‹ [Mariage d'amourChapitre 89 sur 109 · UN VISITEUR INATTENDU · texte numérisé non relu

UN VISITEUR INATTENDU

Après un dernier regard jeté sur le loyer qui venait de détruire les preuves de sa complicité avec Alexandre, Léona se disposait à aller rejoindre lord Warder, lorsqu'un des laquais du Britannic Hôtel, ayant gratté à la porte se présenta devant elle...

— Milady, — dil-il en anglais, — il y n là un homme qui demande à être introduit auprès de vous. On a voulu le renvoyer. Mais il insiste, déclarant qu'il vous a aperçue et que c'est pour affaire d'importance.

Les lèvres de Léona se tendirent sur ses [dents nerveusement serrées.

Quel était cet homme, et que voulait-il?

Elle n'avait donné à personne son adresse à l'aris : à personne autre qu'à sa fille.

Alors une pensée rapide traversa son cerveau.

El, à cette pensée-là, des gouttes de sueur perlèrent à la racine do ses cheveux.

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Cet homme, cet inconnu, ne serait-il pas un agent de la sûreté?

Depuis quelque temps, la chancej semblait se déclarer contre elle, après l'avoir si longtemps favorisée.

Avait-elle prévu, elle si prudente cependant, que le flacon destiné à M"<= de Saint-Plorent tomberait entre les mains de sa fille?... de sa fille qui avait manqué périr elle aussi, sauvant ainsi la fille adoptive de ses ennemis, puisqu'elle avait bu la moitié du poison.

En outre, comme pour la dénoncer plus ouvertement, ce papier l'enloppant, accusateur comme une signature!...

Quelque autre preuve ne traînerait- elle pas encore, derrière elle?

Mais Léona était constituée pour la lutte.

Désespérer, elle?... Courber la tète et attendre?... ,

Mais ces flammes qui sifflaient dans la cheminée ne lui rappelaientelles pas la victoire qu'elle venait de remporter il y avait à peine un instant?

Elle ferait donc face au danger.

Le domestique attendait toujours, dans sa pose rigide de valet bien stylé.

— Comment est cet homme? — demanda Léona.

— Assez mal mis, milady.

— C'est bien cela, — murmura-t-elle. — L'habit dénonce la fonction.

Le laquais allait ajouter des détails.

Elle l'arrêta du geste.

— Faites entrer.

Et, imposant à son visage une impassibilité réellement marmoréenne, debout au milieu de la pièce, redressée de toute sa taille, elle attendit.

Son regard, dont la puissance visuelle était décuplée, fixait la porte par laquelle allait rentrer l'inconnu.

Il n'aurait pas fait deux pas qu'il serait dévisagé, fouillé, deviné.

La porte se rouvrit, et devant le domestique qui s'efl'aça avec le mépris peu déguisé des gens de service pour les mal-vêtus, un homnie lamentablement dépenaillé pai ul,

La détresse de sa mise ressortait d'autant plus que tout ce qu'il portait avait été jadis élégant, cossu, recherché: redingote élimée, luisante, elfilochée, aux boutons absents çà et là, pantalon aux teintes impossibles, tirebouchonnant sur des chaussures autrefois vernies, prenant l'air maintenant par des plaies déjà accusées, visibles.

Au-dessus de ce costume éloquent, une tête glabre, de la peau collée sur les os, un visage d'abjection et de misère caché à demi par un large

Il était .Modifié de la télé aux pieds. Mais une écharpc de suie n-àre recouvrait encore une partie de sa joue. (P. 1023.)

l)anileau de nuance équivoque, comme si quelque cancer honteux dévorait celle lace abominable.

Au premier coup d'oeil Léona avait involontairement tressailli.

Elle était préparée à l'approche d'un ennemi.

Mais elle ne prévoyait pas le contact de tant de vice, d'infamie lépreuse dans ce visiteur; et vraiment, celte fois, elle avait peur.

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Mais tout à coup son souffle s'exhala, large et dilaté.

Et son œil s'éclaira d'un sourire soulagé, sourire de triomphe et aussi de violente, d'inexprimable ironie.

L'homme qui était devant elle, elle aurait donné des poignées d'or pour le retrouver : et il venait, de lui-môme, se présenter à elle; il venait dans des conditions inespérées.

Malgré le bandeau rendant à peu prés méconnaissable le visage de son visiteur, elle l'avait reconnu, elle ; elle l'avait flairé pour ainsi dire, à travers les loques qui le recouvraient.

— Monsieur le baron de Favrol, salut! — articula-t-elle avec un sarcasme, une méchanceté, un désir d'insolence impossibles à rendre.

Et augmentant encore sa voix:

— Monsieur le baron?... ou Monsieur le comte?... ou Monsieur le marquis?...

Le misérable Favrol, car c'était lui en effet, blêmit encore un| peu plus sous l'olTense.

— Vous êtes cruelle... madame Raymond.

Conscient de sa déchéance matérielle, il n'osait plus dire : Léona.

— Cruelle?.., on m'a dit souvent, à genoux, que je l'étais.

— Faut-il donc encore que je m'agenouille, pour vous supplier de me ménager un peu?

11 y avait une telle humilité et une telle douleur dans l'accent avec lequel il venait de prononcer ces mots que son interlocutrice^ en fut touchée malgré sa dureté.

Dame, il fallait qu'il en eiit connu de rudes, le genlilhoinme déchu pour en arriver là 1

Mais s'apiloyer longuement n'était guère dans les habitudes de l'ancienne Roussolte.

— Alors nous avons eu des ennuis, Monsieur de Favrol? — repritelle, sa voix ayant déjà recouvré son intonation caustique.

Et tandis qu'il gardait le silence, sentant bien qu'il n'avait pas besoin de répondre, elle le considérait avec plus de fixité.

Et sa joie revenait, plus visible.

Ah ! elle ue regrettait j)as la résolution qu'elle avait prise, prévoyant un danger, de faire tête à l'orage.

Depuis quelque temps, elle se voyait ainsi en présence de sourdes menaces qiii, toutes, se résolvaient ensuite en sa faveur, dépassant parfois ses espérances.

Après la visite de sa lille et son dénouement qui venait de la débar-

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rasser d'un péril inronnu. et d'autant plus redoutable, la venue de son ancienne cn'ature, de Favrol, le parasite pour qui un geste de sa main avait été si longtemps un ordre!

Et dans quelles conditions? dans quel état, le misérable?...

Dans un délabrement qui le mettait plus que jamais à sa merci.

Enfin, quand elle eut bien rassasié sa vue de l'effondrement du triste personnage, quand elle l'eut fait avec une ostentation telle qu'il eût le loisir de savourer toute sa honte, elle reprit :

— Nous nous souvenons donc des amis d'autrefois?

— Vous le voyez, — fit Favrol d'une voix sourde.

— En effet, je le vois.

Léona s'assit, laissant son visiteur debout, le lorgnant du coin de l'œil, avec une impudence suprême.

Elle voulait absolument abîmer, écraser le mtlheureux sous le poids de son orgueil, de son mépris, le pénétrer tellement du sentiment de son abaissement qu'il ne se sentît réellement entre ses mains qu'une loque humaine.

Sans se départir de son allure insolemment hautaine, elle reprit :

— Et c'est parce que nous ne les avons pas oubliés que nous venons retrouver cette bonne... amie d'autrefois, lui soutirer un louis ou deux.

Elle fouilla dans i'aumonière qui pendait à sa .ceinture et en tira n-gligemment une petite bourse à mailles d'or et au fermoir incrusté de perles.

Elle allait l'ouvrir.

— Par pitié, Léona ! — dit le misérable.

Et se redressant, redevenant à peu près homme par un effort suprême.

— C'est vrai, je suis tombé bien bas, mais avant de crouler à la mendicité, je vous jure que je me souviendrai que mes ancêtres n'avaient pas peur de la mort.

Il avait descendu peu à peu tous les degrés de la dégradation humaine, mais l'aumône, de la l'aron dont lady Warder feignait de vouloir la lui accorder, venait de faire déborder le vase.

La femme qui jouait ainsi avec lui continua à manier ostensiblement sa bourse aux mailles d'or, se disant qu'il commençait à être arrivé au point où elle voulait le mener.

— Que voulez-vous donc de moi alors? — demanda-t-elle. Favrol resta silencieux.

En effet, s'il ne désii'ait aucun secours, que venait-il laire?

— Je comprends, — reprit Léona de sa voix mauvaise. — Vous

seriez humiliéde recevoir... comment dirions-nous?... undon, uncadeau... mais un prêt n'est-ce pas, ce serait différent, même une succession de prêts, à rendre plus tard, beaucoup plus tard? Elle haussa les épaules.

— Mais, mon cher, lorsqu'on veut de l'argent on travaille!

— Que voulez-vous que je fasse? — gronda le misérable. — Je suis incapable de quoi que ce soit, vous le savez trop.

— De quoi que ce soit de bien, oui.

A ces mots, de Favrol obliqua brusquement la tête vers son interlocutrice...

Il avait entendu siffler le serpent.

— De telles paroles, chez l'ancienne Léona d'Ercourt, ne sont pas prononcées pour rien, — se dit-il.

Allait-elle donc avoir besoin de lui? et était-ce ce qu'elle appelait « travailler ? »

En ce cas, ah ! oui, il était prêt, quoi qu'elle lui demandât, quoiqu'il iallût faire, car il avait assez, il avait trop de la misère, de la faim... et pas envie de mourir, quoiqu'il en dît!

Du geste, Léona lui désigna une chaise à deux pas d'elle : sur un fauteuil, ses espèces de haillons eussent été par trop écœurants.

— Monsieur de Favrol, — prononça alors lady Warder d'une voix très calme et qui devait rendre d'autant plus impressionnant ce qu'elle allait ajouter, — monsieur de Favrol, je ne vous ai point cherché; c'est vous qui êtes venu. Eh ! bien, que diriez- vous si je faisais connaître à M. le Préfet de police l'endroit où l'on peut vous rencontrer?

— \'ous? — s'écria le misérable en se redressant, une lividité plus grande au visage.

— Moi... ou un autre.

Léona ressentit en elle une vive joie.

— Je vais le tenir tout-à-fail, — se dit-elle, — et de toutes manières. Un homme n'en arrive pas à ce point sans avoir essayé de tout auparavant, de tout ce qui est avouable parfois, de tout ce qui est inavouable, surtout lorsqu'on s'appelle Favrol.

Et s'applaudissant d'avoir mis la conversation sur ce terrain.

— Oui, moi ou un autre, — répéta-t-elle.

Favrol s'imaginant qu'elle était au courant de ses tentatives afin de se procurer, par le vol et le crime, cet argent qu'il ne se sentait pas le courage de gagner, la considérait avec une réelle terreur.

Il la savait capable de le dénoncer en s'esquivant elle-même, si cela concordait avec son intérêt.

— Mais asseyez-vous donc? — reprit Léona avec la même tranquillité dominatrice.

En disant cela de son air souriant, son œil fouillait implacablement la physionomie de celui qu'elle torturait.

Et avec une brusquerie soudaine, voulue :

— Voyons, voulez-vous que je fasse parler de vous au Préfet de police, que je lui fasse télégraphier, par exemple, qu'à telle heure, M. de Favrol est sorti du Britannic-Hotel, qu'il a pris telle rue, elc?

— Vous ne feriez pas cela, vous?

— Moi, peut-être non. Mais vous savez que j'ai certains moyens d'action. Puis qu'ai-je à me reprocher du reste... contre la loi? Et même, ignorez-vous que cette loi met hors de poursuite le délateur?

Les mains de Favrol se nouèrent alors dans une crispation déchirante.

— Je suis à votre merci, — gémit-il. — A la merci Je tous!

— C'est ce dont je voulais que vous vous rendiez compte, — répliqua froidement Léona.

Et, en a-parte, elle ajouta :

— Je ne m'étais pas trompée, il a dû faire quelque coup, qui ne lui a pas rapporté grand'chose, à ce qu'il paraît. Je le tiens désormais mieux que par l'appât de l'argent.

Alors, appelant de nouveau, sur ses lèvres, ce sourire de commande que son ancien métier de courtisane lui avait rendu si facile :

— Mais je suis bonne camarade.

Elle vida sans compter, dans le creux de sa main, tout l'or contenu entre les mailles de sa bourse.

— Débarrassez-moi donc de ceci, je vous prie, Gaétan. L'œil de son interlocuteur s'enflamma.

Il considéra Leona en dessous pour s'assurer qu'elle élait sincère.

Mais elle, avançant la main, avait, sur ses traits, la placidité sereine de ses jours de bonne humeur autrefois.

Favrol abaissant sa prunelle au regard louche, toucha alors, de ses doigts^ cet or qu'on lui offrait.

Et une coloration furtive marbra de rouge la pommette de ses joues.

Les pièces d'or qu'il maniait avec un frémissement secret disparurent dans la poche de son gilet.

Ce n'était plus une aumône : c'était de l'argent que Léona allait lui faire gagner. Par quelle besogne ?

Elle ne le laissa pas longtemps dans l'incertitude.

— Mais, voyons, mon pauvre de Favrol, pourquoi donc, dans la si-

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lualion désa^rc.iljle où vous vous trouviez, ne pas vous èlie adressé à M. de Saint-FloreiU?

Les paupières de son interlocuteur papillotèrent faiblement.

— Elley arrive, — se dit-il. — Elle sait tout!... Léona continua :

— Il vient enfin de marier sa fille, ai-je entendu raconter. Oui, je sais bien, il y a le passé, le passé durant lequel vous vous êtes laissé refaire. Raison de plus pour ou])licr les pelits griefs mutuels, \oyez, moi, si je vous garde rancune.

Favrol balbutia quelques mots de vague remerciement.

— Alors, — reprit lady Warder, en ponctuant venimeusement ses phrases, — sa (illo a réussi à épouser son officier ? El ils demeurent tous ensemble sans doute?... Des gens qui s'entendent si bien ! Et la famille va s'accroître... si ce n'est déjà fait?

Elle se tut, attendant.

— J'ai en efiet entendu parler de ce mariage.

Favrol venait de prononcer ces mots d'un ton sourd, car ils lui rappelaient des souvenirs lourds d'envie et de jalousie, surexcités encore par les paroles de son interlocutrice.

— Et c'est tout ? Eh bien ! ce n'est pas assez.

— Que voulez-vous dire ?

— Je veux dire que vous serez avec moi ou contre moi. Et en ce cas...

— Mais parlez, que voulez-vous de moi? — interrogea anxieusement le gentilhomme taré se rappelant les mauvais commencements de cet entretien.

Léona rapprocha son fauteuil :

— J(i veux dire que, en haine comme en amour, je suis implacable ; je veux dire que les outrages que j'ai subis de la part de cette famille, je les ai toujours sur le cœur; je veux dire que la vengeance que je n'ai pas pu exercer encore n'est que. différée. Et je veux, entendez-vous, je veux savoir ce que sont devenus les nouveaux mariés, où ils habitent... Et si madame Maurice Donnel ne va pas bientôt être mère!

— Et...

— Et je serais très reconnaissante à M. de Favrol de me renseigner au plus tôt à ce sujet.

Léona se dressa.

— Je vous donne trois jours. Ce délai expiré vous reviendrez me voir... A propos, lady Warder ne peut recevoir que des gens de son sionde. Vous m'avez... compris.

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— C't^st que j'ai tant soullcrt, — iminiiuia Favrol. — Puis, je suis ciiblé de dettes.

— El vous ne seriez pas luché de recevoir de nouvelles avances, AUendez-moi donc.

Elle disparut pendant deux ou trois minutes et, en revenant, lui tendit un rouleau d'or.

— Il y a là mille francs.

Favrol engloutit le rouleau dans l'autre poche de son gilet.

Le regain de scrupules qui l'avait secoué im moment avait disparu. De l'or, enfin ! Plus de détresse, plus de misère : il était prêt, résigné, résolu à tout, pourvu que Léona ne refermât pas sa caisse.

Quarante-huit heures après, il reparaissait.

11 lui avoua la vérité, en partie, croyant ne lui rien aj-prendre; puis il partit...

Il était modifié de la tête aux pieds. Mais une écharpe de soie noire recouvrait encore une partie de sa joue.

Léona jugea son empressement d'heureux augure.

De son côté Favrol qui désirait exploiter ses bonnes dispositions ne la fit pas languir.

Et i! lui apprit que Maurice Donnel et sa jeune femme habitaient seuls non loin de l'école de Saint-Cyr où le jeune capitaine exerçait toujours les fonctions d'instructeur.

— Et pas d'enfant ?

— Non, mais... bientôt.

— Enfin ! — silfia Léona.

El s'approclianl de Favrol à le loucher :

— Vous :îavez qu'il y a tout profil à me seconder lidèlenienl... et tout péril à essayer de me nuire. Réfléchissez, réfléchissez bien, avant de répondre, car toutes mes réflexions à moi sont àvyii failes. Puis-je compter .^ur vous, sans réticences, sans réserves? Songez que, une lois lié, je ne pardonnerai ni une défaillance, ni une trahison.

Le gentilhomme avili pensa à toutes les privations subies depuis le jour où Léona avait cessé de lui servir la renie à laquelle il était habitué; il sentit le poids des pièces d'or dans son gilet neuf.

— Pour la vie, — dil-il en étendant la main, — vous pouvez compter sur moi.

Léona prit alois l'adresse du baron de Favrul qui, depuis la veille allé était se loger dans une « pension de famille » de troisième ordre.

Et elle plaça devant lui une carie avec ces mois ; a Lady Warder, îiôlfi du Parc, Vicliv ».

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Celait son adresse qu'elle ne craignait pas de lui donner, puisqu'il savait que d'un mot elle pouvait le perdre, l'envoyer en prison.

11 l'ut alors convenu que Favrol surveillerait étroitement Maurice Donnai et Mignonelte, et qu'il aviserait Léona par lettres non signées et écriies au crayon de ce qui se passerait les concernant.

\i\\e voulait que les lettres de Faverol fussent écrites au crayon afin que, en cas d'accident, son écriture fut moins reconnaissable.

— Quant à ce bandeau qui vous déguise si désagréablement... Favrol se troubla, voulut expliquer.

Trouvant que lady Warder en savait bien assez sur son compte il ne tenait pas à lui apprendre, si elle l'ignoraiL encore, qu'il cachait ain^i r horrible blessure que lui avait faite l'ordonnance du Heutenant de vaisseau Brémontier.

— Gardez-le, — lui dit-elle en l'interrompant, — si cela ne vous rend... pas plus sympathique, cela empêche que l'on vous reconnaisse trop... au premier abord.

Elle fit un mouvement pour le congédier. Mais il restait là, immobile. Léona comprit.

Elle passa dans sa chambre et revint, des billets de banque plies dans sa main ; et elle les posa sur la cheminée.

— Prenez, — diL-elle froidement.

Favrol palpa avec une sorte de frénésie sourde ce papier soyeux grâce auquel il allait pouvoir reprendre son ancien train de vie.

Et retrouvant ses manières d'autrefois, il se courba galamment et baisa la main de Léona.

Mais en se relevant, il rencontra son œil dur, et involontairement il serra les épaules : il lui semblait qu'il venait de sentir tomber sur lui la casaque du forçai.

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