C.VPTATION
Au reçu de la lettre de Léona, l'artiste peintre avait couru chez
elle.
Elle le reçut avec le sourire captieux qu'elle laissait, avec un art si irrésistible, tomber sur ceux qu'elle voulait troubler.
— Elii bien, — susurra-t-elle, — la surprise est-elle à votre goût? Il lé pondit :
— Elle est digne de celle à qui je la dois. Votre portrait à faire. Ah ! c'est avec amour que je vais y travailler.
— Vrai?...
— Vous en doutez?
MARIAGE IJAMOUR 107'
Elle eut un mouvement ironique de ses belles épaules, si^niliant que les paioles des hommes, à ce sujet, sont bien légères souvent.
Pierre JNormand voulut prolester, la sirène lui lerma la bouche avec sa main : il en baisa la peau parfumée.
Après ces préambules dans la galanterie desquels elle se complaisait, chatouillée dans son élégance de femme aim;int à être courtisée, et trouvant chez l'artiste un reste flatteur des manières du grand siècle, elle mit son persistant adorateur au courant de tout son projet.
La première impression du peintre avait été un certain désappointL'iiient.
Comment, il n'aurait point la sensation délicieuse de l'isolement, du tèle-à-tête, durant la confection de ce portrait qui devait les réunir pendant de si longues heures?
Elle dirigea vers lui la flamme voilée de son regard, aiguisée par l'ironie moqueuse.
Ignorait-il donc l'attrait plus incilant du manège secret de l'amour en présence de qui il faut dissimuler?
Mais sans gêne, sans diflicullé, tout serait sans attrait !
Le peintre alors avait admiré son imagination hardie.
Certes, oui, il y avait une certaine témérité à jouer le jeu dangereux auquel ils allaient se livrer devant l'homme qu'elle devait épouser.
Mais, ainsi qu'elle l'affirmait, la difficulté double le charme des plaisirs, et à son tour il trouvait dans ces séances de pose, dans la future chambre nuptiale, un piment inaccoutumé.
Mais c'est surtout à M""' liaymond qu'allait son admiration.
Et il la résumait en lui-même par cette pensée :
— Ah ! ces Parisiennes !
Au cours de cette entrevue, il avait été convenu (jue l'artiste peintre irait en conséquence faire visite à lord Warder.
L'ancienne courtisane en fixa elle-même le moment.
Le lendemain, à l'heure convenue, Pierre Normand se présentait à llyde-Park.
Léona se trouvait dans la chambre de lord Warder, naturellement, puisqu'elle avait fixé elle-même, à cet instant, la visite de l'artiste.
Le blessé lui le nom gravé sur la carie qu'un latiuais venait de lui présenter sur un plalcau or ciselé.
— C'est le peintre dont vous m'avez parlé, — dil-il.
— C'est un visiteur, en tout cas, je vous laisse un instant, — réjiondil sa couîpagnc.
El elle passa dans le boudoir (|ui avait été aménagé à son intention.