‹ Mariage de demainChapitre 38 sur 45 · ON CONNAIT SON POUVOIR, ON A VINGT ANS · texte numérisé non relu

ON CONNAIT SON POUVOIR, ON A VINGT ANS

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un ami. Toutefois, il n'en laissa rien paraître, il ne tint pas rigueur au triomphant Ruchard. Mais peu a] rila.

Son frère, le paysagiste César Bro, venait de se marier. Il confia Suzanne au jeune ménage. Quant à lui, il postula et obtint un emploi au jardin zoologique de Bornéo.

On pensa, autour de lui, qu'il allait chercher l'oubli de ses déconvenues au pays où il s'était marié, où il avait v quelques années heureuses et paisibles.

Pendant sept ans, ses lettres, rares et brèves, restèrent muettes sur ses travaux, ses loisirs, sa vie intérieure. Détaché des siens, indifférent aux questions qui l'avaient passionné, retranché du monde, il semblait avoir accompli une sorte de suicide moral.

Mais un événement surgit dont il ne pouvait pas se désintéresser: le mariage de sa fille. S'il s'était agi d'un fiancé quelconque, sans doute s'en fût-il remis à la clairvoyance de ceux qui le remplaçaient près de Suzanne et eût-il envoyé son consentement, sans plus. Mais accepterait-il sans révolte pour gendre le fils du docteur Ruchard? Tel était l'homme, en effet, auquel il lui faudrait donner sa fille, à en croire ces deux jeunes gens. Car ils s'aimaient. Chacun apparaissait à l'autre comme la vivante promesse du bonheur.

Qu'on ne voie pas dans ce choix un de ces hasards fatals qui, dans les romans et les pièces de théâtre, jettent l'un vers l'autre des héros destinés à se fuir. Rien de plus logique et de plus simple que les circonstances dont était née cette affinité. Le professeur Ruchard, bien qu'il eût agi, dans la lutte, selon sa croyance scientifique et dans l'intérêt de son ami,

DAJAN-M1NN

avait éprouvé des remords de sa trop complète victoire. Il s'estimait en partie responsable de l'exil où son vieux compagnon s'était enseveli vivant. Il avait cherché à réparer le dommage dans la mesure du possible. Et il s'était intéressé, attaché à cette enfant qui, sans lui, eût peut-être conservé un père. Veuf lui-même, Ruchard se plut dans la famille où vivait la jeune fille. L'intimité se resserra encore quand Henri Ruchard, le fils du professeur, doué d'un sérieux talent de peintre, prit pour maître César Bro. Ainsi les deux jeunes gens purent, des années durant, goûter les bienfaits d'une de ces camaraderies franches et saines où se révèlent et s'essaient les tempéraments et les caractères, et qui devraient être la véritable école du mariage.

Pressenti par une lettre de son frère, — un petit chef-d'œuvre de diplomatie prudente et d'éloquence émue, — le Dr Bro fit attendre sa réponse. Elle pouvait arriver au bout de deux mois. Au cent vingtième jour, on la guettait encore à chaque courrier d'Extrême Orient. Enfin, une dépêche tomba de Bornéo: « Je rentre ». Rien d'autre. Et par un télégramme de la veille, daté de Marseille, Bro annonçait son retour pour le matin même.

On peut imaginer maintenant dans quelles dispositions d'esprit les deux jeunes gens et leur famille stationnaient sur le quai de la gare. La plus émue, c'est à beaucoup près, Suzanne Bro. Elle va revoir son père. Oh! certes, un papa près duquel elle n'a jamais beaucoup vécu, qu'elle revuit dans ses souvenirs de pensionnaire, toujours fébrile, trépidant sous la tension de la pensée, toujours en partance. Elle ne lui tient pas rigueur de ce demi-abandon. Il a dû tant souffrir... Rester seul après deux ans de mariage, éprouver ensuite tant d'injustes déconvenues. Oui, injustes. Elle ne connaît que bien confusément la grande querelle où se heurtèrent son père et le professeur Ruchard. Mais elle sent, elle est sûre que son père avait raison. Elle a foi en lui. Et c'est justement parce qu'il avait raison qu'il saura pardonner à son heureux rival. Et quant à croire que

son père, au nom de ces vieux différends, contrarierait le mariage de sa fille, elle s'y refuse. D'ailleurs, ne saurait-elle pas le vaincre, le séduire, s'il faisait mine de résister? On connaît son pouvoir.

On a vingt ans. On n'est pas trop répugnante. Et n'est-ce pas une joie qui doit tout emporter, tout effacer, pour un papa qui a laissé une fillette indécise, de retrouver une grande fille toute poussée, nette et blonde, type hollandais, avec des yeux d'un bleu si limpide qu'ils donnent, paraît-il, envie de se pencher sur eux?

Quelqu'un qui n'apporte pas sur le quai de la gare tant de mansuétude ni de confiance, c'est le jeune Henri Ruchard. Il ne se soucie guère de la cellule vivante, de ses adversaires ni de ses défenseurs. Il suffit d'observer ses traits énergiques et rudes, sa face froncée de passion jalouse, pour deviner qu'il eût volontiers

DAJAN-PHINN, UN QARÇON TRES INTELLIGENT.

ORIGINAIRE DE BORV

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m Mal mène dont d< on bonheur.

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h Bro, d'apparent e fine et pla< ide, songe avec mélancolie à ce frère aîné dont le jeu de la vie l'a si Bouvent séparé et dont la fille lui est devenue presque aussi chère que e • p opi e enfant ». Pourtant, les communs souvenirs de leurs jeunes années ont tissé entre eux des liens que fait vibrer lfappro< he du retour. Et il appréhende, instinct de peintre et faiblesse d'homme, ces signes de Yi dont ces sept année- les ont marq tous deux et qu'ils vont surprendre sur leur visage, au premier regard...

vSa femme, personne rieuse et tendre, un tantinet romanesque, dans tout l'éclat de la trentaine, attend ce voyageur, qu'elle connaît à peine, avec la curiosité gourmande d'une spectatrice qui guette le dénouement d'une comédie. Non pas qu'elle ait le moindre doute sur la fin de l'aventure. Il ferait beau voir qu'on empêchât de se marier ces deux jeunes gens dont elle a couvé l'idylle avec tant de bienveillance! Mais qui sait si quelque péripétie imprévue ne viendra pas...

Le train! Voilà le train!

En effet, haute et sombre, coiffée d'un plumet de fumée blanche, la machine surgit parmi les convois immobiles qui ferment l'horizon. La noire chenille des wagons ondule, semble hésiter, s'éloigner même, fonce enfin sur la gare, s'allonge lentement au ras du quai, en déployant ses portières. Les regards se croisent et se cherchent. Les mains s'agitent.

On entend des exclamations étouffées, comme des gémissements de bonheur.

Déjà les plus agiles ont sauté sur le sol. Les uns se glissent dans la foule, comme pressés de disparaître, de plonger dans la ville. D'autres sont aussitôt happés, emprisonnés d'effusions. Suzanne a découvert son père, penché dans l'encadrement d'une baie. «Le voilà!» Tous la

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saillant, grimpe but les et frémissantes, jusqu'aux oreilles de fana duvet sur Le crâne informe et tumultueux Et ce visage chaotique, presque nmiesque, souillé de poussière et de suie, resplendit d'intelligence.

D'un élan, bousculant les gens, heurtant les valises, indifférent aux chocs, le docteur Bro bondit jusqu'aux siens.

Un foulard blanc lui entoure le cou.

Une pèlerine imperméable, dé< olorée, enveloppe sa petite taille. Dans la confusion, dans l'émoi du premier contact, il prodigue les gauches accolades, Les poignées de main nerveuses, les propos neutres balbutiés à lèvres tremblant» s.

Et soudain, il volte, plonge dans la foule, puis reparaît tenant par le bras un grand et beau jeune homme, la barbe très brune et le teint très blanc. Désinvolte, frappant amicalement l'inconnu d'une tape à l'épaule, il le présente, de sa voix nette, musicale, un peu grasse, dont le charme surprend :

— Mon préparateur Dajan-Phinn. un garçon très distingué, originaire de Bornéo, qui a bien voulu me suivre et me continuer son aide.

L'étranger se découvre lentement. Les têtes et les bustes s'inclinent. Mais cette présence imprévue trouble et gêne le petit groupe intime. Et ce malaise va croissant dans l'omnibus de famille qui emporte tout le monde chez César Bro, où un déjeuner doit fêter le retour de l'absent. Il a bien fallu que le peintre invite ce M. Dajan-Phinn. Car le docteur a nettement exprimé l'intention de ne point se séparer de son élève. Dans le vacarme des vitres, chacun se tait. Nulle allusion au passé, au proche avenir. Nul épanchement, nul élan de tendresse. On n'échange que des regards. Bro lui-même

DAJAN-PHINN

se contente de scruter les visages. Mais la seule présence de cet inconnu ne suffirait pas à expliquer le mutisme général. Son aspect, aussi, préoccupe et retient. Le regard: est fatalement attiré par cette extraordinaire beauté, ce teint de nacre serti dans cette barbe de houille, cette figure où vainement on cherche une imperfection, où la nature n'a commis aucune faute de couleur ni de dessin, où chaque trait, pris isolément, force l'admiration et donne le frisson de l'idéal réalisé. En lui, tout est harmonie, sa carrure svelte et solide, ses attaches délicates, jusqu'à sa mise soigneuse et discrète.

Et pourtant l'esprit n'éprouve pas une pleine satisfaction. Ce dont il s'irrite secrètement, c'est de ne point pénétrer la pensée gui vit derrière ce masque admirable. Est-ce de se sentir perdu, dépaysé, transporté sur l'autre face de la terre, parmi ces gens qu'il ne connaît pas, ce grouillement de ville? Mais sur cette face de triomphante beauté, qu'on souhaiterait animée d'une flamme aussi noble qu'elle-même, rien ne transparaît qu'une douceur étonnée, comme la stupeur de vivre...

rov^gj ésak Bro habite, dans une villa rf%^5 proche du boulevard Pereire, u^!&È>> un discret hôtel niché au fond a un jardin. C'est au seuil de cette avenante demeure que débarqua la petite troupe encore tout engourdie du long trajet à travers la ville.

Après une toilette rapide et sommaire, le Dr Bro s'élança à la découverte du logis, qu'il ignorait encore. Entraînant le silencieux Dajan-Phinn et suivi de son frère, il grimpa en quatre bonds jusqu'à l'atelier, qui occupait tout le second étage. Furetant, trottinant, stoppant, il appréciait chaque toile en termes précis,

dont le peintre lui-même reconnaissait la justesse. Puis il plongea jusqu'au rezde-chaussée, se répandit sur un sofa, la tête renversée, les bras aux coussins, les jambes croisées, loua le peintre d'avoir réuni le salon et la salle à manger, s'intéressa au mobilier Louis XV, l'attesta authentique, signala toutefois en passant un guéridon restauré, goûta la tenture vieux rose et bleu pâle, déclara galamment que ces nuances de fleurs seyaient aux 'blondes et que sa bellesceur et sa fille ressemblaient, parmi ces étoffes chiffonnées et délicates, à des abeilles d'or au cœur d'une corolle. Sur quoi, les deux enfants du peintre rentrant de leur promenade matinale, il s'en empara, les campa sur ses genoux, promit des poupées chinoises aux trois ans de Lise, des kriss malais aux sept ans de Claude, leur inspecta les dents, l'oreille, le palais, l'intérieur des paupières, énuméra, d'ailleurs fort exactement, les petits points faibles de leur complexion, prescrivit un régime, s'assura de leurs connaissances et, comme ils apprenaient l'anglais avec leur gouvernante, se mit à leur chanter, d'une voix juste, un refrain de minstrel.

Une demi-heure après son arrivée, il connaissait l'hôtel, choses et gens, comme s'il y avait toujours vécu.

A table, il fut l'entrain même. Occupé de parler, il buvait et mangeait en fantaisiste. Tantôt, il oubliait un mets dans son assiette et l'expédiait ensuite en trois bouchées pour rattraper le temps perdu; tantôt, il revenait au plat, non par gourmandise, mais par distraction, sans s'apercevoir qu'il s'était servi une première fois. Il laissait tous ses verres pleins, puis les vidait coup sur coup, mêlant les crus et les couleurs. Et, au-dessus de cette incohérence et de ce massacre, fulgurait son geste, chantait sa parole savoureuse. Des hors-d'œuvre au dessert, il revécut ses sept ans en Extrême Orient. Il cisela l'anecdote, lança le trait, mima des scènes, brossa des décors. Il fut malicieux, subtil, ingénieux, profond. Mais, avec un évident parti-pris, il s'abstint de toute allusion à ses propres travaux, de tout développement scientifi-

que, soit pai habileté de - au « ai qui t d'ennu in public, soit qu'il

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vieilles querelles end. .un; Il ne s'interrompait que pour p m ri i n m à témoin. L< ran

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M. lis. sans doute peu familiari notre langue, il hé ntait ui - nde, la

bouche entr'ouverte, av.mt de parler. Puis, une fois déclanchée, i a | hri lait de source Bro ne I i quittait pas «lu geste el de la voix:

— I la i.in Phinn est un mod< la i. m il. 11 parle admirablement six lan

I 1 1 ançais, le hollandais, l'aile m. nul. L'anglais, L'espagnol et L'idiome mal. us le plus usité dans son île. Ces1 l'embarras du choix qui le paralyse. Allons, allons, n'ayez pas peur. Vous ( entouré d'amis.

Le jeun»' homme, d'abord, écoutait sa réponse, la bornait au strict nécessaire. Mais, peu à peu, il prit confiance. Et lorsque le repas s'acheva, Dajah-Phinn s'était presque haussé jusqu'à ce ton cordial que la verve et la bonne humeur de Bro avaient donné à la réunion. La gaîté du docteur paraissait en effet du meilleur augure. Comment un homme si plein d'entrain eût-il médité de contrecarrer les vœux de toute sa famille?

Pourtant, Henri Ruchard ne partageait pas cette heureuse disposition d'esprit.

Au moment où l'on se levait de table pour prendre le café, il isola Suzanne Bro dans un coin du salon. Déjà, le visage rayonnant, elle srapprêtait à se féliciter avec lui de présages si favorables. Mais il secoua la tête :

— Je conçois votre confiance, mais je ne la partage pas... Au moment où notre vie va se décider, j'ai peur, je ne suis pas rassuré...

— Pourquoi? interrompit-elle vivement.

— Du fait que votre père ne manifeste pas d'amertume, s'ensuit-il qu'il n'en éprouve pas? Sait-on ce qu'il pense, au fond?

— Cependant...

— • T-a preuve qu'il est capable de dissimuler sa vraie pensée, c'est qu'il n'en

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semblait résolue par L'attitude même du voyageur. C'est ce que la jeune fille ne put se retenir d'opposer à .m»ii compagnon:

— Oh! Voyons! A t il l'air de qi qu'un qui couve une rancune ou qui médite de nous faire de la peine ? Regardezle.

Il obéit. Au fond du salon, près de la cheminée, le Dr Bro, la main familièrement appuyée à l'épaule de Dajan-Phinn, se tenait debout devant Ruchard, assis aux côtés de la maîtresse du logis. Et l'enjouement animé de son vieux compagnon éclairait d'un sourire la face hautaine et tranquille du professeur.

Pourtant, le jeune homme restait soucieux. Il reprit, le front bas:

— Oui, vous avez peut-être raison.

Mais c'est égal... Pourquoi ce long silence, puis ce brusque retour? Il y a dans tout cela je ne sais quoi d'anormal, de mystérieux...

Et tout à coup, dévoilant sa vraie crainte :

— Et tenez: ce Dajan-Phinn. Trouvezvous sa présence naturelle? Qu'est-ce que ce beau ténébreux, noir et blanc comme un domino, polyglotte comme un portier d'hôtel? On ne sait pas d'où il sort, ni ce qu'il vient faire parmi nous. Avez-vous remarqué l'insistance de votre père à le mettre en valeur, en vedette? Etes-vous sûre qu'il n'ait pas ses projets sur ce cher élève, que ce ne soit pas le fiancé qu'il vous destine?

Suzanne, cette fois, éclata de rire :

— Quelle idée! Et quelles pensées de

LE CONTRASTE ENTRE CES^DEUX PERSONNAGES b'A( I ai l ENCORE SOUS LE JOUR IIAl.T ET CHU

QUI TOMUA1T Dl VITRAGE.

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dci i ièi «■ i.i l' te prêt* • < mon pou

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I h-in 1 lai i * ' happer un de dépit contre lui-même

— ( >ui, | .11 tOl I «l«' wuh du e '

. ela. Mais il ne Eaut pa i m'en i ou loir. Si inquiet . i 'est par <

l'.n tellement peur de troir un obstacle surgir entre nous, au moment môme où notre soi t va se dé< ider. Il y ;i des im tants, tenez, <>ù je suis presque tenté d'aller trouver mon père, de lui demander de ne pas parler aujourd'hui au vôtre comme il en a l'intention, telle ment j'ai peur de savoir, tellement, parfois, le doute me paraît préférable à la itude...

Emue par cette angoise et voulant cai lier son propre trouble, elle plaisanta:

— Mais je vous le défends bien! Je me sens si sûre du résultat.

Puis, subitement grave:

— D'ailleurs, il serait trop tard. Voyez.

II se retourna. Ruchard s'était levé et se penchait à l'oreille du Dr Bro qui, acquiesçant d'un signe de tête, confia Dajan-Phinn à sa belle-sœur. Elle l'invita, riante et gracieuse, à s'asseoir près d'elle. Les deux hommes quittèrent la pièce.

Ils montèrent à l'atelier. Derrière la masse imposante du professeur, qui faisait craquer le petit escalier de chêne, Bro grimpait d'une allure inégale et pressée. Et le contraste de ces deux personnages s'accrut encore sous le jour haut et cru qui tombait du vitrage. Sa face solide et rasée en pleine lumière, ses belles mains grasses et blanches appuyées au bras de son fauteuil, Ruchard semblait poser pour son portrait.

Incapable de tenir en place, chevauchant une chaise, se jetant sur un divan dont les ressorts le remettaient debout, Bro s'épuisait à ranimer un gros cigare qui, mâché, mouillé, s'en allait en morceaux.

D'une voix habituée à la chaire, mais qu'humanisait la bienveillance, Ruchard ouvrit le feu:

— Mon cher ami, j'irai droit au but.

Tu sais pourquoi je t'ai fait venir ici. Nos enfants s'aiment. Je n'ai que ce fils. Tu n'as que cette fille. Nous voulons chacun leur bonheur. Marions-les. Ton

i.t j'espère bien i je De doi I pas voir dans ton ne

répondre la trace de ces vieilles ,ni jadi Bro, qui immobilisé un I

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— ( h ut ! ( luit ! Ne parlons pas de < <

n'en parlons pas. Il ne faut pas nu

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laboratoire. J'ai perdu la partie. Je c même que j'ai été assez beau joueur. Mais enfin tu m'as battu. C'est une affaire entendue. Et ce n'est pas le moment de rouvrir le débat...

— Alors? commença Ruchard.

Mais Bro, qui suivait sa pensée:

— Maintenant, si je n'ai pas répondu à la lettre de César, c'est qu'au moment où je l'ai reçue, j'étais p? aent décidé à rentrer en France. Mais j'avais entrepris des travaux que je tenais absolument à achever avant mon départ. J'étais écrasé de besogne. Bref, je remettais dejour en jour la joie d'apporter moi-même ma réponse...

— Elle est donc favorable? interrompit le professeur.

Bro lui saisit les mains:

— En peux-tu douter, cher ami? Un tel projet m'honore et comble mes vœux...

Ruchard se leva et respira largement :

— Les miens aussi, crois-le bien. Et la preuve, c'est que ton silence me faisait craindre quelque anicroche. Sans reproche, puisque tu étais décidé, tu aurais bien pu éviter à ces amoureux deux mois d'attente...

Une ombre d'embarras passa sur les traits mobiles du docteur Bro. Il dit d'une voix incertaine :

— Je ne pouvais pas... je ne voulais pas... enfin je tenais à apporter ma réponse moi-même.

— Ne la leur faisons donc pas désirer plus longtemps, dit Ruchard en se dirigeant vers la porte. Quant aux arrangements pratiques dont nous ne pouvons pas nous désintéresser, j'en ai causé avec ton frère. Je sais qu'il t'en a touché

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