la menace du père Berthier; elle cunlirniait certaines remarques qu'il avait faites et aussi les réflexions qui lui étaient venues depuis son dernier entrelien avec l'agent de Léona dans une guinguette.
n24 MARIAf.E D'AMOUR
Et semblant se débarrasser d'un fardeau, il avoua, à M. de Saint- Florent, la connaissance qu'il avait faite, il y avait déjà quelque temps, du baron de Favrol, qu'il prenait alors pour un artiste, ainsi qu'il le disait.
Il ajouta que, au commencemcnL de cette semaine même, cet inconnu l'avait invité à boire et quelle trahison il lui avait vaguement proposée.
Le jardinier était tracassé depuis ce moment, et il lui semblait qu'il soulageait sa conscience en avertissant M. de Saint-Florent.
Le comte et l'ancien garde échangèrent un regard prompt.
Le danger n'était pas supposé.
Le père de I\]ignonnette demanda alors le portrait de cet homme.
Le bandeau que ne cessait de porter l'agent, le complice de Léona, depuis l'effroyable blessure qui lui avait foi le le jeune matelot, ne lui permit pas, d'abord, de fixer ses soupçons.
Mais à certains autres détails, une clarté se fit dans son esprit.
La taille de cet homme, son accent qu'essayait de reproduire le cultivateur, se rapprochaient de la taille, de l'accent particulièrement reconnaissable du baron de Favrol.
— L'àme damnée de Léona ! — murmura à voix basse le mari de Lucienne. — Ainsi, c'était lui... encore et .toujours lui!
Et, les dénis serrées, son regard assombri, regardant au loin, il sembla chercher ces ennemis implacables.
Il avait été trop crédule, trop généreux; le besoin, ses vices davaient de nouveau rapprocher Favrol de l'ancienne courtisane, le mettre à sa merci, en faire l'exécuteur de ses abominables desseins.
— Ah! — gronda-t-il. — J'ai eu tort de l'épargner. Mais cette fois, plus de pitié.
Et, se tournant vers le jardinier:
— Si cet homme revient, laissez lui croire que vous consentez à être son complice et avertissez-moi.
Mais Favrol était là( lie : soupçonnant peut-être, quelque indiscrétion de la part de l'homme qu'il avait essayé de corrompre, il était douteux qu'il s'exposât.
D'autant plus qu'il possédait les vingl-cinq raille francs qu'il avait réussi à soutirer à Léona et qu'il ne voulait pas risquer de perdre.
Quant à M. de Saisit-Florent, il n'hésita jias à mellre Lucienne au courant des révélations qui venaient de lui être faites.
Et il fut entendu qu'eux-mêmes s'installeraient des ce jour auprès de Mignonnetle, puisqu'il était Irop tard pour la conduire soit à Saint- Germain, soit à l'hôtel du bois de Boulogne où la surveillance eût été plus facile et les projets de Léona et de ses complices moins à redouter.
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