BANS
Le deuxième avantage de la publication des bans est d'empêcher les mariages clandestins. On appelle mariage clandestin, tout mariage fait en-dehors de l’Eglise et contrairement à ses lois. Ces mariages sont on ne peut plus mauvais, comme nous le verrons plus tard.
Si le mariage n’était pas publié, si, par les bans, on n’en faisait pas un acte public et solennel, on y attacherait peu d’importance ; et il deviendrait une affaire exclusivement personnelle,tout à fait privée, et souvent on se marierait pour se démarier aussitôt. Il est facile de comprendre quels désordres il résulterait d’un pareil état de chose, et quelles en seraient les conséquences.
La notoriété que les bans donnent au mariage, le grandit et l’ennoblit aux yeux des fidèles; et, en en faisant un acte public et solennel, engage les fiancés, sur qui tous les yeux sont tournés, à s’y préparer dignement, et à faire les choses com-
me il faut. Et, ainsi, on garde pour le sacrement le respect qui lui est dû; sa dignité est sauvegardée ainsi que les intérêts des époux.
De plus, quoique par accident, ce n’est pas moins un fait que les bans tournent à la gloire des publiés. Et, en effet, les bans annoncent le choix qu’ils ont fait l’un de l’autre. La fille que le garçon marie, est le choix de son coeur; ce qui veut dire que, pour lui, elle est la meilleure fille au monde. Cette conviction est générale ; aussi vous entendez tous les amoureux vanter leur fille par-dessus toutes les autres. Et c’est bien qu’il en soit ainsi. Mais puisqu'il en est si fier, comme il doit être bien aise et glorieux qu’on la proclame comme son choix !
De même pour la fille. Pour elle, trouver un bon mari, c'est in événement considérable, c’est un succès digne ces plus grandes louanges. Comme la femme, dont parle l'Evangile, qui trouve sa drachme
perdue, ‘!le voudrait, dans son bonheur, appei>r ses amies et ses voisines, et leur dire: ‘ Réjouissez-vous avec moi, car j'ai trouve un bon mari. ” Son succès, qui fait son bonheur et dont elle se glorifie justement, les bans le proclament solennellement, en trois reprises différentes ; et ses amies et ses voisines la félicitent et se réjouissent avec elle.
Un autre avantage de la publication des bans, est d’intéresser la paroisse au mariage annoncé. Un mariage, en effet, est un événement important dont le bonhenr ou le malheur se fera sentir sur la paroisse. Du moment qu’il est annoncé, on en parle, on s’en occupe, et on fait des voeux pour le bonheur des époux. Chez les chrétiens, on ne se contente pas de vains souhaits; on sait que le mariage annoncé ne sera heureux qu’en autant que Dieu le bénira ; alors,on appelle sur lui les bénédictions du Ciel, et toutes les bonnes âmes de la paroisse joignent de ferventes prières à celles des parents et des amis.
Rassurés par ces nombreuses prières et par toutes ces expressions de bonne volonté, les mariés se présentent à l’autel avec confiance.
Mais, mes frères, puisque la publication des bans offre de tels avantages, comment se fait-il qu’on semble tant la redouter ?
C’est qu’on ne la comprend pas bien. On la considère comme une imposition injuste et odieuse. C’est une grave erreur. Les bans, au contraire, sont nécessaires, en même temps qu’ils sont uu compliment à l’adresse des mariés.
Si quelqu'un, en apprenant que deux jeunes personnes se préparent à se marier prochainement, allait trouver ses amis et toutes ses connaissances et leur disait :
‘“ Ecoutez, mes amis, voici un tel et une telle qui sont des nôtres, qui veulent se marier. C’est une noble ambition qui les honore, et nous devons les en féliciter. Ils se préparent à une affaire importante, pleine de charme, il est vrai, et toute glo-
rieuse, mais elle ne manque pas de dangers. Alors,allons généreusement et joyeusement à leur secours, et aidons-les à éviter tout danger ; contribuons à enlever à leur mariage, les obstacles qui peuvent se présenter, et prions le Seigneur, l’auteur de tout bien, de bénir leur union ; et encourageons-les par tous les moyens possibles. ”,
Vous admireriez ce quelqu’un, son bon
esprit, sa bienveillante sympathie; vous loueriez sa conduite et la béniriez, n’estce pas ? Eh bien ! c’est ce que fait l'Eglise dans ses publications. Elle invite ses enfonts à s'intéresser au mariage qu’elle proclame, et à offrir aux mariés qu’elle acclame, leurs bons offices.
Ils sont donc mal inspirés ceux qui s’opposent à la publication des bans et ceux qui, pour la moindre raison, veulent en être dispensés. Ils font preuve qu’ils manquent de sens chrétien, et qu’ils sont plutôt animés de l’esprit du monde que de
l'esprit de l'Eglise. Ces mêmes gens, qui paieront cinq dollars pour ne pas publier à l’église, ne feront aucune difficulté de publier leur mariage dans les journaux.
Ils ne sont donc pas opposés à la publication elle-même; mais, d’où vient cette Opposition de leur part ? De cet esprit, dont ils sont animés, qui, de nos jours, se fait sentir un peu partout, et qui manifeste de la répugnance pour une chose qui vient de l'Eglise, tandis qu’il accepte très volontiers la même chose, absolument, du moment qu’elle vient du monde.
Ceux qui, au contraire, ont le sens pratique des choses de l'Eglise, qui sont animés de l'esprit chrétien, qui sont avant tout catholiques, aiment à publier, et se font une gloire de publier les trois bans, comme le veut la loi. Ils comprennent, eux, toute l’importance de cette loi et sa grande sagesse.
Cependant, il peut y avoir des raisons pour justifier une demande de dispense ;
il peut arriver même qu’il faille absolument ne pas publier. Du moment qu’il y a de bonnes raisons, la dis :ense est toujours accordée. Pour la dispense d’un ban, il suffit d’une raison quelconque; pour la dispense de deux bancs, il faut une raison plus sérieuse ; et la dispense des trois bans n’est accordée que pour une raison grave.
Celui qui obtiendrait une dispense de
bans par fraude, en trompant le curé, et par lui, l’évêque, en alléguant des raisons qui n’existent pas, ou en leur donnant une valeur qu’elles n’ont pas, se rendrait coupable de péché mortel, et s’exposerait à des peines canoniques.
Il y en a qui semblent croire que les dispenses sont accordées arbitrairement.
C’est une erreur grossière. Néanmoins, elle se manifeste souvent. On dira, par exemple: “ Un tel n’a pas publié, je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas le méême avantage. ” C’est naïf, n’est-ce pas ?
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Cependant cette naïveté est répétée souvent. Si la dispense demandée a été accordée à un tel, c’est parce qu’il avait des raisons pour l’obtenir; la question est de savoir si vous avez, vous aussi, de bounes raisons. Si vous avez des raisons suffisantes, vous l’obtiendrez comme lui; si non, elle vous sera refusée, comme elle aurait été refusée à votre Monsieur un tel, s’il n'avait pas eu les bonnes raisons qui la lui ont fait avoir.
Pour les mêmes raisons qu’elle impose l'obligation des bans, l'Eglise fait un devoir aux fidèles de révéler les empêchements qu'ils connaissent aux mariages qu’elle publie. Elle fait la publication des bans dans l'intérêt des mariés et du sacrement, comme nous l’avons vu, et dans un esprit de charité et de religion. C’est aussi dans ce même esprit de charité et de religion qu’elle impose l'obligation de faire connaître les empêchements aux mariages qu’elle publie.
Et, en effet, la charité chrétienne, cette
charité qui veut que nous aimions le prochain comme nous-mêmes, que nous le traitions comme nous voudrions, dans les mêmes circonstances, être traités par lui, exige que nous lui épargnions tout le mal possible.
Or, voici que vous entendez publier un jeune couple : vous savez que ces jeunes yens ne peuvent pas se marier, parce qu’il y a un empêchement, que vous connaissez,
lequel met un obstacle à leur mariage ; vous savez que s’ils se marient sans faire enlever cet obstacle,leur mariage sera nul, et qu’ils seront privés des grâces du sacrement, si nécessaires pour vivre chrétiennement dans l’état du mariage.
Ce qui veut dire qu’ils seront dans l’erreur, dans une erreur des plus malheureuses, dont ils ne pourront pas sortir à cause de l'ignorance invincible dans laquelle ils se trouveront. Ils se croiront mariés, et ils ne le seront pas; ils se croironit des époux, et ils ne seront que des concubinaires ;
ils croiront que leur mariage est ur sacrement, tandis qu’il ne sera qu’un concubinage; ce qui entraîne la triste conséquence que leurs enfants ne seront que des enfants naturels ou illégitimes.
Que devez-vous faire ? Est-ce que vous pouvez être indifférents au malheur qui attend ce jeune couple ? Est-ce que vous pouvez vous croisez les bras et dire : “Cela ne me regarde pas, c’est leur affaire, qu’ils y voient ?”” Non, mes frères, vous avez là un devoir à remplir, et ce devoir envers ce jeune couple, est d’empêcher qu’il ne souffre les conséquences fâcheuses d’un mariage nul, en faisant connaître l’empêchement qu’il y a à son mariage.
Mais ce n’est pas seulement un devoir de charité, c’est aussi un devoir de religion. La vertu de religion, en nous portant à Dieu, nous inspire du respect pour tout ce qui regarde les choses de Dieu. Si vous connaissiez quelque complot ourdi dans le dessein de profaner une église,
vous comprenez que vous devriez dénoncer les malfaiteurs et empêcher l’exécration de l’église; votre respect religieux pour les choses de Dieu et de l’Eglise, né de la vertu de religion, vous le dit.
Vous devez, dans le même esprit et pour les mêmes raisons, empêcher qu’un mariage ne soit nul. Le mariage est une chose sainte, d’abord parce qu’il est d’institution divine, et ensuite parce qu’il est un sacrement. A ce double titre, il mérite tout notre respect. Or, ce n’est pas lui donner le respect qui lui est dû que de permettre qu’il soit nul, en négligeant de faire connaître les empêchements à sa validité ; c’est manquer à son devoir, c’est pécüer contre la vertu de religion.
Ce n’est donc pas inutilement que l’on vous répète, après chaque publication, la formule : ‘“ Si vous connaissez quelque empêchement à ce mariage, vous devez nous en avertir au plus tôt. ” Cette formule vous rappelle le devoir que l'Eglise vous
impose, au nom de la charité chrétienne et de la vertu de religion, de faire, quand il y a lieu, la révélation des empêchements de mariage.
Mes frères, les avantages qui découlent de la publication des bans, nous en font connaître toute l’importance. Sur cette question, comme sur toutes les autres, i!
est sage de penser comme l’Eglise. L’Eglise veut que vous publiiez trois fois ; publiez volontiers trois fois. S'il y a lieu de demander une dispense, faites-le, mais que ce soit toujours pour de graves raisons et à regret. Enfin, si vous connaissez des empêchements aux mariages que vous entendez publier, faites connaître au curé ces empêchements ; faites-les connaître dans un esprit de :harité et de religion ; dans l’intérêt des mariés qui méritent vos meilleurs voeux, et dans l’intérêt du sacrement qui mérite tout votre respect. — Ainsi soit-il. |
DISPOSITIONS DÉS MARIÉS
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DISPOSITIONS DES MARIÉS
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Accipies virginem cum timore Domini, amore jilorum magie quam lbidine ductus.
Vous prendres une femme dans la crainte du Seigneur, et guidé par le désir d'avoir des enfants plutôt que par la passion.
Tos., VI, 22.
Après avoir parlé, mes bien chers frères, de la fréquentation et de la publication des bans, parlons maintenant des dispositions dont les mariés doivent être animés.
L’archange Raphaël disait au jeune Tobie : “ Vous prendrez une femme dans la
crainte du Seigneur, guidé par le désir d’avoir des enfants plutôt que par la passion. ”
Les mariés doivent donc avant tout apporter une intention pure et droite, qui les dispose à vouloir et à faire le hon plaisir de Dieu. Ils doivent craindre le Seigneur, non pas de la crainte des esclaves, qui servent leur maître parce qu’ils ont peur des coups ; mais de cette crainte affectueuse de l’épouse, qui a peur de dé:
plaire.
Ainsi disposés, les époux se proposeront, en se mariant, ce que le Créateur s’est proposé en instituant le mariage: à savoir, la famille, la vie commune, et un remède à la concupiscence.
La famille est la fin première du mariage ; C’est sa principale raison d’être.
C’est aussi cette fin que les époux doivent avant tout se proposer en se mariant.
“ Nous sommes les enfants des saints,
DISPOSITIONS DFE” MARIÉS
disait le jeune Tobie à Sara, sa femme, et nous ne devons pas nous unir comme les payens, qui ne connaissent pas Dieu. ” Puis s'adressant à Dieu dans une prière fervente, il dit : ‘“ Seigneur, vous savez que ce n’est pas pour satisfaire ma passion que je prends Sara pour épouse, mais dans le seul désir d’une postérité, par laquelle votre saint nom soit béni dans tous les siècles. ”
Bienheureux sont ceux qui se marient
dans de pareilles dispositions ! Dieu les bénit, eux et leur postérité, comme il a béni Abraham, Isaac et Jacob. Il vit dans leurs descendants et les rend forts et prospères, pleins de vertu et de gloire.
C’est dans ces familles bénies entre toutes, qu’il se choisit les âmes d'élite, qui sont bienheureuses de travailler, de se sacrifier, et de s’immoler pour la gloire de son saint nom, et pour le salut des âmes, Ce sont ces familles qui produisent les prêtres les évêques et les papes; ce sont ces familles qui produisent les vierges, les
martyrs et les apôtres; ce sont ces familles qui produisent nos bons pères de famille, qui ne craignent pas de s’exposer à la risée d’un monde perverti et corrompu pour faire leur devoir; ce sont ces familles qui produisent ces femmes fortes, que le ciel applaudit et que la terre admire, qui disent, à l’exemple de la mère divine : “ Voici les servantes du Seigneur, qu’il nous soit fait selon sa volonté ”, et qui font, par leur fécondité admirable, le salut de la race chrétienne; les générations futures se Jèveront et proclameront bienheureuses ces mères chrétiennes, ces femmes fortes et courageuses.
“Nous sommes les enfants des saints, dit Tobie à sa femme, nous ne devons pas nous unir comme des payens, qui ne connaissent pas Dieu. ” Mais, mes frères, nous sommes plus que les enfants des saints, nous; nous sommes les enfants de Dieu: Dieu est notre père, Jésus-Christ est notre frère, la mère de Dieu est notre mère, quoique sur la terre nous apparte-
DISPOSITIONS DES MARIÉS
nons au ciel ; là est notre famille, là est notre chez nous. Nous avons donc encore plus de raison que Tobie et les saints de l'Ancien Testament dont il parle, de ne pas nous unir en mariage comme des payens, qui ne connaissent pas Dieu, qui se marient pour satisfaire leur passion ; mais de nous marier dans le seul désir d’une postérité, par laquelle le nom du Seigneur soit béni dans tous les siècles.
Animés de ces saintes dispositions, les
mariés véritablement chrétiens entendent les paroles du Créateur: ‘“ Reproduisez et multipliez-vous;” ils en comprennent toute la portée et la grandeur de leur mission divine; et rien au monde ne peut les empêcher d’y être fidèles.
Ils savent qu’ils auront à faire des sacrifices, qu’ils auront d’abord, de part et d'autre, à quitter leurs parents; le mariage les sépare aussi de leurs amis. Le père aura bien des soncis, et sera soumis à un travail souvent pénible et peu rému-
nérateur ; il devra par des efforts incessants soutenir sa famille. La mère devra vivre de privations; pendant de longues années, elle aura à souffrir de beaucoup d'incommodités, et sera exposée à bien des dangers.
Ils comprennent qu’ils ne peuvent pas remplir fidèlement leur mission sans qu’il leur en coûte. Mais ils craignent Dieu, et dans leur crainte amoureuse,ils sont prêts à faire tous les sacrifices pour ne pas lui déplaire ; et ils ont confiance qu’il bénira leurs bonnes dispositions, et qu’il leur donnera les moyens de remplir leur noble mission.
Ils trouvent dans leurs bonnes dispositions, fruit de la crainte de Dieu, le secret du bonheur véritable, Nous sommes ainsi faits, que nous devons nous donner et nous dépenser pour les autres; c’est un besoin de notre nature. Il n’y a que ceux qui comprennent cette loi, qui soient capables des joies les plus pures. La femme
DISPOSITIONS DES MARIÉS
égoïste qui ne comprend pas son devoir et qui méprise la maternité, se prive des plus douces consolations dont son coeur soit capable. L'homme qui néglige sa famille, est malheureux ; il souffre d’un manque de dévouement, que sa conscience lui reproche. Ils font violence à une loi intime de la nature, ils en portent les conséquences.
Ceux qui se donnent volontiers, au contraire, sont heureux. Ils travaillent fort, se fatiguent, peinent à la tâche, qui devient de plus en plus rude à mesure que la famille grandit en nombre; cependant, ils goûtent au fond de leur âme un bonheur qui a quelque chose des joies célestes, que rien ne peut leur enlever ; c’est qu’ils sont d’accord avec une loi intime de leur nature, et de cette harmonie résulte leur bonheur. Et ce bonheur est d’autant plus grand qu’ils se donnent davantage et plus volontiers.
Mais, mes frères, tous ne comprennent
pas cette loi. Aussi il y en a qui se font une loi à eux-mêmes et cherchent le bonheur là où il n’est pas. Je voudrais n’avoir pas à mentionner ici ces abus; mais je dois le faire, car ces abus tendent à se répandre, et ne pas les condamner serait les encourager. Il s’agit des mauvaises dispositions qu’on apporte au mariage. Il y en a qui semblent ne pas avoir la moindre idée des obligations du mariage : ils se marient comme les animaux s’accouplent.
Pardonnez l’expression; elle n’est pas de moi, mais des Saintes Ecritures. Ecoutez les paroles de Raphaël à Tobie, remarquez que C’e”t un archange qui parle au nom de Dieu, dont il est l’envoyé : “Ceux qui s'engagent dans le mariage de manière à bannir Dieu de leur coeur et de leur esprit, et qui ne pensent qu’à leur passion comme le cheval et le mulet, qui sont sans raison, le démon a du pouvoir sur ceux- IR ”
Peut-on croire qu’il y ait des chrétiens assez imbus des erreurs du siècle, dont
DISPOSITIONS DES MARIÉS
l’esprit soit assez perverti et le coeur assez dépravé, pour se marier dans de pareilles dispositions ? Je comprends que des infidèles, qui ne connaissent pas Dieu, puissent s’accoupler ainsi, comme le cheval et le mulet, n’avoir en vue rien autre chose que la satisfaction de leur passion, rejeter la fin première du mariage, et s'ensager d’avance par un pacte criminel à empêcher la famille ; mais peut-on croire que des chrétiens soient capables d’agir de la sorte ? Cependant, il peut arriver et il arrive quelquefois, malheureusement, que de nos jeunes gens se marient à condition de ne pas avoir d’enfants, ou d’en avoir qu’un certain nombre, ou d’en avoir seulement après un certain temps. C’est une affaire entendue d'avance, c’est un contrat fait en bonne et due forme, et accepté de part et d’autre. Quel pacte infâme! quelle entente abominable! quel marché satanique !
Que faut-il penser de ceux qui reçoivent le sacrement dans de pareilles dispositions
tout animales et diaboliques ? Ils sont coupables de la plus sale et de la plus Lideuse profanation du sacrement; ils sont coupables de sacrilège; et, comme dit l’archange Raphaël, ils sont livrés au pouvoir du démon.
Le Créateur, en instituant le mariage, s'est proposé, en second lieu, la vie commune des époux: “ Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide semblable à lui ”, dit-il; puis il crée la femme et la lui donne pour compagne inséparable. Les mariés doivent donc se proposer la vie commune avec tout ce qu’elle comporte.
Le garçon qui est bien disposé veut être pour sa femme un compagnon éclairé, un protecteur prudent, et un guide sûr ; il se propose de Jui donner le soutien, les encouragements et tous les soins que la femme a le droit d’attendre de son ma- :
ri. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons des devoirs des époux. La
DISPOSITIONS DES MARIÉS
fille, de son côté, doit se proposer d’être, pour son mari, une compagne agréable et l’aide qu’il a le droit d’attendre d’elle :
cette aide dont nous avons parlé longuement dans une instruction précédente. Ils doivent se proposer, tous les deux, de faire tout en leur pouvoir pour rendre la vie commune douce et harmonieuse.
Il y en a qui se marient pour des fins tout autres. Quand j'étais jeune homme, j’entendais, un jour, une fille dire à une amie, parlant de son fiancé : “ C’est vrai que je ne l’aime pas, parce qu’il n’est pas fin, mais il est bon garçon et il a de l’argent. Je t’assure que je vais m'en donner; s’il n’est pas content, je l’enverrai promener. ” Ce discours a fait sur moi une impression telle que je ne l'ai jamais oublié.
Se marier dans de telles dispositions, c’est vouloir, à coup sûr, son malheur. Le garçon, en effet, n’a pas été content, mais c’est elle qu’on a envoyée promener. Il
était assez fin pour s’apercevoir, en peu de temps, de ses mauvaises dispositions.
Il a voulu lui être utile; il a essayé, dans sa grande bonté, de la corriger ; mais, comme elle ne l’aimaïit pas, elle ne pouvait souffrir ses charitables réprimandes, et l’invectivait de reproches pour se faire pardonner ses défauts. C’est une bien mauvaise manière de faire que celle-là, c’est une tactique qui ne peut avoir que des conséquences fâcheuses, Aussi, elle est devenue tellement insupportable qu’il a dû la quitter.
D’autres, qui se rencontrent surtout chez les personnes âgées, et particulièrement chez les veufs et les veuves, diront :
“ Nous nous marierons, mais, si nous ne sommes pas heureux en ménage, nous nous séparerons. ” $Se marier avec une pareille intention, c’est commettre un péché grave et c’est préparer un scandale.
Et, en effet, d’abord, c’est un devoir pour les époux de vivre de la vie commu-
DISPOSITIONS DES MARIÉS
ne, et cela, non pas seulement pour un temps, mais pour jusqu’à la mort. C’est déjà manquer à ce devoir, et être gravement coupable devant Dieu, que d’avoir l'intention d’y manquer. Et, ensuite, c’est un grave devoir pour les époux de rendre possible la vie commune. Ils doivent prendre les moyens nécessaires pour arriver à cette fin. Ne pas prendre ces moy- ‘ ens, C’est manquer à leur devoir, et c’est pécher.
De plus, ils préparent un scandale.
Leur intention de se séparer, prépare la séparation réelle. Et, en effet, la perspective de la séparation leur fera infailliblement négliger de prendre les moyens de vivre d’accord: ils ne feront aucun sacrifice pour éviter de se contrarier, ils n'auront pas la patience de se supporter longtemps,ils se montreront indépendants l’un de l’autre, ils seront indifférents l’un pour l’autre; leur vie deviendra de plus en plus pénible, et, finalement, la séparation viendra. Souvent, pour grossir le
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scandale, suivra un procès où l’on rendra publiques les misères de leur triste ménage.
C’est malheureux que ces choses puissent arriver. C’est malheureux à cause du pé:hé dont on se rend coupable et de l’offense faite à Dieu; c’est malheureux à cause de la disgrâce que s’attirent les coupables et du déshonneur qui s’attache à leur famille; c’est malheureux pour la paroisse où la chose arrive et pour la s0ciété en général, à cause du scandale qui en résulte.
Mais alors, mes frères, que faut-il done penser de ceux qui se marient avec l’intention de divorcer ? Il peut se faire qu’il y en ait des nôtres, qui ne se marient qu’à condition de divorcer, si ça ne va pas. La chose se pratique si en grand de nos jours, comme on le constate par les nombreux divorces que l’on décrète tous les jours, qu’ils peuvent se laisser gagner par l'erreur, et finir par croire que ce n’est pas si mal après tout.
DISPOSITIONS DES MARIÉS
Ne vous laissez pas tromper, mes frères; se marier avec l’intention de divorcer, si Ça ne va pas, afin d’être libre de convoler en d’autres noces, est le comble de l’immoralité. C’est un pacte impie et sacrilège, contraire à toutes les lois. Il est contraire à la loi naturelle qui veut que le lien du mariage ne soit pas laissé au bon plaisir des conjoints : “ Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ”, dit Notre- Seigneur, parce que dans le commencement Dieu créa le mariage indissoluble.
Il est contraire à la loi divine, mise en pleine vigueur par Notre-Seigneur, comme nous le constatons par les paroles que nous venons de citer, et par ces paroles de saint Paul: “ La femme est liée à la loi du mariage tant que son mari est vivant.” Il est contraire à la loi de l'Eglise qui entoure de sa protection la sainteté et l’indissolubilité du mariage.
Se marier avec l'intention de divorcer est un acte impie et sacrilège, par lequel on ne s'attaque pas seulement à Dieu et à