‹ Mariage de demainChapitre 36 sur 45 · PES VOLEES DE PIERRES CONTINUAIENT DE BATTRE LA FAÇADE · texte numérisé non relu

PES VOLEES DE PIERRES CONTINUAIENT DE BATTRE LA FAÇADE

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religieuse dans ce beau jardin défendu, dont ils avaient si longtemps contemplé les frondaisons à rravei le vitrages des

ateliers, pendant leur travail. Comme effarés de leur hardiesse, i itaient les uns les autres. Des femmes attiraient les roses, pour les respirer. Deux audacieuses en cueillirent.

L'oncle courait d'une fenêtre à l'autre, Comme un faine derrière ses grilles.

— C'est complet! On m'envahit! On me pille!...

Une dégringolade de carreau cassé l'interrompit. Une pierre plus grosse ou plus rudement lancée que les autres, avait brisé une vitre. Bruit frêle et sinistre, clair et dissolvant glas de l'émeute, qui porta l'affolement à son comble. On eût dit que les débris de verre entraînaient dans leur chute les derniers vestiges de sang-froid.

Pierre et Pauline gémissaient toujours, d'une voix blanche, étranglée, dans les jupes de leur mère et de leur grand' mère :

— Maman, j'ai peur... j'ai peur...

Et le pauvre petit Tintin, gagné par l'exemple de ses cousins, les imitait à sanglots discrets, malgré les caresses de tante Jeanne.

Des volées de pierres et des bouffées de cris continuaient de battre la façade. Au rez-de-chaussée, des coups de poing ou de bâton heurtaient les volets clos de la salle à manger. L'oncle, mûrissant quelque décision secrète, prononça fermement :

— Ça ne peut pas durer.

Gaston rentra, le front plissé. Courtemer courut à lui:

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Il disparut, SUN deux neveux.

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vite, les trois hommes reparurent. Chacun portait un fusil de chasse et paquets d<- cartouches.

— Sauvés! cria Berth*-. ux en extase.

Léon se précipita :

— Vous n'allez pas tirer?

1 ébrile, l'oncle éventrait les paquets posés sur le billard :

— Je vais me gêner.

— Mais, c'est fou ! C'est fou !

Léon levait les bras, désespéré :

De la tête, l'usinier désigna la foule hurlante:

— Avec ça qu'ils sont sages !

Alors Jeanne restée jusqu'alors à Técart, se planta devant lui, agressive, les bras croisés, les traits durcis :

— Comment, la mort, pour un carreau cassé et un bouquet de quatre sous? Ahl non, non, c'est trop cher!... Vous ne voudriez pas.

— Vous, ma petite, dit l'oncle en chargeant soigneusement son fusil, je vous conseille de vous taire.

Durement résolu, il avait recouvré son sang-froid, au contact de son arme.

Cependant, Jeanne et son mari, sans perdre un instant, s'étaient jetés entre le billard et les fenêtres de la façade, comme pour barrer le chemin aux trois hommes Léon tenta de gagner du temps :

— Mon oncle, dit-il, je vous en supplie. Réfléchissez une seconde... Attendez. Patientez encore...

Le colosse s'était approché de la fenêtre. Il haussa les épaules:

— C'est tout réfléchi. Tiens, regardeles. Crois-tu qu'ils patientent, eux?

En bas, les visages, cruels ou joyeux, étaient tournés vers la façade. On encourageait les lanceurs de pierres, comme dans une joute. On applaudissait les plus habiles. Des tourbillons de clameurs s'élevaient de la rumeur incertaine.

Toute la rue, entre les deux murs, débordait de foule. Les derniers rangs, dans la hâte de voir et d'arriver, poussaient toute la masse contre l'usine, en bélier. Quel sillon de mort ouvrirait le feu, dans ces files profondes...

Que dire, que faire pour ébranler ces trois hommes ? Les attendrir sur ces malheureux, affamés par la grève, aigris d'injustice, excités par leurs guides? Vaines paroles, trop usées, sans force et sans portée. Mieux valait s'adresser à leur intérêt qu'à leur cœur:

— Mais songez donc que c'est notre perte à tous! Nul d'entre nous n'échappera aux représailles. Et si même vous parvenez à fuir, c'est la condamnation certaine, le bagne, votre vie finie.

— Bahl dit l'oncle en l'écartant tranquillement de la fenêtre, et la légitime défense ?

Léon répliqua :

— On ne l'admettra pas. Il y a des précédents. Et, en tous cas, c'est le pillage, c'est l'incendie. Il ne restera pas pierre sur pierre de l'usine. Vous serez sans recours.

Et c'est encore l'irréparable, la dernière ressource anéantie...

Il s'étreignait la tête:

— Ah! c'est atroce, de sortir des arguments si misérables quand je sens là tant de choses à dire... Voyons, voyons, il y a des femmes, des enfants. Ils ne sont pas armés. Ils n'ont que des cannes et des bâtons.

— Il suffit d'une allumette pour flanquer le feu, riposta l'oncle qui, du regard et du geste désignait à ses neveux la seconde fenêtre.

— Mais ils ne savent peut-être même pas que vous êtes là...

— Ils vont s'en apercevoir.

De nouveau, un carreau tomba. Une

rafale de cris entra par la brèche. Les trois petits hurlaient éperdument.

— Tirez, tirez, cria Berthe.

L'oncle mit un genou à terre, pour

mieux viser. Charles et Gaston semblaient hésiter encore. De la main, Léon voulut détourner l'arme:

— Ah! mais tu m'embêtes, à la fin, s'écria Courtemer. Tu vas tant faire que nous serons pris au piège. Je suis chez moi. Je réponds de la vie des miens.

Allons, ôte-toi de là, bon Dieu!

D'un déclic sec, il armait son fusil. Léon sanglotait:

— Mon oncle, mon oncle... Ils ne savent pas... Ils ne sont pas méchants...

Jeanne, dis-lui qu'ils sont...

Il la cherchait du regard: Jeanne n'était plus dans la pièce...

Une crainte horrible le traversa. Il souleva le store.

Déjà l'oncle épaulait, imité par les deux autres.

Alors, Léon, d'une voix tonnante, irrésistible:

— Ne tirez pas!... Jeanne est avec eux.

Là, en bas, il venait de reconnaître sa robe claire, sa tête blonde devant les premiers rangs d'ouvriers... Elle lui tournait le dos. A ses gestes, il devinait ses paroles. Tour à tour, elle désignait les fenêtres de la façade puis, de ses bras écartés, d'une ruée de tout son corps alourdi déjà par la grossesse, elle leur criait: « Sauvez-vous! sauvez-vous! On va tirer sur vous... »

Ah! comme il comprenait, comme il admirait l'inspiration à la fois habile et généreuse! Ou bien ses cris étaient entendus, elle semait la panique dans les rangs et les décidait à la retraite. Ou, si la foule restait sourde à ses appels, elle la couvrait encore de sa présence. Ainsi, elle évitait toujours le drame irréparable.

A moins, pourtant, que les fusils ne fussent partis avant qu'on ne l'eût découverte parmi les ouvriers... A la pensée du risque qu'elle avait volontairement couru, du péril auquel elle sTexposait, Léon tressaillit aussi cruellement que si ce danger la menaçait encore.

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