‹ [Mariage d'amourChapitre 98 sur 109 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

MAinAl.K I) A. Mu LU 1683

Elle allait de nouveau y ^oùlei les jouissances in>linttives que l'on éprouve au milieu de ses montagnes si belles, aux épaisses forêts que tant de poètes ont chantées.

Mais, avant de (i.utir, iifin d'clre digne des lieux qu'elle allait lialiilcr, afin d'être bien l'opulente lady aux parures relevées par son goût parisien qui jetait tant d'adorateurs à ses pieds, elle avait mis à contribution les couturiers les plus fameux de Loinires.

Et détail saisissant... elle emportait, déjà, dans une des malles, une robe sévère et noire :

Une robe de veuve !...

Lorsque lurd Warder apprit que le ueto du médecin était enfin levé, «ne flamme ardente s'alluma dans ses yeiix.

11 'liait donc revenir dans le vieux manoir, où il avait reçu le jour... où il expirerait.

— Oui, partons, partons vile, — avait-il nmrmuré. On aurait dit qu'il craignait de pa~ y arriver à temps.

11 retomba ensuite dans un niuti.Mne qui frapp.iit tous ceux qui l'approchaient.

Lorsque ses laquais le prirent pour le porter dans la voilure quiali.;il le conduire à la gare, un sourire rapide passa sur ses lèvres flétries, et mourut aussitôt sans qu'il eut prononcé une parole.

Mais son regard brillait toujours d'une flamme ardente et eoneenlrée, fixé droit devant lui.

— Vous devez être satislait, — lui dit Léona lorsqu'il lut installé dans le waiion qu'elle avait fait retenir. — Nous rentrons à Kingsworth.

— Oui.

11 prononça ce mot d'un ton bref, sans la regarder, seudjlani diriger toujours au loin, devant lui, le leu de ses prunelles.

il tendait de toutes les forces de son être, vers ces lieux, berceau de sa race, oubliant tout le reste, entrevoyant, dans sa pensée, le grand lit armorié pour son dernier, son ét-ernel repos.

11 y pensait comme à un soulagement final à ses soufhances.

Mais il ne «avait pas cependant que sa compagne, .-on épouse traînait derrière lui la robe de son deuil,

La venue du lord était annon< ée dan^ la conirée.

El les anciens familiers du chàieau, ayant encore, dans leur souvenir, la beauté troublante de lady Warder, se préparaient à former de nouveau

sa cour.

Lors de son précédent st'jour, la présence de lady Sutton, froide et sévère les avait tenu à distance.

i68t MAIUAGE D'A.MOUU

Mai? il n'était pas supposable qu'elle quitterait l'Algérie à l'automne, et les adorateurs de Léona complaienl, chacun, sur ce qu'elle serait seule pour faire sa conquête. Lady Sutton, le malade, lui, l'attendait pourtant ardemment croyant qu'elle avait reçu sa lettre.

Lord Warder songeant à la tristesse de sa fin, sans personne de sa famille autour de lui, dans l'antique et vaste manoir, restait muré dans son silence.

Il avait donné son nom à la veuve Raymond : mais avec la prescience qu'ont parfois les mourants, il comprenait qu'elle était restée pour lui une étrangère.

La jeune fille qu'il avait élevée, la femme aujourd'hui du colonel Ilaibuiy lui tiendrait lieu d'enfant à l'heure suprême. Aussi, durant ce voyage qui l'accablait, et durant lequel il n'ouvrit même pas les lèvres pour se plaindre, il rompit une seule fois ce mutisme, et ce fut pour dire:

— Je m'étonne .que ma nièce Annie, mon enfant... ne me réponde pas. Léona saisit la balle au bond.

— 11 ne faut pas trop lui en vouloir, — glissa-t-elle de sa voix venimeuse. — Elle est mariée de quelques mois à peine. Elle est en pleine lune de miel, sous un climat d'amoui'. Et elle oublie son oncle malade auprès du colonel ILirbury. C'est humain!

Elle accompagna ces mots d'un rire court et sec qui lit au malade l'effet d'un coup de poignard.

Il lerma les yeux péniblement se disant que c'était peut-oire vrai, et qu'il fallait que sa vie, pareille à celle de bien d'autres, s'achevât dans l'abandon ot dans risoleiiient.

El il retomba dans son silence désolé, jusqu'au bout du voyage.

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