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INSOMNIES

Un précédent chapitre porte ce litre : Betour au Foyer.

Ce retour au foyer, c'est la venue du jeune lieutenant de vaisseau, Hector Brémonlier, chez M. et M""^ de Saint-Florent.

« Retour au foyer! » et l'infortuné n'a plus ni famille, ni parents proches ou éloignés!...

Ironie !

Son foyer, n'est-ce pas l'hôtel meublé, la chambre triste dans laquelle uti inconnu a couché la veille, où un autre viendra le remplacer le lendemain?

Pour lui, il n'est donc plus de foyer familial. Pourquoi avoir appelé ainsi sa venue dans la villa de Saint-Germain? Pourquoi? c'est que des cœurs alTectueux lui sont restés fidèles.

En effet, lorsque fut achevé ce repas où Brémontier venait d'être obligé de raconter ce qu'il avait accompli" et ce qu'il avait souffert, lorsque la soudaine retraite de M"' Raymond en eut hâté la fin, Maurice Donnel, sur un mol de sa tante, s'approcha de l'officier de marine.

— Tu dois être fatigué, mon brave ami; viens, je vais te conduire à ta chambre.

— A uia chambre?

— Oui. Tu ne penses pas que nous allons te lâcher maintenant que nous le tenons.

Kl, s'cmparanl d(i ses mains :

— Tu ;!s tiois mois, six mois do congé peut-être même; car l'on le doit bien ra. Kh bien! tu les jiasscras ici. Tu iras à Paris tant que tu voudras, libciic, libcrtas. Mais à pailir d'aujourd'hui je deviens ton frère

L'olticier de mariiie, tenant <es molms nyes au poiguot de riiomnii; incuiiim... ,P. l^^yi.j

pour de vrai, et noire Migiionnelle ta petite sœur, et, lu sais, elle commandent les petites sœurs, et qlle. veut que lu demeures avec nous. Aux premiers froids, retour à Paris...

El glissant un sourire pjein d'espérance vers sa fiancée:

— Avec envolée près de Versailles.

Se reprenant :

— Ainsi donc nous raccaparons.

1386 MARIAT.E D'AMOUR

Et ému, il ajouta encore :

— Mon pauvre anni, après tout ce que tu as enduré, ce qu'il te faut c'est une famille. Eh! bien, nous en serons une pour toi, une vraie, tu verras, jusqu'au jour où tu feras ton nid, car, malgré tout, j'ai bonne espérance.

— Oui, — insista M. de Saint-Florent, — restez avec nous, cela nous fera plaisir et vous fera du bien. Les vacances de Saint-Cyr ne sont pas encore écoulées et Maurice est aussi des nôtres jusque-là. Du reste, à part son service qu'il a toujours fait héroïquement, la mort dans l'âme, durant la cruelle maladie de Marie, depuis le jour où ce malheur a fondu sur nous, il a vécu ici : votre chambre sera voisine de la sienne.

Hector Brémontier secoua la tête.

— Certes, répondit-il, il était profondément touché : nulle consolation ne pouvait être plus grande pour lui !

Mais, on le comprenait, il valait mieux qu'il refusât. Et, comme on insistait :

— Pourquoi me contraindre à m'expliquer? M"^ Raymond est encore très souffrante; elle a besoin de ménagements. Ma présence ne lui est pas sympathique, je le vois. Eh! bien, les rapports de chaque jour qu'entraînerait ma présence ici ne pourraient que lui être nuisibles... et pénibles.

Maurice leva les mains au ciel.

— Et pourtant elle t'aime, j'en suis sûr. Hector Brémontier eut un rire amer.

— Elle m'aime, prétends-tu, et ma vue la met en fuite.

— Elle pleurait en partant, — rectifia Mignonnette d'un ton grave.

— Ah! ma tête se perd! — gémit l'officier de marine. Et se raidissant :

— N'importe, il faut que je parte. Oh! — ajouta-t-il, en s'adressant à M. et à M""^ de Saint-Florent, — croyez que je sens combien votre offre est charitable et généreuse; croyez qu'il m'eût été doux de faire, pendant quelque temps, halte à votre foyer, moi qui n'ai plus de foyer. Toute ma vie je me souviendrai de votre offre. Mais pour elle, pour moi, il vaut mieux que je m'en aille. Je reviendrai parfois, de loin en loin, et je penserai à vous, à cette demeure, récemment épt-ouvée, aujourd'hui si tranquille et si calme.

— Brave cœur, va! — murmura le fiancé de Mignonnette.

Puis retrouvant sa gîuté qui lui était revenue en même temps que la santé revenait à sa Mignonnette bien adorée:

— Mais, pour ce soir, bernique, le dernier train vient de partir. On te garde donc prisonnier. Ah ! l'on ne t'attachera ni les mains ni les pieds.

La nuit porte conseil. Et si, demain matin, après le chocolat, tu es toujours décidé à nous quitter, eh! bien, l'on le rendra la liberté.

Lolficier de marine dut se résigner. Mais celte nuit passée au milieu des amis par lesquels il venait d'être si chaleureusement reçu, cette nuit passée sous le même tuit que Berlhe ne devait que lui rendre ensuite le départ plus pénible, se disait-il.

Rentré dans la chambre qui lui avait été préparée, au second étage, non loin de celle de Maurice, il éteignit sa lampe et resta assis contre la fenêtre ouverte, à rêver, à méditer.

Les sujets de réflexion ne lui manquaient pas.

Une grande partie de la nuit s'écoula ainsi, sans qu'il songeât à quitter cette place, à aller demander l'oubli au sommeil.

11 pouvait être environ deux heures du matin, lorsqu'il crut entendre marcher avec précaution dans le jardin.

Les chiens avaient grondé un moment, mais sans qu'il y prêtât attention : ils s'étaient tus depuis.

Est-ce que le promeneur nocturne leur était connu.?... Mais, en éeoulant, Hector Brémonlier semblait distinguer le bruit de leurs mâchoires dévorant une proie.

On leur avait donc jeté quelques morceaux de viande pour les faire taire.

— \oilà qui me paraît singulier, — pensa le lieutenant de vaisseau. Et il avança prudemment la tête, afin de voir sans être vu,

— Un visiteur qui prend tant de précautions ne peut être qu'un malfaiteur... ou un amant.

Cette dernière pensée lui fit un mal affreux.

Un amoureux?... De qui?...

Pas de la fille adoptive de madame de Saint-Florent, certes.

— M"' Marie paraît trop chérir Maurice pour qu'elle puisse seulement être soupçonnée.

Mais alors?...

Pour qui donc ce larron d'honneur venait-il en ce caa?. . .. Pour qui donc, sinon pour Derthe?

L'ollicier de marine serra ses poings en un accès de désespoir, de rage muette.

Ah! il comprenait, à présent, les dédains de la jeune fille, son indifférence, sa hauteur: Mais son émotion, ses larmes?... Eh! ne pleure-t-on pas au théâtre!... Et parlois l'on a des regrets, des remords fugitifs et involontaires.

Oui, tandis que lui la respectait si pieusement, un autre venait à la faveur de la nuit, et alors que se passait-il? 0 rage !...

— Misérable fou que je suis ! — gronda le lieutenant de vaisseau. Cependant une pensée généreuse lui vint, car l'homme épris se rattache

malgré tout à son amour. C'était donc un remords... sincère?

L'émotion de Berthe tandis qu'il parlait quelques heures auparavant à la veillée, paraissait autre chose que l'attendrissement banal causé par un récit émouvant. Oui, cela semblait bien être de la compassion vraie, et même plus encore. C'était donc un remords... sincère?

Ce raisonnement, monté de son cœir, commençait malgré lui à ébranler ses doutes, lorsqu'une tête parut à une fenêtre du premier étage.

Les facultés visuelles d'Hector Brémonlier étaient accrues par l'habi-' tude de la navigation, les longues heures de quart dans la nuit sombre à sonder l'horizon profond; il distingua alors une tête de femme.

Tout à coup sa main s'agrifïa sur son cœur: il venait de reconnaître M"= Raymond.

— Maudite comédienne! — râla-t-il, rejeté soudain dans son abîme de désespoir. — Oui, comédienne, car il n'en pouvait plus douter, ses marques de sensibilité à l'audition des malheurs de Brémontier n'étaient que supercherie, que mensonge, afin de mieux cacher sa dépravation secrète.

Et la preuve, c'est qu'elle veillait, attendant certainement l'homme habitué à ces rendez-vous, cet homme qui venait chargé de quelque appât pour que les chiens ne dénonçassent pas sa présence. C'était indéniable.

— Ils ont bien tout prévu! — murmura Brémontier. — Froideur hautaine de sa part, afin que je ne m'attarde pas ici à la gêner, émotion feinte afin que nul ne se doute de son vice, départ soudain afin d'abréger cette veillée qui dérangeait probablement ses- projets. El moi je l'aimais, purement, saintement; je la vénérais. Et même alors que, martyrisé par les faces jaunes, ma vie ne tenait plus qu'à un fil, c'est son souvenir, c'est elle que j'invoquais comme mon bon ange.

Il brandit son bras, invisible dans les ténèbres, il tendit ^le poing vers la jeune fille, vers l'homme qui se rapprochait.

— Malédiction! — gronda-t-il sourdement.

M"' Ra\mond avait cru percevoir un bruit de voix indistinct au-dessus d'elle, et elle releva la tête.

Mais elle ne vit personne, l'officier de marine s'étant vivement eflacé.

Et il continua à fixer la partie du parc d'où venait ce bruit étouffé de marche.

Soudain, une ombre apparut dans le jardin, émergeant de dessous les arbres, ;'i l'endroit même où, l'jiprès-midi, à son arrivée, il avait aperçu les deux jeiincs filles.

— Il connaît la place! — pensa amèrement le jeune homme. — Et j'assisterai à leurs caresses, à leurs étreintes, et je ne châtierai pas le miséiable, le voleur d'amour qui me l'a dérobée, ravie, volée... Oh! il y a un homme de trop sur la terre, lui ou moi ! Oui, lui ou moi !

Il fixa encore un moment, avec des regards fauves, l'individu qui venait de surgir, et qui, après avoir attentivement étudié les environs, se dirigeait vers la porte de la villa.

— Il entre, il vient, il monte. Eh bien ! non, il n'arrivera pas jusqu'à elle, il me rencontrera sur son chemin auparavant!

Et, comme un malfaiteur lui-même, avec des précautions, et en môme temps une hâte ardentes, il ouvrit la porte de sa chambre.

Tâtonnant contre le mur, il rencontra la rampe.

Alors, au risque de se briser les os, connaissant mal la courbe de l'escalier, il se coucha sur la main courante afin de n'être pas entendu, et afin aussi d'arriver plus vite en bas, et se laissa glisser.

Dans le jardin, le visiteur nocturne venait de monter le perron.

Ayant légèrement secoué la porte, il approchait un rossignol de la serrure lorsque, tout à coup, cette porte s'ouviit devant lui.

L'homme eut un moment de saisissement.

Puis, brusquement, il se rejeta en arrière et voulut fuir.

Mais il n'en eut pas le temps : une main l'avait saisi au poignet, une main aux ongles d'acier.

— .le vous tiens! — ^ rugissait en même temps la voix de l'officier de marine.

C'était lui, en efTel, qui, ouvrant silencieusement la porte, venait de surgir devant l'inconnu.

L'autre, efTaré, avec un sifflement court, une haletée de terreur, s'était rejeté en arrière.

— Oui, vous avez raison, — gronda le marin tout à son idée fi.\e, — pas ici !

Et tenant toujours l'Iiomme par le |)oigiiet, il descendit rapidement les marches du perron l'entraînant avec lui.

Ils refirent ainsi, sans un mot, les quelques mètres qui les séparaient de l'endroit où Drémontier l'avait apcrru d'abord, l'abri ombragé où, durant le jour, se tenaient les deux jeunes filles.

Et ils disparurent sous la voûte sombre des arbres.

Au premier étage, son visage encore plus décoloré par rémotion, Eerthe retenait son souille.

Que voulait dire ce dont elle était témoin?

inoo MARIAGE DAMOUR

Pourquoi cel homme, se présenlanl ainsi de nuit, dans la villa de M. de Saint- Florent, chercliaat l'ombre, puis se, dirigeant toul droit vers la porte?

Pourquoi, au moment où cet homme s'apprêtaiL' à introduire une clé dans la serrure, pourquoi Hector Brémontier s'était-il montré?

Se tenant tous deux par la main, lui semblait-il, ils s'étaient éloignés, s'enfonçant dans les ténèbres. Pourquoi?

La jeune fille n'avait pu entendre les quelques, paroles prononcées par l'officier de marine.

Mille hypothèses se heurtaient dans son esprit.

Et tout d'un coup un rapprochement affreux se fit en elle : un rapprochement entre la bouteille de poison qu'elle avait trouvée cet aprèsmidi, et la venue secrète de cet inconnu la nuit même où Brémontier couchait à la villa.

L'officier de marine, accusé avec tant d'apparence de raison par la mère de Bcrthe de tentative de meurtre, était absent, il, est vrai, lors de cette tenlalive, celle d'empoisonnement.

Mais cet homme, surgissant, inopinément,, au milieu de la nuit et à la rencontre de qui venait de se rendre le marin, n'aurait-il pas été son agent, son complice, l'exécuteur de ses méfaits?

Sa connaissance évidente des lieux paraissait en être l'indice.

Berthe, à ces pensées, sentit le froid de l'épouvante et de l'horreur glacer son sîing dans ses veines.

Sa mère avait donc raison !...

Et elle, qui, trop bouleversée par les sentiments contraii^es qpi l'avaient chassée au moment où elle se sentail près de défaillir en écoulant le récit de ce que Brémontier prétendait avoir soufTerl, ne trouvait aucun sommeil, offrait son front brûlant à la fraîcheur delà nuit, sentant faiblir ses dernières résistances, prête, aux premières heures du jour, à laisser tomber sa main dans sa main à lui, en lui disant :

— Pardonnez-moi, je vous ai rendu malheureux, mais j'ai été moimême si malheureuse !

Ah! elle bénissait sa fièvre, son insommie, cette longue veillée qui l'arrêtait juste au bord du gouffre. Car cet officier de marine n'était vraiment qu'un bandit, à la fin, et de quelle envergure, sinistre brebis galeuse, revêtu de cet uniforme honoré qui cachait ses crimes.

Et l'œil distendu de la jeune lille fixait le coin du parc où les deux hommes avaient disparu.

Tout à coup, une lumière y brilla, striée par les branchages, fugitive, presque aussitôt éteinte.

— Qu'est-ce encore ? — murmura Berthe, Ce que c'était ?

L'officier de marine, tenant ses doigts rivés au poignet de l'homme inconnu, les dents serrées, la poitrine soulevée par la tempête qui s'agitait en lui,il'avalt entraîné sous les fourrés.

L'autre avait fiait un mouvement de révolte, mais les doigts s'étaient imprimés comme des tenailles.

La crosse d'une arme à feu paraissait hors de la poche gauche du vêtement de cet homme : si sa main droite avait été libre, il aurait sans doute joué son va-lout. —

Mais celle-ci était captive d'une étreinle qui la broyait.

Puis il aNTiit rencontré la luisance fulgurante du regard de l'officier de marine, et cela aussi le paralysait.

Lorsqu'ils furent parvenus assez loin de la maison, Hector Brémonticr desserra ses lèvres crispées.

— Votre nom? — gron.da-t-il.

Et comme l'individu se taisait.

— Votre nom, ou malheur à vous?

— Malheur à toi, plutôt! — siffla l'autre.

Et, d'une brusque secousse, tentant de se dégager, de sa main «restée libre, il essaya de saisir son Tevoh'Er.

Le marin vit son mouvement, comprit sa pensée, devina l'arme filns qu'il ne la vit. Et sa main, à lui, prompte comme la pensée surgie dans son cerveau, fouilla le vêtement de l'inconnu.

— Ah î je comprends, mon moitre!

Et, d'un, coup sec, arrachant l'arme de la poche où elle était, il la lança à terre à quelques pas.

Un blasphème sortit alors de la bouche de son prisonnier. Il était à la merci de son adversaire.

— Votre nom? — interrogea Brémontier d'un ton impérieux. Un son rauque lui réponilit seul.

C'était le cri de colère impuissante de l'être qui veut s'évader.

— Votre nom, vous dis-je !

Un effort suprême pour forcer ses mains à s'ouvrir fut la seule réponse qu'il obtint.

— Oh ! je saurai bien qui vous êtes, — gronda l'officier.

— Je suis cëluii qui aura ton sang"! — 'menaça l'inconnu.

— Soit, si moi j'ai le vôtre. Votre nom, pour la troisième fois f

— Mort et rage 1

— Oui, mort et rage ! Mais je saurai d'abord qui vous èles, si, avant cctlo nuit, je vous ai aperçu déjà une seule fois; je vais lire ce nom sur vos tniils que la nuit ne me dérobera plus. Et après!... Ah! oui, après...

..Et il eut un ricanement aiïrcux.

Aussitôt, avec une rrpidité foudroyante, le lieutenant de vaisseau renversa son adversaire et se coucha à genoux sur lui !

Et, brusquement, éventrant dans son gilet sa boîte d'allumettes, il en tira une, l'enflamma.

Et, la tète à vingt centimètres du visage de l'individu qu'il voulait ^dévisager, il projeta entre eux la flamme éphémère et soudaine...

C'était la lueur aperçue par Berlhe, entre les arbres.

Au jet de la flamme un cri sourd s'exhala de la gorge de l'officier

— Favroll...

Oui, c'était M. de Favrol, l'ancien amant, l'ancien complice de Léona; c'était M. de Favrol, l'homme qui, grâce à d'infâmes intrigues, avait essayé d'épouser Mignonnelte, et qui, déçu dans ses projets honteux par le retour de Maurice Donnel, avait déjà tenté de forcer quand même le succès en violentant la jeune fille dans celte même villa où il revenait encore nuitamment.

A la faveur de cette clarté subite., lui aussi avait reconnu son adversaire.

— Hector Brémontier !... — fit-il sourdement après une minute de saisissement.

L'officier de marine, en retrouvant l'ancien familier de la maison du boulevard Haussmann, ne douta pas de son malheur. Il se rappela la recommandation de Maurice :

— Surtout, méfiez- vous de Favrol.

Kt c'était en cet homme qu'il avait, cependant, mis un moment sa confiance.

Celui-ci sollicitait ses confidences.

Parbleu !

— Il était déjà son amant, — pensa le malheureux en se souvenant de tout cela.

Ainsi tout s'expliquait.

Par coquetterie, ou peut-être dans un moment de brouille avec Favrol, Hcrthe l'avait accueilli, avec écouté ses protestations d'amour à lui : elle y avait même répondu.

Et lui, l'imprudent, ne cachant pas assez ce qu'il appelait alors son buulieur, avait laissé ce Favrol en faire profit.

Celui-ci, iustruil ainsi de ses progrès auprès de la jeune fille, avait

— Ce n'est pas un suicide, — murmura-t-il. (P. 1400.)

eu toule facilité pour lui nuire et se rapprocher de nouveau de Derllie.

— C'est alors qu'elle m'a rejeté !... — pensa-t-il avec accablement. Toutes ces réflexions s'étaient rapidement succédé dans son esprit.

— Me U\clicrcz-vous, enlin, maintenant que vous savez qui je suis? — demanda de Favrol, en essayant encore de se dégager.

Mais, aussilôt après avoir rejeté son allumette devenue inutile, le

in94 MARIAGE D'AMOUU

lieufcn;int de vaisseau avait abattu ses deux mains nerveuses sur les poignets du misérable.

Dréinonlier n'élait pas encore entièrement rétabli de ses blessures, de l'anémie qui en avait été la conséquence, mais sa passion suppléait à ."■a force et son étreinte était pareille à celle d'un double anneau de fer.

Puis, I^ivrol, ruiné par ses excès plus que par l'âge, n'avait qu'une rage sénil(>.

Mais, tandis qu'il se débattait ainsi inutilement, il faisait une cbose dont son adversaire ne se méliait pas.

Celui-ci oubliait malheureusement que l'ancien complice de Léona était l'homme de toutes les traîtrises.

Favrol avait entendu son revolver, enlevé et jeté par Brémontier, retomber à quelques pas derrière lui.

Tout en se débattant, il reculait, se dirigeant de ce côté.

— Cessez donc cette résistance, — ordonna enfin l'oflicier de marine. — Je ne suis pas homme à vous assassiner, vous le savez.

— Vraiment !... — persifla ce dernier.

— Avouez ce que vous venez faire ici?

Un nouveau glissement de Favrol en arrière et pas un mot.

— Avouez donc, malheureux, ou je croirai que vous vous êtes introduit ici dans un but inavouable, afin de voler, peut-être.

Le marin espérait faire bondir son ennemi sous cette insulte. Il esjjérait que cet homme lui crierait :

— Vous voulez savoir? T^li bien ! soit, je viens trouver ici celle que vous aimez et qui m'allend, Etcs-vous content, enfin?...

Et Brémontier sentait que ce qui se passerait après cet aveu serait une chose terrible. 11 sentait que cela lui ferait un mal aflreux. Et cependant il voulait l'y contraindre.

Mais l'autre était resté nmet et une sueur froide avait filtré à ses tempes.

— Eh bien?... — insista le marin prêt à lui écraser la poitrine.

— Vous êtes fou!...

Ils avaient rétrogradé de quelques bonds encore. Favrol n'essayait plus de se débattre, de lutter.

— Lâche ! — lui cracha l'officier de marine voyant qu'il ne se défendait même plus. — Misérable lâche !...

Favrol ne frémit même pas sous cette insulte formelle. Une immense joie venait de l'envahir tout entier. Son talon avait heurté la crosse de son revolver. Et il tenait son pied dessus, comme pour le garder, ne pas abandonner cette arme.

MARIAGE D'AMOUR 139c

S'en emparer de nouveau, n'était-ce pas pour lui la délivrance, le salul après son entreprise nouvelle avortée?...

Il fit appel à son hypocrisie pour endormir la défiance de son ennemi.

— Non, je ne suis pas un lâche, monsieur Brémonlier. C'est vous qui êtes malheureux, qui êtes à plaindre.

Son adversaire fronça les sourcils.

Où voulait-il en venir?

11 attendit.

— Voyez-vous, il y a un malentendu entre nous. Laissez-moi me relever... Là, merci !

Il parlait d'un ton calme, raisonnable, celui d'un homme désireux de convaincre.

Ombrageux, attentif pourtant, le lieutenant de vaisseau le laissa se remettre sur pied, espérant qu'un duel à mort, un duel à l'américaine allait tout terminer.

— Je ne suis pas un mauvais homme, monsieur Brémontier...

— Pardon: — interrompit ce dernier, — il ne s'agit pas de cela. Encore une fois, qu'êtes-vous venu faire ici?

— Vous y tenez? Eh bien, mon Dieu, ce n'est rien de tel que je ne puisse le confier à votre loyauté, — repartit l'astucieux et infernal de Favrol.

Il parut se recueillir.

Sous son pied était toujours l'arme arrachée par l'officier de marine, et sa joie secrète s'accroissait, car, à mesure que ce colloque s'échangeait, il sentait la rage de son adversaire diminuer d'intensité.

Il commença une explication quelconque, un mensonge plausible, parlant lentement, cherchant son moment; et tout à coup, tandis que Brémontier cessait de se tenir sur ses gardes, il dégagea, d'un coup sec, une de ses mains, et, se baissant rapidement, saisit son revolver.

— Ce que je suis venu faire ici, le voilà! — clama-t-il alors d'uno voix stridente, — Eh, eh! on fait ce qu'on peut, mon brave !

L'officier de marine avait fait un premier mouvement pour lui saisir la gorge.

Mais deux détonations retentirent coup sur coup.

Deux balles trouèrent la poitrine de l'officier à quelques centimètres l'une de l'autre, et la main qui retenait encore le misérable, le meurtrier, s'ouvrit dans le spasme de la douleur.

Favrol en prolita pour faire un bond de côté.

11 se détourna alors, visa au juger l'ombre de celui sur qui il venait de tirer par deux fois à bout portant.

— Tiens, pour ton dessert!... Moi, j'ai manqué le mien!

Et il pressa de nouveau la détente.

Mais le projectile manqua le but et alla s'incruster dans le tronc d'un chêne.

— Maintenant au large! — sllfla Favrol. — C'est fichu!...

Et il s'éhinra à travers les fourrés, tandis que l'officier de marine, perdant son sang avec abondance, battait l'air de ses bras et s'abattait lourdement.

Tandis que le meurtrier s'enfuyait, il perçut alors nettement un cri qu'il lui avait semblé entendre déjà lors des premières détonations, mais qui à ce moment s'était presque confondu avec elles.

Et il précipita sa fuite.

11 arriva au pied du mur, à cet endroit garni de treillages par lequel il s'était évadé une première fois, ayant appris comment on entrait et sortait par escalade de cette maison dans laquelle il avait chaque fois apporté la trahison, l'inlamie ou le meurtre.

Et, lorsqu'il se trouva de l'autre côté, il essuya la sueur qui inondait son front, et écouta.

Aucun bruit d'abord.

Pourtant il voulait savoir si la clameur entendue avait eu de l'écho, si l'alarme était donnée.

Tandis qu'il attendait, il songeait à ce qui venait de se passer.

— Mon expédition a avorté, à cause de ce chien de mer. Un amoureux, j'aurais dû me méfier de lui, ça rêve à la lune. Mais je le croyais en Annam, en Chine, ou même mort.

Il ricana :

— Grâce à moi, ceci ne tardera guère, si ce n'est fait. Avec le rossignol que je m'étais fabriqué autrefois, j'avais toutes sortes de chances pour me glisser dans la villa de môssieu le comte de Saint- Florent, dans laquelle sa pieuse épouse a toujours une centaine de mille francs, pour les « menues dépenses d de son œuvre de secours et de charité, arriver jusqu'au petit bureau et le fracturer. Ah ! je suis renseigné. Et il a fallu celte rencontre pour me faire échouer !

Oui, de Favrol, ce gentilhomme taré, de chute en chute , en était arrivé là, à se faire cambrioleur ; il en arrivait au vol avec effraction.

Et avec toutes les circonstances aggravantes : l'arme à feu dont il était porteur et dont il s'était si traîtreusement servi l'attestait.

Il était arrivé, prêt à se faire assassin pour voler.

C'était tellement vrai que , arrêté par Hector Brémontier, il n'avait pas hésité une minute à se débarrasser de lui en ayant recours à son revolver.

MARIAGE D'AMOUa 1-107

Le jeune officier de marine s'était évidemment abusé sur le inolif de sa venue : mais enfin c'était un gêneur, un danger : feu sur lui !

Dans sa descente vers l'infamie, vers le crime, il était écrit que cet homme, que ce gentilhomme, — ne devait pas s'arrêter ; la misère et la faim sont mauvaises conseillères!

alerte!

L'endroit où se trouvait de Favrol était trop éloigne de la villa pour qu'il se rendit compte de toute l'agitation causée par son forfait.

Cependant, à la double détonation, aux cris inconscients poussés par iM"^ Raymond, chacun avait été réveillé en sursaut.

Maurice avait bondi vers la chambre de son ami, voisine de la sienne.

Sa première pensée avait été que Bréuiontier venait de se suicider dans l'excès de son désespoir.

Il avait trouvé la chambre vide et n'avait plus douté de ce malheur.

11 descendait comme un fou l'escalier, allant fouiller le parc, lorsque, sur le palier inférieur, il rencontra M""' de Saint-Florent et Mignonnette, mille fois plus attrayante dans son émoi, à peine couverte d'un ample peignoir, ses yeux distendus par l'inquiétude.

— Hector n'est pas dans sa chambre, — leur jeta-t-il en passant.

La jeune fille se voila le visage avec ses mains : la même pensée venait aussi de surgir en elle.

Et, dans son imagination galopante, elle voyait, sous quelque fourré, le corps de l'officier de marine étendu, la tempe trouée, sa main tenant encore son arme fumante, et une lettre à côté de lui indiquant la cause de sa détermination fatale.

Et Berthe ?

Berthe Raymond, après le cri de surprise et d'angoisse brusquement jailli de sa gorge, suivi de ses cris d'alarme aiïolés, voyant que l'on s'éveillait, que ses appels avaient été entendus, avait senti ses forces l'abandonner et s'était évanouie.

M. de Saint-Florent était déjà en bas.

Il avait trouvé la porte ouverte, et la pensée de malfaiteurs introduits dans la villa avait jailli à son esprit.

Mais, en ce cas, pourquoi ces délonalions dans le parc? Quand il apparut sur le perron, un homme accourut armé d'un fusil de chasse.

C'était le jardinier.

— Est-ce que vous êtes blessé, monsieur le comte?

— Non, rassurez- vous, — répondit le père de Mignonnette. — Mais que se passe- 1- il ?

— Je ne sais, je dormais quand des coups de feu, des cris m'ont réveillé. Le temps d'allumer, de sauter sur mon fusil, et me voici.

Des lumières brillaient aux fenêtres de son pavillon, et l'on entendait la voix de sa femme apaisant les enfants qui pleuraient, effrayés.

A cet instant, Maurice rejoignit M. de Saint-Florent et lui apprit l'absence de son ami.

— C'est donc pour cela que j'ai trouve la porte ouverte, — dit le comte. — Fouillons le parc, vivement!

L'officier instructeur interrogeait vivement le jardinier, lui demandant s'il savait d'où venaient les détonations, descendant fiévreusement les marches tout en disant cela.

Le jardinier ne pouvait que répondre par ce qu'il venait de déclarer déjà, abasourdi, tout ahuri encore de sommeil.

Le fiancé de Miiinonnettc, M. de Saint-Florent, suivis de cet lioninic, s'étaient élancés au hasard, courant dans les allées.

Mais ils ne distinguaient rien à travers les ténèbres.

— Une lanterne! de la lumière! — cria le jeune capitaine.

Ce fut sa voix que Favrol entendit la première, sans en comprendre les paroles.

— On vient, — pensa-t-ii.

Un instant après, de vives clartés perçant sous les voùles feuillues des arbres, lui apprirent que les recherches étaient commencées.

Aussitôt, tout en prêtant l'oreille, évitant de faire craquer les branches ou les feuilles mortes, retenant sa respiration, le bandit du grand monde accomplit un acte montrant bien le sang-froid avec lequel il perpétrait tous ses attentats.

Faisant jouer à tâtons le cran de dégagement de son revolver, il en découvrit le barillet et, rapidement, remplaça les cartouches qu'il venait de tirer.

— Et de trois !

11 s'échappait, continuant toujours d'écouler :

MARIAGE D'AMOLIl 1390

— ■ Cela fera neuf balles, si l'on vient me relancer. Dans la foret la bête est chez elle.

11 se comparait lui-même aux fauves malfaisants.

A présent, les bruits de voix se faisaient plus nombreux et plus rapprochés.

Les détonations avaient été entendues jusque dans l'établissement de VŒuvre de la Mère et de rEnfant.

Le docteur Sylvain, inquiet, était accouru avec le père Berlhicr et quatre ou cinq hommes de bonne volonté.

Formant en quelque sorte une chaîne de rabatteurs, ils fouillaient le parc, les allées ombreuses, les corbeilles de fleurs hautes, les fourrés plus enténébrés.

— Ce qui m'étonne, c'est de n'avoir pas entendu les chiens aboyer, — observa M. de Saint-Florent.

Maurice Donnel étouffa un soupir.

Hélas ! cette remarque ne faisait que confirmer ses appréhensions.

Dans la villa, Mignonnette serrée contre sa mère d'adoption, attendait pleine d'anxiété.

Jacqueline Delbeau, la mère héroïque qu'elle affectionnait si tendrement sans savoir pourquoi, la voyant hors de danger, s'était séparée d'elle, peu de jours avant, cachant S'.-s pleurs, et allant reprendre sa tâche de haute solidarité humaine dans l'autre asile dont elle avait la charge et où sa présence était nécessaire.

Elle partie, sa Mignonnette n'avait plus qu'une mère dans le sein de laquelle elle put se réfugier; celte mère, il n'est guère besoin de la nommer : c'était M"' de Saint-F'lorent.

El à cette heure trouble, pareille à un oiseau craintif, elle s'y réfu- <^iait, attendant, écoulant, interrogeant la nuit et l'écho.

Soudain sa respiration s'arrêta.

— Nous n'avons pas vu Derthe, — murmura-t-ellc. Est-ce que le drame se serait agrandi, élendu ?.,.

Elle commençait à sentir un poids affolant sur sa tête.

— C'est vrai, — répondit M-^^ de Saint- Florent, — son silence est étrange.

Et se dirigeant vers sa chambre, elle frappa à sa porte.

Dans le parc, les recherches continuaient.

— Attention ! — cria tout à coup le jardinier.

11 venait d'apercevoir à terre, contre un buisson, une forme indécise. En un bond Maurice lut auprès de lui.

lir,0 MAHIAGE D'AMOUR

Saisissant une lanterne, il s'élança dans la diicclion indiquée, et poupFa une cxclanialion de douleur.

— Hector!...

Et tombant, à demi-agenouillé, prés du marin :

— Hector!... C'est donc toi, toi!... Ali! infortunés que nous sommes !

Il promena rapidement les rayons de sa lanterne sur le visage de l'oUjcier de marine, cherchant la plaie. 11 vit ses yeux entr'ouverts.

— Pauvre ami ! — trouva-l-il seulement la force de dire.

Et il porta la clarté sur son corps, puisque la tète était indemne.

Alors il aperriil, sur le côté de sa poitrine, une large plaque sombre, source de sang venant désaltérer le sol.

Le docteur Sylvain était accouru.

D'un mouvement rapide il avait mis à nu le buste du malheureux onicier.

Et à voix basse, à M. de Saint-Florent :

— Ce n'est pas là que l'on vise d'habitude lorsqu'on se suicide. Mais, si bas que ces paroles eussent été prononcées, le lieutenant do

vaisseau les avait cependant entendues.

Ses lèvres s'ouvrirent dans un effort douloureux :

— Ce n'est pas un suicide, — murmura-t-il.

— Ce n'est pas un suicide, mais alors?...

Cette interrogation, cette exclamation plutôt venait d'échapper à M. de Saint-Florent, car dans les ti anses perpétuelles, quoique cachées, dans lesquelles il vivait à cause de l'ennemie acharnée à la perte des siens, il appréhendait toujours quelque catastrophe, quelque méfait nouveau.

Et, s'il ne s'agissait pas d'un suicide, qu'était-ce donc qui était arrivé ?

Vaguement, il pressentait la scène qui s'était déroulée, à peu près telle qu'elle avait eu lieu en effet.

Mais il ne songeait pas au misérable de Favrol, arrivé au point de tenter un vol à main armée.

De Favrol, lui, tapi derrière le mur, avait entendu les chercheurs faire halte, échanger des phrases brèves.

L'emplacement où étaient les lumières dont ils étaient porteurs indiquait que c'était probablement à l'endroit où avait eu lieu sa lutte traîtresse contre l'olficier de marine.

On devait avoir découvert ce dernier.

Elail-il encore vivant, ou n'avait-on trouvé (ju'un cadavre?

C'était le père Berthierqui retournait en couraul à l'asile... 'P. Ii07.)

UV. 176. — MICHEL MORPIIY. — MARIAGE d'aMOCR. — l. ROUFF ET €>«, KOIT.

UV. 116.

MARJAGE D'AMOUR j403

Il n'entondiiit. plus de bruit de pas.

On ne songeait donc pas à lui.

— Il faut que je me rende compte de ce qui se passe, — dit-il. — C'est grave.

S'accrochant aux saillies de la pierre qui lui avaient déjà, dans cette nuit, permis l'escalade, il s'éleva sans bruit jusqu'au faite du mur.

Une fois là, il se hissa sourdement.

Et afin que son buste, émergeant au-dessus de la ligne sombre de la muraille, n'attirât pas l'attention, il se coucha à plat ventre.

De là son regard, glissant entre les branches basses des arbres, arriva jusqu'au groupe formé autour de Brémontier.

Mais les paroles échangées avec réserve ne parvenaient toujours pas jusqu'à lui.

C'était au moment où le blessé ayant encore conscience de sa dignité venait de trouver juste assez de force pour protester contre la supposition qu'il avait cherché à se tuer.

— Il y <i eu crime! — dit M. de Saint-Florent au jardinier. — Avec tous les hommes qui sont là, continuez de fouiller le parc. Ne négligez aucun coin, aucun indice.

Cette fois, Favrol avait entendu.

— C'est la voix de Saint- Florent. Le marin n'est donc pas mort et il m'a dénoncé. Filons.

Et tendant le poing :

— C'est la chasse, Saint-Florent, eh! bien, gare à la revanche, gare à la bêle!

Et s'élançant au bas de son observatoire, il sauta à terre et se mit à courir dans la forêt.

.Mais le poids de son corps faisant craquer une branche morte, bruit perceptible dans la nuit, l'avait dénoncé.

— Par ici! — commanda le jardinier.

Et suivi de ses compagnons, il s'élança en courant du côté où il avait entendu le bruit dénonciateur.

Il se heurta bientôt au mur, sentit sous sa main des branches de lierre arrachées du treillage.

— Le bandit et sa troupe ont passé par ici! — s'écria-t-il.

Et, s'accrochant aux bois entrelacés formant échelle, il grimpa, s'élança vers le sommet du mur.

Favrol, comprenant qu'il ne fallait pas tenter le sort, continuait à fuir, mais le bruit de sa course sur les rameaux morts, les feuilles entassées, trahissait son passage.

UOi MAIUA(.E I) AJIOI R

— Halte! — lui cria le jardinier.

Le fuyard redoubla de vitesse.

— Halte, ou je fais feu!

En même temps, il épaulait.

Tout à coup une détonation nouvelle, répétée coup sur coup, stridente, déchira l'air, et une double clarté fuli^urante zébra les ténèbres, montrant à travers les arbres la silhouette d'un homme s'éloignant par bonds éperdus.

— Hardi! — clama le brave jardinier.

. Suivi de cinq ou six hommes, il sauta dans la forêt. Et, ainsi que venait de le dire de Favrol, un instant auparavant, la chasse commença.

Mais le noble déchu avait de l'avance. Le bruit de la course de ses poursuivants les empêchait de se guider sur la sienne. Et ils étaient obligés de s'arrêter à tout instant pour reprendre la voie.

Enfin, au bout d'une demi-heure de celte poursuite effrénée, ils avaient totalement perdu la piste.

— Rentions, — dit tri-^teuicnl le jardinier qui n'avait plus d'espoir. — Le gredin a pris trop d'avance.

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