‹ Mariage de demainChapitre 9 sur 45 · SI VOUS SAVIEZ COMME JE SUIS HEUREUSE · texte numérisé non relu

SI VOUS SAVIEZ COMME JE SUIS HEUREUSE

— Encore une fois, vous n'en ferez pas! Et puisque vous avez souci de moi, dites-vous d'abord que je ne peux pas être heureux sans vous, que j'ai besoin de vous. Et quand nous bousculerions quelques préjugés, quand nous froisserions quelques esprits étriqués, où serait le mal? Nous compterons nos amis, au moins. Ça vous va, la bataille? A moi aussi. Et puis, nous serons deux. A deux, on soulèverait la terre. Mais il faut être deux. Ah! maintenant, vous ne pouvez plus hésiter!...

Alors, les paupières basses, émue et pourtant malicieuse :

— C'est vrai... je ne peux plus.

— A la bonne heure!

Il ouvrit les bras. Elle se jeta contre lui... Longtemps, il garda le délicieux

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uns! le docteur! Qu'est-ce qui t'amène à cette heure-ci ? Rien de fâcheux, au moins?

L'oncle Courtemer, qui allait se mettre à table, tendait les mains à son neveu. Gêné par la présence du valet de chambre:

— Non, non, du tout, dit Léon. Je t'expliquerai ça tout à l'heure.

Il quittait Jeanne... Dès qu'ils s'étaient arrachés l'un à l'autre, il avait pris le chemin de l'usine. Puisqu'il fallait subir l'assaut de la famille, le plus tôt serait le mieux. Et d'abord, l'oncle. Oh! Il ne lui faisait pas peur. Il était plus violent que rancunier. Et puis, Léon se sentait invulnérable, hors d'atteinte. Il planait si haut, dans le bleu...

— Tu dînes avec moi, n'est-ce pas? Ça me rendra service. Ah! Ce n'est pas gai, d'être toujours seul.

Un peu triste, en effet, l'unique couvert, dressé sous le grand lustre de fer forgé fleuri de bulles électriques, parmi ces bahuts précieux patines par l'âge où luisaient les pièces d'argenterie, ces murailles tendues de cuir gaufré or et feuille-morte, toute cette solennelle salle à manger dont les portes-fenêtres s'ouvraient sur les perspectives somptueuses du jardin, estompées dans la douceur du soir.

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— Et maintenant, peut

tte fois, Léon attaqua tout droit:

■ — Eh bien ' je me marie.

— Allons donc?... lionne nouvelle!

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— Oui...

— La petite Roch, hein? Ton fri

;i a touché un mot Beau parti. Félû itations, mon cher...

Ce diable d'oncle suivait ses idées, tête baissée, et surtout quand il faisait fausse route

— Mais non. J'épouse... cette jeune fille... vous savez bien... que j'ai soignée

L'usinier éclata, formidable, les poings abattus sur la table:

— Tonnerre de Dieu! Mon ouvrit Tout le couvert en sauta. Courtemer

lui-même restait écrasé. Un chêne frappé par la foudre. Mais le domestique se coula dans la pièce, d'une allure onctueuse et feutrée de sacristain.

Les deux hommes se turent, jusqu'à ce qu'il eût servi la dorade et pris la porte. L'oncle s'était ressaisi. L'œil narquois et la moustache méprisante:

— ' Je devine... Tu as pris tes honoraires en nature. Elle craint d'être enceinte. Eh bien ! mon gaillard, tu n'as pas perdu ton temps! Et tu répares. Mais comment as-tu pu commettre une bêtise pareille, toi, un garçon sérieux?...

Léon n'avait pas prévu celle-là. Voilà donc comment le monde expliquerait son mariage. Une réparation ! Et puis après ? Mieux valait en rire. L'événement se chargerait de le détromper. Qu'un mioche leur naquît, il défendrait lui-même ses parents. On verrait bien qu'il n'avait pas devancé l'heure.

— Oh! mon oncle, est-ce que vous croyez qu'on ne fait une bonne- action que pour en réparer une mauvaise?

De nouveau, l'usinier s'effondra:

— Comment? tu épouses sans y être forcé ?

— Mais oui.

Il conta l'histoire en vingt' mots. L'on cle Técoutait d'un air de pitié. Il se cogna le front du bout de l'index, à trois reprises :

— Voilà. Je m'en doutais. Les tropi-

les connais, moi, les ouvriers, depuis quarante ans que je les pratique. Ecoutemoi bien, mon petit. Il n'y a pas un homme, ingénieur ou industriel, parmi ceux qui les fréquentent, tu entends, pas un homme, eût-il marché d'abord vers eux du cœur le plus généreux, \c

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