CŒUR DÉSABUSÉ
Huit jours après, Léona était à Londres. • A la vérité, ce n'élait guère là qu'une halle pour lord Wnrdcr qui réclamait avec insistance d'être transporté au château de Kingsworih.
^lais les médecins réunis autour de sa couche avaient été unanimement d'avis qu'un repos était impérieusement nécessaire.
Certes, il ne se Taisaient aucune illusion. Pour eux, le lord écossais était condamné à une fin prochaine.
Mais continuer ce voyage eut été avancer le terme de sa mort.
Londres, maintenant, était vide d'attraits pour Léona, et elle se prépara à jouer dignement ce rôle de veuve qu'elle attendait avec impatience.
Elle n'avait plus Paul Noiinand, l'artiste peintre, pour la conduire (^n des parties lines.
Le malheureux artiste achevait tristement de se guérir dans une chambre de l'hospice de Mirecourt où iM""' de Saint-Florent, toujours généreuse, l'avait t'ait transporter.
L'aveugle amant, à peine devenu assez fort pour tenir une plume, avait écrit à celle qui l'avait jeté contre l'épée du comte de Saint-Florent.
Mais sa lettre n'avait pas obtenu plus de réponse que son télégramme.
11 avait écrit d'autres fois encore.
Mais comme le disait brutalement et cynicpiciiKnl Léona, elle j'av.iit layé de sa vie.
A ce moment la, Pierre Normand était encore dans son lit (riiùlel, livré à des soins mercenaires.
L'infortuné serait mort de désespoir si, le sachant abandonné, sans parent, >an> .uni .iniour de lui. Lucienne de Saint-Florent n'avait pris
une de rcs n^sululions angéliqucs qui ne pouvait germer que dans une âme comme la sienne.
Après le du(,'I seulement, eUe avait connu le danger auquel venait d'èlre i.'Xposé son mari.
Alors elle n'avait pu retenir ses larmes, se demandant avec angoisse qunnd cesseraient ces ('preuves, pour eux qui ne faisMient de mal à personne... pour eux qui faisaient autant de bien qu'ils le pouvaient.
Mais quand elle connut l'abandon du blessé, elle comprit ce qui avait dû avoir lieu, et elle n'hcsila pas.
Et un malin, à son réveil, Pierre Normand n'avait pas été peu étonné d'apercevoir à son chevet une douce figure de femme.
Après sa première minute de surprise, — car celle qu'il voyait n'était pas, bêlas! lady Wardcr, — il voulut pailer, s'informer.
— Ne vous occupez que de vous laisser soigner, — lui répondit la voix sympathique de l'inconnue.
— Mais enfin, madame, veuillez permettre...
— Mon nom?... (lue vous importe mon nom? Je suis l'amie des éprouvés.
Alors, dans la détresse de son corps et de son âme, s'abandonnant à cette pitié anonyme si attentive et si tendre, le peintre connut l'infinie consolation de soins qui lui semblaient maternels.
Autour de lui chacun observait la réserve gardée par celle qu'il nommait parfois son ange-gardien.
.lusqu'au jour où, se trouvant bien mieux, il apprit qu'elle se nommait M™"' de Saint-Florent.
Le blessé joignit alors les mains.
— Oh! — gémit-il, — c'est vous qui me ramenez à la vie... vous dont j'ai manqué de tuer l'époux!
Cne confusion immense l'écrasait.
ÏLt alors, se voyant abandonné, renié par celle dont le sort n'avait pas voulu qu'il servît la vengeance jusqu'au bout, il confessa t( ut à M'°' de de Saint-Florent, afin qu'elle liît en lui et vit que s'il avait été coupable, envers elle, il méritait quelque indulgence peut-être...
— Je vous ai déjà pardonni', — lui répondit la noble femme. — \-A mon mari aussi.
Mais, à son tour, elle crut devoir le désabuser et lui apprit succinctement, avec générosité même, la. vérité sur celle en qui il avait eu loi.
Le malheureux était pourpre de honte et de regret.
Il avait donc été l'instiument d'une haine aussi infâme?
MARAir.E D"AMOUR 10:9
— Ah! — miiiniurait-il, — je comprends loiil inaintcnanl.
Tout, c'es[-;'i-dire l'hahileté perverse avec laquelle Léona Tavail prisé, affolé de passion, jusqu'au point de lui dire : « Tue! t>, rerlaiiio qu'il ne reculerait point.
Tout... c'est-à-dire aussi son abandon, son oubli acîuel.
La misérable épouse de lord Wirder rejetait l'outil (|ui n'avait pas su la servir.
Quel désenchantement affreux !
Une fièvre ardente avait suivi celte constatation, puis, sous le^ soins atienlilsde sa généreuse garde-malade, c retour du nnl avait fléchi.
El, lorsque le temps était venu d'i retour de la famille de Sainl-Florent à Paris, le corps et le cœur du pauvre et misérable artiste commençaient l'un et l'autre à entrer en convalescence.
Alors, profitant d'une belle journée, Lucienne l'avait fait transportera l'hospitalier asile de Mirecourt, où elle l'avait recommandé ,'i .licqucline Del beau.
— Soyez tranquille, j'aurai soin de lui comme d'un (ils, — répondit la femme du peiiple au grand cœur — car je connais votre façon de rendre |e^ bien pour le mal.
Tandis que, aclueilcmenl, Léona était à Londres. préjKiraiit sa prochaine comédie de veuve inconsolable d'un époux placé au premier rang dans la noblesse de son pays, loin d'elle, dans celle France qu'elle ne connaissait que pour y semer le sang et les larmes, Pierre Normand, son instrument et sa victime, commençant à se reprendre à la vie, songeait encore à elle.
.Mais c'était pour la maudire.
Et, peu de jours après le passage de lady Wardi'r elle-même à Paris, il y arrivait à son tour, quoicjue point Irè.-; vi-^oureux encore.
Il avait voulu exprimer de nouveau sa reconnaissance à la sainte femme qui l'avait rappelé à la vie, — et, se disait-il tout bas. — à l'honneur, serrer de nouveau la main de .M. de Saint-Florent d dt; Maurice qui, tous deux, lui avaient pardonné, ainsi (pie la douce et craiiilive .Mignonnelte.
El, tandis que lady Warder préparait son dépari pour le château de Kingsworlh trouvant Londies mau.*^sade et sans intrigues, f*ierrc Normand s'embarquait pour l'Améritpie du Sud, dans les lorèls profondes de laquelle il allait lâcher de guérir sou cœur, d'oublier à jamais!
1680 MAfUAGE D'AMOUR
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