‹ [Mariage d'amourChapitre 73 sur 109 · JOURS NOIRS · texte numérisé non relu

JOURS NOIRS

Mais toute joie a son lendemain, souvent lendemain d'inquiétude et de trouble.

Léona d'Ercourl, lady Warder, avait tout fait pour anéantir le danger qui pouvait résulter, pour elle, de la capture, puis de lu mort de son ancien complice.

|!M2 MARIACR D'AMOUR

Elle avait einporlé, iiuii> l'iivoiis dil, jiuis brûlé tous les papiers qu'il portait sur lui.

Et cependant, lorsque le réveil sonna pour elle après les songes heureux de son sommeil, un pli de souci ne tarda pas à barrer son front.

C'est que le cadavre de la Terreur de Grenelle allait être remis aux auloiilés an<;laises, eu même temps que les représentants de la reine allaient recevoir la déclaration des faits dont le parc de Kingsworlli avait él(! le théâtre.

Ils pouvaient trouver tout cela singulier, vouloir même se livrer à une enquête plus approloudie.

■ Et malgré toute son assurance, tous les soins qu'elle avait pris, l'ancienne Rôussotte ne pouvait s'empêcher de trembler.

Elle comptait, il est vrai, sur le prestige du nom de Warder pour arrêter les magistrats.

— Mais, — se disait-elle, — s'ils étaient résolus malgré tout à s'('cl;iirjr. Il en Tant si piMi, (juelquefois, pour faire découviir une piste.

Elle aperçut ;ilors la [X'iite tache de sang restée sur son bras et elle [)àlit.

Cet indice seul pouvait suffire comme point de départ à (Jes magistrats perspicaces.

Hâtivement, elle passa dans son cabinet de toilette et la frotta avec du savon pour la faire tomber : il lui semblait que des parcelles du sang desséché, durci, s'ét;iient introduites dans les pores et ne voulaient pas se détacher.

Maintenant il lui semblait qu'elle en avait partout.

Et elle quitta le vêtement, luxueux peignoir d'étoiïe tissée dans les Indes, qu'elle portait la veille lorsqu'elle était allée dépouiller le cadavre d'Alexandre et qu'elle avait machinalement repris à son lever.

Un coup de revolver n'éclabousse généralement pas^ du sang de sa victime, celui ou celle qui le tire.

Donc, des maculatures sanglantes trouvées sur elle risquaient d'indiquer ((u'elle s'était ensuite approchée du cadavre.

Quand? Gounnent et pourquoi?...

Questions qui pouvaient être redoutables.

Elle passa attentivement l'inspection de la robe qu'elle venait de retirer.

l'^ll'' lit liii'ii : sui- uni' des manches qui avait fiùlé une des plaies, une maculalure était restée.

Léona déchira l'étoile et la bi'ùla.

Malgré cela, elle n'était pns rassurée...

MARIAf.K U'AMOUR

iii ' ',

— Oh 1 je nie vengerai,!... Leur bonheur, je le briserai !.. . (P. 1516.)

Ah! elle était loin, à celle heure, de l'ivresse qu'elle avait éprouvée

celle nuit.

Malgré son empire sur elle-nièiiie, la tension de ses irails décela, durant toute cette journée, l'anxiété de son esprit.

Son regard, fixé sur les lointains de l'avenue qui conduisait au cliâteau, semblait craindre d'y voir apparaître les gens de la Justice.

i;il4 MARIAr.E D'AMOUR

Lord Warder s'aperçut des préoccupations qu'elle n'cl.iit plus maî- I rosse de dissimuler.

Il les attribua aux émotions qu'elle avait ressenties et aux fatigues qu'elle avait endurées en le veillant une partie de la nuit.

Lui-même était resté dans un état de prostration générale, causé par la dose excessive de remède que lui avait administré Léona.

L'infortuné, aveuglé par son amour, se reprocha l'état dans lequel il

la voyait,

— Vous voici souffrante, aussi, — prononça-t-il avec une profonde tendresse. — Nous avons bien assez de serviteurs pour me soigner, sans vous rendre malade à votre tour !

La perfide créature leva les yeux au ciel.

Mais les paroles de son mari venaient cependant de la rassurer. Si on l'accusait par impossible de s'être rendue auprès du mort, elle répliquerait qu'elle n'avait pas quitté le chevet de son mari de toute la nuit.

Kt lord Warder, alourdi ainsi qu'il l'était par le médicament qu'elle lui avait fait absorber, n'ayant qu'un souvenir confus du temps qu'elle avait passé auprès de lui, témoignerait en sa faveur.

Néanmoins son inquiétude ne se dissipa pas complètement.

Huit jours se passèrent ainsi, dans une attente anxieuse de la part de

Léona.

Elle savait seulement que la déclaration du métayer avait été enregistrée et que l'on avait enterré le cadavre d'Alexandre dans un coin isolé, dit cimetière communal.

Puis, le matin du neuvième jour, elle se surprit à chantonner.

Alors, elle sourit allégée.

— Ceci est un bon signe, — murmura-t-elle, — quand je chante ainsi sans m'en douter, c'est qu'il y a du bleu dans mon horizon. Allons, l'histoire d'Alexandre est définitivement enterrée avec lui. La Roussotte est bien morte; vive lady Warder /br eyer.'

Et, s'asseyant devant son piano, elle tapota gaiement une marche écossaise.

Gomme elle finissait de jouer avec entrain ce morceau, elle poussa un léger cri de saisissement.

Un baiser venait de chanter sur son cou, un baiser donné par deux lèvres froides et qui l'avaient lait frissonner.

Elle se tourna cl apeivul loid Warder.

Le malade avait rassemblé ses forces pour se lraîn(M- jusqu'à elle et,^ la surprenant, avait posé, sur son cou giacieux, ses lèvres pâles et glacées de spei In;.

Il la pria alors de jouer encore pour lui ce même air.

— C'est l'hymne au son duquel mes ancêtres ont combattu, — dit-il, — au temps oîi l'Ecosse était indépendante et libre.

Léona le força à s'étendre sur un sopha et attaqua de nouveau la marche écossaise.

Mais elle n'y avait plus le même enirain : il lui semblait qu'elle avait toujours, sur son cou, cetle caresse mortelle.

Elle ne pouvait donc pas jouir paisiblement de la vie? — pensait-elle.

Sa réflexion était fondée plus qu'elle ne le croyait.

Le lendemain, allongée sur une chaise à bascule, elle lisait un journal de Paris auquel elle avait fait abonner lord Warder.

C'était une feuille mondaine avec laquelle elle suivait le mouvement de la grande vie à Paris, avec le regret de n'y point participer.

Ah! comme elle serait allée volontiers y étaler son faste, si elle n'avait été retenue par la crainte d'y rencontrer certaines connaissances d'autrefois qui auraient pu édifier trep facilement lord Warder sur son compte.

Au milieu de sa lecture, un cri de surprise e-t de colère lui échappa tout à coup.

Et sa main froissa rageusement la feuille.

Ce qui venait de motiver son mouvement d'irritation était un écho inséré à la première page.

Il commençait par ces mots :

(L Un de nos confrères de la presse militaire annonçait dernièrece ment le prochain mariage d'un de nos plus sympathiques officiers, le « capitaine Maurice Donnel, capitaine-instructeur à notre école militaire « de Saint-Cyr.

« Nous sommes heureux d'apprendre la confirmation de cette nou- « velle... »

Léona n'avait pas poussé plus loin sa lecture, certaine de trouver ensuite le nom de la fille adoptive de M""' de Saint-Florent.

Maurice Donnel, qu'elle avait essayé d'enlever à sa fiancée, l'officier qu'elle s'était prise à aimer un mofnent de l'âpre passion de l'amour dédaigné, allait donc lui infliger ce dernier opprobre; épouser celle dont elle avait tout fait pour le S(5parer!

Après son premier 'mouvement de révolte et de rage, elle reprit néanmoins le journal.

Elle voulait aller jusqu'au bout.

Elle allait apprendre certainement la date de la cérémonie nuptiale.

Qui sait si, d'ici là, elle ne pourrait pas élever, entre les deux fiancés, un obstacle tel que ce mariage fût de nouveau entravé et brisé

peut-être à jamais, tant les projets qui se heurtaient luinultueusement dans sa tôle étaient ténébreux et violents.

Elle chercha donc l'indication de ce jour.

Hélas! la satisfaction qu'elle espérait lui était interdite. Elle en acquit la preuve en continuant à parcourir l'article!

A l'heure où elle lisait ces lignes qui soulevaient en elle des haines impuissantes, ce nnariage devait être consommé.

L'ancienne courtisane jeta à terre le journal qui était venu lui apporter celte nouvelle.

Et, se dressant dans un mouvement de révolte, elle se mit à marcher de long en large, échafaudant des plans de représailles, de vengeances plus eftroyables... et plus impraticables les uns que les autres.

Que pouvait-elle, seule, éloignée ainsi qu'elle l'était actuellement?

— Ah! si Alexandre vivait encore!

Ces mots s'échappèrent en sifflant de ses lèvres.

Et se rebellant contre son impuissance actuelle, elle se dirigea vers une des fenêtres du château ouverte vers le sud, vers le côté où loin, bien loin, était la France, sa patrie... si elle pouvait avoir une patrie.

Et tendant le poing de ce côté, elle jeta ces mots entre ses dents serrées :

— Oh! je me vengerai!... Leur bonheur, je le briserai!...

CXViU

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