‹ [Mariage d'amourChapitre 94 sur 109 · TALISMAN · texte numérisé non relu

TALISMAN

Le lendemain, avant l'aube, )1. de Saint-Florent et Maurice Donne! franchissaient sans bruit le seuil de la maison de cannpagne louée pour eux par Jacqueline Delbeau avant leur arrivée dans la petite ville d'eaux.

Malîîré leur prétexte d'une promenade matinale, ils préféraient ne p;is attirer l'attention, craip;nant le renouvellement des anxiétés de Mignonnette et peut-être la brusque divination de la vérité par Lucienne.

Lorsqu'ils furent parvenus à sortir du jardin sans que rien d'anormal se fût produit, ils s'éloignèrent rapidement sous l'abri d'un chemin creux qui les dérobait à la vue.

Ils se dirigèrent vers le bouquet de bois désigné la veille par les témoins comme le lieu de la rencontre.

Arrivés à quelque distance de cet endroit, ils aperçurent trois hommes qui se promenaient de long en large.

C'étaient les témoins du comte de Saint-Florent et un médecin.

Le père de Mignonnette leur serra la main et quelques paroles, attestant le calme de son âme, furent échangées.

Puis le silence se fit...

Le terrain choisi pour le combat dominait une partie de la vallée.

En se détournant, le comte aperçut un coin de la maison blanche où il avait laissé tout ce qu'il aimait le plus au monde.

Et les rides qui commençaient à sillonner son front se creusèrent davantage.

Quelle allait être l'issue de ce duel et quel serait le réveil des deux êtres tendrement chéris dont on était parvenu à endormir, à apaiser l'inquiétude vague?

Son regard rencontra celui de Maurice et ils se comprirent... Leurs mains s'étreignirent...

Puis le jeune officier s'éloigna pour cacher la flamme soudaine qui venait de s'allumer dans ses yeux, tandis que, entre ses dents serrées, passaient ces paroles :

— .\h! malheur ù cet homme si mon oncle succombe! Mallicur... malheur à lui!

MARI AGP. DAMOUR 1653

A ce moment, un roulement de voilure s'éleva de la route.

Oiielques minutes après, Pierre Normand et ses deux témoins apparurent.

Le vieu.x commandant portait lui-même les épées, — l'arme choisie, — semblant par ainsi revenu à ?on jeune temps.

Une sorte de sombre enthousiasme se lisait sur les traits de l'artiste.

Tout empli du souvenir de la femme qui l'avait envoyé à la mort ou au meurtre, il ne pensait plus à celte cause de prétendue justice de délivrance qui avait armé son bras.

Certains propos, recueillis depuis la veille, pvaient ébranlé l'idée fâcheuse qu'il s'était faite de son adversaire, sur les paroles envenimées de Léona.

Il ne voyait et ne voulait plus voir qu'une chose, c'est qu'il allait exposer sa vie, c'est qu'il allait croiser le fer pour la femme qu'il aimait.

A cette heure, sans doute, piévenue par sa dépêche de la veille, elle était debout, inquiète, angoissée, écoulant les ballemenls de son cœur, interrogeant les mille bruits indécis du matin, y cherchant des présages de ce qui, loin d'elle, s'accomplissait.

— Ah! — songeait-il en une ivresse muette, — triompher ou mourir pour elle. Triompher surtout, puisque triompher c'est, dit-elle, la délivrer. . , c'est la conquérir à jamais ! . . .

La mort ne lui apparaissait pas comme une menace, et il luùlait d'avoir l'épée à la main.

Les nouveaux arrivants se trouvèrent bientôt à quelques mètres du groupe formé par le comte de Saini-Florent et ses témoins: ils saluèrent.

Le mari de Lucienne leur rendit gravement leur salut, tandis que l'œil ardent de Maurice Donnel, dissimulé à quelques pas, cherchait déjà celui du provocateur, de l'homme dont il avait le droit de suspecter le rôle.

Les armes furent tirées au sort et aussi les places respectives des deux combattants.

M. de Siint-Florent vil alors que la place que le hasard venait de lui désigner mettait sous ses yeux le toit lointain qui abritait sa femme et sa fille.

A cette vue, une flanjme ardente monta à son cerveau.

Il lui semblait que c'était lu comme un présage, un gage favorable.

Ah! oui, il combattrait avec énergie pour celles qui étaient là-bas...

Et s'il venait à succomber, s'il devait périr... eh bien! ses yeux ne se

fermeraient qu'emplis une dernière fois de la vue du logis où se trouvaient ces deux êtres si bons et si tendrement affectionnés...

Le commandant de Vallobres, appelé par son grade et son âge à diriger le combat, donna le signal.

Les épées aussitôt claquèrent avec un bruit bref.

Et, les fers croisés, les deux adversaires restèrent immobiles, tendus :omme des ressorts, s'étudiant...

Quelques secondes, durant lesquelles la vie semblait comme suspendue.

Puis, brusquement, le corps de l'artiste se plia, son épée battit, rapide, insaisissable, brilla comme un éclair.

Maurice Donnel, caché à vingt pas, ressentit un coup de froid.

Mais un froissement de lame siffla, arrêtant l'épée de l'amant de Léona dirigée droit contre le cœur.

Puis le combat continua, pressé, haletant.

La violente attaque de l'artiste, en dénonçant un tireur exercé, venait de confirmer les soupçons de M. de Saint-Florent sur la provocation qui avait amené ce duel.

Son antagoniste était un émissaire conscient ou non de ceux qui, déjà, avaient déchaîné le mal sur les siens et sur lui.

Cette conclusion, loin d'abattre son courage, ne fit, au contraire, que le surexciter.

En se défendant, ce n'était plus pour lui seul qu'il luttait, mais pour ceux sur lesquels il voulait continuer à veiller.

De son côté, Pierre Normand reconnaissait que lady Warder n'avait point exagéré l'habileté de son ennemi.

Certes, si la main manquait un peu d'habitude, perdue, négligée sans doute, c'était pourtant un mur de fer que le peintre irrité rencontrait toujours entre son épée et la poitrine dans laquelle il était impatient de la plonger.

La manœuvre des lames l'une contre l'autre, empressée, ardente, dura ainsi un moment, puis le commandant intervint.

Et les deux adversaires s'arrêtèrent haletants, couverts de sueur.

Après un moment de repos :

— Allez, messieurs, — prononça encore le vieil officier.

Décidé à en finir et, pour cela, à ne pas laisser au comte de Saint- Florent le temps de se préparer, d'arriver à la parade, Pierre Normand coupa, dégagea rapidement le fer, glissant son épée sous celle de son ennemi.

Pierre Normand battit l'air Je ses bras et s'abattit sur le gazon, comme une masse, avant qn'on eût eu !o temps de le secourir. (P. 1658.)

La pointe de son arme arriva au-dessous du sein gauche du père de Miynonnt'tle.

Maurice Donnel avait étouflé un gcmissemenl et, déjà, le secrétaire dti comte se précipitait pour recevoir dans ses bras M. de Saint-Florent.

— Ce n'est rien, — prononça le blessé avec un sourire d'une douceur virile pour le rassurer.

Et il retomba en g;irde.

Pierre Normand, enfiévré par ce premier succès, pressé d'achever, attendait, le ler déjà levé.

Mais dans cette courte lialte, M. de Sainl-Florenl venait de revoir la blanche demeure dans laquelle étaient celles à qui il avait voué toule sa vie.

Et trouvant, dans celte vision, un nouvel aliment d'énergie, lui aussi résolut de brusquer le dénouement.

Et alors son épée, à son tour, battit rapide, cherchant, elle aussi, le chemin du cœur de cet homme à qui il n'avait rien fait et qui voulait le tuer.

Les yeux injectés, haletants, les deux combattants s'étaient rapprochés d'une façon inquiétante.

Les témoins, retenant leur souflle, attendaient l'instant fatal.

Tout-à-coup un cri s'éleva : l'épée du peintre vint mourir sur la poitrine de M. de Saint-Florent...

El là, près de frapper mortellement celui qu'elle visait, elle échappa à la main qui la tenait... cette main s'ouvrit.

Le comte avait paré net et répondu [)ar une foudroyante riposte...

Pierre Normand battit l'air de ses bras et s'abattit sur le gazon, comme une masse, avant qu'on eût eu le temps de le secourir.

M. de Saint-Florent demeura une demi-minute étourdi, reprenant son souffle, passant inconsciemment sa main sur son front en sueur.

Maurice s'était précipité vers lui, l'enveloppant de ses bras.

Le père de Mignonnette le considéra avec une expression d'afîeclion profonde.

Et son regard, retombant sur la blanche maison que le soleil du matin commençait à dorer, il murmura :

— Dieu est juste.

El redevenant aussitôt l'homme aux sentiments généreux qu'il était, il désigna son adversaire de tantôt, étendu au pied d'un arbre où on venait de le transporter, livide.

— Mais ce malheureux?... — questionna-t-il.

Maurice Donnel ne répondit pas : il n'avait pas, lui, la sublime générosité de s'apitoyer sur le sort du criminel, — Pierre Normand l'était à ses yeux, — qui avait tout fait pour jeter le deuil parmi les siens.

— Mais vous-même?... vous, mon oncle, mon père! — dit-il. — Vous aussi, vous clés blessé... J'ai bien vu que...

— C'est peu de chose, — répondit le gentilhomme.

MARlAt.E D'AMOUR 1659

Mai? ?on médecin s'approchait, après avoir laissé le misérable vaincu aux soins de son collègue.

La blessure de M. de Saint-Florent était peu grave, en effet : une plaie formant séton sous l'épiderme, grâce à la parade qui avait fait dévier le coup porté.

— Sans cela... c'eîit tout simplement élé mortel, — déclara le médecin.

Quant à l'autre combatlant, il était touché très grièvement, l'épée du comte ayant traversé le poumon.

— .le vous on prie, docteur, — dit le mari d»; Lucienm', — laitesmoi un pansement léger : vous viendrez ensuite le rafraîchir à la villa, s'il le faut. Mais allez seconder votre confrère pour sauver ce malheureux à qui je pardonne le mal qu'il a voulu me faire.

Le médecin lui obéit.

Maurice l'aida ensuite à passer ses vêtements, car cette blessure qu'il voulait (ii'daigner le faisait souffrir plus qu'il ne l'avouait.

Et il attendit un moment, jusqu'à ce qu'on fût venu lui apprendre que les médecins espéi aient sauver le malheureux à qui il venait de pardonner si généreusement d'avoir voulu sa mort.

Alors il se retira, appuyé au bras de son neveu, de sun fils...

— Je devais sortir vainqueur de ce duel, — lui dit- il alors, — car j'av.iis un talisman.

Et montrant la maison blanche, au lointain :

— Le voilà.

UN TÉLBGRAMME

Le transport de Pierre Normand à l'hôtel, malgré tout le soin avec lequel il avait été opéré, n'avait pu empêcher un évanouissement.

Mais à peine au sortir d»^ celte syncope, l'infortuni", craignant que le délire de la fièvre qui martelait déjà son cerveau ne vint annihiler sa volonté, demanda, d'une voix sifflante, de quoi écrire.

Il voulait envoyer une dépèche à celle dont l'amour l'avait conduit sur cette couche de douleur où il gisait, dans un pays inconnu, sans {larenls, sans amis.

i6C0 MARIAGE D'AMOUR

Mais épuii^ce par le sanj; (ju'il avait perdu, agitée par les premiers frissons du mal qu'il redou'tait, sa main se refusa à obéir.

Il fut obligé de dicter, d'une voix à peine distincte, le télégramme qu'il voulait envoyer à sa maîtresse et qui devait aussi remplacer la leltre qu'il se proposait de lui écrire, — eût-il dû le faire avec son sang.

Celte dépècbe, Léona l'attendait.

Étendue dans son luxueux lit d'hôtel au dais de soie, elle étirait nonchalamment ses beaux bras, attendant la soubrette qu'elle venait de sonner en se réveillant, pour lui demander si aucun télégramme n'était arrivé à son adresse.

— Aucun, milady, — répondit la servante.

— Quelle heure est-il donc?

— Onze heures, milady.

— Onze heures, — murmura l'ancienne courtisane, — ce doit être terminé depuis longtemps.

Et durcissant son regard, elle songea.

— Est-ce que?...

Elle n'acheva pas, mais sa pensée était :

— Est-ce que l'homme que j'ai fanatisé et poussé à ce crime plus ou moins avoué aurait été vaincu?...

— Tirez les rideaux, puis habillez-moi, — ordonna-t-elle d'une voix brève.

La servante obéit.

Léona se laissait habiller, le sourcil contracté, le regard et la pensée ailleurs.

Sa toilette achevée, elle se laissa tomber sur une causeuse, sombre, ramassée sur elle-même, le menton dans sa main.

Elle ne songeait pas à aller s'informer de l'état de lord Warder, à demander de ses nouvelles.

Cumptail-il pour elle à celte heure?

Tout-à-coup elle eut un brusque sursaut.

On venait de frapper à la porte de sa chambre.

— Entrez, — fit-elle d'une voix sourde.

La soubrette revenait, le papier bleu d'un télégramme posé sur un plateau.

A cette vue les yeux de Léona s'allumèrent d'une lueur fauve.

Elle prit le papier d'une main qui pesa sur le plateau comme une griffe.

MARIAGE D'AMOril 1601

•Mais elle ne l'ouvril pas.

Immobile, figée clans sa posture hostile, la main qui tenait le \r\rgramme appuyée sur son genou, elle attendit que la servante fût sortie.

Alors, abaissant lentement sa tète aux clieveux fauves, elle fixa d'un œil pesant le message, semblant vouloir lire à travers lo papier.

Une hésitation insurmontable, irritée, la retenait.

Enfin, les dents serrées dans une im[)ressionde sourd malaisedont elle n'était pas maîtresse, elle en déchira lentement la bande pointillée. Et son regard s'abattit sur le texte.

El violemment, comme une détente brusque de son être, elle froissa, elle tordit, elle pétrit le jtapier devenu informe dans sa main.

— Le lâche! — grondait-elle en des sons rauques exhalés de sa gorge. — Le lâche!...

El elle se dressa, lionne, tigresse, soudainement lâchée, démuselée, jet:int sans cesse, ces seuls mots, cetie insulte :

— Le lâche!... L'imbécile!... Le pleutre!...

Celte dépèche, c'était celle que son amant lui avait fait envoyer pour lui annoncer l'issue malheureuse i)our lui, pour elle de son duel.

Son amant?... Est-ce qu'elle avait jamais eu des niais, des impuissants, des inutiles pour amants, elle?...

Et elle martelait les tapis du talon de ses mules de velours, comme elle eut voulu piétiner le corps ensanglanté de cet homme incapable qui n'avait même pas su tenir une épée.

Dans un accès de rage, elle rouvrit la dépèche chiffonnée, lacérée, la relut... et y cracha dessus une malédiction, la rejetant à terre, la déchirant sous ses talons, à défaut d'autre chose.

Oui, il n'y avait plus à douter, le terrible brelteur qui, à l'en croire, tenait la vie de son adversaire au bout de son épée, s'était laissé clouer par l'épée du comte de Saint-Florent.

Et elle l'avait ménagé, pn-paré, convié en (pielque sorte pour ce rùie de vengeance dans lequel il venait d'échouer si misérablement.

Et elle s'était livrée, elle s'était donnée pour .ilioiitirà ce résultat : ses ennemis triomphants !

Pierre Normand avait encore l'aplomb de lui envoyer cette dépêche.

Il s'imaginait peut-être qu'elle allait partir, laisser tout là, pour aller le soigner, s'installera son chevet?

Elle eut un ricanement de rage terrible :

— \n charnier !

A la fin, lasse de colère exhalée en vain, elle s'arrêta, debout au

1GG2 MAHIA(;E D'AMOUR

milieu de la pièce à travers laquelle elle marchait; elle s'arrêta, les bras croisés sur sa poitrine, immobile comme unrt statue.

Et son regard, plongeant à travers les vitres de la fenêtre, elle parut voir, au loin, vers la contrée d'où lui étaient arrivés les télégrammes expédiés par l'homme qu'elle avait chargé de sa vengeance.

Il lui semblait apercevoir deux individus aux prises, l'épée à la main» et celui qui restait vainqueur, c'était l'ennemi dont elle souhaitait la mort.

La défaite n'était pas seulement pour le blessé : elle était surtout pour elle.

— Allons, — muimura-t-elle, — il y a donc réellement des tètes que je ne puis abattre.

Une expression de menace indomptée passa sur sa physionomie.

— Mais il reste la dernière carte. Et celte fois, ce sera bien toute ma revanche !

Ayant besoin de s'arracher à l'obsession qui la tourmentait, lady Warder se rendit auprès de son mari.

Elle le trouva accablé, prostré dans un fauteuil, le corps ployé par le mal.

Son regard aussi, à lui, paraissait regarder au dehors, au loin,... par delà !a mer.

11 revoyait ainsi son Ecosse brumeuse et pourtant aimée, oîi il avait reçu le jour.

Et le vieux et riche manoir non loin duquel les lords Warder dormaient de l'éiernelle sommeil et il se disait que l'heure d'aller les rejoindrj allait sonner avant peu.

Léona s'aperçut de sa prostration.

El un soupir de soulagement , de contentement secret , souleva sa poitrine.

Elle se dit :

— Celui-ci, au moins, va me procurer une satisfaction. Avant peu, je serai veuve... pour la deuxième lois. Veuve comme je voulais l'être.

Le malade avait tourné la tète au bruit soyeux de la robe de chambre de sa femme traînant sur les tapis.

— Hélas! chère, amie, — lui dit-il, — vous avez cru bien faire en m'amenaiii ici Mais c'aura été bien inutilement, je le crains.

— C'est cela, reprochez-le moi, — répliqua aigrement Léona. Lord Warder passa sa main pâlie sur son front.

Certes, ce voyage n'avait été pour lui qu'une aggravation.

Mais, croyant à l'alfection totalement revenue de celle qu'il avait

MARIAGE D'AMOIH 16Ô3

épousée, affection dont sa conduite à Vichy semblait lui avoir donné la preuve jusqu'à l'arrivée de Pierre Normand, il avait accepté son sort avec résignation.

Mais depuis le départ du peintre, il sentait peser sur lui l'irritation sourde de sa femme, énervée à certaines heures par l'attente dans laquelle elle était du duel de l'artiste et du comte de Saint-Florent.

— Oui, — reprit Léona ayant besoin de faire expier à quehju'un la nouvelle qu'elle venait de recevoir, — oui, oubliez-vous, sacrifiez-vous. Voifà comment on vous récompense!

Et détliiquetant l'étoffe du fauteuil dans lequel elle s'était jetée :

— Croyez-vous que ce soit pour mon plaisir que je me sois presque consta'nment privée des fêtes et des représentations théâtrales données à Vichy?

Et sei ouant les épaules avec un rire acre :

— Voilà ce que c'est que d'avoir voulu m'improviser garde-malade... sœur de charité. Monsieur m'accuse d'avoir aggravé son mal. Pourquoi pas de l'avoir causé?

— Madame, — prononça alors le malade d'une voix grave, — vous oubliez que c'est pour vous sauver que j'ai reçu la blessure dont je vais mourir.

— Eh! vous me le répétez assez souvent!

Et sur ces mots, elle sortit brusquement, tandis que lord Warder, resté seul, exhalait un sourd gémissement :

— J'ai oublié mon âge, le deuil récent de 'mon fils, mon rang même pour céder à une folle passion, j'en subis le châtiment.

Quelques heures après, un nouveau message arrivait à Léona.

Mais celui-ci était d'une autre origine.

C'étaient, sous une enveloppe, quehpies lignes au crayon expédiées par de Favrol.

Ce dernier l'avisait que M. et M""' Donnel éiaienl partis pour Mirecourt en compagnie du comte et de la comtesse de Saint-Florent.

— Il m'annonce ce que je sais, — grinça Léona.

Mais son agent ajoutait qu'il avait mis leur absence à profit pour faire la connaissance des êtres et du lieu du jardinier et qu'il pensait l'utiliser pour la réussite finale de leurs projets.

— Ce n'est donc qu'un coui» dilïéré, — conclut-elle. — Mais celuici sera le coup mortel.

1GG4 MARlA(iE D'AMOUR

AU BIUTANNIC-HOTEL

Nous arrivons aux dernières pages de notre récit... Huit jours après, lord el lady Warder étaient de retour à Paiis, au Brilannic-llolel.

Lord Warder, de plus en plus bas, y faisait une halte absolument indispensable.

Durant le trajet de la gare à l'hôtel, on avait craint un moment de le voir perdre connaissance,

A cause du laquais présent avec elle dans la voiture, Léona avait feint une vive émotion...

Mais au fond d'elle une véritable allégresse s'était élevée.

Ce symptôme était de ceux qui ne trompent pas.

— Ce n'est plus qu'une question de jours, — pensa-t-elle

A peine un peu remis, par le repos, sou mari, se rendant-compte de la gravité de la situation demanda de quoi écrire.

— Est-ce pour adresser vos oidres à votre homme d'affaires? — lui demanda doucereuseuient Léona, — pourquoi ne pas me prier de vous servir de secrétaire? car je crains que cela ne vous fatigue à l'excès.

— Ce n'est point à lui que je songeais. L'œil de Léona indiqua une interrogation.

Klle avait réfléchi depuis que l'état de son mari s'était si fortement aggravé, et elle avait essayé de revenir à ce rôle d'épouse en apparence dévouée qui devait lui assurer la fortune du malheureux geniil homme.

— Non, — reprit le malade. — C'est Annie, ma nièce que je voudrais revoir avant de mourir.

— Ah! mou ami que dites-vous là'' Mourir... Oh! non! Mais vous avez raison, notre nièce ne peut que se trouver heureuse de recevoir c!e vos nouvelles... de vous si bon envers elle, toujours.

H est impossible de rendre insidieux, à la fois le ton haineux el faussement attendri de ces paroles.

Elle-même avait alors installé, devant le malade, ce qu'il dcsiiait.

Lord Warder lra(;a à grand peine quelques lignes d'une écriture vacillante.

J'ai appris par un jardinier que le trousseau est prêt pour recevoir le nouveau-né, — .ijouta de Favrol. (P. 1670.)

« Ma chère nièce... ma chère enfant,

.c Je suis lii^n mal... je voudrais l'embrasser, landis (lu'il en est temps

encore!

>i Lord Richard Warder »

C'est tout ce qu'il avail eu la iorce de jeter sur le papier.

20'J. — MARIAC.K n'AMOUft.

1GG6 MARIAGE D'AMOLR

Léona lisait derrière son épaule; elle eut un sourire diabolique.

S'élanl éloignée avec précaution afin qu'il ne soupçonnât pas son indiscrétion, elle proposa à son mari de libeller elle-même l'adresse.

11 avait dû dépenser beaucoup de force pour écrire ces quelques mots : il accepta !

Ah! — rnurmura-t-il. — Pourquoi vous impatienter quelquefois,

contre un moribond?

Léona lui lerma la bouche avec sa main parfumée et effleura son front flétri de ses lèvres.

— Je vais envoyer votre lettre moi-même, — ajoula-t-elle — de la sorte nous serons sûrs qu'elle partira par le plus prochain courrier.

Elle sortit tandis qu'il l'a remerciait. Et elle livra, au feu qui brûlait dans une cheminée, cette missive importune, tandis que ces mots passaient entre ses dénis serrées :

— Rappeler cette chère parente, jamais!

Maintenant, en efîet, Léona était certaine de la destinée de cette lettre.

Avant de revenir à Paris, elle avait écrit à Favrol et elle attendait sa visite en regardant les cendres de la lettre s'envoler dans le foyer.

Quant à sa tille, à Berthe, elle l'a faisait passer après.

Du reste, une sorte de méfiance avait succédé chez elle à la grande froideur qu'elle ressentait autrefois envers son enfant.

Berthe avait manqué périr, il est vrai, sous l'effet du poison destinée à cette fille adoplive des Saint-Florent à qui Léona avait essayé de ravir son liancé, et à laquelle elle avait juré de voler son chérubin si près de naîlre...

Mais ce malheur, ou plus exactement, selon lady Warder, cet... accident n'avait-il pas été causé uniquement parce que sa fille avait outrepassé ses volontés?

— Elle s'est rapprochée à mon insu, de mes ennemis, — songeait parfois Léona, — et elle a été atteinte parles coups que je leur ai portés... C'est sa faute.

Dans sa pensée, Berthe faisait cause commune avec les Saint-Florent.

El si elle n'était pas encore une ennemie elle-même; elle était tout au moins une adversaire.

La scène du flacon perdu par Alexandre, encore toute fraîche à la mémoire de lady Warder, n'en était-elle pas la preuve?

Berthe devait donc non seulement être soigneusement tenue à l'écart de ses piojets actuels.

Mais de plus il était urgent qu'elle ne les soupçonnât même pas.

En conséquence, il ne fiillait point qu'elle rencontrât de Favrol chez sa mère.

— Je lui enverrai un mot, de Paris... si j'ai le temps, — s'était dit cette dernière.

Ce mot, elle ne lui avait pas encore adressé au moment où nous venons de la voir jeter au feu la lettre destinée par lord Waider à sa nièce.

En effet, Léona attendait de Favrol depuis le matin et son impatience commençait à devenir cette inquiétude sourde et mauvaise qui, contractant son sourcil, donnait alors à son visage toujours beau un aspect de haine si saisissant.

Elle se demandait si le gentilhomme taré, les poches lourdes des subsides qu'il avait soutirés d'elle, n'avait pas senti se réveiller ses scrupules de lâche conscience.

— Ne m'a-t-il pas abandonnée, à présent qu'il n'a plus besoin de moi ?

Ses réflexions prenaient un tour de plus en plus sombre, lorsque, après avoir frappé, un des laquais entra et lui remit, sur un plateau, une carte armoriée.

Celait celle de Favrol.

— Il ne se refuse plus rien, — se dit Léona en considérant l'élégant morceau de vélin.

Mais enfin, il arrivait, c'était l'essentiel. Quant à ses prodigalités, lord W;irder étoit assez riche pour payer le luxe des créatures au service de s;i femme.

Elle donna l'ordre de l'introduire.

L'ancien ami de Raoul de Saint-Florent parut alors et s'inclina devant elle avec une révérence du meilleur ton.

Ce n'était plus le malheureux honteux, dépenaillé, suant la misère et le vice abjects que nous avons vu se présenter la première fois au Britannic-Hotel.

Gaétan de Favrol avait repris aujourd'hui toute son élégante et cynique assurance de jadis.

Léona' attendit que le domestique se fiît retiré.

— Eh bien, — siffla-t-elle alors, — tous mes compliments. Je vous attends depuis ce malin. Et vous arrivez maintenant?...

— xVh! chère amie 1 — syssurra-t-il.

Elle releva la léte avec hauteur.

« L'amie » de cet homme, de ce genlillàtre ravalé aux plus infimes besognes, et qui retomberait sans doute dans la boue dès qu'elle refermerait sa main?...

L'amie d'un... espèce de mouchard de bas étage, elle, lady Warder?...

— Oui, — reprit Favrol d'un ton dégagé, — si vous saviez, vous ne me garderiez pas rancune.

Elle le dévisagea,

— Au fait! — dit-elle.

— Devinez qui je viens de voir?

— Le sais- je?...

— Devinez.

Son air d'assurance plutôt égayée montra à celle qui l'écoutait qu'il était assez sûr de lui...

De qui et de quoi s'agissait-il donc?

Ce dont elle ne doutait pas, par exemple, c'est que cela devait lui être encore désagréable à elle, Léona.

Sans cela, son acolyte, n'eût pas eu ce rire silencieux au coin de ses paupières qu'elle avait appris à connaître.

— Vous savez que je n'aime pas les rébus, — reprit-elle sèchement.

— Pardon, ma chère amie. Mais vous m'avez accueilli de telle façon que vous méritez un brin que je vous mette sur la sellette.

Et assujétissant son bandeau de soie qui menaçait de laissser à nu le stigmate encore imparfaitement cicatrisé de sa joue :

— Comment!... depuis ce matin, à l'heure à peu près où je devais venir vous présenter mes respects...

Ces derniers mots furent prononcés par Favrol avec une ironie et une politesse vraiment cinglantes.

11 se vengeait.

— ... Comment, depuis ce moment je fais le chien de chasse afin de vous être agréable et voilà!...

El il afTeclail une ex;igéralion de familiarité qu'il savait devoir ravaler l'orgueil de la nouvelle lady, lui qui la valait bien, étant d'authentique noble.^se :

— Je me disais en effet : je suis toujours sûr de trouver cette chère Léona au Brilannic-Holel, landis que je ne suis pas certain de retrouver la piste qui se présente. Suivons-la donc.

— Que voulez-vous, —lit enlin Léona trouvant politique de s'excuser à lieu près, — vous allendanl depuis ce matin, je me forgeais toutes sortes d'idées... Et alors/...

El son regard se posa sur son interlocuteur, inlerrogeant.

— Y a-t-il longtemps (lue vous n'avez vu Derlhe? — questionna de

Favrol

— Mais...

— Vous hésitez à répondre. Dans ce cas, j'hésile à aller plus loin, car je pourrais commettre quelque impair. Parlons donc du ménage Donnel, un ménage d'amoureux s'il en est!... «

Léona se mordit nerveusement les lèvres.

Par (es derniers mots, son visiteur lui rappelait sa passion dédaignée par le jeune olficier.

Léona comprit qu'il serait toujours temps de revenir au jeune olficier et à sa femme.

.Mais si de Favrol venait de prononcer le nom de Berthe, c'est qu'il avait à lui annoncer qnelque chose qui en valait probahlemcnt la peine.

— Voyons, — fit-elle. — Il s'agit de ma fille. Rien de surprenant à ce que j'agisse en mère prudente. Vous me demandez s'il y a longtemps que je n'ai vu cette enfant. Et qu'est-ce que cela vous fait de savoir que, prévoyant conibien une rencontre entre vous deux pouvait être gênante, j'ai voulu vous voir le premier avant de lui faire connaître ma présence ici?

— Flatté de la préférence.

Et se carrant dans un fauteuil.

— Eh! bien, je l'ai vue quand même. .Mais elle ne m'a pas aperçu. Elle était trop occupée pour cela. Avez-vous entendu parler depuis longtemps de certain officier de marine de notre connaissance, nommé Hector Brémontier^'

Le regard de Léona lança un éclair.

— Lui?... Une créature encore de ces Saint-Florent.

— Je me dirigeais vers Neuilly, où vous habitez chère amie, et cela en un modeste et simple fiacre, — reprit tranquillement le narrateur, — lorsque je vis descendre, d'un landau fort bien attelé, un jeune officier de marine toutes aiguiletles et toutes broderies dehors.

Lt avec une tension rancunière et méchante de ses lèvres minces:

— Un peu pâle encore, l'officier, comme si quelque bon coup d'épée ou la balle d'un revolver avait été sur le point de l'envoyer dans l'autre monde.

— Que n'y est-il resté!... car je le hais, je le déleste, comme j'exècre tout ce qui touche à cette famille, de près ou de loin, — grinça Léona.

Favrol inclina la tête en signe d'approbation et continua :

— Je vis donc descendre le lieutenant de vaisseau, Hector Brémontier. Lorsque, se tournant avec empressement vers la voilure, il tendit la main à une jeune et charmante personne... dans laquelle je reconnus... M"* Berthe lUiymund.

— Berthe et lui, en voiture!...

- Ou du moins, descendant de voilure. La jeune fille a pris le bras du jeune officier, et ensemble ils sont entrés dans des magasins, à droite, à gauche, .sans se gêner.

— Elle est donc sa maîtresse? — gronda Léona. — L'infâme!

— A moins qu'ils ne soient mariés.

— Pour cela il faut mon consentement. El jamais je ne l'accorderai. Tout plutôt que cela.

— Elle est majeure !...

Un sourire vicieux passa sur les traits flétris de Favrol.

— Tout plutôt que leur mariage ! — avait dit Léona.

Si Berlhe n'était pas la maîtresse de Brémontier... dévorés l'un et l'autre par un amour sans espoir, elle finirait bien par le devenir, pensa- t-iL

Le misérable de Favrol raisonnait comme s'il s'était agi de lui.

En ce cas, l'officier ayant obtenu ce qu'il voulait ne larderait pas à « lâcher » la jeune fille... qui sait!

Et à ce moment, de Favrol oubliant la rigueur avec laquelle on l'avait traité jadis, se présenterait comme un consolateur^ un sauveur : il effacerait la tache, et la jeune fille serait alors bien heureuse de l'épouser.

— Et j'aurais enfin le magot ! — conclut-il silencieusement.

Il avait fait ces réflexions tandis que Léona gardait un instant le silence, cherchant le moyen de séparer les deux jeunes gens dont on venait de lui dénoncer la réunion et ne le trouvait pas... pour le moment.

— M'en voulez-vous toujours de vous avoir fait attendre, ma chère amie? — demanda enfin de Favrol.

Léona lui lendit la main.

El pour chasser les pensées importunes qui venaient l'assiéger, elle demanda à son espion des renseignements sur la jeune M""* Donnel.

Elle apprit alors que l'époque de la réouverture des cours, à Sainl- Cyr, approchant, le capitaine Donnel allait revenir des Vosges, dans quelques jours, avec sa femme.

— J'ai appris par un jardinier que le trousseau est prêt pour recevoir le nouveau-né, — ajouta de Favrol. — Un las choses sont arrivées à la villa, envoyées par une grande maison de blanc à qui elles avaient été commandées par M™' de Saint-Florent avant son départ aux eaux; sans compter, paraît-il, ce qu'elle avait fait confectionner chez elle.

Léona montra ses dents de louve.

— 1! ne l'usera pas, leur i)Cliol!

Ce (lu'elle tenait beaucoup à savoir, c'est si la jeune mère ferait ses couches à la petite villa qu'elle habitait maintenant, ou bien, si elle se rendrait à Saint-Germain.

— Vous pouvez vous rassurer, — se hàla de répondre Fnvrol, — à qui le nom de ce dernier endroit donnait la chair de poule. Le jardinier auprès de qui je me suis fait passer pour un artiste ayant envie de s'établir là-bas m'a appris qu'une garde-malade a été retenue à Versailles pour les soins à donner à l'accouchée.

— En ce cas, il faut bien étudier le pays. Il y a un bois derrière la maison.

— Avec une porte de communication conduisant de ce bois dans le petit parc de la viUa. Je le sais.

— Je vois que vous m'avez comprise. Je vous aviserai pour que nous ayons un dernier entretien avant mon départ.

Et elle se leva, congédiant ainsi son visiteur. Celui-ci ne bougea pas.

— Mais cela coûte très cher, ma chère amie, de se faire passer j)0ur un artiste devenu millionnaire. Puis vous savez, il y a ces dettes, ces maudites dettes. Je suis en retard pour plus de dix mille francs.

— Dix mille francs?...

— Dix ou douze, je ne sais trop. Ah! si j'avais vos rentes!... Léona se pinça les lèvres.

Le gentilhomme déchu la faisait de nouveau chanter.

— Mais qui veut la fin, veut les moyens, — songea-t-elle. .

Et ayant passé dans sa chambre, elle en revint un instant après avec une enveloppe largement bourrée.

— Tenez; j'espère que vous en aurez pour longtemps maintenant! Le misérable mit soigneusement l'enveloppe dans un riche portefeuille

en cuir de Russie, marqué à ses armes.

Il baisa galamment la main de lady Warder.

Et il s'éloigna, passant roide et lier, devant les domestiques qui avaient peine à reconnaître en lui le visiteur à la mine lamentable, au linge plus que douteux qu'ils avaient introduit un jour chez la voyageuse,

Léona resta seule, debout, les lèvres serrées, réfléchissant.

— Ce doivent être les Saint-Florent qui ont poussé ce va-nii-pieds de marin dans les bras de ma fille. Ah! Berthe ! Berlhe! prends garde de n'être pas Irappée à la lin d'une façon irrémédiable par tout ce que j'ai de haine amassée contre ces gens-là !...

Et voulant avoii' le cœur net de ce qu'elle venait d'apprendre, elle fit ce qu'elle avait retardé jusqu'alors, elle écrivit à sa fille qu'elle l'atl-'ndait... pour l'embrasser, dit-elle, — ou pour la mordre I

JOJES ET TRISTESSES

Favrol n'avait pas inenli en affirmant avoir aperçu Hector Brémonlier avec Berthe.

L'officier de marine que l'amour emplissait au point de lui faire prendre en dégoût cette mer qui, pourtant, l'avait charmé si longtemps, avait saisi la première occasion pour revenir à Paris.

Se rapprocher de l'être aimé, vivre dans son atmosphère, respirer le même air, n'est-ce pas la plus grande joie de la terre?

Aussi quelle ivresse, quelle extase de se retrouver auprès de Berthe.

M""^ Raymond, de son côté, avait éprouvé comme une sensation de délivrance, d'expansion infinie à le revoir.

M. et M""' de Saint-Florent, Mignonnette éloignés, elle s'était trouvée si seule, si tristement abandonnée dans Paris.

Heureusement que les lettres du lieutenant de vaisseau venaient ai)uscr, occuper son attente.

Sans elles, il lui semblait qu'elle serait morte.

Aussi quel rayonnement sur ses traits lorsqu'elles arrivaient.

François l'intendant s'en apercevait.

Et quelle douleur, pour le malheureux, lorsqu'il lui présentait sur un i)lateau ces enveloppes dont il avait appris, hélas! à reconnaître l'écriture.

Car, dans la folie de son impossible amour, il se nourrissait, il se repaissait de son mal.

On aurait dit que h pauvre diable éprouvait, dans son désespoir, comme une jouissance secrète à se faire souffrir davantage,

— Ah! oui, — se disait-il en se rongeant les poings. — Je sens que c'est de la folie. Fuir! Fuir!,.. Mais non; je veux rester près d'elle jusqu'à ce que la somme de mes douleurs soit trop forte.

Et sombre :

— Jusqu'à ce que je voie mon malheur consommé... jusqu'à ce qu'il l'épouse ou que... Ce jour-là je me tuerai. N'ai-je pas ce couteau de boucher?,.. Arme inutile jusqu'ici et qui me servira alors!,.

Et avec des rages, des envies frénétiques de déchirer l'enveloppe, de

JP

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Il y eut un cliaslo murmure de baisers, tel qu'un gazouillis d'oiseaux énamourés... (P. 1675.)

lire, d'apprendre par cœur les phrases d'amour que lirémonlior .M-nvail à la jeune fille, il prenait ces .lettres si torluranics pour lui.

Oui, les dévorer de son ro<;ard, et ensuite les anéantir, les hroyer avec des cris de haine, de malédiction, cela l'aurait soulagé

Ht, cependant, victime vouée à la souiïrance, résignée au marlyre, sentant monter à ses paupières des larmes que hrùlail la braise de ses yeux, il les portait, lui-même à sa maîtresse.

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