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MARIAGE D'AMOUR lb23

— T;iis-toi, p;iïen ! — lui dit sa lemiiie avec des pleurs coulant de ses yeux rayonnant de joie.

C'était donc fini pour ses deux agneaux de lan'^uir à perpétuité après la réalisation de leur rêve.

Et ses deux bras grands ouverts, elle leur dit ouvertement ce qu'elle en pensait, trouvant que « le bon Dieu ne s'était pas trop pressé », mais enljn leurs vœux allaient èlre réalisés, c'était l'cssenliel.

Les deux jeunes gens rayonnaient, cette affection expansive et si éprouvée leur faisait du bien.

Et Maurice tomba dans les bras du vieux soldat, dont l'étreinte le faisait songer, avec le regret très doux que Ton a pour les disparus, non oubliés, au père absent, — absent pour jamais.

Et dans sa vigoureuse et tendre accolade, il lui semblait retrouver un peu de l'autre étreinte, qu'il ne connaîtrait pas.

Le lendemain, la nouvelle du mariage, cette fois très prochain, du capitaine Donnel avec M"= Marie, se répandit parmi le personnel et les hospitalisés de l'Œuvre de la Mère et de VEnfant.

Ce fut alors un concert de bénédictions, une vraie joie parmi ces braves gens.

Mignonnetteet Maurice, que beaucoup d'entre eux connaissaient depuis longtemps, étaient si affables et si bons, si compatissants envers les infortunés et les humbles, que ceux-ci étaient heureux de leur bonheur.

Et ils se demandaient entre eux de quelle manière ils pourraient témoigner la part qu'ils prenaient à leur félicité.

— Pour sûr que ce n'est pas les fleurs, et des belles encore, qui manqueront à mademoiselle pour son mariage. Même que c'est M. Maurice qui lui offrira le bouquet, naturellement, — disait Marguerite, l'ancienne pensionnaire passée au service de l'O^ivrc.

Et cherchant tout de même quelle offrande on pourrait bien lui f;iire':

— Mais une guirlande de fleurs d'oranger naturelles pour garnir son corsage?...

— ... El descendant môme sur la jupe, comme ça, en travers, jusqu'au volant du bas, — surenchérit une fleuriste en traitement.

— Oui, — reprit la femme de service, — on mettrait chacun quelque chose, presque rien. Et c'est nous tous qui offrirons sa guirlande.

Cette idée, propagée rapidement dans l'établissement hospitalier, avait été adoptée avec enlhousiasmc.

Une infirmière jtroposa de faire aussitôt une liste de souscription. Mais Marguerite protesta.

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Une liste de souscription, on sait ainsi ce que donne chacun, cela / chagrinerait iiiadaine, dc-s gens pour qui la vie était hien dure se force-

raient, afin de n'avoir pas honte devant les autres.

Non, ceux qui avaient le moins de chance donneraient aussi peu qu'ils voudraient, rien qu'un ,sou, un petit sou. Sou à sou, on fait des miracles, des merveilles.

Kt si la somme n'ét:ut pas tout à fait suffisante, ch ! bien, on se cotiserait ensuite parmi les riches.

Mais il fallait se hâter, afin de faire cette surprise à mademoiselle.

Puis aussi, tous ces braves gens craignaient un peu que M"' de Saint-Florent, instruite de leur projet ne s'y opposât, par délicatesse, pour ne pas loucher à ce budget des pauvres qui devrait ôlre sacré pour tous, selon ses paroles.

On confectionna donc immédiatement un tronc.

Et la collecte commença aussitôt au milieu des sourires et des chuchotements heureux de tout le monde.

— Bah! je puis bien mettre ma pièce de deux sous, — déclara une femme pour la deuxième fois en traitement à l'hospice, — c'est de l'argent placé au mille pour cent.

Elle avait raison, car à sa précédente sortie, elle avait quitté l'hospice avec un petit pécule, don généreux de la créatrice de l'Œuvre,

Et chacun savait bien que ces modestes offrandes c'était de la monnaie placée à gros intérêts.

— M™' de Sainl-Floreni, une vraie sainte, — disaient les malades.

— Et M. le comte, un homme si bon et si distingué, et avec ça, pas fier du tout.

— Et mademoiselle!... — surenchérissait un autre, — quand elle vient nous voir, on dirait du soleil du matin qui entre.

Quant à Maurice, il n'y avait qu'un mot : si tous les officiers étaient comme lui, ça serait un plaisir de donner ses enfants au pays pour être soldats.

Ce fut au milieu de ce concert d'éloges que la quête s'effectua en grand secret, sans qu'on eût même prévenu le docteur Sylvain ni M"" Berthier qui auraient peut-être avisé Madame.

Aussi la surprise lut-elle complète lorsqu'une délégation de convalescentes et d'employées se présenta à la villa pour faire connaître à Mignonnette le petit complot qui venait d'être aussitôt mis à exécution que résolu, et la prier d'accepter la guirlande de fleurs d'oranger qu'on se préparait à commander.

La jeune fille interrogeait du n.'gard sa mère d'adoption.

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— Accepte, mon enfani, — dit M""' de Saint-Florent après une courte méditation.

— Oh! oui, mademoiselle, cela nous fera tant plaisir, — insista une des pensionnaires.

— Oui, accepte Mignonnette, cela te portera bonheur, et à eux aussi. Sa main généreuse se préparait déjà à leur restituer au centuple,

sous une forme indirecte et délicate, leur affectueuse offrande.

Mignonnelte, accompagnée de son fiancé, alla alors remercier ces humbles et ces sincères qui venaient collaborer à son bonheur.

Cette fois, tout semblait concourir réellement à sa félicité.

La haineuse créature qui l'avait si longtemps poursuivie et avait poursuivi les siens de son dépit exécrable, paraissait décidée à se faire oublier dans le pays étranger où elle s'était retirée.

Maintenant c'était bien le soleil après l'orage.

Et il lui semblait que le sacrement du mariage terminé, unie celte fois pour jamais à Maurice, elle trouverait dans leur mariage une égide tutélaire, et que, touchant enfin au port, leurs maux seraient à jamais disparus.

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