‹ Mariage de demainChapitre 14 sur 45 · JK NE DIS PAS ÇA, JE NE DIS PAS ÇA · texte numérisé non relu

JK NE DIS PAS ÇA, JE NE DIS PAS ÇA

I/oncle s'assombrit. Et prenant Léon par le bras:

— Oui. Tu as raison. Marchons un peu. Je ne t'ai pas écrit parce que je savais te rencontrer ce soir...

— Eh bien?...

Et l'usinier, bourru:

— A tu.-lU m- ut? U pic

i onnaii ? on

•us ;i Irom; •

I on le U ■• i lei • psulea :

— I il t'emballes, tu t L-mhalbt!1( I If ne te di -

ment qu'à l'heure actuelle Vil ii tu pen* tout de mê-

me qu'on ne t'i pas attendu pour lui courir après, surtout .< frimOUSSe et dans de-la .

nge aux rivaux que tu traîneras derrière toi, si tu pcr^islais dans cette folie... Des ouci lers...

Mail Léon s'était ressaisi. Il dit avec force, la main coupante :

— Voyons, mon oncle, il ne s'agit pas de procéder par insinuation et de s'en tenir à vagues on-dit. Vous avez parlé

trop ou trop peu. Allons au fait. Que savezvous ?

N'était-ce qu'une apparence, un simple hasard? L'oncle ne riposta pas avec sa fougue ordinaire. Il semblait confusément gêné. Cependant il affirma :

— Je sais qu'un nommé Saffre, André Saffre, l'a serrée de près. Oh! je suis payé pour le connaître, ce gaillard-là. Depuis trois ans qu'il est à l'usine, aux essais chimiques, je le tiens à l'œil. Un beau parleur, un pilier de syndicat. Et malheureusement, il connaît son affaire, l'ani-

— Eh! parbleu, c'est bien ce que je mal. Impossible de le remplacer. Sans

te disais. Elle ne vaut pas plus cher que les autres. Elle est comme les camarades...

— Que voulez-vous dire? interrogea Léon, anxieux.

— Je veux dire, par exemple, qu'elle a comme les autres son petit amoureux.

Devant Léon, le boulevard oscilla comme le pont d'un paquebot. Il se raidit, s'appuya de tout son poids sur sa canne et s'exhorta au courage. Déjà, tout protestait en lui:

ça, il y a longtemps que je l'aurais balancé. Eh bien! il paraît que M. Saffre, quand la petite est entrée chez moi, l'a trouvée de son goût. Il a tourné autour. Toujours fourré, pour un oui, pour un non, dans l'atelier de la décoration, où il n'a que faire.

Léon pressa son oncle, d'autorité :

— Eh bien! elle l'a accueilli? Elle s'est montrée coquette? On les a vus ensemble? Parlez, parlez.

L'usinier se défendit, les mains au

corps, comme si on le chatouillait:

— Je ne dis pas çà, je ne dis pas çà...

Et tout à coup, Léon crut comprendre le conflit où se débattait son oncle, pris entre son désir passionné d empêcher le mariage et son instinct de loyauté. Il insista, avec une fermeté ardente :

— Alors, c'est qu'elle l'a repoussé? Il n'y a pas à sortir de là. Voyons, mon oncle, vous savez à quoi vous en tenir? Tirez-moi du doute. Vous ne laisserez pas peser un pareil soupçon sur cette malheureuse, si vous êtes sûr qu'elle ne le mérite pas? Je vous connais. Vous ne pousserez pas l'hostilité jusqu'à commettre une mauvaise action.

Alors, piteux, bourru, content tout de même d'échapper au mensonge, l'usinier lâcha:

— Ah! avec son fichu caractère, elle est bien capable de l'avoir rembarré...

Léon respira largement. Il avala ls ciel. Et triomphant:

— Allons donc! Je savais bien que vous n'oseriez pas être injuste! Oh! je vois bien comment les choses se sont passées. Ce Saffre a tourné autour de Jeanne, les camarades se sont amusées du manège et la maîtresse d'atelier vous Ta signalé dès vos premières invites.

Seulement, elle a été obligée de vous avouer que le Saffre en a été pour ses frais, pas vrai ? Jeanne l'a rembarré,, comme vous dites. Oh ! je sais très bien comment elle s'y prend. J'ai passé par là...

Mais l'oncle, le menton circonspect:

— Tout ça, c'est très joli. Mais Saffre a beau être un rival éconduit, c'est un rival tout de même...

Léon répliqua:

— Quelle est donc la jeune fille de la bourgeoisie qui arrive au mariage sans laisser derrière elle au moins un soupirant ? Et l'a-t-elle toujours aussi rude ment découragé que Jeanne a découragé cet André Saffre ?

Allons, Allons, mon oncle, il faut en prendre votre parti, vous ne savez pas être perfide.

Vous voulez m'ébranler, vous

m'auriez raffermi si c'eût été possible. En somme, vous m'aviez promis de me communiquer loyalement le résultat de votre enquête: vous v êtes arrivé, pir un petit détour. . . Maintenant, venez écouter Charles sur révolution de la morale. Votre place vous attend.

Parlerait-il de ce Saffre à Jeanne? Même pas. Il l'aimait assez pour étouffer en lui le cri et l'instinct brutal de la jalousie, pour éviter à cette enfant une inutile injure, pour résister à ce besom un peu pervers d'interrogatoire, de torture, où elle n'eût pu que lui confirmer les aveux arrachés à l'oncle. L'incident était clos à jamais.

Délesté, dispos, il goûtait à nouveau l'ivresse des projets. Maintenant qu'aucune promesse ne le retenait plus, il allait répandre la nouvelle de son mariage et d'abord avertir les Vaudoye. Et il entraînait l'oncle qui ne savait pas quel visage prendre et qui murmurait:

— C'est vrai, je les avais oubliés, moi, ce sociologue et sa conférence... Décidément, je crois que j'aurais mieux fait de rester à Alfortville,..

SON GESTE PRENAIT DE l'aMPLEUR ET DE L'AISANCE.

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Léon ne put se défend] «• de i ette re émotion qu'on éprouve à voir un des siens sur une estrade, face au public.

Par curiosité, il épia sa sœur Berthe.

Chez elle, l'émoi touchait à l'extase, la transfigurait Sa face un peu longue, que déparait un menton aiguisé, aux vives arêtes, s'épanouissait dans la ferveur et la béatitude. "Ses yeux, d'un bleu pale et dur, se mouillaient d'un fluide, vernis dont l'éclat se répandait sur son visage. Sa coiffure, habituellement austère et plate, s'échafaudait en enjolivures étudiées, en agaceries savantes. Et, répudiant l'ordinaire sévérité de sa toilette, elle scintillait, à croire qu'elle avait vidé sur elle tous ses coffrets à bijoux.

Tout de suite, Charles annonça qu'il allait achever sa série sur l'évolution de la morale par l'étude de la morale de l'amour.

— Tiens, tiens, murmura Léon, ça sera peut-être moins pénible que ça n'en avait l'air.

Charles, timide et flottant dans la vie, s'affirmait sur une estrade. Son geste y prenait de l'ampleur, de l'aisance et du poids. Il osait effiler sa barbe, renfoncer son binocle, risquer une main dans la poche. Et son ombre, sur la blanche toile à projections tendue derrière lui, dessinait une silhouette ferme, simple et précise de statue.

Il s'exprimait avec une facilité naturelle, renforcée par l'habitude de la chaire, une chaude conviction et la connaissance profonde de son sujet.

La morale de l'amour évoluait-elle

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générale.

La morale de l'amour suit ell • ci une marche absolument tant

t il pas de signe auquel reconnaître sa tendance et sa fin? Eh bienl si.

indice existe...

Ayant ainsi préparé son auditoire, Charles but quelques gorgées d'eau minérale. Berthe,. le col tendu, l'admirait toujours.

Pour tout individu. — selon les vues d'un philosophe récent dont l'orateur épousait la thèse, — pour tout individu, à une époque et dans un milieu quelconques, il existe un groupe humain où les lois et les mœurs l'autorisent à se marier. Et, naturellement, autour de ce noyau, s'étendent les zones où ces lois et ces mœurs lui interdisent de contracter mariage. C'est ainsi que les nobles ne pouvaient jadis se marier que dans la noblesse.

Or. plus un peuple est grossier, primitif, barbare, plus étroite est la caste où l'individu peut s'unir, plus vastes sont les espaces défendus, plus nombreuses les interdictions. Et au fur et à mesure que le peuple avance en civilisation, la zone permise s'étend, recule ses bornes, en même temps que se restreint la zone interdite.

Telle est donc la seule loi vraiment générale à laquelle semble obéir la morale de l'amour: le progrès élargit sans cesse le cercle où les époux peuvent se choish.

Et dans un finale inspiré, où on le sen- pèsent sur notre horizon, la rivalité des

tait vraiment possédé par l'enthousiasme, races et l'antagonisme des classes, se-

le « dieu intérieur ». il évoqua le jour raient dissipées par l'amour...

où l'homme et la femme ne craindraient Et il développait sa croyance en pé-

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