REGLEMENT D UN VIEUX COMPTE
Lady Warder avait donc attendu le lendemain d'une visite de sa fille à M"'^ Donnel pour faire son coup, afin de ne pas risquer d'être rencontrée, reconnue par elle.
Elle ne se doutait pas qu'elle était encore revenue ce jour-là, avec l'officier de marine, et que quelques minutes plus loi, elles se sciaient trouvées fiice à face.
Hector Brémontier avait amené aussi Malice, car il désirait offrir, à la jeune mère, un meuble incrusté qu'il avait autrefois rapporté du Tonkin.
Sa tâche accomplie, le jeune matelot était allé se promener dans la campagne : attiré par la vue du bois, il n'avait pas tardé à apercevoir la voiture de Favrol.
L'aspect du bandeau porté par le complice de Léona lui rappela l'homme qu'il avait marqué en tombant du mur de la villa de M. de Saint- Florent.
— Tiens, c'est sur le côté droit, comme mon individu de Saint-Germain, — inarmonna-l-il. — Et, ma foi, s'il. avait l'ait moins noir, et si celui-ci n'était pas un gentleman bien habillé, je jurerais qu'il a dans la corpulence, dans la taille quelque chose qui rappellerait l'autre.
S'avançant, il parut tout à coup à découvert.
Favrol l'aperçut et brusquement son visage s'altéra. Ce marin-là, tandis qu'il attendait Léona, pour l'iiii- avec elle, et tandis aussi que Brémontier qui avait avec lui un tel compte à régler, ('lait à Paris, chez Maurice Donnel, peut-être ?
— ... Je vais aviser le parquet, c'est mon devoir. Le reste vous regarde. (P. 174i.)
Êiait-ie bien là l'eiïet d'un hnsatd? Hirmonlier ne se trouv;iiL ii |t.s à fjuel(|iic dislance? Et ce niah loi lui-niènie?...
Le souvenir de sa dernière lulte à Saint-Germain, Iiitie (|ni l'avait stignnatisé en plein visage lui traversa l'esprit, et un frisson le secoua.
Instinctivement, il envoya alors la main au bandeau qui cachait la cicatrice encore sanguinolente de sa joue.
Malice vit son trouble, son mouvement révélaleur, e ses soupçons
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s'accrurent tout à coup par le fait de la rencontre de cet homme, cache là, avec ses chevaux, à .côté justement de la villa hahitée par la iille du comte de Saint-Florent.
Il flairait l'ennemi.
Et saluant Favrol avec une espèce de rire nerveux :
— 11 fait hien beau, n'est-ce pas, monsieur?
— En eflul, il fait assez beau, — répondit le complice de Léoiia, d'une voix troublée par le regard fixe du marin.
— Mais on dirait que c'est bien la voix que j'ai entendue, quand j'ai sauté sur l'homme à Saint-Germain, — pensait le matelot.
Et son regard, revêtant une acuité plus grande, il continua à marcher vers lui.
Favrol, inconsciemment, recula, jetant un regard rapide sur le sentier où devait païaître Léona, sentant l'envie de se dérober, de fuir ce nouveau venu.
— El vous êtes malade, tout de même, avec ce beau temps... vous •souffrez des dents, à ce que je vois, — articula encore l'ordonnance de Brémonlier, avec une expression étrange.
Et sans laisser à de Favrol, blêmissant, le temps de balbutier une réponse :
— Vous avez peut-être tort de porter un bandeau, comme ça, je m'y connais. Et si vous m'en croyez...
Avec une audace soudaine, décidé à se rendre compte, il porta vivement la main au bandeau posé sur sa joue par le complice de Léona.
Ce dernier fit un bond, affolé, prêt à la défensive.
Mais l'étoffe s'était déplacée, le stigmate révélateur de sa joue apparut, et en même temps, le jeune marin, lancé en avant comme une bombe lui tomba dessus.
Il avait vu, il ne pouvait plus douter : cet adversaire d'autrefois qu'il désirait tant rencontrer, il se trouvait enfin face à face avec lui; et dans des conditions indiquant sans doute encore quelque lâche complot!
Il l'avait empoigné en pleine gorge pour être sûr qu'il ne lui échapperait pas cette fois.
Et ils roulèrent l'un sur l'autre dans le sable.
— Ah! gredin, je te retrouve! — grondait Malice. — El au moment ou tu allais faire quelque coup de ta façon! jSous avons un vieux compte à régler. A nous deux!
Favrol se déballait avec l'énergie du désespoir.
MARIAGE D'AMOUn 1739
Un moment, il se releva, cherchant à frappei* le matelot en pleine poitrine, à sauter dans la voiture et à fuir, abandonnant Léona.
Mais Malice était vigoureux quoique jeune. Un paysan qui labourait à quelque distance ayant vu la lutte hésitait à s'approcher.
— A moi! — lui cria le marin. — C'est un repris de justice. Je le tiens. A moi donc!
Alors le paysan prit sa course. Favrol se vit perdu.
— Dix mille francs pour toi, si lu me lâches! — souifla-t-il à Malice. Pour toute réponse, l'ordonnance d'Hector Brémontier lui tordit les
poignets en arrière, afin de le mettre hors d'état de nuire. Le misérable lança une imprécation vers le ciel.
— Enfer et damnation!...
Il avait raison... L'enfer même l'abandonnait.
Pas seulement le moyen de se saisir de l'arme dont il s'était muni! Les mains de Malice semblaient de fer sur ses poignets. Le paysan venait à son tour de poser sa lourde main, sur lui et aidait le marin à ligotler son prisonnier.
— Faut le conduire à la gendarmerie, avec sa voilure, — disait-il. Le misérable grinça des dents, mais il était vaincu; et bien vaincu!
Une demi-heure après, Favrol dont la joue s'était remise à saigner dans la lutte, livide, décomposé était entre les mains des représentants de la loi.
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