RIEN QUE CHEZ LA MODISTE, MADELEINE RESTAIT TROIS HEURES
M MU Uih DE l>l 1/ 1/ \
feanne voulut dout
— Noi
1 ommenl I »- pui quand i , \
Madame Bréau tendit la letti e qu'une domestique \ enait de lui apporte! dix affolée i de Bei : he I ,e médei in soi tait de i hei elle 1 1 diagno tiquait la fièvre i\ phoide. Elle demandaii a a un' i <• de \ ouloir bien prendre ses d< ux enfants, de le er i her< bei au plus
tôt
i éon, depuis sa demi rupture avec Les Vaudoye, ne connaissait plus rien de leur rie courante, il se renseigna près de sa mère :
— Mais Charles a dû couver cela...
Il ri. ut donc souffrant?
Oui, il traînassait depuis quelque temps. Un simple malaise, dont elle n'avait même pas parlé à Léon. Rien ne t. h-. ut prévoir une maladie si rapide, ni si grave.
— Tu vas prendre les enfants? demanda-t-il encore.
— Il faut bien... Pauvres petiots. J'irai les chercher sitôt déjeuner.
— Accompagne ta mère, proposa Jeanne. Tu verras toi-même. Leur médecin s'est peut-être trompé.
Son instinct lui soufflait de ces délicatesses. Si elle s'offensait de l'hostilité des Vaudoye, elle ne voulait pas que son ma ri, devant un cas si grave, se crût forcé d'épouser son grief. Elle le déliait, d'elle-même.
Le repas fut silencieux. Nul ne voulut s'appesantir, en plaisanteries trop faciles, sur l'ironie du hasard. La maladie forçant ce foyer si bien organisé contre elle ! Ainsi, cette peur du microbe qui bannissait de leur table tous les mets friands, depuis le gibier jusqu'aux fruits de la mer, qui les habillait tous au logis de rudes sarraux d'infirmiers, cette peur qui les poursuivait jusqu'en voyage, bourrait leurs valises de draps et de taies d'oreillers à mettre aux lits d'hôtel, cette peur qui les tenait sans cesse penchés sur leur muqueuse, les intoxiquait de drogues et les délayait de lavages, cette peur n'avait servi de rien!
une aile d'hôpital un< fade et b i he, noun ie de fécul et d'eau bouillie, n'avait pa dé armé le il-
i ontinuellt m ne
j répare pa • l - lle-
méme un poi on, pli
quelques infra< ti< < hangeantes de i Après déjeunei . Léon, a< omp
Sa lu anima le mal u:i ûV)
n'était possible... La typl
Il ne p ■• connaissait ; ir Berth .
Quelle métamorphose douloureuse I I
tournée, l'envers de l'être à vif, elle • tait plus l'aigre et rigide bourgeo mais la femme, toute la femme, la femelle prête à disputer son mâle au
ni.
Son admiration, son culte pour son mari étaient grandis par la crainte de la mort comme ils l'eussent été par la mort même. Il lui était précieux comme s'il n'était plus.
D'une effusion fébrile, elle remercia sa mère qui emmenait ses enfants, Léon qui s'offrit à seconder le médecin de la famille.
Querelle, vindicte, elle avait tout oublié. Elle n'avait plus qu'un souci, plus qu'une raison d'être: le salut de son mari. Ce n'était plus qu'un dévouement en marche.
Jeanne, qui n'avait jamais pénétré chez les Vaudoye, ne connaissait pas leurs enfants. Pierre et Pauline. Elle les vit pour la première fois chez Madame Bréau. Pauline, fillette effilée, avait onze ans, des yeux purs, des cheveux stricts, une bouche précieuse et la mine recueillie d'une communiante. Elle tendit à Jeanne une main fondante, inerte et molle comme un gant. Pierre, gros joufflu de six ans, dont les mollets en poteaux de télégraphe portaient un ventre de brasseur, offrit toute sa bonne balle au baiser de Jeanne.
— Pauvre petit gosse!... dit-elle en l'embrassant.
Selon sa promesse, Léon visita fréquemment son beau-frère. Charles franchit heureusement le point critique. Un moment, on put le croire hors de dan-
ger. Mais la maladie, au lieu d'évoluer selon des périodes régulières, s'établit}, s'installa. On eût dit qu'elle devenait chronique, que ce malheureux serait condamné à vivre — si c'était là vivre — avec ce feu sourd et rongeur dans le flanc. Alors commença cette lutte atroce, où l'on se concentre, où l'on s'hypnotise sur l'inexorable thermomètre, où l'on
ELLE CONNUT DES INSTANTS DE DÉFAILLANCE, D'iNDICIBLE TORPEUR
s'affole de rage impuissante devant le fil de mercure qui monte, monte toujours et qu'aucune force humaine ne saurait arrêter.
Berthe fut admirable. Elle se maintenait dans une sorte de surexcitation froide, un paroxysme continu où toutes ses réserves d'énergie donnaient ensemble, atteignaient à des exploits incroyables, reculaient les bornes de la résistance pos sible.
Elle soulevait son mari comme elle eût fait d'un enfant. Elle ne voulait pas entendre parler d'une garde, qui se fût acquittée de sa tâche sans ferveur et pour mériter son salaire. Elle se reposait seulement quelques heures par nuit sur une chaise longue, au pied du lit, où elle dor-
mait d'un sommeil transparent, aussi lucide que l'état de veille.
Au bout de six semaines, Charles touchait à l'extrême faiblesse. On eût dit que sa femme lui communiquait par son souffle et son regard le peu de vie qui l'animait encore. Elle accomplissait l'incessant miracle de ressusciter ce cadavre. Mais le temps eut enfin raison d'elle.
Elle connut des instants de défaillance, d'invincible torpeur. A la faveur de ces dépressions, la lassitude et le découragement l'envahissaient. Et personne autour d'elle pour la seconder vraiment. Sa mère gardait Pierre et Pauline. Madeleine invoquait Tintin. Charles était sans proche famille. Les bonnes volontés s'arrêtaient prudemment au seuil de la maison, chez
le concierge. L'affreuse maladie l'isolait du monde. Elle défaillait au chevet d'un moribond, au centre d'un grand vide.
Léon dit en rentrant d'une de ses impuissantes visites:
— Ils finiront par y rester tous les deux.
Alors Jeanne éclata :
— Ecoute. Ça ne peut pas durer. On
ne peut pas les laisser comme ça. J'y vais.
Il joignit les mains:
— Tu voudrais... ?
Elle continua:
— Lui donner un coup de main? Bien sûr. Pourquoi pas ? Parce qu'elle m'a fait des petites misères? Elle en voit bien d'autres, aujourd'hui! Parce qu'elle ne voulait pas me recevoir? Je parie qu'elle a changé d'avis!... Tu viens?
Touché aux fibres profondes, il avoua:
— Je n'aurais jamais osé te le demander.
— Tiens! Et moi qui n'osais pas te l'offrir 1 Ce qu'on est bête!
Ils partirent ensemble. A la vue de Jeanne, Berthe ne parut pas se souvenir
M \l;l \t.l. hl. hl. M l/\
; m i r<x bail aux
« très humain une un i
Mlle <|».i\<\ I.llc li-UI
la m. iin Iota
— Il est toujoui 1 1 même i fa Ai.,t . [eanni , d< a manièi • un peu
brève:
— l >! Voulei de moi, pour voua aidei un peu
i • . omme Berthe ait, tout de
même < ■ ouée de surprise, Jeanne ajouta, la \ oix atti tsti
— Oh I je l Ue s'ai rêta Léon ivint que,
( inq ans plus tôt, « lie avait soigm perdu sa mère de la fièvre typhoïde.
Cette fois encore, son tact instint tif la servait, l'empêchait d'insister, de citer le mortel devant la malheureuse. Berthe écarta les bras, secoua la tête, désemparée :
— Ah ! Jeanne, j'accepte, je vous remercie... Je suis tellement seule...
Et Jeanne, relayant sa belle-sœur, prit son service d'infirmière. Elle aussi revêtit le sarrau de toile que, même en temps normal, on endossait chez les Vaudoye pour ^m vaquer aux soins du mé- ^^ nage.
Et Léon retrouvait au chevet du malade, une apparition déjà lointaine, une Jeanne en longue blouse grise d'ouvrière... Mais elle ne se raidissait plus, comme au dernier printemps, contre sa propre souffrance, devant la cuvette de sang. Alerte et vivante, elle semblait bien résolue à garder sa force et sa santé pour la lutte, à ne pas laisser entrer le deuil dans la maison.
Tout de suite, elle s'était prise d'une pitié tendre pour ce grand bonhomme de cire dont la barbe et les mains s'allongeaient sur le drap que son corps amaigri ne soulevait même plus.
Croyez-vous que ça se mêlait de résister, que ça ne voulait pas boire son lait? Ah! mais, ah! mais, c'est qu'elle n'entendait pas de cette oreille-là, la petite infirmière. Il ne s'agissait pas de se laisser périr. Allez, oust! Un coup de