ESPIONNAGE
Les affaires de lady Sulton nécessitaient la prolongation de son séjour.
MARIAGE D'AMOUR io75
Léona qui avait reçu des nouvelles assez l'assnranlcs de la santé de lord W.irder pour excuser son absence, décida de raltendre.
Elle avait besoin du calme qui enveloppait la villa de lady Su lion, sur le bord de la large avenue tranquille, pour se reuiettre de la s^rousse nerveuse que lui avait causée l'exécution de l'individu qu'elle était venu clienher.
Cette impression commençait à se dissiper déjà, lorsque la clocbe de la villa annonça un visiteur.
La vie de lutte choisie par Léona la portait à se rendre compte de tout...
Elle regarda donccà travers une jalousie; et elle reconnut lep:enileman qu'elle avait vu cnusoi' à voix basse à lady Sutton lors d'un ari'ét du train.
Le visiteur fut introduit par le jardinier; elle entendit ensuite la nièce de lord Wardcr descendre au salon, l'uis... plus aucun bruit.
— Tiès curieux! — railla nerveusement l'ancienne couriisane, — est-ce que la pudique Annie Sutlon jetterait son bonnet {'ar dessus les moulins, en petit comité...
Et ricanant :
— Voilà pourquoi elle paraissait si peu enchantée, lorsque je lui ai annoncé que je prolongerais mon séjour. Eh bien! puisqu'un mauvais génie semble protéger sa vie; il n'en est peut-être pas de même de sa réputation. El la réputation d'une femme, c'est là où elle est le plus cruellement vulnérable.
Déjà elle cherchait les moyens de faire éclater quelque beau scandale qui mettrait sa nièce à sa merci, ou lui permettrait de la perdre sans retour dans l'espiit de lord Wai (1er.
Elle descendit à pas de louve l'escalier qui conduisait au principal salon, situé au rez-de-chaussée et où lady Sutlon était venue rejoindre son visileuf.
S'élant assurée (pTaucun domestique ne risquait de la surprendre, elle s'approcha de la porte et colla son oreille à la serrure, essayant d'écouter les paroles des deux interlocuteurs.
Ils parlaient très bas, et quelque'S bribes de j)hrases, (juelques mots espacés, incomplets, parvenaient jusqu'à elle.
Mais ce peu qu'elle entendait élait signilicatil.
C'étaient des expressions fiès tendres.
— C'est cela, — maruxtnna l'espionne (|u'ils ne soupçonnaient pas être aux écoules^ — ne vous gèuez pa>^ 4 amour éternel »..., ^t ce sera le plus heureux jour de mon existence t)... Des soupirs... .\h! que je voudiais avoir «les témoins comme j'ai des oreilles.
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Son naturel, à elle aussi, reprenant le dessus aussitôt que l'occasion s'en présentait, lui faisait saisir avec empressement la première occasion de mal faire, de nuire, d'une façon qu'elle espérait irrémédiable, à la lemnie par laquelle elle craignait de voir diminuée sa fortune.
Mais aucun moyen pratique de tirer parti de l'occasion qui lui livrait celte lady Sulton exécrée.
Tout à coup, levant la tête avec son audace de certaines heures.
— Si, j'ai un moyen; il ne s'agit que d'avoir ce que dans un certain monde on appelle du toupet. C'est d'ouvrir la porte du salon comme si je ne me doutais de rien, d'entrer, et de jeter les hauts cris en apercevant cette Sainte-Nitouche d'Anglaise auprès de son amant.
Et résolue déjà :
— En un mot, une scène au point, de manière à faire accourir les domestiques, ameuter le vpisinage. Du coup, c'en est fait de la jeune et t vertueuse lady Sutton ï>.
Elle réfléchit encore une seconde.
Puis, mettant sur ses traits un masq'je de glace, elle approcha sans bruit sa main du loquet...
Elle le tourna d'un coup brusque, et entra.
Lady Sulton était sur un fauteuil.
Son visiteur, assis sur un labotiret, à un pas d'elle à peine, tenait sa main qu'elle lui abandonnait.
Au bruit, soudain inattendu, de la porte brusquement ouverte, lady Sulton avait tressailli et son visage s'était couvert d'une vive rougeur.
Léona de son côté était resiée comme saisie.
Les deux amoureux, — ils devaient l'être en clï'el, — se trouvaient à un mètre à peine de la fenêtre ouverte donnant sur le jardin où, à travers les feuilles des rhododendrons, on voyait travailler le jardinier.
Ce dernier les apercevait également. Donc, entretien très sentimental, sans doute, mais, aussi, parfaitement inattaquable puisque avoué.
Léona vit bien qu'elle ne pouvait tirer tout le parti qu'elle' espérait de son audacieuse découverte. N'importe : elle avait plusieurs cordes à son arc.
Mais, après le premier désappointement, qui ne dura sur elle cpie ce que dure un éclair, elle s'avança d'un pas vers la nièce de son mari, un sourire persifleur aux lèvres.
Et son regard, son rire équivoque semblaient dire : L'on lilait le parfait amour! Parfaitement; elle saurait tirer parti de ce secret dont on ne lui avait pas encore fait confidence.
MAIUAGE D'AMOUK
Dans ce chamii de repos, peut-être unique au monde... (P. 1580.)
Et, avec des excuses que démenlaient son air méprisant :
I^lon Dieu!... je vous demande pardon, ma chère nièce... je ne
vous savais pas là, avec ce... gentleman. Si je l'avais su, je suis trop discrète... beaucoup trop discrète... et cela m'importe si peu...
Et elle battit en retraite.
Mais lady Sulton se leva frémissante et jirononra, <j;laciale.
— Pardon, milady... ^iais puisque le hasard vous a conduite ici,
UARIAGE D AMOUR.
lois M A II I A CE D'AMOUR
sans que certainement vous ne nous ayez pas plus entendus que nous ne vous avons avons rnli'ndue vous-nncme...
L('ona protesta d'un ^cste.
— Je n'en doute pas, ma tante, ce sont là des choses si viles que des p^ens convenables n'oseraient se rabaisser à les faire,
L(''ona se mordit les lèvres.
— Kii ! bien, ce hasard... providentiel tranche mes hésitations. Et, désignant le visiieur :
— iMadame, je vous présente le colonel Ilarbury. Le genlleman s'inclina.
— Mon cher colonel, voici ma tante, lady Warder.
L'ancienne courtisane esquissa le salut qui convenait à une personne de son ran;;, — et attendit.
Le préambule était solennel, qu'allait-il se passer?
— Au moment où vous êtes entrée, madame, — reprit lady Sullon, — le colonel Ilarbury renouvelait la demande qu'il m'a déjà adressée plusieiM's fois de lui accorder ma main. J'hésitais, retenue par certains souvenirs que le colonel est trop galant homme pour ne pas comprendre, retenue .uissi, le dirais-je, par l'état de lord Warder qui me semble, à moi, rempli d'inquiétudes.
Lt, après cette leçon que Léona comprit, se tournant vers le visiteur:
— Mais le petit incident qui vient d'avoir lieu montre, mon cher colonel, combien votre affection si respectueuse risquerait d'être ^'àclieusemcnt interprétée si je ne prenais une résolution.
A ces mots, le colonel devint tout pâle, redoutant ce que la jeune femme allait ajouter.
— Vous m'avez demandé ma main : je vous l'accorde, — conclut simplement lady Sutton.
Et elle plaça sa main dans celle de son visiieur qui mit un genou à terre et qui la baisa.
Léona s'enfonçait ses ongles dans la peau des mains. Voici qu'elle faisait des mariages maintenant!
Et son mari, lord Warder était capable, lui, de faire des folies pour célébrer les nouvelles noces de celle qu'il considérait comme sa fille adoptive.
Est-ce que décidément la chance tournerait?