LA TANTE FELICIE HABITE TOUJOURS CITE MIRABEAU
là-dessus parmi ses amies une phrase à sous-entendus:
— Vous comprenez, ma chère, elle ne pouvait pas lui refuser la main qu'il venait de raccommoder !
Et ce sifflement de serpent quand Gaston lui apprit que le père de Jeanne était menuisier :
— C'est commode pour Léon. Quand son beau-père viendra à Paris, il pourra lui faire raboter ses parquets.
Naturellement, Léon ne rapporte pas à sa femme ces propos venimeux. Mais l'attitude même de Berthe dans leurs rares rencontres a édifié Jeanne sur les dispositions de sa belle-sœur. Elle ne s'en étonne pas trop, connaissant d'ensemble le caractère et les opinions de son ennemie intime. Et, sachant aussi la terreur de la maladie qui hante Berthe et son mari, leur religion exaltée de l'hygiène, elle se contente de hausser les épaules :
— Ils nous prennent donc pour des microbes ?
Une seule personne ne désespère pas d'un prompt rapprochement: la frivole, la fringante Madeleine. Moins patiente que sa belle-mère, qui compte surtout sur le temps pour user les aspérités de caractère chez les deux jeunes femmes, elle s'emploie même activement à les réunir pour les réconcilier.
Fidèle à sa promesse du premier jour, elle s'efforce d'attirer Jeanne, de l'entraîner dans son sillage. Elle la fête, elle la choie. Peut-on dire qu'elle l'aime? Non. Car elle n'a pas le temps d'aimer. Ce tourbillon ne se fixe jamais. Mais Jeanne ne la suit que d'une aile. Sauvage encore, elle n'ose pas se risquer sans l'un de ses deux compagnons de route, son mari et Madame Bréau. La maison de Madeleine l'effraie un peu:
— C'est trop beau, chez elle. Il me semble toujours que je suis dans un musée, qu'on va me mettre dehors à quatre heures en criant: « On ferme! »
Et puis, Madeleine a un mari. Et ce Gaston-là est vraiment trop correct, trop
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Pourtant, dan i la maison de Madeleine, Jeanne .1 trouvé un protei teur : me et sûi : \ alentin Breau, «lit 1 intin, gentleman de sept ans, dont Les lon| Ix.u. les 1 hâtain sonnaillent autour d'une ronde et blan< he où luisent de malice des traits au pinceau. Pomponné comme une jolie femme, gâté comme un dauphin, il a su prendre 1 e libre
de son papa, l'élan de sa maman, et L'intelligence des deux ensemble. Au demeurant, le meilleur petit garçon du monde.
1 >'. ilu.nl. il a promené autour de Jeanne une i uriosité gênante. Evidemment, il sait qu'elle a été ouvrière. Une ouvrière! Pour lui, c'est un être inconnu, redoutable! Songez donc! 11 n'a jamais entendu parler des ouvrières que par son oncle usinier et son papa raffineur. Dans quels termes, on l'imagine I Quel monstre allait-il voir entrer? Et de découvrir une petite dame qui sentait aussi bon que sa maman, plus gentille que les visiteuses du jour de réception, c'avait dû être pour lui une révolution, le plus bouleversant des miracles. Et dès lors, elle était devenue l'idole. Tout culte naît d'un mystère.
Tante Jeanne lui appartient. Dès qu'elle arrive, il s'installe, il se rive sur les genoux de la jeune femme. Impossible de l'en arracher. Et ce sont des avalanches de confidences, des « dis donc », des « écoute », détachés de sa voix cristalline, et de ces câlineries adorables dont ces petits êtres gardent le secret, comme s'ils se souvenaient encore d'être nés d'une caresse...
Et cependant, une buée ternit la joie de Tintin. On ne voit pas assez souvent tante Jeanne. Pourquoi ne vient-elle pas au jour de maman? Il y a du porto, du banyuls, du zucco, — le thé, c'est fade;
il y a d<
ndwi' h Oui ma dames, dont
tante l fl un j
même .1 un bon petit enfant Et, tout émue, elle se « ontente d<- L'eml
dan- le 1 ou, parmi I
DOU< l< \mour, val »
Pourtant, un diman< he, elle se : < hez Madeleine, bien qu'elh contrer une demi-douzaine de visite Il est vrai que son mari l'accotnpaj Ce jour là, Le Muséum le lui rend. 1 I puis, I intin et sa maman ont tellement insisté. Madeleine, qui doit tenir, a quelques amies, un comptoir dans une vente de charné, expo travant chez
elle les bibelots que ses assistai, ut
lui apporter. Et il parait que Jeanne est indispensable à cette réj>étition.
Mais, dès le seuil du salon, elle tombe sur le menton pointu et les durs yeux clairs de Berthe Vaudoye. Charmante fête! Tout bas, dans un coin, elle gronde Madeleine dont elle saisit pourtant la bonne intention:
— Ce n'est pas gentil. Vous auriez dû me prévenir. Vous savez bien qu'elle ne peut pas me sentir.
— Mais si, mais si: Berthe est vendeuse avec moi. Tout ça s'arrangera.
C'est un malentendu à dissiper entre vous. Apprenez donc à vous connaître toutes les deux, au lieu de vous bouder.
Et Madeleine s'envole vers la longue table où s'entassent les paquets. Ces dames de l'Œuvre vont faire l'inventaire de leurs trésors. Les ficelles sautent, les papiers se déploient, et bientôt le salon s'emplit d'un pépiement de volière.
Mais, soudain, un gémissement monte et couvre l'allégresse. Qu'est-ce donc?
Un accident? Pis: un crime 1 Une des donatrices vient de s'apercevoir qu'on a monté de travers un coussin brodé de ses mains. Et de se lamenter. On ne peut plus confier d'ouvrage à personne, par le temps qui court. C'est désolant. Fielleuse, Berthe appuie:
— Ah ! madame, ne me parlez pas des ouvrières. C'est la négligence et le désordre en personne. Toutes les mêmes.
D'un regard, Jeanne interroge son — Que c'est malheureux, de mettre de
mari. Doit-elle prendre ce compliment pareils bijoux à la vente 1
pour elle? Mais Léon sourit et hausse les Alors Berthe, frottée d'un latin de sa-
épaules, bien que le trait l'ait pénétré et Ion:
l'engourdisse d'un malaise. — Margarilas antc porcos.
DES LE SEUIL DU SALON, ELLE TOMBA SUR LE MENTON l'OINTU ET LES |H us YEUX CLAIRS DE BERTHE.
* -Cependant, l'inventaire continue. Et Trompé par les désinences, Tintin,
maintenant, ce sont des exclamations qui ne lâche pas tante Jeanne, l'inter-
ravies. On se passe de main en main des roge:
pelotes à épingles, tout en dentelles, fai- — C'est de l'espagnol, dis? tes avec des fonds de bonnets anciens. Anxieuse seconde... Que va-t-elle ré- Délicieux 1 Exquis I pondre, elle qui ne sait même pas le latin
Madeleine Perche une louange plus de salon?
forte; Mais Léon a deviné la perfidie de sa
M I/.7 \<.l DE DEM l/.V
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>nti e la d tuleur A la tir en butte à tive mé< h
il Bouffi <• i «ut fois plus que quand clic i débattait, au cours du à la
mer, parmi les petits rites du grand restaurant.
!.<■> mauvais au avaient ils donc
raison i Est-ce vrai, qu'il ne pourra pas l'emmener fièrement à son bras dans le momie sans L'exposer à cette guerre de. hardesî Et s'il lui propose de quitter la place, elle s'y refusera, par fierté. Pourvu qu'elle se contienne, pourvu qu'exaspérée elle ne se laisse pas entraîner à quelque violence...
Le tour vient des objets apportes par Berthe. De plus belle, les exclamations rejaillissent. Oh! le joli « tête-à-tête »: un plateau, deux tasses, la théière et le sucrier. Tout en l'admirant, Madeleine demande étourdiment:
— Faïence ou porcelaine?
Berthe feint l'ignorance:
— Ma foi, je ne sais pas...
Et, dardant vers Léon un menton venimeux :
— Mais ta femme va nous dire cela tout de suite. Elle doit s'y connaître, elle.
Avant qu'il ait pu répondre, Jeanne tend la main :
— Certainement...
Elle prend le plateau, l'examine, l'élève dans la lumière... et soudain le laisse échapper.
Un cri d'horreur s'élève, que domine le dépit aigu de Berthe.
— Porcelaine, déclare tranquillement Jeanne.
— Comment savez- vous?... interroge Madeleine.
Et Jeanne:
— i'our de la :
Madeleine l'ent :
ait p.u
— Oh! [< ann<
— Ah ' Lai '/ i <-mfe ne ti pa mé< hant je
n'aime pa m m'embête.
Puis, tandis que Lé* tendus, ne p< mpeN hei de
dans sa barbe, Tintin grimpe sur le^
oux de ta; «fu-
ient ravi, d< a roix de cristal qui oupe Les mot
— Tu l'as fait exprès, dis, tante Jeanne, de le casser ?
^SVQans l'ombre de la voiture, Léon P) tenait entre ses doigts une pe- !3j tite main gantée qui rendait étreinte pour étreinte. Il aspirait un doux et caressant parfum de fraîche toilette. Et, à la clarté des réverbères ou des magasins, il reluquait un net profil nimbé de dentelles, dressé sur le manteau de soirée. Ils dînaient chez les Gaston Bréau. Douze convives.
Un dîner « en peau », s'il vous plaît. Aussi, Jeanne, qui débutait dans le monde, avait déclaré, en s'habillant, devant sa glace:
— C'est tout de même rigolo, de montrer tout ça pour aller manger.
Sur quoi, son mari l'avait rassurée, en lui affirmant que « tout ça » était charmant...
L'algarade du mois précédent ne les rebutait pas. Aussitôt l'invitation reçue, ils étaient tombés d'accord pour l'accepter. D'abord, ils ne rencontreraient pas Berthe chez les Gaston Bréau. Après le piteux échec de sa diplomatie, Madeleine renonçait à rapprocher les adversaires. Et, ensuite, pourquoi reculer, se terrer, s'avouer vaincu devant la malice