CH.UU.ES RECEVAIT LES FELICITATIONS DES SIENS
plus de se tendre les bras au-dessus des frontières de castes et de patries, où les croisements de plus en plus nombreux tisseraient entre elles une trame indéchirable., où les deux sombres menaces qui
riodes si harmonieuses, il l'imposait, il l'enfonçait dans les esprits d'un geste si mâle et d'un verbe si pénétrant, que la foule laissa éclater son plaisir.
Ce fut d'abord un frémissement d'aise,
M i/,7 \GR DR DEMAIN
e i bi illaient ( >n eûl dit qu'un
nd bonheur remit de tom-
l.i ftmille, Bertfae,
dam l'es iUtion du triomphe,
l'un I l'autre, enl naît tnnt ic moi Ile,
uû !• ittendait '
— Venez.
mon oncle I M à
nur le même
trottoir. \ >iture
suivra . . . Ht toi aui
m a in; in ?
— Les Yaudoye li i biîaient depuis peu un immeuble neuf, boulevard Ra^pail, à trois maisons de la salle de conférences. Mais chez eux. l'absence de tapis, de tentures et de bibelots, la blancheur nue des murs et iusqu'à cette odeur balsamique qu'ils entretenaient par de fréquentes vaporisations, tout
un murmure ravi, le tapement des pieds évoquait l'antiseptie, la maison de santé et des cannes au parquet, enfin la grêle On cherchait la table d'opérations.
— JÏ;p.,i BB i M 01 VRIÈRB,' TOUT SIMPLEMENT.
délicieuse des applaudissements. Charles acheva dans une ovation. Les battements de mains, les acclamations ne cessaient un instant que pour reprendre avec une vigueur nouvelle. Sous ces va-
Léon rejoignit le professeur dans son bureau austère retraite où Charles était en train de ranger méthodiquement les notes dont il s'était servi pour sa conférence. Et là. dans une effusion encore
gués de louange qui déferlaient contre toute chaude
l'estrade. Charles saluait, la barbe élargie par un rictus de bonheur.
Debout, les bras dressés vers son mari, Berthe l'applaudissait à crever ses gants. Quelle apothéose pour elle!...
Mais le plus radieux de tous, c'était Léon. Il hurlait, lui, à se déchirer la gorge. Le hasard venait de lui révéler un allié tout proche, imprévu, un allié précieux, solide, qui l'approuverait, le soutiendrait au nom même de la science.
Ah! le bon avocat qu'il se découvrait là, qui forçait toute une foule d'acclamer de la hardiesse, de la générosité, et d'applaudir pour ainsi dire à son mariage 1
— Ah! mon cher, encore bravo! Vous ne pouvez pas savoir comme vous m'avez fait plaisir. Non, non, vous ne pouvez pas savoir. J'étais tellement content de vous entendre justifier cet expansion du mariage, défendre cette larse doctrine. . .
Mais ce diable de Charles, descendu de son estrade et rentré chez lui, retrouvait son allure falote, inconsistante.
Il demanda, d'un ton distrait:
— Elle vous plaît?
Alors Léon, goûtant la douceur d'un aveu que rien n'interdisait plus:
— Si elle me plaît! Mais, non seulement je l'admire, Charles, mais je l'applique, je la mets en action. J'abats la
Dans la petite salle d'attente, Charles barrière, j'étends le cercle...
— Je vous demande pardon, je ne saisis pas très bien, interrompit le professeur, la bouche ouverte dans la barbe levée.
— J'épouse une ouvrière, tout simplement.
— Vous? Ce n'est pas possible!
Exclamation connue. Léon s'expliqua.
Puis, confiant, enjoué :
— Et maintenant, les gens qui seraient tentés de me donner tort, je vous les enverrai: « Allez voir mon beau-frère, le savant professeur à l'Institut social. Il vous -prouvera que j'ai pour moi la logique,, la raison, la science, que je marche dans le sens du progrès, sur la route droite de l'avenir. » Sérieusement, mon cher, je suis bien, bien content de vous sentir à mes côtés, de pouvoir m'appuyer sur vous...
Et lui appliquant une grande tape sur l'épaule pour l'exciter un peu:
— Et vous, ça doit vous faire plaisir aussi, de recruter un adepte, hein?"Ça doit flatter un prophète, de voir sa prédiction se réaliser?
— Certainement, certainement, articula le sociologue.
Mais il gardait son air absent, embarrassé. Une inquiétude traversa Léon. Il pensa tout haut:
— Ah! ça. dites donc, mon cher, estce que je rêve? Mais vous ne paraissez pas plus enchanté que ça?...
• — C'est-à-dire... je vous avoue... je n'avais jamais envisagé ces questions...
au point de vue pratique. Ce sont des vues générales, des vues d'avenir... prises de haut, de loin. Et je n'étais pas préparé à les voir appliquer si tôt, si près.
Voulant douter encore, Léon se contenait. Il ragea sourdement:
— En effet, vous n'y paraissez guère préparé.
— Remarquez, je constate une tendance, essaya Charles, mais de là...
— Mais, sacristi, ces idées, vous les avez défendues, adoptées. Vous les avez fait applaudir. Elles sont devenues vôtres.
— Evidemment.
— Eh bien! alors!... Comment expliquez-vous votre gênç, votre embarras:
Vous n'avez pas le courage de vos opinions, que voulez-vous que je vous dise! Car enfin vous ne sautez pas d'enthousiasme. Il y a mieux. Vous ne trouvez même pas un mot pour me féliciter, pour m'encourager. Allons, soyez franc: vous me blâmez ?
— Je... je... je...
Léon éclata. Dupé, déçu, il était soulevé d'une colère douloureuse:
— Ah! vous êtes bien tous les mêmes!
Incapables de mettre d'accord vos actes et vos paroles. Toujours la même histoire. Des mots, des mots, que contredisent les actions. Ce sont des célibataires qui prêchent la repopulation. Nos grands patriotes n'ont jamais été soldats. Et les socialistes au pouvoir sont de petits potentats. Tant qu'il s'agit de pérorer, vous êtes 1 jrts. Quand il faut payer d'exemple, plus personne. Vous faites des effets de tribune: « Allons au peuple! » Et quand quelqu'un près de vous se lève, vous
jr,/:"-":.
BERTHE GRINyA DES DENTS, HORS D'ELLE-MÊME
M I/.7 \'.i hi: DEMAIN
pr< ii'l .m m<»t ri dé lar< I oui .ni peuple, • outenea dk
aloi ouleui r vo
fondei vo ilei el l'on n'a j
irai qu'une flaqu<
\ i e m i m Bei 'ii i» irai a la poi
— Le th i 'h \ 01 inl.
Pu i.mt qu'elle tombait dans une
ussion.
— Qu qu'il \ Charl< tpliqueri
i t i ...m p.i isa dans la salle à mans.mt la nappe à thé, couverte d Biettea de gâteaux et vivement é< lairée, toute la pièce restait dans l'ombre. Car un pare \ ue de Boie \ erte habillait < hastement la suspension. Des convives, on ne voyait que les m. lins. C'était sinistre. Berthe rentra. Derrière elle, Charles murmurait d'une voix ennuyée:
— Je t'en prie, pas maintenant...
Elle répliqua aigrement:
— Laisse donc. Je n'apprendrai rien à personne. Nous seuls n'étions pas au courant.
Elle savait... Charles avait parlé. Léon, qui s'était assis et se servait du thé, se tourna vers elle. Allons, c'était la dernière bordée. Mais elle serait rude. De tout l'entourage, Berthe était la plus bourgeoise. Elle serait la plus profondément révoltée. Il tenta, mais sans grand espoir, de détourner le coup:
— Oh! écoute, ma petite Berthe, ne te froisse pas pour des questions de protocole. Mon oncle te dira pourquoi j'ai dû me taire jusqu'à ce soir. Madeleine et Gaston t'expliqueront par quel hasard je les ai avertis avant-hier. Et quant à la nouvelle même que tu viens d'apprendre, pour t'éviter tout commentaire, je te répondrai comme j'ai fait pour Charles : en applaudissant sa conférence, tu viens de m'applaudir.
Elle restait debout, appuyée à une chaise dont elle lissait la housse grise d'une main énervée:
— La conférence! C'étaient des mots!
Ça ne compte pas, les applaudissements que nous tire un orateur ou un acteur. C'est lui qu'on applaudit, et non pas ses paroles. Mais ici, Û s'agit de toi, de nous tous...
Et l : moin :
— Enfin m. un. m. < ..inrnent as tu pu
i on 'Mii .i une pareille folie I
aUtJ K un dl n'a don. pu 1 •
pi cher?
L'on* é] aul<
— tout d
nil.i ît ...
— Qu'il l'amoindi
— N'importe, plaça Madeleine, i crâne I
— Mon enfant dit doueement Ma
dame Bréau fille, songe qife l
ce que tu pourras 'i au moins inu-
tile, sinon dépla< é puisque Léon est
(!'•< idé, et que je l'approu
Berthe répliqua, pini •
- — Personne in, maman] ne te i pecte plus que moi Mais mes paroi.
seront pas inutile elles n'ont jamais
été prononcées et s'il est temps en de détourner Léon. Or, on parle toujours de lui, de ce qui lui arrivera, à lui. Et les autres?... On n'en parle pas! On ne parle pas du tort qu'il peut faire aux autres. Eh bien! moi, je dis qu'on n'a pas le droit de faire entrer une ouvrière dans une famille comme la nôtre. Je dis que c'est indigne non seulement de lui. mais de nous tous. Je dis que quand on descend des Bréau et des Courtemer, on n'a pas le droit d'épouser une fille du peuple.
— Oh ! Berthe, reprocha Madame Bréau en buvant son thé.
— Parfaitement, reprit Berthe. Ayons donc le courage de nos opinions. Nous n'avons pas le droit de nous mésallier avec le peuple, pas plus que la noblesse ne se mésalliait avec la bourgeoisie.
Et comme Léon l'interrompait d'un ricanement, elle reprit, âpre, des lueurs électriques dans ses yeux bleus :
— Parfaitement, c'est une mésalliance!
Il faut défendre sa caste et son rang. Or, se mésallier, c'est déchoir, c'est reculer, c'est méconnaître tout ce que nos parents ont fait pour nous, afin de nous élever au niveau où nous sommes. C'est détruire un peu de leur œuvre, au lieu de la continuer. Si Léon épouse cette
femme leurs enfants lui seront inférieurs, car ils tiendront autant d'elle que de lui. En eux le niveau baissera. Eh bien! non, non, on n'a pas le droit de rétrograder, de redescendre. Et si on n'y renonce pas pour soi, par respect de soi-même, on doit y renoncer pour son nom, pour les siens.
— C'est vrai, dit Gaston en hochant la tête.
— Parbleu ! gronda l'oncle Courtemer'.
Léon posa sa tasse, car sa main tremblait. Il souffrait, et il s'indignait dans sa bonté, dans sa tendresse, de voir sa sœur si vite oublier trente ans de vie commune, se révéler uniquement hostile.
Et cette innocente Jeanne, qu'ils méconnaissaient, qu'ils traitaient en paria, comme une pestiférée ! Une amertume corrosive coulait en lui, qui délabrait le lien fraternel. Il s'efforçait de rester calme:
— Alors, voilà, dit-il. Au fond, c'est par vanité que tu voudrais me faire renoncer à ce mariage. Parce que ça te gênera d'avouer une belle-sœur ouvrière.
Car tout le reste, les ancêtres, le nomb c'est de la blague. Tu en as changé, de nom. Tu t'appelles Vaudoye. Tes enfants sont des petits Vaudoye. Ça ne te gêne pas. Quant aux ancêtres, les Courtemer sont de souche paysanne, et le grandpère Bréau a commencé simple matelot. Et quant aux enfants, il est connu que les croisements de race donnent les meilleurs sujets. Non. C'est la vanité qui te
fait parler, et de la plus étroite, et de la plus féroce. Déjà, tiens, quand j'ai démissionné, j'ai senti ta résistance et ta révolte. Pourtant, chacun savait que je n'aurais pas fait de vieux os, au loin, si je restais dans le métier. Mais un galon de moins dans la famille, quel scandale 1 Valait mieux que je crève, hein? La voilà, la tendresse d'une sœur! Le voilà, l'esprit de famille 1 Dès qu'on vous rebrousse, dès qu'on n'est plus de votre dogme, c'est fini. Rien ne compte plus. Passé, souvenirs, tout s'abolit. C'est la guerre au couteau. L'esprit de famille! Tiens, ça me fait penser à ces chaises branlantes qui ont l'air de vous accueillir: dès qu'on s'asseoit dessus, ça s'effondre et ça vous blesse... Et c'est à ça que je sacrifierais le bonheur de deux êtres? Allons donc ! Je me passerai de ton assentiment, voilà tout.
Berthe grinça, hors d'elle-même:
— Je te préviens que cette femme ne mettra pas les pieds ici.
— Crois-tu qu'elle y tiendrait, si elle ^entendait? Tes petites menaces ne m'ébranlent pas plus que tes grands mots. Je vous résisterai à tous, à toi comme à ceux qui se rangent sous ta bannière.
Nous verrons bien si j'ai eu tort d'aller contre vos préventions et vos préjugés, de prendre simplement, franchement mon bonheur où je le trouvais. Je suis sûr qu'il n'y aura pas que la conférence de Charles pour me donner raison. Il y aura la vie... Viens, maman.