MONSIEUR, POUR VOIS REMERCIER
Tout à coup, on sonna. Presque aussitôt la servante — une veuve épanouie, depuis neuf ans au service de Mme Bréau — apporta un petit
i arton < t une lettre 1 bl< Vivement, il dV I enve
Loppe, enfi< r qu'on
►rend pour du pre entiment II lut d'un n gard
« Mon rieur,
" Pour viiii nmen i'-r d
m-, n -us pensé, ma
tante et moi, .'i voui envo) quelques fleurs. Btfadame votre me
re pourra ]e piquer d m- une jar
dinière ou les employer en garniture
« Jai tenu à m rire moi'
même pour voua montrer que ma main est bien guérie grâce à \
« Nous vous envoyons, ma ta et moi, nos salutations empi
Jkxsm. COLUEI
Vivement, il demanda:
— Qui est re qui a apporté ce
paquet ?
— Une jeune fille. Elle a dit qu'il n'y avait pas de réponse.
— Elle est partie ?
— Oui, monsieur.
Ellel 11 la rattraperait.
— C'est bien. Mer< i.
In chapeau, une cmne. Il dévala l'escalier comme i n descend en r où l'on saute trois marches à la fois, les pieds ailés. Certainement elle prendrait le boulevnrd Henri IV pour rejoindre la Ba?tTe, où stationnaient le* tramways. Le quai était vide. Il courut jusqu'à l'angle et, le tournant franchi, il découvrit à vingt pas la silhouette de Jeanne. Il l'aurait.
Il avala une large lampée d'air. Il lui semblait qu'il n'avait pas respiré depuis qu'il avait franchi sa porte.
Dès qu'il fut à la
hauteur de la jeune fille, il lui dit, en la saluant, un peu oppressé pur la course et l'émoi:
— Comment, mademoiselle Jeanne, vous venez jusqu'à la maison et vous n'entrez pas un instant?... Je n'ai même pas pris le temps de regarder les fleurs... mais j'ai tenu à vous en remercier pour ma mère et pour moi.
Elle semblait contrariée qu'il l'eût rejointe:
•Une ombrelle et une canne pour s'abriter, c'est menu...
Et, avisant à quelques pas un petit café:
— Entrons un instant là, voulez-vous?
Comme elle se cabrait, il insista en souriant:
Si, si, vous attraperiez du mal. Al-
MOJ AUSSI, J AIMERAIS ETRE CHOYEE, CALINEE, TOUT COMME LES U fRBS.
— Oh! cela ne valait pas la peine...
— Si, si. Et puis, ça me fait tant de plaisir de vous revoir un peu. C'est vrai, moi, j'avais pris l'habitude...
La pluie s'abattit, soudaine. De grosses gouttes s'écrasaient en taches noires sur le bitume.
— Diable 1 s'écria le jeune homme.
Ions! Ordre du médecin!...
Elle se décida soudain :
— Soit.
C'était un de ces coins tranquilles qui ne s'animent guère qu'à la miit. Ils pénétrèrent dans une petite salle isolée par une cloison de bois à frise ajou où les chaises seules, serrées autour
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table . tenaienl d< i om iliabuli Qu ind
|i ,1-M |. m < m ervi de la \ i .il i enoua Léo m'habituai ï ner... i na-
\ i .nu que voua n'a) ea plu b< oin moi. Voyon . pei onne n'est en pai faite santé. ( 'ii .i toujoui - ^<»n . ôté faibli peu qu< 'ii \ «' de
ne i.iin tii le moindre trouble,
le moindre malaise, qui me permettrait de \ ous i endi < \ isite de temps en tem] enfin, de ne pas vous perdre de vu tout d'un » oup... tout à fait
\ >sise d<\ ant I ti un coude sur le marbre et la joue dans la main, elle le
irdait droit, en arrêt. Quelle timid puérile, que] faux orgueil le poussaient donc à prendre < e ton maladroitement léger, quand il se sentait le cœur si lourd et si plein?... Allons I assez de détours'
— Sérieusement, cela me fait beaucoup de ; ie. de ne plus vous voir. Je suis tout désorienté, tout effaré, tenez, comme un petit enfant perdu dans une foule... ( >h ! c'est tout à fait cela... la détresse, la panique... jusqu'à la grosse en\ ie de pleurer...
Il acheva tout bas, un peu honteux d'avouer sa faiblesse. Et il avala son bxx k, par contenance.
Elle l'observait, toujours grave et fermée. Cependant, aux derniers mots, elle eut un imperceptible sursaut. Il crut l'avoir touchée par sa franchise. Il poursuivit :
— Je vous en prie... permettez-moi de vous revoir, n'importe où, ici, dans la rue, où vous voudrez, cela m'est égal, pourvu que je ne vous perde pas...
Elle laissa retomber sa main sur la table et, redressant le front, nette et coupante :
— Et puis?
Interloqué, il balbutia:
— Comment ? « Et puis ? »
— Eh bien! oui! Qu'arrivera t il ensuite?
Et se penchant vers lui, elle continua, d'un ton de reproche et de tristesse :
— Vous ne vous l'êtes jamais demandé, n'est-ce pas? Vous n'avez pas voulu, vous n'avez pas osé vous le demander.
Mais, moi, je me suis fa.it les demandes
il ..e;t mieux que nou non expliquions une bon
:'pioi je m< i itrer ici.
que
bon. Ile, ou
tout a fait laide ou simplenu \ ou déplu, voui ne m'aui
\m i.i|h '.; , nn-
i nt. il la pi
— Aloi
— Al tl.'< ni. ['avais 1»- temps, «■m ? nen autre
qu'à lire ou à ri je me
C'est un goût, un i aprii e qui lui passera quand il ne m a plus,
quand je rentrerai à L'usine. Et d'à
Mais s'il < her< ne à me retrou s'il insiste? »
Il leva les br
— Je crois bien, que j'insi>
— Eh bien! il ne faut pas, Monsieur Bréau. Il ne faut pas nous revoir.
Il clama :
— Pourquoi ?
— Pourquoi? Allons, vous savez bien ce qui arriverait si nous nous revoyions. Et moi aussi. Nous antres, nous n'avons qu'à regarder autour de nous, pour voir comment ça se passe. Bien sûr, ça flatte d'avoir un ami qui nous gâte, qui vous aide qui vous promène, qui vous caresse. Seulement, ça finit toujours mal... Les larmes, l'enfant, le lâchage... Alors, on recommence et on dégringole comme ça jusqu'à la rue. Eh bien! moi, je ne veux pas mal tourner. Voilà. Je suis faite comme ça. Oh! je ne suis pas une sainte. Et je ne suis pas non plus si sèche que j'en ai l'air. Moi aussi, j'aimerais être choyée, câlinée, tout comme les autres. Mais il m'arriverait ce qui arrive aux autres. Et j'ai tellement peur de la suite que ça me retient de commencer. Voilà pourquoi je reste sage. Vous voyez, je n'ai pas de mérite. Voilà aussi pourquoi je me défends contre vous...
Elle ajouta d'une voix moins assurée:
— ...Et contre moi, si vous voulez.