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FRÉQUENTATION
Mulierem jortem quis inveniet ?
Qui trouvera une femme forte ?
Prov., XXXI, 10.
La question, comment faut-il se marier?
mes bien chers frères, est la troisième que nous nous sommes posée. Nous avons dit quand il faut se marier et qui il faut marier. Nous allons maintenant répondre à notre troisième question. Pour que cette réponse soit assez complète, nous parlerons des fréquentations, de la publication
des bans, des dispositions requises de la part des mariés, de la célébration du mariage et des mariages clandestins. Nous consacrerons une instruction entière à chacun de ces points.
Il faut, avant tout, être prudent dans le choix de son époux et se marier sagement. Comme nous l’avons vu, dans les instructions précédentes, le garçon doit prendre pour femme une fille qui a toutes les qualités nécessaires pour assurer son bonheur. La fille, de son côté, ne doit accepter pour mari qu’un garçon sage, honnête et capable de la faire vivre selon sa condition. Ils doivent apprendre, l’un et l’autre, à se connaître intimement, afin de s’assurer qu’ils se conviennent bien, et qu’il y a de part et d’autre les qualités voulues ; et, cette connaissance intime, ils ne peuvent l’acquérir qu’en se voyant et en se visitant. De là, la nécessité de la fréquentation, qui est également importante pour le garçon et pour la fille.
Ils sont peu sages les jeunes gens qui se
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marient sans avoir appris à se connaître.
Quelquefois ces mariages réussissent, mais rarement. J'ai, dans le moment, présents à l'esprit, deux de ces mariages qui ont été heureux. Dans les deux cas, les époux ne s'étaient connus qu’une semaine ; jamais ils ne s'étaient rencontrés auparavant ; mais les garçons connaissaient de réputation les filles et leurs familles. Cette connaissance était pour eux une garantie ; mais les filles, qui étaient d’une ignoran-
ce complète au sujet des garçons, risquaient terriblement. Mais ce sont là des exceptions ; ces mariages sont généralement malheureux.
I1 y a encore des vieux qui se scand'ilisent de la fréquentation des jeunes amoureux, qui sy opposent de toutes leurs forces, et qui la condamnent comme une institution criminelle. Leur intention est bonne, sans doute, maïs ils sont dans l’erreur. Ils ne comprennent pas que la fréquentation, en elle-même, n'est ni bonne ni mauvaise, et que ce sont
les circonstances qui la rendent bonne ou mauvaise. Ces bons vieux viennent des campagnes du Canada où, dans leur temps, tout le monde se connaissait. Chaque famille connaissait tous les garçons et toutes les filles mariables de la paroisse. Dans ces conditions, la fréquentation était inutile et, comme telle, on la défendait. Quand elle existait, elle devenait, en raison de la défense, un abus ; c'était un scandale. D'ailleurs, cette fréquentation inutile, dans les circonstances, ne pouvait être inspirée que par un mauvais esprit, et ne pouvait avoir que de mauvais résultats, entre autres, celui de retarder le mariage. Alors, les prêtres s’élevaient justement contre ces abus et condamnaient fortement les fréquentations.
Mais il n’en était pas ainsi dans les villes où les circonstances sont tout autres.
Dans les villes, on ne se connaît pas; à peine si l’on connaît son voisin. Aussi, au temps de nos pères comme aujourd’hui, au Canada comme aux Etats-Unis, les gar-
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çons fréquentaient les filles, et c’est dans ces fréquentations qu’ils apprenaient à se connaître avant de se marier. La fréquentation est particulièrement nécessaire en ce pays des Etats-Unis dont les habitants viennent de toutes les parties du monde.
J'ai dit que la fréquentation, en soi, est indifférente, ni bonne ni mauvaise. Et, en effet, il est indifférent que deux personnes qui se connaissent en qualité de voi-
sins, d'anciens condisciples, de compagnons de travail, et que sais-je? se voient et se visitent souvent. Mais ces visites de simple amitié, même entre garçons et filles, font un bien réel, en conservant les bonnes relations qui existent entre eux, et, ainsi, deviennent bonnes dans la mesure du bien qu’elles font, et, partant, doivent être encouragées. D'ailleurs, elles sont déjà dans nos moeurs, et nous devons nous en réjouir.
Si cette fréquentation, à titre de simple amitié, est bonne et louable, la fréquenta-
tion, en vue du mariage, doit l’être encore davantage. S'il est bon que les amis se visitent afin de conserver l’amitié qui les lie ensemble; il doit être, au moins, également bon que les amoureux se visitent, afin de se mieux connaître et d’entretenir entre eux le feu de l’amour qui doit être l’âme de leur futur mariage. Oui, la fréquentation, en vue du mariage, n’est pas seulement permise, mais encore elle est bonne et louable.
Il est vrai qu’elle donne occasion à bien des abus, mais faut-il la condamner pour cela? Il faudrait alors condamner toutes les bonnes choses, car il n’y en a pas une seule dont on n’abuse. L'intelligence de l’homme est une bonne chose, on en abuse, on la fait servir à l’erreur; la liberté de l’homme est une bonne chose ; on en abuse, on s’en sert pour se tourner contre Dieu; les membres de l’homme sont une bonne chose, on en abuse, on en fait des instruments de péché. Le mariage est une bonne chose, il est le chef-d'oeuvre de la création;
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on en abuse, on en fait une abomination.
Non, il ne faut pas condamner la fréquentation parce qu’elle donne occasion à des péchés, pas plus qu’il ne faut condamner le mariage parce qu’on en abuse. Mais nous pouvons et nous devons condamner ceux qui en abusent, et les engager à corriger leurs abus.
Nous avons vu que la fréquentation, en vue du mariage, est bonne et louable. Il y a une grande différence entre la fréquentation entre de simples amis et Connaissances, dont nous avons parlé plus haut, et la fréquentation entre amoureux.
La première peut sé faire en tout temps, parce qu’elle est toujours utile, tandis que l’autre est nécessairement limitée.
La fréquentation entre amoureux ne doit se faire qu’en vue du mariage qui est sa seule raison d’être. Il faut donc que le garçon qui fréquente une fille, et la fille qui l’encourage dans sa fréquentation.
aient l’intentien de se marier. Sans cette
condition essentielle, remarquez qu’il s’agit d’amoureux, la fréquentation est nécessairement mauvaise. Elle est mauvaise, parce que, comme telle, elle n’a pas sa raison d'être, et sent l’immoralité.
Et, en effet, une fréquentation assidue, qui n’a pas le mariage en vue, ne dit rien de bon. C’est la fréquentation du libertin hypocrite dont nous avons déjà parlé dans l'instruction : “Erreur des garçons.” Il arrive quelquefois que les deux sont également pourris. Leur perversion est telle qu’ils ne sont plus capables de nobles sentiments et ne pensent plus qu’à s’amuser; leur abrutissement est tel qu’ils se délectent à vivre dans la fange. Ces sales êtres se servent de la fréquentation,comme d’un voile, pour cacher leur turpitude. Leur conduite est une abomination: “ Ils sèment dans la chair, comme dit saint Paul, aussi ils moissonneront dans la chair: la corruption et la mort éternelle. ”
Pour que la fréquentation soit mauvaise, il n’est pas nécessaire qu’on en vienne
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à ces excès. Voici, par exemple, une fille qui se laissait courtiser, quoique c'était une affaire bien arrêtée, chez elle, qu’elle ne marierait jamais son prétendant. Cependant, elle le recevait, acceptait toutes ses attentions,se laissait promener par lui et semblait jouir pleinement de sa compagnie. Une amie, qui connaissait ses dispositions, lui dit un jour : “ Mais, puisque tu n'as pas l'intention de le marier, pourquoi sors-tu avec lui ? — Oh! répondelle, il me donne de l'agrément. ” Il n’y a rien de grave contre les moeurs, dans leurs relations ; néanmoins, le gros bon sens nous dit que la conduite de cette fille n’est pas correcte, et qu’elle a tort d'entretenir une fréquentation qui ne peut aboutir au mariage.
La fréquentation peut encore être mauvaise parce qu’elle est injuste. Un garçon qui fréquente une fille sans avoir l’intention de la marier et sans l’avertir de ses dispositions, la trompe. Il y a des garçons qui ont la manie d’en faire accroire
aux filles. (C’est une manie injuste et cruelle, indigne d’un homme civilisé. C’est d’abord un abus de confiance : en recevant un garçon qui se présente chez elle, la fille croit naturellement, et à bon droit, qu’il a des intentions sur elle, et elle lui donne sa confiance. Ensuite,en la fréquentant, ce garçon lui enlève la chance de recevoir un autre parti qui se présenterait, si déjà, il ne la voyait engagée. Ainsi, il la trompe, lui fait perdre un temps précieux, lui vole ses chances de se trouver un bon parti, et la jette dans le désespoir, quand elle se rend compte qu’elle a été si injustement et si cruellement trompée.
Quelquefois, c'est la fille qui veut s’amuser aux dépens de son prétendant: ce n’est pas mieux. J’ai connu, il y a déjà longtemps, une fille qui a joué ce vilain rôle. Elle s'appelle Anna. Etant déjà engagée, et entretenant une correspondance suivie avec son fiancé, Anna permettait à un jeune homme de la courtiser.
Celui-ci, la croyant libre, n’épargnaïit rien
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pour en faire sa conquête. Il la visitait assidûment, lui prodiguait ses attentions les plus délicates, la sortait souvent et princièrement, et la comblait de présents.
Pauvre fille! elle a payé cher sa folle imprudence et son injuste conduite. Son fiancé, en apprenant Sa manière de faire, en fut indigné, et l’abandonna avec mépris. $es amies, pour comble de malheur, l'ont également mise de côté, comme étant indigne de leur société. Dans un récent voyage à Holyoke, j'ai rencontré Mademoiselle Anna ; elle est seule et coule des jours tristes.
La fréquentation est encore mauvaise, quand elle dégénère en quasi-mariage scandaleux. La fréquentation, de sa nature, est nécessairement de courte durée.
Il n’est pas besoin d’un long temps pour apprendre à se connaître et pour S’assurer qu’il y a de l'amour mutuel. Du moment que les amoureux constatent qu’ils se conviennent, qu’ils sont faits l’un pour l’autre, et qu’il y a lieu d’espérer qu’ils se-
ront heureux ensemble, ils doivent se marier. Leur fréquentation n’a plus sa raison d’être, et elle devient excessivement dangereuse. ‘“ Tout ce qui traîne se salit,” dit le proverbe. Il s'applique particulièrement aux fréquentations. Aussi, ces fréquentations à ne plus finir sont mal vues, et deviennent un véritable scandale.
J'ai présent à l'esprit, en ce moment, un jeune couple. Ils se sont fréquentés assidûment pendant des années; je suis sûr de plus de quatre ans. Je connais bien la fille qui appartient à une famille en vue ; le garçon avait également une certaine distinction. Ces jeunes gens étaient devenus ensemble d’une familiarité choquante. On les voyait toujours ensemble, et partout ils étaient d’un sans-gêne extré.
me, même devant le public: “ Ecoute, Joseph, lui dit un jour Rhéa, du haut d’un char électrique, alors que le tramway était rempli de passagers, je ne veux pas que tu aïîlles là. D'ailleurs, je serai au magasin à cinq heures et tu viendras m’y trouver, et achète-moi une paire de gants
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pour la soirée. Tu as bien compris, hein ?” J'ai entendu, de mes propres oreilles, de la bouche même de Rhéa, ce discours qui en dit long, surtout avec l’accentuation que Rhéa a su y mettre. J’ai frémi, à la fois d’indignation et d'horreur. Un pareil état de chose est révoltant et intolérable.
Voilà, mes frères, quelques abus que nous rencontrons assez souvent chez les nôtres. Nous pouvons nous demander maintenant ce que nous devons faire pour
empêcher ces abus. Il ne faut pas se faire illusion et croire que tous ces abus peuvent être empêchés. C’est impossible.
Nous ne pouvons pas plus empêcher tous les abus qui se font à l’occasion des fréquentations, que nous ne pouvons empêcher tous les abus qui se font sous le cou:vert du mariage. Mais ce que nous pouvons faire, c’est de nous protéger nonsmêmes et les nôtres, en nous mettant en garde contre ces abus, et en prenant les moyens de ne pas nous y laisser entrafîner.
Pour cela, nous devons nous montrer impitoyables pour les mauvaises fréquentations, les dénoncer sans merci et les condamner fortement. Pour cela, les parents doivent apprendre à leurs enfants, arrivés à l’âge voulu, la raison d’être de la fréquentation : qu’elle est une préparation nécessaire au mariage, et qu’elle ne doit exister qu’en vue du mariage. Pour cela, il faut faire appel à la conscience des jeunes, leur inspirer l'horreur des fréquentations mauvaises, et de tout ce qui est déplacé, malhonnète et injuste dans leurs rapports.
La fréquentation, faite en vue du mariage, malgré les abus auxquels elle donne occasion, est donc bonne et louable. Voyons maintenant comment elle doit se faire.
Puisqu’elle est une préparation au mariage qui est un sacrement, elle revêt de ce fait un caractère religieux. Ce qui veut dire qu’elle doit être faite dans un esprit chrétien et sous le regard de Dieu. Que les amoureux entrent dans ces senti-
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ments, et il n’y aura rien à craindre; leur fréquentation sera bonne. Et qu’ils sachent que ces pieux sentiments, loin de les empêcher d'aimer, purifient, au contraire, leur amour et le rendent meilleur et plus fort.
Quant à la manière de se fréquenter, elle varie avec les pays et les temps. Comme la fréquentation est indifférente, en soi, elle se fait à tous les pays, et à tous les temps. Voici comment ell se faisait,
il y a soixante ans, dans le .iocèse de Trois-Rivières, du moins, dans certaines paroisses de campagne. La fille s’asseyait généralement près de la table, dans la vrande pièce qui servait à la fois de cuisine et de salle à manger; le garçon était placé de l'autre côté de la table sur laquelle était une ardoise. Le père, ou à son défaut, la mère, recevait le cavalier à la porte et l'y conduisait à son départ. Tout le monde veillait et causait ensemble. Si le cavalier voulait communiquer quelques secrets à sa blonde, il se servait de l’ar-