‹ Mariage [microforme]Chapitre 4 sur 28 · GEN · texte numérisé non relu

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Mes bien chers frères, après avoir dit la nature et l'excellence du mariage, parlons, dans cette instruction, de sa nécessité.

Le Créateur aurait pu remplir la terre d'hommes, par un seul acte de sa volonté toute-puissante, comme il a créé les anges au ciel, comme il a jeté dans l’espace des mondes innombrables, mais il ne l’a pas

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voulu. Ayant fait l’homme à son image et à sa ressemblance, il voulut se l’associer pour propager la race humaine, et le rendre participant à l'oeuvre de la création. C’est Pourquoi il le soumet à la loi de 1: propagation en lui disant : “ Reproduisez et multipliez-vous. ”

Par ces paroles, il n’y a pas à en douter, C’est un commandement positif que Dieu donne, c’est un devoir formel qu’il impose, Ce Commandement ne s'adresse

Pas seulement à nos premiers parents, il s'adresse aussi à tous leurs descendants.

Ce Crescite et multiplicamini s'adresse à Vous, jeunes gens, comme il s’adressait à Adam ; ce “ Reproduisez et multipliezvous ” s'adresse à vous, jeunes filles, comme il s’adressait à Eve.

Ce commandement n’est pas moins impérieux aujourd’hui qu’il ne l'était ilya six mille ans. Il n’est pas universel, il est vrai, il peut ne pas atteindre tous les individus, comme nous le verrons nlus

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loin, mais il est touicurs obligatoire. Dieu veut la propagation de la race, et le mariage est le seul 1:c7en légitime qu’il a adapté à cette fin.

Je dis le seul moyen légitime, et ce n’est pas sans dessein; c’est pour mettre la loi divine du mariage en opposition avec la doctrine abominable que prêche une certaine école socialiste de nos jours.

Il y a quelques années à peine, lors de la fameuse malheureuse grève de Lawrence, qui a causé un si grand malaise dans le monde industriel, et qui a jeté dans la stupéfaction les hommes de bien; vous vous en souvenez, des milliers d’ouvriers, hommes et femmes, ont paradé, portant, flottant au vent, la bannière des I. W. W., sur laquelle était écrite, en lettres voyantes, cette inscription infâme : No God, no Master, pas de Dieu, pas de maitre. Les Industriel Workers of the World, en niant Dieu, rejettent le mariage. ‘“ A bas la famille, et vivent les amours libres!” tel est leur cri ignoble. C’est le

renversement de l’ordre; c’est la ruine de la société; c’est le ravalement des hommes au rang des animaux immondes.

Laissons là ces malheureux, dans leur aveuglement, et sachons, nous, que le mariage existait avant la loi de la propagation. Et, en effet, ce n’est qu’après avoir uni en mariage Adam et Eve que Dieu leur dit: “ Reproduisez et multipliezvous. ?”

Mais il n’y a pas seulement la voix de Dieu pour rappeler aix hommes la nécessité du mariage, il y a aussi la voix de la nature. Et comme la voix de Dieu, elle crie bien haut, elle pénètre jusque dans la moelle des os. Les hommes peuvent ne pas entendre la voix de Dieu, mais ils ne peuvent pas être sourds à la voix de la nature. Ils peuvent ignorer le Maître de la vie, mais ils ne peuvent pas être indifférents aux choses nécessaires à la vie.

“Dieu, disent les Saintes Ecritures, créa l’homme à son image et à sa ressem-

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or

blance, mâle et femelle, il les créa ”, ce qui veut dire qu’il les créa l’un pour lautre. Aussi ils s'appellent l’un l’autre, et se portent l’un vers l’autre. Et d’où vient cette attraction si puissante de part et d'autre? Cette attraction irrésistible de part et d'autre vient du besoin qu’a la nature de suivre la loi divine du “ Reproduisez et multipliez-vous. ”

Cette loi de la reproduction est manifeste partout dans le monde. Voyez les céréales. Vous jetez en terre, par exemple, un grain de blé; ce grain de blé germe, lève, pousse une tige, et développe un épi. Aussitôt que le grain de cet épi est mûr, la tige sèche et la plante meurt. Cette plante n’a existé que pour la reproduction, c'était là sa seule raison d’être.

Il en est de même des arbres fruitiers.

Avec le printemps, l'arbre reprend une nouvelle vie, la sève monte et porte la vie dans toutes ses branches; il se couvre de fleurs, produit des fruits, et les déve-

loppe. Aussitôt qu’il a müûri ses fruits, il entre dans un nouveau repos. Le fruit mûri se détache de l’arbre, portant un arbre en germe. Jetez-le en terre, il produira un arbre semblable à celui qui l’a porté.

Les animaux, petits et grands, suivent la même loi de la reproduction.

La pureté des moeurs est une autre raison qui rend le mariage obligatoire.

‘A cause du péché impur, dit sant Paul, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. ” Le péché impur est une profanation sacrilège du chrétien. “ Ne savez-vous pas, dit saint Paul aux Corinthiens, que vos corps sont les membres du Christ, et que vos membres sont le temple du Saint-Esprit qui est en voüs, que vous avez reçu de Dieu, et que vous n'êtes pas à vous-mêmes? ”

Par le baptême, en effet, nous sommes faits les enfants de Dieu ; NOUS vivons de la vie du Christ, comme les branches vivent de la vie de l’arbre, et le Saint-

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Esprit demeure en nous. C’est pourquoi nous devons à Dieu, notre père céleste, de nous conserver purs ; nous devons à Notre- Seigneur, qui nous vivifie, de nous conserver purs; nous devons au Saint-Esprit, dont nous sommes le temple, de nous conserver purs.

Vous, qui n'êtes pas mariés, je vous le demande, êtes-vous purs ? Pouvez-vous toujours résister à la concupiscence de la chair? Pouvez-vous toujours éteindre le feu des passions dans vos membres? Pouvez-vous toujours triompher du démon de l'impureté? Si oui, à la bonne heure! votre mérite est grand devant Dieu; si non, C’est une raison de plus pour vous de vous marier ; car c’est une honte et un crime de rester dans le célibat, pour y vivre dans le péché. “ A cause du péché impur, que chaque homme ait sa femme; et que chaque femme ait son mari. ”

J'ai dit, plus haut, que le commandement positif de la propagation n’est pas

universel. Il n’est pas universel parce qu’il n’atteint pas nécessairement chaque homme en particulier; il s'adresse aux hommes en général. Ce sera toujours pour l’humanité un devoir de se propager, en vertu de la loi positive, et de la loi naturelle de sa conservation. Mais pour se perpétuer, la race n’a pas besoin du concours de chaque individu. Chacun est donc libre, en principe, d’embrasser l’état de vie qu’il juge le mieux adapté à ses inclinations et qui lui donne une plus srande garantie de bonheur ou de fidélité dans le service de Dieu. Il peut donc se marier s’il le juge à propos, il peut vivre dans le célibat s’il le préfère.

D’après Notre-Seigneur lui-même, il est avantageux de ne pas se marier, pourvu que ce soit pour des motifs surnaturels.

Mais c’est un avantage que tous ne peuvent pas comprendre, mais seulement ceux à qui cela a été donné, car le célibat chrétien est un don de Dieu.

Notre-Seigneur, dans les Saintes Ecri-

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tures, fait mention de trois catégories de personnes qui ne se marient pas. “ Car, dit-il, il y a des eunuques qui sont nés tels dans le sein de leur mère, et il y a des eunuques qui ont été faits tels par les hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du royaume des cieux; que celui qui peut comprendre comprenne. ”

Ceux de la première catégorie sont ceux qui ne sont pas aptes au mariage, soit par défaut corporel, soit par manque d’esprit. Un enfant qui n’a pas atteint l’âge de raison, ou un simple d'esprit qui n’a pas assez d'intelligence pour comprendre les obligations que le mariage impose ; aussi bien que l’eunuque et l’inrirme qui ne peuvent pas en remplir les obligations, sont forcément exclus du mariage.

Ceux de la deuxième catégorie ne sc marient pas parce qu’ils en sont empêchés par les hommes. Cet empêchement de la part des hommes peut être définitif

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ou transitoire. Les mutilés sont définitivement exclus du mariage ainsi que les détenus condamnés pour la vie. L’empèéchement est transitoire quand il n’existe | que pour un temps, comme pour les soldats de l’armée régulière, par exemple.

Ils peuvent ne pas s’engager, mais du moment qu’ils s'engagent, il leur est défendu de se marier; mais cet empèclement n'existe qu’aussi longtemps que dure le service. On peut placer dans cette caté:

gorie les personnes qui désirent se Ma-

rier et en sont empêchées par la force des choses.

Ceux de la troisième catégorie, sont ceux qui ne se marient pas “ À cause du royaume des cieux. ” Ils peuvent être divisés en deux classes. Les uns ne se marient pas par charité pour le prochain, tout en restant dans le monde, Nous rencontrons, par-ci par-là, de ces bonnes persornes qui se dévouent par pure charité pour les autres.

J’ai connu une de ces perscnnes, dont

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j'ai toujours admiré la conduite. C'était un brave garçon, un homme de coeur, et un excellent chrétien. Il était le soutien de sa mère qui avançait dans l'âge. Il avait l'intention de se marier, et avait en vue une charmante fille, enfant d’une bonne famille, qu’il voulait demander en mariage.

I] avait une soeur, veuve et mère de trois enfants. Intelligente et pleine d’ac-

tivité, elle gagnaït abondamment la vie de ses chers petits. Mais voici que Dieu, dans les desseins insondables de sa divine Providence, enlève la mère, et les petits enfants sont laissés sans parents.

Que vont-ils devenir? La grand’mère,avec toute la tendresse qu’elle leur porte, est bien là, mais que peut-elle faire? Ellemême est à la charge de son garçon, et il parle de se marier! L'esprit plein de ces pensées, qui la remuaient profondément, s’adressant un jour à son garçon, elle dit:

“ Joseph, que dirais-tu si je prenais les enfants de ta soeur pour les élever? ”—

“J’y pensais, répond Joseph, seulement je craignais que la tâche ne fût trop rude pour vous. Mais puisque vous le désirez, c’est très bien, nous allons les adopter; vous remplacerez la mère auprès d’eux, et, moi, je leur servirai de père. ” Il fait ainsi généreusement le sacrifice de 5on mariage, et se dévoue pour les orphelins de sa soeur.

Voilà, mes frères, un beau geste; voilà une conduite admirable! Il est resté garçon, mais sa vie de vieux garçon est honorable et fait sa plus grande gloire; sans compter que, comme la veuve de l’Evangile, qui fait dans le temple le sacrifice de son obole, il s’attire l’admiration de Notre-Seigneur, et mérite ses meilleures Einédictions.

Enfin, il y a ceux qui ne se marient pas par piété: ce sont ceux qui se consacrent à Dieu, ceux qui, pour mieux travailler à son service, renoncent au monde, embrassent la vie religieuse, et font voeu de chas-

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teté. C’est ce célibat chrétien que Notre- Seigneur recommande particulièrement,et auquel saint Paul exhorte les premiers chrétiens. Il est préférable au mariage, et plus agréable à Dieu, parce qu’il est un état de vie plus saint.

‘“ Personne, dit Notre-Seigneur, ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.” Le Sauveur ne pouvait pas donner une plus grande preuve de son amour pour les hommes qu’en leur donnant sa vie sur la croix. Les martyrs ne pouvaient pas donner à Dieu une plus grande preuve de leur amour qu’en versant volontiers leur sang pour lui. C’est là le plus grand sacrifice qu’il soit possible à l’homme.

Mais il en est un autre qui lui est semblable, c’est celui de la continence perpétuelle. Il y a dans l’homme, inhérent à sa nature, deux instincts également dominants: l'instinct de sa conservation et celui de sa propagation. Par le martyre

on fait violence au premier, on l’immole ; c’est le plus grand sacrifice, celui de donner sa vie. Par le célibat chrétien, on fait violence au second, on l’immole; c’est un sacrifice semblable au premier, et guère moins grand.

Oui, mes frères, le célibat chrétien est un état de vie de renoncement, de mortification et de sacrifice. On ne renonce pas aux joies pures si intimes de la famille, sans qu’il en coûte. On ne s’immole pas sans que la nature regimbe sous les coups. Il en résulte une lutte poignante qui s'engage entre les inspirations de l’âme religieuse et les tendances naturelles. Saint Paul lui-même admet que ce combat est rude. Il a senti dans ses membres le feu de la concupiscence. Trois fois, il prie le Seigneur de l’en délivrer. Le Seigneur lui assure sa grâce, mais il le laisse aux prises avec ses passions. Il aura à lutter jusqu’à la mort contre les mouvements instinctifs de la chair, toujours si prompts. Sainte Thérèse, pour

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montrer combien la concupiscence est inhérente à notre corps charnel, dit qu’elle ne meurt que quinze minutes après lui.

“ Que celui qui peut comprendre, Comprenne ”, dit Notre-Seigneur, parlant de la vie religieuse. Comprenez-vous la beauté de cette vie et toute son excellence? Comprenez-vous combien elle est glorieuse ? Comprenez-vous qu’elle est la preuve du plus grand amour dont une âme puisse être éprise pour Dieu? Alors vous vous expliquerez pourquoi Notre- Seigneur aime particulièrement les âmes chastes, pourquoi il a voulu avoir pour mère la plus pure des vierges, pourquoi saint Jean était son apôtre de prédilection; et vous ne serez pas surpris d’entendre saint Paul s’écrier: “ Je voudrais que vous fussiez tous comme moi, libres de tout engagement terrestre afin de pouvoir mieux travailler pour le royaume des cieux. ”

Nous avons déjà plusieurs enfants, sOrtis de nos écoles, qui ont répondu à l’ap-

pel d’en haut, et qui ont leur place aujourd’hui avec les prêtres et les religieuses, entièrement consacrés au service de Dieu et de l'Eglise. J'ai confiance que plusieurs des enfants de nos jours, qui les ont remplacés sur les mêmes bancs, suivront leur exemple.

Cependant, à cause de la difficulté de la continence perpétuelle, il ne faut pas s’y engager qu'après mûres réflexions, et qu'avec beaucoup de prudence. C’est un don qui n’est pas donné à tous; c’est le petit nombre, au contraire, qui est appelé au célibat religieux, tandis que le grand nombre est appelé à l’état du mariage.

Que chacun donc, mes frères, qu’il soit appelé à l’état de la vie religieuse ou à l'état du mariage, s'applique à connaître et à faire la volonté de Dieu. C’est là, pour les uns comme pour les autres, le moyen d'obtenir sur la terre la plus grande somme de bonheur possible, et de s’assurer la vie éternelle, — Ainsi goit-il.

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