‹ Mariage de demainChapitre 4 sur 45 · I .-i «•, elle sonnait t la il r et jeune. Il a\ OUa · texte numérisé non relu

I .-i «•, elle sonnait t la il r et jeune. Il a\ OUa

— Non. Evidemment. Mais, je ne prévoyais |us si lût la tin... Tout arrive.

Il s'aperçut de l'absence de la tante Félicie. Elle était à Paris. Son ouvrage terminé, elle le reportait et prenait' de nouvelles fournitures chez le fabricant, faubourg Saint-Denis. Léon s'assit à la place vide de la vieille dame, contre la fenêtre, devant le modeste outillage.

— ■ Ce doit être si dur, à son âge... A-telle toujours travaillé dans les fleurs ?

Non, non. Sa tante avait été élevée en demoiselle. Et Jeanne conta l'humble, le banal roman. La tante Félicie, une sœur de sa mère, était l'aînée de trois filles Leurs parents à toutes trois tenaient un petit magasin de modes et de mercerie, à Limoges. Mais elles les perdirent de bonne heure. Félicie avait alors une vingtaine d'années. Elle reprit la maison et continua en même temps l'éducation de ses cadettes.

Elle vécut pour elles. Plus tard, lorsque apparaissait un fiancé possible, elle les poussait en avant, s'effaçait, même si le jeune homme lui plaisait, même si elle lui plaisait aussi. Et elle avait d'autant plus de mérite à se sacrifier, à laisser échapper l'occasion pour elle, qu'elles n'étaient faciles à marier ni les unes, ni les autres.

Leur commerce languissait, ruiné par les nouvelles galeries, de grands bazars

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Mais maman a exigé que je suive l'A oie jusqu'au certificat, puis les < ours de i sin du soir. Et ensuite elle m'a

- d'elle. Nous étions comme d sœurs. Il n'y avait pas d'autres enfants à la maison. Malheureusement, je l'ai perdue trop jeune...

— Votre mère?...

— Emportée par une fièvre typhoïde, il y a quatre ans. Au bout de vingt n: papa s'est remarié. Alors, je suis entrée à l'usine Pelouze, une manufacture de porcelaine à Limoges. Mais la vie ensemble est devenue impossible. Ma belle-mère n'est pas une mauvaise femme, mais elle a eu un petit garçon. Et il n'y en avait plus que pour lui à la maison. Elle était jalouse de tout ce qu'on faisait pour moi. Il fallait être tous à genoux devant lui. C'était trop. Je voulais partir. Justement ma tante, qui habitait déjà ici, a su par un voisin que M. Courtemer cherchait des décoratrices de Limoges.

Elle me l'a écrit. Et je me suis décidée.

Un moment, elle rêva, le regard terni.

Puis, lentement:

— Que de choses ne seraient pas arrivées, si maman n'était pas morte!...

Que voulait-elle dire? Etait-ce une allusion au passé plus récent, à leur rencontre ? La regrettait-elle ? Léon fut tenté de l'interroger.

Mais déjà elle poursuivait:

— Que vous êtes heureux, monsieur,

UN GRAND FRISSON LE SECOUAIT, RIEN QUA L'EFFLEURER DOUCKMBM1 POl Et LAD1EU.

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, Il y a entre nous « ette intimité .il qui existait, disiez vous, en« m votre mère et vous. Il m'arrive de . auser a> e( elle i omme ave< un i amai ade. Plus I ran< hement même qu'a^ ec i ertains i amarades routiniers, don! je heurte vite les préjugés, fe ne connais pas de pensée plus Large, plus ouverte, plus affranchie.

II s'arrêta confus:

— M. us je suis là, à vous vanter ma mère, devant vous qui n'avez plus la vôtre...

Elle L'écoutait, la face inclinée, attentive, les yeux adoucis sous le petit front bombé.

— Si, si, dites encore...

— Oui, c'est tout à fait une affranchie. Elle juge tout par elle-même. Elle n'accepte les conventions qu'après inventaire. N'est-ce pas admirable, surtout chez un vieillard? Il est vrai qu'elle a de qui tenir. Si les Bréau étaient des marins, les Courtemer étaient des savants. Son père et son grand-père, l'un chimiste, l'autre ingénieur, étaient tous deux appréciés et connus. Et ils lui ont légué un peu de cet esprit à la fois exact et enthousiaste qu'on trouve souvent chez les gens de science. Mais elle l'enveloppe d'une grâce toute féminine, d'une bonhomie spirituelle, qui font d'elle la créature la plus exquise...

Il allait ajouter: « Comme je voudrais que vous la connaissiez!... » Mais il ne prononça pas la phrase déjà pensée. A quel titre, à quelle occasion, sa mère et cette jeune fille se rencontreraient-elles i5

Assombri soudain, il se rappela qu'il n'avait désormais plus de prétexte à revoir Jeanne. Et cela, au moment même où ils entraient en confiance, où elle commençait à parler de sa famille, d'ellemême, à se livrer, non plus par le détour

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elle les fit jouer i omme d< rionnettes, en souriant.

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est i e qu'il devenait fat, maintena ne lui re ^semblait II dit :

— Parfait, parfait. Alors, on peut m donner une poignée de main ?

Elle tendit Iran' hement les doif

— Oui En ne serrant pas trop fort. Cette ] etite main, il en avait vu la

chair saignante, les musi les à vif, les os même II lavait tenue, pai une sorte d'indifférence professionn Et voilà qu'un grand frisson le secouait, le parcourait tout entier, rien qu'à l'effleurer doucement, pour l'adieu.

£W<^g Damd le vendredi suivant, jour de r|*^j* tennis, l'usine lui apparut d >r<L/'J sée sur la plaine rase, il la vit avec des veux nouveaux. Jeanne était là. Depuis la veille, le mois de convalescence achevé, elle avait repris son travail. Et les deux pilastres de la grille coiffés chacun d'un grand coq de plâtre, ailes battantes, — la marque de fabrique que loncle Courtemer, par caprxe, avait arborée partout, jusque dans sa villa, dans le dessin des vitraux, sur le manteau des cheminées, en écusson de seigneur moderne, — les ateliers dont les toits de verre déferlaient en lames rigides, surmontées comme d'un phare de la grosse tour du réservoir, tout cela n'était plus que le décor où vivait Jeanne.

MARIAGE DE DEMALX

De bonne foi, il avait cru que ce petit roman ne lui laisserait pas une empreinte plus profonde que ces aventures de toutes couleurs cueillies au cours des croisières, et dont les souvenirs émaillaient sa mémoire.

Il se trompait. Elle était entrée en lui comme dans une maison vide. Elle habitait en lui. Il la rencontrait à chaque détour de pensée. Il la voyait comme au dernier jour où il l'avait trouvée seule et prête à sortir, en apparition rose : une silhouette ronde et pleine, des cheveux gonflés de lumière, une face rieuse au petit bec câlin, à travers les doigts agités en marionnettes. Elle s'interposait entre lui et l'univers.

Il s'étonnait, se rebellait: « Ah! mais; ahl mais... » Inquiet et ravi de l'obsession délicieuse, il essayait parfois de la chasser. Vainement. Ii en était d'elle comme de ces douleurs qu'on croit fugitives et qui s'installent au sein de l'être. Mais c'était une douleur exquise.

Au tennis, bien qu'il s'y fût pourtant révélé bon joueur, il fut déplorable, audessous même de son beau-frère Vaudoye. Penser qu'elle travaillait là, derrière ces murailles d'où s'échappait le sourd ronflement des moteurs et des tours... Il était plein d'elle comme un flacon d'une liqueur, elle devenait peu à peu pour lui la raison d'être et, parmi ces cinq cents ouvriers, elle n'était plus qu'un rouage infime, qu'une tête inclinée parmi tant d'autres, au long des tables, une machine à mettre des couleurs sur des faïences...

Songer qu'il pourrait tout au plus l'apercevoir au passage, derrière les vitres, la croiser dans une cour ou à la sortie, lui détacher un salut banal, quand il étouffait d'aveux et de prières.

S'il parcourait les ateliers?... Et puis, quoi? Us échangeraient quatre mots sur l'état de sa main, parmi les regards sournois et moqueurs de ses compagnes de travail? Plutôt ne pas la voir du tout.

Ne pas la voir?... Et quand l'oncle Courtemer réclama un magazine oublié dans la bibliothèque, il s'offrit d'un élan à l'aller chercher. Tout de même, s'il la crqisait en chemin?

Insensible aux verdures grasses et vernies, d'une puissance tropicale, d'une fraîcheur alpestre, il coupa le jardin d'un pas de chasseur à pied. Puis, la brochure trouvée, il revint lentement par les cours de l'usine, le cœur lourd et battant à gros coups. Peut-être, le voyant passer, aiderait-elle le hasard, sortirait-elle de son atelier? Elle s'était montrée si a nante, si humanisée, la dernière fois... Mais vainement il s'attarda. Il ne la rencontra pas.

Il rentra, dévasté. Que souhaitait-il? Où allait-il? D'habitude, il se déterminait, choisissait sa route avec aisance et fermeté. Cette fois, il vacillait, perdu, sans direction.

Il évitait même le tête-à-tête avec sa mère, ces causeries dont il se montrait d'ordinaire si friand. Il souffrait de ne pouvoir s'épancher en elle, retenu par une sorte de pudeur filiale et par la crainte de sa clairvoyance. Car elle serait pour lui une conscience vivante, active, elle le forcerait à voir en lui, elle l'entraînerait jusqu'au fond de l'impasse ouverte devant lui, elle le réveillerait de l'hypnose où il s'engourdissait.

Un jour passa, insipide. Des heures, il s'accoudait au barreau de sa fenêtre, ouverte sur la Seine. La Seine... elle venait d'Alfortville, elle. Il l'envia. Puis: « C'est idiot ! » pensa-t-il. Les longs trains de péniches, les barquots qui dansaient dans leur sillage sur l'eau clapotante et jaune, les « mouches » rapides, le sifflet enroué des remorqueurs, le grouillement des bas quais encombrés de docks et de marchandises, lui rappelaient les ports, tous les ports où il avait fait escale. Comme c'était loin!... Et il se sentait si profondément transformé, renouvelé, que tous ces souvenirs lui semblaient appartenir à une autre vie.

Puis vint le dimanche, fête maussade, où la foule, guindée dans ses vêtements de gala, roule par les rues aux devantures closes, sans autre distraction que de se regarder passer. De gros nuages orageux, aux flancs blindés, touchaient les toits. Léon, seul au logis, lisait. Mais les mots n'allaient pas plus loin que ses yeux.

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