‹ Mariage de demainChapitre 21 sur 45 · LEON PASSA PLUSIEURS HKURES PAR JOUR AU LABORATOIRE DU MUSÉUM · texte numérisé non relu

LEON PASSA PLUSIEURS HKURES PAR JOUR AU LABORATOIRE DU MUSÉUM

Jt^S OILA Jeanne parisienne, Jeanne ^Av^ maîtresse de maison. Quoi ?

c'est pour elle ce nid moelleux, capitonné, que la bonne Madame Bréau achevait de garnir pendant leur voyage, où l'on retrouve partout son goût et sa main ? Elles sont à son service, cette femme de chambre délurée, cette importante cuisinière ? Les premiers jours, elle n'ose pas y croire. Elle a peur de s'être trompée, d'être entrée chez une autre personne. Et quand elle aperçoit son image dans une glace, elle sursaute, comme si la vraie maîtresse du logis surgissait pour lui demander compte de sa présence.

Mais vite elle se ressaisit et prend en mains les rênes du ménage. La cuisinière et la femme de chambre ne lui en imposent pas longtemps. Elle leur.

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reste indulgente, parce qu'elle a vécu au niveau de ces pauvres filles. Mais il ne faut pas lui en conter. Ahl mais non. Elle sait le prix des choses et le prix du temps. Lorsqu'elles rusent ou lorsqu'elles flânent, Jeanne pourrait leur montrer comment on achète et comment on travaille. Il n'y a pas si longtemps que, pour soulager la tante Félicie, elle cuisinait le dîner sur le petit poêle de fonte, devant la cheminée, et qu'elle profitait de son dimanche pour astiquer les deux chambres à fond. Tiens, il faut que ça serve à quelque chose, l'expérience.

Mais, par exemple, malgré toute sa science, elle tremble à la pensée de recevoir un convive à sa table. Quelle jeune mariée — même parmi celles dont la famille avait coutume de recevoir — ne s'affole pas au coup de sonnette de son premier iuvité? Tout devient angoisse, tout fait difficulté. Pourvu que tout soit prêt, que rien ne soit brûlé, que rien ne cloche!

Jeanne, il est vrai, s'essaye sur Madame Bréau, qui déjeune souvent entre eux. Oh! ce n'est pas que sa belle-mère soit indiscrète. Habilement sage, elle sait attendre qu'on l'invite. Et c'est si facile de l'inviter: le palier à traverser. Jeanne ne s'en prive pas, de traverser le palier.

C'est pendant ces déjeuners à trois qu'on règle la journée. Car, hélas ! Léon a dû se remettre au travail. Il passe plusieurs heures chaque jour au laboratoire du Muséum. Et sa mère continue près de Jeanne son rôle de discrète éducatrice. C'est là que le fameux projet de visites aux musées est revenu à flot. Léon les préconise, à petites doses:

— En somme, c'est moins aride que les livres. On y regarde les images. Le Louvre, Cluny, Versailles, Carnavalet, ce sont les quatre coins de l'histoire. Rien qu'à traverser les salles, on s'y vernit la mémoire à son insu. C'est un panorama du passé devant lequel on peut glisser très vite. D'autant que les parquets sont admirablement cirés, à croire qu'on les astique exprès...

r- Fartait 1 s'écrie gaîment Madame

Bréau. Au moins, cela me les fera visiter.

— Comment?... demande Jeanne interloquée.

— Bien sûr! Quand on habite Paris, on nfentre jamais dans un monument qu2 pour accompagner un parent ou un ami de passage.

Que de fois, au moment d'enseigner une chose à la jeune femme, ils devaient s'apercevoir qu'ils l'ignoraient euxmêmes...

Mais ces déjeuners-là n'intimident pas Jeanne. Madame Bréau est trop près de son cœur. Non. Son premier vrai convive, le premier qui lui ait bien fait peur, c'est l'oncle Courtemer.

Eh! oui, l'oncle lui même, — le patron, comme disait Jeanne en riant, clans le tête-à-tête. En l'invitant, Léon marchait à son but. Il voulait, non pas imposer Jeanne, mais la faire apprécier, la faire aimer dans son entourage. L'usinier n'opposa pas de résistance. Il expliqua son attitude:

— Tu comprends, mon garçon, j'ai tout dit et j'aurais voulu tout faire pour te détourner de ce mariage. Car j'étais persuadé — et je reste persuadé, jusqu'à preuve du contraire — que tu commettais une sottise, que tu te nuisais.

Mais de là à faire grise mine à cette petite, à lui faire payer ta boulette... Ah! non, ah! non. La vie lui donnera bien assez de fil à retordre sans que je m'en mêle. J'aurais un fils, il aurait projeté un pareil mariage, que je n'agirais pas autrement. Avant, toute l'opposition possible. Après, tout l'oubli possible.

Et, de fait, le rusé colosse se montre délicieux, comme il sait l'être quand cela lui chante. De sa part, nulle allusion à l'usine, sujet délicat. Le récent voyage à la mer alimente la causerie. Mais Jeanne ne veut pas sembler rougir de son ancien métier. Peut-être, un tantinet malicieuse, espère-t-elle aussi embarrasser le patron qui passe pour n'aimer guère ses ouvriers. Et elle l'interroge tout droit sur la faïencerie. Mais l'oncle a décidé de rester parfait. Il biaise et s'étend sur la fabrication, la nécessité de soutenir la concurrence, d'inventer des procédés et des produits nouveaux, de rester actuel.

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et il tu entendre un petit claquement de langue inquiet — attendons la fin... Qu.mt à Jeanne, elle est plus chaleureuse :

— Tu sais, le patron, je l'aime mieux ( omme oncle.

Mais le convive le plus radieux qui se soit assis à cette table, c'est la tante Félicie. Quand Léon proposa à Jeanne de l'inviter, elle lui répondit simplement :

— J'allais te le demander.

Et elle ajouta, câline:

— C'est ennuyeux, avec toi, on n'a jamais le temps de désirer quelque chose.

Quel jour de fête, dans cette humble vie: prendre place à côté de Madame Bréau, une « personne si distinguée! »

Elle en oubliait de manger. La tante Félicie habite toujours cité Mirabeau. Mais elle ne travaille plus. Ainsi l'ont voulu Jeanne et Léon. A son âge, c'est trop dur. Ils sont parvenus à lui faire accepter une petite pension, pas plus haute qu'elle. Et, en retour, elle les comble de fleurs artificielles. Déjà de quoi parer tout un jardin.

Leur état de fortune leur a permis de sToffrir le luxe d'une bonne action. Léon possède une aisance qui, sans être considérable, n'en est pas moins ronde et pleine. Les ancêtres Courtemer en sont les artisans. L'ingénieur et le chimiste ont profité, l'un de ses recherches sur la fabrication de l'acier, l'autre de ses célèbres découvertes sur les dérivés du goudron de houille. Si bien que Madame

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•icc. Léon n'y put ajouter que le produit de ses travaux scientifiques et se trouva ainsi dans une situation a peu près équivalent celle du ménage Vaudoye.

Les Vaudoye!... En voilà qui, de longtemps sans doute, ne seront pas les i vives de Jeanne 1 Bien qu'il reste blessé de l'étroit fanatisme de sa sœur, peutêtre Léon le lui eût-il pardonné, pour mettre fin à cette discorde fraternelle, surtout pour éviter à Jeanne l'aveu d'une hostilité si proche.

Peut-être même eût-il trouvé un allié en Charles Vaudoye. Car ce rêveur qui prédisait la paix du monde, ne pousserait tout de même pas l'antagonisme entre ses doctrines et ses actes jusqu'à mépriser la paix en famille. Mais Berthe, elle, ne désarmerait pas.

II a suffi, pour en convaincre Léon, des deux ou trois rencontres fortuites qui, chez sa mère, ou chez Madeleine, mirent en présence sa sœur et Jeanne.

Quelle froideur aigre et coupante chez Berthe 1 Et Jeanne qui, pas commode, la payait de la même monnaie! C'était miracle d'avoir pu éviter un éclat.

Loin de l'ennemi, Berthe continue de répandre sa rancune et sa fureur du stupide mariage. Elle grince des mots, se fait les dents, aiguise des traits. Naturellement, Léon n'en ignore rien. L'oncle Courtemer, ou Gaston, ralliés en surface, secrètement hostiles, sous couleur de blâmer de tels écarts de parole, les lui rapportent. Ainsi, quand l'oncle a cru que Léon, après avoir guéri Jeanne, avait pris ses honoraires en nature, il le lui a tout bonnement avoué, n'est-ce pas?

Tandis que ce poison de Berthe colporte

MAïtiAùE De Demain

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