‹ [Mariage d'amourChapitre 99 sur 109 · CXL\II · texte numérisé non relu

CXL\II

SUPRÊME GL'Tr.AGE

Le soir môme, lady Warder et le specîre qu'elle traînait auprès d'elle arrivèrent au château de Kingsworlh.

Des métayers, les valets de culture allendaient en grand nombre, comme la première (ois, à l'entrée des domaines de Kingsworlh.

Mais c'était après le déclin du jour et ils tenaient des torches allumées.

MAHÎAGE D'AMOUR 1CS5

Les flammes agitées par le vent faisaient danser des ombres étranges autour d'eux.

Leurs rayons incertains tombant sur le visaye de lord Warder, en lirent ressortir l'altération prorondc.

Il apparut livide, creusé, blême.

A cette vue, les paysans, au lieu de saluer son retour du hourra accoutumé, gardèrent un morne silence.

Léona en voyant l'aspect de ce visage sous les reflets des torches, en fut elle-même impressionnée.

Il lui sembla qu'elle avait un cadavre à côté d'elle.

Et elle donna l'ordre au cocher d'avancer rapidement

De loin en loin des points lumineux trouaient l'obscinité grandii^.îante.

C'étaient les tenanciers des fermes devant lesquelles on passait qui rendaient hommage à leur seigneur.

Mais l'épuipage qui emportait celui-ci, — ou i)!utôt son fantôme, — ne Taisait halte nulle-part.

On arriva enfin à lentrée du parc.

Léona ressentit d'abord une impression de malaise : ces futaies élevées, ces masses sombres de verdure venaient d'évoquer à sa pensée la présence, dans ces lieux, du bandit qu'elle y avait appelé autrefois, sa poursuite par les gens de la métaierie voisine et son piopnj crime.

Mais la voiture avançait; les laquais formaient la haie, rangés des deux côtés sur le perron du château, et tenant des flambeaux élevés.

C'était comuie la première fois, quand elle était arrivée avec lord Warder qui venait alors de lui donner son nom, ce titre recherché de lady.

Seulement cette fois-ci, avec toutes les luujières, le décor était plus pittoresque.

El ces bougies, ces tonhes, lafaisaient songer à une chapelle ardente, à un cercueil, et à un lendemain à partir duquel elle serait seule maîtresse.

Ce fut avec un sentiment de joie singulière que lord \Var(ler, porté par ses laquais, franchit le seuil de son château.

Il avait désespéré de le revoir.

Ces longs silences que Léona avaient observés chez lui dès la fin de son séjour à Vichy provenaient de la crainte (\\ù r.iv;ii( pris, étant si loin, d'avoir le temps d'y revenir.

.Vu. fur et â mesure qu'il s'en rapprochait cepandant, son mutisiue s'était accru.

C'est que, conservant ses forces pour ce qu'il lui restait de trajet à eflecluer, ses pensées se concentraient tout entière vers ce but.

1086 >IAIUAGE D'AMOUR

Aussi, lorsqu'il se trouva dans le grand vestibule du château, il respiia l.'iroemcnt et murmura :

— Enfin!...

I.éona avait donn»; l'ordre de le transporter dans la chambre où il

avait langui si longtemps.

ivon, — ordonna le malade, — dans la grande chambre d'honneur.

C'était celle au milieu de laquelle se trouvait le lit mortuaire.

Page 1