‹ [Mariage d'amourChapitre 95 sur 109 · M.\RI.\GE d'.\uoik · texte numérisé non relu

M.\RI.\GE d'.\uoik

JG7I MAItlAr.E D'AMOUR

El en ;iccoiiipli?s;int <^cla, il se disait ;

— SoiilTro, soiilTn; un pou plus, chair à nnisère!

M.iis l'épreuve venait d'être plus atroce, plus violente encore quelques jours avant les incidents que nous venons de signaler au chapitre précédent.

C'était l'avanl-vcillc du retour de Iv'ona, de Vichy.

Un coup de sonnelle ayant retenti et le valet de pied étant allé ouvrir, ce domestique subalterne avait avisé l'intendant de la présence d'un visiteur qui demandait à voir Mademoiselle.

François s'était alors trouvé brusquement en présence d'Hector Brémonlier.

Son saisissement fut tel ([ue ses lèvres blanchirent.

S'il s'y était attendu, s'il avait été prévenu, il aurait lâché de s'habituer cà celle pensée.

Mais, tout à coup, sans que rien ne le lit pressentir, voir arriver ainsi son rival. l'Iionnue qui avait pris le cœur de la jeune fdle et k qui il était oldiiié, lui, le domestique, le valet, de parler respectueusement!

Il eut un moment de silence angoi.ssé, de révolte sourde.

Puis, d'un pas d'automate,, il souleva une portière, l'introduisit dans le salon, et il alla prévenir Berthe.

— Knfin ! — fil la jeune fille radieuse...

Et elle s'élança vers la pièce où l'attendait son fiancé.

François, Jean Tour.iille, avait fait bonne contenance devant elle.

Mais, resté seul, le ressort qui le soutenait se détendit, et il tomba sur une chaise, secoué de sanglots.

i.a joie «le Berthe le lui montrait; elle l'attendait, lui.

S'il avait lu les letlres qu'ils échangeaient, ces lettres qui passaient par ses mains il l'aurait appris.

El ils étaient à côté, leurs mains réunies, leurs lèvres jointes peutêtre, leurs yeux fixés l'un sur l'autre avec l'infinie douceur des amours enfin heureuses.

Et c'est lui qui venait de les réunir, lui dont le cœur saignait, saignait à mourir.

N'était-ce pas horrible?...

Tandis qu'il se laissait aller à son désespoir solitaire, non loin de lui, lli'ctor et Berthe, ignorants de .son malheur, échangeaini entre eux ces paroles sublimes que seuls connaissent les amants.

— Berthe, mon adorée, ma vie, mon âme, ma divinité! — murmurait le marin. — Ah! ne vous (juitter jamais plus!...

Et la contemplant :

— Autrefois j'avais une préférée, la mer, la grande mer aux volutes puissantes. C'est que, alors, j'iL^norais l'amour. El maiulenaiit, vou? empoiter sur les vai;ues berceuses, ou lji< n près de vous, couler mon existence entière, voilà mon seul rêve.

— Et cependant vous avez hésiter à venir.

Ainsi lui répondit la jeune fdie en rir.ond.inf d'un sourire idéalisé.

— C'est vrai; j'avais peur de ce seuil... par d'autres profané. Mais vous, vous Berlhe, vous savez bien que la minute qui s'écoule et chacun des instants de ma vie, soit loin, soit près de vous... sont entièrement à vous. Mais vous prendre ainsi, avoir mes doiyls pris à vos doiiits... Ah! ce sont des heures où, — pardonnez-moi, — l'on voudrait presque mourir, dans la plénitude de sa lélicité.

11 y eut un chaste murmure de baisers, tel qu'un gazouillis d'oiseaux énamourés...

L'n son étouffé, comme l'écho d'un sanglot, arrêta les lèvres des deux amants.

Ils écoutèient : puis n'entendant plus rien, s'imaginant s'être abusés, ils s'oublièrent de nouveau dans les tendres et pures caresses dont se contentaient leur tendresse si longtemps contrariée.

Alors l'homme qu'ils venaient réellement d'entendre sangloter, se dressa m un élan fou et, se tordant les br;is, s'arracha de ce siège où il était tombé, ujordu, ainsi (jue par une brûlure, par ce bruit de baisers.

— Ah! — gronda-t-il, — il vaut mieux que je m'en aille, car je me tuerais sui l'heure ou je les lueiais!

Maintenant, dans le calme silence du grand salon dont les tentures épaisses semblaient les isoler, Hector Brémuntier expli(|uait à Berlhe les hésitations dont elle ven;iil de se plaindie si tendrement.

En efîet, il en avait coûté à ses scrupules de venir la retrouver dans celle uiiiisou où la mère de la jeune lille l'avait chassé en quelque sorte.

Mais Berlhe le rassura.

Cette maison était à elle maintenant, et à elle de telle sorte (|ue son fiancé pouvait y séjourner sans rien sacrilier, à son honneur, à sa fierté, puisqu'elle l'avait échangée contre l'héritage de sa grand'mère, et échangée avantageusement pour les intérêts de sa mère cupide.

Us cau.^èrent, heureux, laissant couler les heures.

Dans cet entretien, il lut convenu que, durant le séjour de Br^ inoiilicr à Paris, ils se verraient quotidiennement.

La tyrannie du règlement militaire, les préjugés du momie les 5('paraient encore.

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Eh bien! ils jouiraient, an moins de la faculté de se trouver réunis, — et prei^que uni?.

Aussi, forls du témoignage de leur conscience, de la pureté de leurs pensées, comme de celle de leur vie, ils circulèrent donc dans Paris les jours suivants.

Ils se disaient :

— Ne sommes-nous pas fiancés?

C'est durant une de leurs promenades que de Favrol les avait rencontrés, épiés, voyant le vice, lui, oîi n'était que l'amour le plus sain et le plus élevé...

Léona, qui ne croyait pas plus à la vertu que son peu intéressant acolyte, crut donc jouer le rôle d'une mère rigide lorsque, répondant à son appel, sa fille vint la relrouvei' au Britannic-Hôlel.

Bertlie, répondant sans délai à son appel, le faisant par devoir, avait à peine embrassé cette mère qu'elle eût voulu aimer de tout son cœur et dont l'égoïsme la glaçait malgré elle, que Léona iLii reprocha de s'être montrée publiquement avec Hector Brémontier.

— Lorsqu'on n'a rien à cacher, ma mère, on n'a point peur du grand jour, — répondit fièrement la jeune fille.

— Mais toi, une jeune lille, et lui, ce... ce marin?...

— Ma mère, nous sommes fiancés.

Léona eut un sursaut de colère.

— On n'est liancé qu'avec l'approbation de ses parents. Or, moi donner mon consentement à l'amour, au mariage de ma fille avec l'homme qui a voulu m'assassiner...

— Ma mère, le coupable n'est pas lui. J'en ai la preuve. C'est...

— ïais-toi ! Tais-loi ! — ordonna Léona.

— Soit, mère, — répondit la jeunefille avec dignité, — nous attendrons tristement que vous ayez changé de sentiment ou d'avis,

— Ou ma mort... n'est-ce pas? Eh bien! en ce cas, vous attendrez longtemps, car je n'ai pas envie de mourir pour laisser ma fortune à un suborneur qui a fait le joli calcul de filer le parfait amour avec mademoiselle ma fille pour épouser ses millions.

Berthe protesta par un soupir : elle connaissait à présent le désintéressement de son fiancé, l'abandon de l'hérilage maternel qui devait être la consé'quence de leur union.

Mais l'injustice, l'irritation de sa mère était trop grands; précédemment elle avait déjà refusé d'y croire, lorsqu'elle avait protesté du désintéressement de son liancé; il valait donc mieux souffrir en silence.

Après être allée présenter ses devoirs à lord Warder qui l'accueillit

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avec une affeclion douce et triste, contrastant clouloiirensement avec la siklieresse de cœur de sa mère, elle se retira en se disant, tandis qu'elle essuyait une larme :

— Je le vois bien, je n'ai plus d'autre famille que lui, que celui que i'aime et dont tout me sépare.

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