‹ [Mariage d'amourChapitre 13 sur 109 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

A cette question, dame Betsy crut tenir la somme qu'elle désirait et redevint aimable.

— Oh ! dear, ce n'est pas cinq livres que valait voire jeu, mais des centaines de banknotes.

M™' Raymond reprit son air hautain.

— Et cela, parce que mon jeu a dit des choses qui avaient ce prix ?

— Oui, dear ; oh ! oui, des choses hors de prix.

Est-ce que par hasard cette vieille entremetteuse voudrait la faire chanter?

Cette pensée vint à M°" Raymond. Elle se rappelait parfaitement tous les détails des explications lues par la tireuse dans le jeu de cartes.

— Que disait donc mon jeu? — demanda-t-elle. — Je ne me souviens de rien, ce qui prouve que, pour moi, vos explications n'avaient pas grande valeur.

— Oh ! dear, vous ne disiez pas cela, ce jour-là.

— Voyons, que disait-il?...

Dame Betsy la regardant bien en face :

— Je ne vous donnerai que le résumé de votre jeu, ce serait trop long autrement... à moins que vous ne vouliez que je vous le fasse encore aujourd'hui.

— Merci, merci, j'ai à sortir... et puis je n'ai pas encore payé le premier... Alors... il disait...

— Que vous réussiriez dans tous vos projets, mais...

— Mais?...

— A condition de renoncer à voire haine pour une femme blonde... La tireuse de cartes s'arrêta.

— Ce n'est pas beaucoup, si mon jeu n'a dit que cela... et ça ne vaut pas cher.

L'entremetteuse, oubliant son ton mielleux habituel, répliqua, avec les lèvres serrées :

— Mais votre réponse... elle vaut cher, my dear.

Léona senlit un flot de sang lui monter au visage. Ainsi c'était vrai. Elle avait deviné, c'était bel et bien du chantage. On voulait exploiter l'exclamation qui lui était échappée et qui l'avait trahie.

Ah ! on voulait la faire chanter!... elle allait se rebiffer, et museler cette vieille coquine.

— Bien, — fit-elle, — de son ton méprisant. — Vous dites que je vous dois ?

Mistress Betsy crut avoir dompté M""' Raymond en ayant mis le doigt

sur la plaie. Elle crut pouvoir être plus qu'exigeante, et sans hésiter elle dit :

— J'avais à payer une petite facture..., cinq livres sterling... Mais à cause des cartes..., pour vous qui êtes riche (elle insista sur ces derniers mots...) un jeu comme le vôtie... vingt-cinq livres, ce ne serait vraiment pas trop...

— Vingt-cinq livres!... — répéta Léona. — Enfin!...

Elle ouvrit un secrétaire, en tira des banknoles et les posa sur un guéridon.

A cette vue les yeux de la vieille femme brillèrent.

Elle songea qu'elle aurait pu demander davantage. Elle s'en voulait de ce qu'elle appelait déjà une stupide maladresse.

— Voici ce que je vous dois, n'est-ce pas ? — prononça M""' Raymond. Elle laissait l'argent sur le petit guéridon où elle l'avait mis, mais ne

le tendait pas à la tireuse de cartes.

Celle-ci n'osait pas avancer pour le prendre; pourtant elle se dressa, préférant les banknotes dans sa poche que sur cette table.

Et, répondant à la question de son interlocutrice avec un regret visible de n'avoir pas exigé plus que cela, elle répliqua :

— Oui, dear Madame.

Elle était debout; mnis ne possédait pas encore les banknotes.

— Asseyez-vous une minute, — invita alors M'"^ Raymond. — Non seulement je veux vous payer largement, mais je vais vous rendre un service par surcroît.

Et, s'avançant vers son ancienne hôtesse :

— Donnez-moi votre main ?

N'ayant aucune idée de ce que voulait faire la jeune femme, dame Bctzy tendit machinalement sa main.

CIIIROMANCIB

M"" Raymond décida de remettre sa visite à lord Warder à un peu plus tard, afin de prendre sa revanche sur celte vieille entremetteuse.

Sans lâcher la main de la marchande à la toilette, elle s'assit sur un fauteuil, tout près d'elle.

MARIAGE D'AMOUR i005

Puis, fixant l'intérieur de sa main, ella resta un moment sans parler.

Mistress Betsy se demandait à quoi elle pensait, et ce qu'elle voulait faire d'elle.

~ Vous savez tirer dans les cartes, — dit enfin Léona, — moi, je sais lire dans les lignes de la main.

La marchande à la toilette essaya de s'esquiver.

Mais M™* Raymond la tenait bien et continuait à avoir l'air de l'étudier.

— Je vois de drôles de choses dans ces lignes... et je n'y ai encore jeté qu'un coup d'œil. Voulez-vous que je vous dise quoi?...

Le visage de dame Betsy commença à montrer quelque inquiétude.

Elle croyait sans doute à la véracité de ses cartes... Les lignes de la main pouvaient bien être aussi sincères.

M""^ Raymond la regardait à la dérobée, par-dessous ses cils et apercevant ce commencement de frayeur, prenait sa revanche.

— Sans payer! — fit-elle, en riant.

La tireuse de cartes n'osa dire non ; elle laissa sa main à M™' Raymond, tout en tremblant un peu.

Celle-ci regardait gravement les lignes qui se croisaient en tous sens et, tandis que la tireuse de cartes croyait la chiromancienne plongée dans ses études, Léona songeait:

— Comment vais-je débuter? Il faut que je fnippe son imagination d'abord, et, ensuite, comme ma science ne va pas loin,... je m'inspirerai du tour de la conversation.

Alors, brusquement, elle lui dit:

— Vous devez aimer les combats sanguinaires...

-^ Vous dites ! — s'écria la vieille dame croyant avoir mal compris. Léona reprit sans sourciller:

— Vous devez aimer les combats sanguinaires. Mistress Betsy leva ses yeux au ciel.

— Si c'est Dieu possible!... les combats sanguinaires!... Moi... Oh! shocking! Et où voyez-vous ça, Seigneur!

La chiromancienne de circonstance posa gravement son doigt sur le mont de Mercure et dit ce seul mot :

— Là!

Elle eût été bien embarrassée de dire ce qu'il y avait sous son doigt.

— Mais ce n'est pas vrai, — disait, en secouant sa main, l'entremeiteuse, tout à fait crédule en la science de Léona, devant l'aplomb que celle-ci montrait.

M""' Raymond l'interrompit.

— Ah! VOUS n'y croyez pas, eh! bien, reprenons, ou plutôt continuons.

Et elle reprit :

— Je vois deux lignes là, qui signifient que votre vie est partagée en deux parties tout à fait distinctes.

— Je ne comprends pas! — souffla la vieille.

Ah ! certes, elle craignait de trop comprendre. Comment serail-ce possible que l'on pût voir ainsi dans sa main ce qu'elle tenait tant à cacher... ce pourquoi elle prenait tant de précautions...

Laisserait-elle poursuivre M'"^ Raymond, ou bien était-il préférable de lui retirer sa main ?

D'abord, son ancienne pensionnaire lui avait dit qu'elle aimait les luttes sanglantes. Et maintenant...

La curiosité l'emporta sur la peur, elle attendit.

Léona voulait, le plus possible, faire croire à celle qui avait essayé de la faire chanter qu'elle était très forte en chiromancie.

Aussi, allait-elle lentement dans ses explications, ne voulant pas se trahir, et laisser comprendre que ce qu'elle disait, elle l'avait vu.

— Vous ne comprenez pas? — questionna Léona. — Moi je ne puis dire que ce que je vois. Deux lignes, c'est-à-dire deux existences, comme si vous en aviez une de publique, au grand jour, et une autre cachée.

La vieille dame blêmit.

— Si on peut dire, — s'exclama-t-elle, — moi qui n'ai pas une pensée même de cachée...

Léona se complaisait dans la comédie qu'elle jouait.

— Ah ! je n'en sais rien, — répondit-elle aux exclamations de la marchande à la toilette. — Je ne sais rien. Je parle... je dis ce que je vois dans les lignes de votre main, voilà tout.

Et elle ajouta :

— Si vous voulez, je ne continuerai pas.

La lîne mouche avait deviné que la curiosité de la vieille dame était surexcitée au plus haut point, et elle lui offrait de ne pas continuer avec la certitude qu'elle serait la première à lui demander de le faire.

Dame Belsy était fortement émue, par ce que Léona venait de lui dire, mais elle se disait que les détails, les lignes de sa main ne pourraient pas les donner.

Et ce qu'elle voulait cacher, c'était les détails surtout.

Des généralités, elle pourrait toujours ks nier.

— Oh ! peu m'importe! — lit-elle. — Si cela vous amuse, vous pouvez continuer.

MARIAGE D'AMOUU

El elle ajonla avec aplomb :

— Jusqu'à présent, les lignes n'ont rien dit de vrai,

M"-» Raymond ne releva pas ce qu'il y avait de laux dans ces paroles, elle s'empressa de poursuivre.

— Votre ligne de vie... de santé... est bonne, niais méfiez-vous des accidents qui pourraient la détruire.

— Quels accidents ?

Léona continua sans rire, les yeux toujours fixés sur le creux de la main de sa consultante :

— Oli ! j'en vois de toutes sortes, des accidents.

— Mais encore? — demanda avec intérêt la vieille dame, tout à fait reprise par le ton convaincu de M"" Raymond.

— Accidents... causés parles liquides alcoolisés... le gin...

— Le gin... grand Dieu!... Quelle horreur!

Léona l'imitant, lorsqu'elle tirait les cartes, l'interrompit vivement:

— Ne m'arrêtez donc pas... vous me troublez... je ne sais plus ou j'en suis.

Elle poursuivit :

— Accidents causés par le gin... par des veillées trop prolongées... par la faute de femmes peu... convenables.

— Mais...

— Cluit!... Colères occasionnées par un homme qui ne voudra pas payer...

— Mais...

— Taisez-vous donc, — fit Léona d'un air énervé. La vieille commençait à avoir peur.

Étail-il possible que, dans les lignes de la main, on pût voir tant de choses'.' Mais alors la chiromancie valait mieux que la cartomancie. Et si elle prêtait plus longtemps sa main à M™' Raymond, celle-ci allait savoir ce qu'elle tenait à cacher.

Éponv.intée à celte pensée, elle retira si vivement ses doigts que Léona, qui ne s'y attendait pas, les laissa échapper.

Alors... pourquoi retirez-vous votre main?

Il se fait lard, — répondit dame B-îtsy, — il laul que j'aille encore

faire une course.

Vous ne voulez donc pas que je finisse de lire votre avenir... et

votre pri'senl? — fit Léona un peu désappointée.

— Non, pas aujourd'hui.

M"" Raymond avait manqué ses plus gros efïets.

— Oh ! toi, tu veux m'échappcr, — songea-t-elle. — N'y compte pas,

la vieille. Tu as voulu me faire chanter... il faut que ce soit moi qui te tienne, et non loi qui espère me mener.

Et l'ancienne (et toujours) courtisane, habituée à toutes les tactiques, changea ses batteries, mais ne se trouva pas désarmée pour si peu.

— Bien, — dit-elle, — je continuerai ma séance un autre jour... quand vous aurez le temps... quand vous voudrez.

Mistress Betsy avança la main pour prendre l'argent qui (tait resté sur le guéridon, mais Léona avait deviné son mouvement. Et elle se plaça entre elle et la table où étaient toujours les séduisantes banknotes.

— Je suis très heureuse d'avoir vu les lignes de votre main, — reprit Léona, en continuant à se placer entre sa visiteuse et le magot qui semblait narguer celle-ci ; — car les mille rides que nous avons là sont comme un livre où est écrite toute notre destinée.

Elle répétait presque mot par mot un passage d'article qu'elle avait lu dans un journal.

— Oui, j'en suis très contente, parce que ce que j'y ai aperçu confirme certaines choses, certains détails... qui vous intéressent.

— Vraiment? — émit la vieille que le ton convaincu de M"= Rnymond finissait par influencer.

— Oui, je vois bien que ce doit être vrai, — murmura Léona comme se parlant à elle-même pour donner le change à la vieille femme, lui faire croire à sa prétendue connaissance de la chiromnncie, ayant ses projets pour cela.

Ef, comme prenant une résolution subite, la regardant bien en face :

— Connaissez-vous la taverne du Good-Boy ?

La vieille femme, prise à l'improviste par ce coup droit, considéra d'un air décontenancé celle qui lui parlait.

— La taverne du Good-Boyi...

Quel rapport y avait-il entre ses lignes chiromanciques et ceci ? Elle ne pensait même pas à la phrase de M'"' Raymond, l'accusant d'aimer les combats où le sang coulait.

Sans lui donner le temps de se reprendre, son interlocutrice accentua :

— Oui ; est-ce que vous ne la connaîtriez pas ?

Léona commençait à s'amuser de la mine de son ancienne hôtesse, tout en l'empêchant d'arriver au guéridon où les banknotes continuaient à attendre patiemment.

— Mais...

A ces mots, la vieille s'abattit dans un fauteuil. (P. 1012.)

— Voyons... rappelez vos souvenirs... une taverne située dans le quartier de VVhite-Chapel...

— White-Chapel?...

La vieille devenait un écho, mais n'osait pas répondre. M-"' Raymond poursuivait sa taquinerie, sans merci. Ah! elle avait ulu la faire chanter! Eh bien, elle allait la faire danser elle!

vo

1010 MARIAGE D'AMOUU

Oh! maintenant ce n'était rien encore,... mais tout à l'heure ce serait le bouquet.

Alors elle précisa, le ton ironique :

— Le soir même de mon arrivée chez vous.... n'avcz-vous pas assisté à nn combat entre Dog et James?

La vieille dame blêmit.

— Le souvenir vous revient, n'est-ce pas, — dit impitoyablement Léona. — C'était horrible

Mislress Betsy doutait encore de ce qu'elle entendait. Pourtant elle demanda :

— Vous y étiez?,..

— Moi? — répondit froidement M'"' Raymond. — Je vous dis que c'était horrible, voilà tout. N'avez-vous pas trouvé ?

Mistress Betsy comprit qu'elle avait été vue, qu'il valait mieux ne pas nier.

D'ailleurs elle pouvait bien avoir élé assister à ce combat comme une autre!

Mais était-ce M""' Raymond qui l'avaitvue, ou quelqu'un lui en avaitil parlé?

La vieille se remit vite : il s'agissait seulement de montrer une horreur décente pour ces atrocités. Qui oserait ensuite l'incriminer?

— Vous avez bien raison, ces combats sont affreux, aussi ont-ils lieu en cachette, avec mille précautions pour dépister la police. On y va une fois.... pour voir... pour savoir...

La vieille s'embrouillait.

— C'était la première fois quevousalliez dans la taverne du Good-Boyl — interrogea M""^ Raymond.

— Oui,dear... — n'hésita pas à répondre mistress Betsy, — et ce sera la dernière. Les amis chez qui j'étais invitée ce soir-là m'y ont amenée...

— Vilain quartier décidément, que ce White-Chapel, — interrompit Léona .

— Quartier populeux, peu riche, peu élégant par conséquent.

— Et où allez-vous en course en ce moment ?

Sans réflexion aucune, machinalement, dame Betsy répondit :

— Justement dans le quartier de White-Chapel.

Léona se mordit les lèvres pour ne pas rire. Elle détourna même la tête pour que son ancienne hôtesse ne piît lire la joie dans ses yeux.

Certes, oui, elle était contente, car la maladresse de la marchande à la toilette l'avait fait tomber en plein dans le piège que M"*' Raymond lui avait tendu.

Et cela dès les premiers mois.

Quand Léona eut redonné à ses traits toute l'impassibilité désirable, elle regarda bien en face la vieille dame et continua :

— White-Chapel ?... C'est bien dans While-Chapel que se trouve la taverne du Good-Boy.

Dame Betsy recommença à se troubler.

— Oui, — dit-elle simplement.

— Et vous allez en course dans ce quartier... Course d'affaires alors? car le quartier est bien vilain... Il faut y être obligée pour y aller.

— Mon Dieu, oui, pas beau du tout.

— Alors pourquoi y avez-vous un magasin ?

Ces mots, dits à brùle-pourpoint, amenèrent un flot de sang aux joues de l'entremetteuse.

— Comment ?...

— Oui, votre magasin de marchande...

Mislress Betsy était ahurie.

— De marchande à la toilette... poursuivit Léona.

Comment, sa pensionnaire savait cela aussi t La vieille femme se demanda un moment si elle ne ferait pas mieux de déposer tout à fait le masque.

iMais, recouvrant sa présence d'esprit, elle répliqua:

— Un magasin à la toilette, dites-vous t

— Oui.

— Qui vous a dit cela?

— Je vous ai vue y entrer et vous y installer comme chez vous.

— C'était peut-être le magasin d'une amio.

— Non; j'ai questionné... on m'a dit que vous en étiez la propriétaire.

Tout en échangeant ces phrases moins insignifiantes qu'elles n'en avaient l'air, la marchande à la toilette avait préparé des arguments.

— (Jue voulez-vous, — fit-elle,— la vie est dure.... mes rentes bien petites... Je suis vieille... que pouvais-je faire pour augmenter mes ressources /

M"" Raymond ne répondit pas. Elle voulait voir ce qu'allait lui dire

l'entremetteuse.

Mais si celle-ci comprenait que, par une circonstance qu'elle ne s'expliquait pas encoie, .M""= Raymond connaissait sa soirée au Good-Boy et l'existence de son magasin, elle était sûre que le reste elle l'iLjnorail.

Les intéressés seuls, ou à peu près, connaissaient son appartement au premier au-dessus de sa boutiijue.

Elle reprit :

— J'ai pris ce magasin justement dans White-Chapel pour ne pas être vue des amis de fou mon mari... D'ailleurs, je n'ai pas l'inlenlion de le garder... ce n'est pas dans mes goûts... et d'un si petit rapport...

La vieille dame croyait déjà avoir convaincu M"^ Raymond, lorsque celle-ci, qui attendait le bon moment pour lancer son dernier coup... coup terrible... coup de foudre pour la respectabilité de l'Iionorable mislress Belsy, lui dit :

— Monsieur Reed... ne vous aide donc pas?

A ces mots, la vieille s'abattit dans un fauteuil.

L'émolion fut si violente, si aiguë, qu'elle perdit presque l'usage de SCS sens.

Le visage blafard, le regard fixe, sans expression, elle avait un air égaré qui effraya Léona.

Elle crut avoir occasionné un malheur, une attaque... pire peutêtre, et à son tour elle eut peur.

— Voyons... voyons... dame Betsy, — reprit-elle avec intérêt en prenant les mains de la vieille, — il ne faut pas vous émouvoir ainsi parce que je connais vos petits secrets. Chacun est libre... Ce que vous faites ne regarde personne. J'ai seulement voulu vous montrer que je savais tout... ^lais je garderai pour moi ce que j'ai découvert...

Peu à peu, en écoutant ces mots, mistress Betsy avait retrouvé son calme.

Son corps s'était redres.sé dans le fauteuil. Son visage reprenait un peu de vie.

Léona voulant la calmer tout. à fait ajouta :

— Tenez, soyez contente, je m'inscris au nombre de vos clientes. Et comme la vieille la regardait d'un air hébété, elle reprit :

— Entendons-nous, comme cliente, je veux dire que vous pourrez venir prendre chez moi, pour votre magasin, toutes les robes, tous les vêtements qui ne me plairont plus et que, souvent, j'ai à peine mis.

Mistress Betsy retrouvait la tranquillité que le nom de M. Reed lui avait fait perdre.

Ce nom, Léona, ainsi qu'on se le rappelle, l'avait entendu prononcer par une des deux femmes qu'elle avait rencontrées près du magasin de dame Belsy.

— ^]. Reed n'est pas encore arrivé ce soir, — avait dit celle femme.

Et, à tout hasard, Léona avail lancé ce nom. L'effet avait été foudroyant.

Maintenant, mistress Betsy comprenait que sa pensionnaire savait tout et, ayant surmonté le malaise qu'elle avait éprouvé, elle se dit :

— Puisque, malgré cela, M"" Raymond m'autorise à pénétrer chez elle, c'est qu'elle a réellement l'intention de taire ce qu'elle a découvert. Faisons bonne contenance.

Elle se dressa tout à fait.

— Vous devriez prendre quelque chose, — fit son ex-pensionnaire. — Cela vous remettra tout à fait. Venez.

Les deux femmes sortirent se dirigeant vers la salle à manger. Non sans que M""^ Raymond eut tout d'abord la précaution de reprendre prudemment les banknotes qu'elle avait étalées sur le guéridon.

Page 1