TETE
indiquait son bonheur. Avec une simplicité charmante, tout en s’occupant à son travail, il levait les yeux sur sa femme, et ses regards étaient éloquents. La femme, la figure illuminée, le bonheur dans l’âme, regardait affectueusement son mari et l’admirait. Et le petit enfant, s'amusant avec un joujou qu’il tenait dans ses petites mains, sautillait joyeusement sur les genoux de sa mère. C’était un beau speccle, c'était charmant. Mais d’où venait le
bonheur de ceite pauvre familie, qui n’a rien des biens de ce monde? De la vie de famille bien comprise. Cette famille, que la civilisation prétendue raffinée du vingtième siècle qualifie de sauvage, a le secret du bonheur, qu’elle trouve en ellemême, dans une vie simple et naturelle.
Admirable en soi, la vie de famille ne l’est pas moins dans ses effets. Par elle, les époux participent à l’oeuvre de la création, en coopérant avec Dieu dans la propagation de la race. Quel est le poète qui dit que l’homme, qui fai pousser deux
brins d’herbe là où il n’en poussait qu’un, est un bienfaiteur de l’humanité? Que sont alors les parents qui donnent au monde, non pas un brin d’herbe, mais un homme, et toute une nombreuse famille !
La paternité est un autre effet admirable de la vie de famille. Elle est le plus beau titre de gloire de l’homme. C’est Charlemagne, le grand empereur, dont le règne a fait époque dans l’histoire, qui
disait: “ Je cèderais volontiers mon empire en échange pour la paternité, si celleci devait être achetée à ce prix. Je retire plus de satisfaction intime et de bonheur réel de ma paternité que de ma couronne, toute glorieuse qu’elle soit. A mes yeux, je suis plus grand comme père que comme roi. ”
La maternité n’est pas moins admirable. L’impression qu’elle laisse dans l’âme de la femme est indicible. Il n’y a pas de langage, si tendre et si harmonieux qu'il soit, capable de traduire les sentiments de la mère.
Il y a quelque temps, j'étais sur un char à Holyoke, me dirigeant vers Willimansett. Une femme monte sur le char, elle était toute jeune, elle pouvait avoir quinze à seize ans. Elle portait dans ses bras un jeune bébé. Tellement préoccupée de son trésor, sur lequel était concentré tout son être, elle prit son siège sans regarder ni à droite ni à gauche, sans même voir les personnes qui étaient à ses côtés. Il y avait dans sa démarche quelque chose d’étrange qui attirait l'attention, si bien, que tous les regards se portaient sur elle, mais elle ne voyait personne. A peine assise, elle découvrit tout doucement le bébé. A la vue de son enfant, une expression de bonheur suprême se peignit sur sa figure, qui l’a transfigurée, lui donnant plutôt l’apparence d’un être céleste. Tous, dans le char, de se regarder d’étonnement. Jamais, je n’ai vu plus beau spectacle. Cependant, ce que l’on voyait là, n’était qu’un faible reflet du bonheur suprême qu’elle goûtait dans son âme. Oui, femmes, pensais-je, que le bon Dieu vous
a aimées, et comme vous avez raison de lui chanter un Magnificat de louanges et d'actions de grâces !
J’ai dit, en secoud lieu, que le mariage est un chef-d'oeuvre de ja rédemption.
Notre-Seigneur a racheté le monde et ré.
généré l’humanité. La vie surnaturelle que le péché originel avait détruite, le divin Rédempteur l’a donnée de nouveau au monde; et, pour la communiquer aux hommes, il institua les sacrements, qui sont les chefs-d’oeuvre de la rédemption.
Les sacrements sont dans la vie de la grâce, ce que le mariage est dans la vie de la nature. Ils font naître, dans les âmes privées de la grâce sanctifiante, la vie surnaturelle, l’entretiennent, la développent et la perfectionnent. Parmi les sacrements, les uns donnent ja vie sanctifiante, comme le baptême et la péu:tence; les autres la conservent, l’augmentent et la perfectionnent. C’est avec ces derniers que se range le sacrement de mariage, qui a pour effet la sanctification de la famille.
Sous l'influence de son action mystérieuse, le père lève les yeux jusqu’au ciel, le but à atteindre, et dirige les siens làhaut. La mère, en pressant sur son coeur l’objet de ses contemplations ravissantes, se rappelle que son enfant est aussi l’enfant de Dieu, et que le Seigneur met également en lui ses complaisances. Les époux, toujours sous l’action de la grâce sacramentelie, sont fortifiés, résistent plus sûrement à l’entraînement des passions, et surmontent plus facilement les obstacles à la vie chrétienne. Et la famille devient ainsi une école de vertu et de sainteté. C’est à cette école que les fidèles se forment à la vie chrétienne :
c’est cette école qui donne à l'Eglise, et ses prêtres, et ses évêques, et son pape :
c’est elle qui lui fournit, et ses martyrs, et ses apôtres, et ses vierges. C’est la famille qui fait les saints.
Je lisais, il y a quelque temps, un beau livre intitulé : Les mères des saints.
Il fait passer devant les yeux du lecteur,
comine dans une procession charmante, les mères des grands saints qui ont fait la gloire de l’Eglise à travers les siècles. Il montre le rôle de la mère chrétienne et combien il est glorieux et salutaire.
Il y a déjà quelques années, un prètre que vous connaissez, un ancien vicaire de cette paroisse, me disait : ‘“ Si je suis prétre aujourd’hui, je le dois particulièrement à ma mère, et doublement. D’abord, c’est elle qui m’a donné ma première formation et m’a dirigé vers le sacerdoce, pour lequel elle avait surpris en moi des marques de vocation; et, ensuite, elle m’a sauvé du naufrage. Car, sans son intervention infiniment délicate, que seul le coeur d’une mère pouvait imaginer, venue juste au moment critique, je perdais ma vocation. ” Après Dieu, c’est à nos parents que nuus devons tout ce que nous sommes, tant dans l’ordre de la grâce que dans l’ordre de la nature.
Mes frères, nous admirions, tout à l’heure, les effets du sacrement de mariage
dans l’ordre naturel; que devons-nous faire devant ses effets dans l’ordre surnaturel ? Il y a entre les deux toute la différence qui existe entre le ciel et la terre. S'il est grand de donner un homme au monde, combien plus grand n’est-il pas de fournir un saint au ciel! Ecrionsnous avec saint Paul : Sacramentum hoc magnum est! que ce sacrement est grand!
il est vraiment le chef-d'oeuvre de Dieu.
Oui, mes frères, le sacrement de mariage est grand, il est divin. Vous, que le bon Dieu a appelés à l’état du mariage, sachez-en comprendre toute la grandeur, toute la sainteté, et vous y conduire dignement. Votre rôle, c’est celui du Créateur, c’est celui du Rédempteur : donner des hommes au monde et fournir des saints au ciel. Puisse le Seigneur bénir vos familles; puissent-elles être toujours, ce qu’elles doivent être pour faire votre bonheur : des familles véritablement chrétiennes, des écoles de vertu et de sainteté. — Ainsi soit-il.
NÉCESSITÉ
Crescite et multiplicamini et replete terram.
Reproduisez et multipliezvous et remplissez la terre.