‹ [Mariage d'amourChapitre 74 sur 109 · RÉUNION DE FAMILLE · texte numérisé non relu

RÉUNION DE FAMILLE

Suivons les pensées de lady Warder. Comme son esprit, franchissons le bras de mer qui sépare les Iles Britanniques de notre beau et souriant pays.

Nous avons dû précédemment quitter la villa de Saint-Germain où une si tendre affection unit ceux qu'elle abrite.

Berthe Raymond, la lille de l'astucieuse et criminelle Léona, torturée entre son amour et ce qu'elle supposait être son devoir, ne s'était pas cru le droit d'y demeurer plus longtemps.

Pauvre oiseau à l'aile hies.sée, elle avait lini par aller chercher un refuge dans une retraite, hélas! trompeuse,- pour son besoin d'oubli.

Retirée dans le couvent de Sèvres où s'était écoulée la plus grande

partie de sa jeunesse, elle repensait à ceux dont elle venait de se séparer...

A Hector Brémontier que sa raison voulait accuser et que son cœur s'obstinait pourtant à défendre, ;i lui surtout, puis à ses hôtes, ses amis si généreux... à Mignonnctte et à son liancé, le jeune et bon Maurice Donnai.

— Ah! ils sont heureux, tous deux! — gémissait-elle.

Et elle enviait leur bonheur en deniandant au ciel, elle qui priait si souvent, de le rendre éternel.

Heureuse... disait-elle. Ah! certes oui, Mignonnette avait le droit de l'être. Elle avait traversé assez d'épreuves pour voir enfin lui sourire la vie...

Actuellement, le poison versé dans ses veines pnr le complice de Léona étant éhminé, elle revenait visiblement à la sant(!'.

Une fraîcheur venait teinter légèrement le satin de pi joue, et son regard si longtemps voilé reprenait sa limpidité tour à tour enjouée et rêveuse d'autrefois.

Jacqueline Delbeau, appelée par M™' de Saint-Florent, était venue constater le rétablissement, le retour à la santé, cette fois triomphant, de son enfant.

Et l'héroïque mère, mère sublimement anonyme, s'élait cachée pour laisser couler les larmes qui, de son cœur débordant d'ineffable joie, affluaient à ses yeux.

M. de Saint-Florent, lui aussi, suivait, avec une émotion intense, le rétablissement chaque jour plus accentué de sa fille.

Il lui semblait réellement que lui-même revenait à la vie.

Si ce n'eiît été l'infortuné officier de marine l'ami de Maurice, victime sans doute de l'inimitié qui s'était attachée à sa maison, il aurait cru que leur temps d'épreuves était maintenant à tout jamais fini.

Mais, pensait-il quelquefois, rapprochant les circonstances des deux derniers attentats, il était possible qu'aucune conuexité n'existât entre eux.

Il passait en revue tout ce que l'armée du crime et du vol complote cl accomplit chaque jour... et chaque nuit!

Et il se disait que ces attentats revêtaient juslcnicnt le carai;tère des attaques nocturnes que les écumeurs de Paris et de sa banlieue ont l'habitude de pratiquer.

Une seule chose troublait ses suppositions, le silence de l'officier de marine au sujet de son meurtrier.

ir.is MARIAGE D'AMOUR

Mais pciil-êlre n'élait-ce là que l'eiïot d'un caprice de malade aussi grièvement atteint que l'était Brémontier?

I-lli! bien, maintenant que leur horizon s'était éclairci, n'étail-ce pas le moment de songer à la réalisation du rêve depuis si longtemps caressé ?

L'heure n'élait-elle pas venue enlin d'unir Mignonnette et Maurice?

M. de Saint-Florent en parla à sa femme.

— J'y songe, en effet, depuis le rétablissement de Marie, — répondit la noble créature, — mais je craignais d'être impatiente et j'attendais que vous m'en parliez.

El, d'elle-même, elle ajouta qu'elle demanderait son avis à Jacqueline Delbeau, car, dans son exquise délicatesse, la comtesse comprenait ce que ce sujet avait de pénible et d'embarrassant pour son mari.

Quel pouvait être le sentiment de la Directrice de la Succursale hospitalière des Vosges, sinon celui de la mère adoptive de Marie.

Un soir donc, un hasard apparent réunit, par les soins de M"' de Saint-Florent, dans le salon de la villa, Mignonnette et Maurice un peu surpris et souriants de cette solennité, Jacqueline Delbeau, la mère Bcrthier et son mari, l'ancien garde, qui mordait ses moustaches blanches d'un air embarrassé, ne trouvant même pas la force de glisser, à l'oreille de sa moitié, le moindre juron pour se donner une contenance.

M"" de Saint-Florent inlerrogea alors, du regard, le comte, debout dans le coin le plus reculé, loin de la lumière, car il craignait de laisser paraître sur son visage les marques d'une émotion qui le troublait déjà.

— Mes amis, — prononça la noble femme dans le cœur de laquelle une double maternité d'adoption su'ppléait, avec une élévation plus grande peut-être, à la maternité ordinaire; ■ — mes amis, puisque nous voici réunis, ne serait-ce pas le moment de causer un peu de l'avenir?

M. et M'"= rjcrthier, Maurice et Mignonnette eux-mêmes se considérèrent un peu surpris et déjà inquiets.

M"'' de S;iint-Floreii[ coutinua :

— Voici Marie complètement rétablie, maintenant grâce à Dieu, après les angoisses que nous avons tous eues ; car tous ici, je le sais, nous avons pour elle la mêuie tendresse.

— Je le crois, qu'on la (•héril, et même qu'il ftiudiait avoir un cœur de pierre pour ne pas l'idolâtrer, une enfant comme ça, — ponctua la mère Berthier, dont l'œil se plissait sous l'émotion qui commençait à la prendre.

Car l'excellente femme, à ce début, devinait un pou ce doiil il allait être question pour la mignonne qu'elle avait nourrie de son lait.

MARIAf.E D'AMOUR 1510

Marie et son fiancé, se tenant l'iiii l'autre par la main, se regardaient et n'osaient prononcer un mot.

Leurs âmes semblaient suspendues...

M™' de Saint-FJorent laissa, sans affectation, mais avec une expression de solidarité touchante, son regard se poser, s'arrêter longuement sur Jacqueline Delbeau.

Et la mère, la vraie mère, la mère si saintement sacrifiée, ne pouvant plus comprimer les battements de son cœur, cacha son visage sous son mouchoir.

— Oui, — dit alors la créatrice de l'Œuvre de la Mère et de l'Enfant, — l'heure est venue de former des projets d'avenir, ou de reprendre plutôt ceux que nous avions formés avant le désastreux événement qui a manqué faire deux victimes... Le trousseau de Mignonnette est prêt... depuis longtemps Maurice, mon enfant, et toi chère Marie, puisque les épreuves n'ont fait que grandir, épurer votre amour, voulezvous toujours vous unir?

Les deux jeunes gens se regardèrent avec une expression indicible, et pour toute réponse, ils tombèrent dans les bras i'un de l'autre.

A cette effusion, plus éloquente que les paroles les plus expressives, un silence fait d'une émotion infinie tint un moment tous les cœurs en j-uspcns.

Quand les deux fiancés détachèrent leurs bras enlacés, ils se reculèrent un peu, se regardant encore avec adoration sans honte, en présence de ceux devant qui leur pur amour n'avait pas à se cachei".

— Ah! — murmura Maurice. — Enfin!...

Et tendant sa main à sa fiancée, à celle qui bientôt allait cire son épouse...

— Viens, Marie, puisque bientôt se lèvera l'aurore du jour béni qui nous unira, viens embrasser avec moi ceux qui sont ici et qui tous forment notre famille.

La jeune fille mit sa main dans la sienne et le suivit.

M. de Saint- Florent était le plus près d'eux; ce fut vers lui que les les deux jeunes gens s'avancèrent d'abord.

Lui, le premier à recevoir leur baiser filial?...

Une sorte de protestation intérieure s'éleva en lui contre celte préférence qu'il s'accusait de ne point mériter.

Mais Mi<^nonnelte et Maurice s'arrêtaient devant lui, le sourire du bonheur sans mélange sur les lèvres.

Oui, c'était par lui f|u'ils commençaient.

La deslitice deveiuiil-ellc donc indulgenle pour ses fautes passées, en L'yard à son long repentir?...

Le constant effort de sa vie pour racheter les erreurs de sa jeunesse recevait en ce jour la récompense la plus touchante, ... la plus douce de toutes.

En tremhlant, le comte leur ouvrit les hras.

M""' de Saint-Florent suivait, sur ses traits, les sensations qui l'agitaient.

Et son âme généreuse bénissait ses enfants d'adoption d'être d'abord allés vers lui.

Oui, il avait fait plus qu'expier, et il méritîiit bien cette compensation, après tant d'épreuves et tant d'abnégation.

Certes, son impression, à elle, fut profonde, lorsque ses deux enfants vinrent auprès d'elle, demandant, attendant la bénédiction de cette sainte?...

En effet, qui n'a pénétré les trésors de sentiment de cette âme d'élite, et rui ne comprend ce qu'elle dut éprouver de ravissement?

Mais lorsque JMignorinelte, avec une expansion dont la pure enfant ignorait la raison, vint présenter son front à Jacqueline Delbeau, ce fut alors une minute poignante.

Mignonnette, ignorante des liens de la chair qui l'unissaient à l'héroïque femme du peuple, avait été prise d'une crise de sanglots en s'approcliant d'elle, sanglots nerveux où un émoi inconnu et l'excès de sa joie se réunissaient dans une rosée de larmes.

Jacqueline qui s'était dressée, se cramponnait d'une main au dossier d'un fauteuil pour ne j)as tomber, se sentant défaillir.

De son bras resté libre, elle joignit les tètes des deux liancés dans une même étreinte, et, incapable de dire une parole, les retint sur sa poitrine, dans laquelle son cœur battait tumultueusement, tandis que son visage sillonné des larmes qu'elle ne pouvait contenir, dressé vers le ciel, formulait sans doute quelque sublime invocation.

M. et M™' de Saint-Florent comprenaient, partageaient la palpitante émotion de l'héroïque femme.

Ce qu'elle devait ressentir à cette heure, la mère sacrifiée!...

Ils n'avaient qu'à s'écouter eux-mêmes pour le deviner.

Le père Berthier, lui, tordait fiévreusement sa casquette, mordait sa moustache blanche.

L'émotion l'étranglait. Enlin, n'y pouvant plus tenir, il lâcha à mi- \oix un juron : sans cela il aurait éloullé.

On les -voyait s'enfoncer, eu se lenanl par -la main, sous les allées ou 1 ombre reuaibsuit. (P. lo-,.)

LIV. t';»l. — MICHEL MORPHY. — MARIAGE d'aMOOR. — i ROUFP ET C'«, ÉDIT.

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