‹ [Mariage d'amourChapitre 84 sur 109 · JOUR SUPRÊME · texte numérisé non relu

JOUR SUPRÊME

Les détails des incidents qui précèdent oblenus, un à un par l'alTectueuse insistance de lord Warder, avaient consolé le malade dans sa propre inlortune.

Sa nièce, sa fille adoptive en quelque sorte, serait certainement heureuse avec un homme jeune encore, distingué, courageux et réservé tout à la fois, dont aucune pensée intéressée ne dictait la conduite.

Quant à Léona, le contentement, les effusions de son mari la jetaient dans une rage noire.

— Ah! oui, une idylle !... — ricanait-elle. — Encore le parfait amour !

A mesure que l'époque annoncée comme celle de l'union du colonel liarbury et de la nièce de son mari approchait, elle sentait un énervement réellement maladif s'emparer d'elle.

D'autant plus qu'à certains mois, elle avait deviné que lord Warder se proposait de manifester d'une laçon tangible, à la jeune venue, la joie qu'il éprouvait de sa nouvelle union.

Elle se demandait parfois si elle n'étranglerai! pas, un de ces matins, celte nièce de ses propres ni:iin>.

L'avanl-veille du mariage, un des orfèvres les plus réputés de Londres, se présenta, tandis que lord Warder, Léona et les futurs époux étaient réunis.

1590 MARIAGli I) AMOUR

A la vue de cet homme, le regard acéré de l'ancienne courtisane alla de la nièce à l'oncle.

Ce dernier, lord Warder, élait radieux.

Sur un signe, le joaillier s'approcha de lui et posa, sur ses genoux, une boite magnifique qui était elic-inème un objet d'art d'un prix et d'un travail merveilleux.

Lord Warder tourna la clé d'or qui la lermait et souleva le couvercle.

Un cri d'admiration s'échappa de sa bouche et de celle des assistants: cri de fureur concentrée chez Léona.

La boîte, l'écrin plutôt, contenait une rivière de brillants, véritable flot ruisselant de pierreries, et un diadème de forme antique d'une richesse inouïe : sur les deux côtés du large écrin, à gauche et à droite, tels que des gemmes éblouissantes, deux solitaires, deux pendants d'oreilles, jetaient leurs feux incomparables.

— Ma chère enfant, — prononça lord Warder, — selon la tradition de notre famille, les biens, les domaines de chaque lord Warder doivent revenir à sa veuve. Mais je ne crois pas enireindre cette règle en disposant de ma fortune en espèces.

Et se tournant vers Léona, aux pommettes de laquelle le feu de la fièvre venait de monter.

— Et ma chère épouse me pardonnera certainement ce que je fais avec tant de bonheur pour la fille de mon frère, mon enfant d'adoption.

Léona balbutia quelques paroles.

Elle étouffait.

Le malade posa alors la boîte merveilleuse entre les mains de la jeune veuve.

— Gela vous plaît-il? Oui, je l'espère. Quand je ne serai plus, et ce sera bientôt, — portez-le en souvenir de moi.

Il lui parlait avec la vériiable expansion d'un père. Mais la jeune femme éclata en sanglots. Et se laisant aller dans les bras du malade :

— Ah ! mon oncle, au milieu de tant de joie, pourquoi me brisez-vous le cœur 1...

Quant à Léona, son œil sec s'attachait sur eux avec une acuité épouvantable.

— Et je ne puis rien... rien ! — grondait-elle intérieurement.

Ah! couimc il lui lardait maintenant que « cette comédie eût pris

MAT.! agi: iVAMOlR 1591

fin » et que celte « sainte nitouche de nièce » allât passer sa lune de miel n'importe où, pourvu qu'elle ne reparut plus, plus jamais!

Ce jour appelé par elle comme celui d'un di-barras, de la fin d'un caucliemar qui la rendait malade de colère rentrée, ce jour ariiva enfin : jour suprême.

Ce jour-là, lady Warder s'était juré de tiiomplier, au moins en tant que f( mme.

Elle écraserait, de tout son luxe, de son allière et hautaine beauté, cette façon de veuve sentimentale enchantée de trouver un consolateur.

Elle pouvait bien se payer celte saiislaclion : lord Warder ne s'étaitil pas avisé en outre de doter, d'enrichir encore davantage cette nièce!

— Il n'est pas trop tôt qu'il aille tenir compagnie à ses ancêires : il finirai! par me laisser sur la paille, — pensait-elle.

Aussi, le jour de ce maiiage arrivé, Léona qui avait mis à sa toilette une sorte de passion violente appariît-elle d'une beauté si âpre, si prestigieuseinent souveraine aux yeux des invités qu'un murmure d'admiration accueillit son arrivée.

L'œil pâle de lord Warder s'éclaira :

Si, peut-être apprenant chaque jour à mieux connaître sa femme, le culte de l'amour commençait à sombrer chez lui, l'orgueil de l'homme subsistait encore et était flatté par ces hommages.

— On dirait une reine, une impératrice, — murmura un invité. Léona entendit cet éloge, et sa poitrine opulente et ieiiiie se soulma

de joie triomphale !

Le surlendemain, le colonel Harbury et celle qui venait de devenir sa femme quittaient l'Angleterre.

Ils se dirigeaient vers les rivages d'émeraude et de saphir de l'Afrique française,... là où était né leur amour, et d'où ils ne devaient pas revenir avant que plusieurs mois ne fussent écoulés.

— Maintenant ma revanche; ei ma revanche contre loub ! — gronda Léona exaspéiée.

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