‹ Mariage [microforme]Chapitre 5 sur 28 · PREMIÈRE QUESTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE QUESTION

Quand doit-on se marier

1 Se marier jeune — II Abus des parents III Erreurs des garçons

Quamobrem relinquet homo patrem suum et matrem, et adhaerebit uxori suae ; et erunt duo in carne una.

L'homme quittera son père et sa mère et s’attachera À sa femme, et ils seront deux dans une seule chair.

Gx., 11, 24.

Dans la première partie de notre série, nous avons parlé, mes bien chers frères, de la nature, de l’excellence et de la nécessité du mariage. Dans cette deuxième partie, nous allons étudier les questions

suivantes : Quand doit-on se marier ? Qui doit-on marier ? Et comment doit-on se marier ?

D'abord, quand doit-on se marier ?

Nous avons vu, dans noire dernière instruction, la nécessité du mariage. A moins, avons-nous dit, de vouloir se consacrer à Dieu, dans le célibat religieux, on doit se marier. En pratique, il n’y a pas d'autre alternative. Et, de plus, c’est le petit nombre que Dieu appelle à la continence perpétuelle, tandis que le grand nombre est appelé à la vie commune du mariage. Mais ce n’est pas tout de savoir qu’il faut se marier, il est encore nécessaire de savoir quand il faut se marier.

Et disons tout de suite que l’on doit se marier jeune.

Dieu institua le mariage pour la propagation de la race. Le premier devoir de l’homme est de se conserver la vie. Le second, semblable au premier, est de la propager. En recevant la vie, l’homme

reçoit en même temps l'instinct de sa conservation. Plus tard, la nature fait naître en lui l'instinct de sa propagation ; et la loi du “ Reproduisez et multipliez-vous ” se fait alors sentir dans tous ses membres. Dès ce moment, mes frères, celui qui n’a pas reçu du Ciel le don de la continence perpétuelle, celui qui n’a pas l'intention d’embrasser la vie religieuse, et de vivre dans le célibat, doit se préparer au mariage.

Mais comment le jeune homme et la jeune fille, vont-ils se préparer à la grande affaire de leur vie, de laquelle dépend leur bonheur ou leur malheur? Encore hier, ils n’étaient que des enfants; ils ont toujours parlé comme des enfants, pensé comme des enfants, agi comme des enfants ; comment vont-ils apprendre, le garcon, à être un homme, et la fille, une femme ? Des parents, mes frères. C’est à vous, parents chrétiens, à qui incombe la tâche d’instruire vos enfants, à cette époque intéressante de leur vie, de leurs

devoirs nouveaux; de les initier prudemment aux secrets de la nature, et de leur apprendre la raison d’être et toute l’importance vitale du changement qui s’opère en eux. faites-leur comprendre que ce changement est l’oeuvre de Dieu, et que tous leurs membres sont également bons, nobles et nécessaires. C’est une grave erreur, grosse de conséquences désastreuses, de laisser les enfants à euxmêmes, à l’âge critique; quand ils ont spécialement besoin d’un guide sûr pour les conduire, et d’une pleine lumière pour entrer dans la nouvelle voie qui s'ouvre devant eux. D'ailleurs, ils ne seront pas laissés à eux-mêmes; si les parents ne les éclairent pas et ne leur donnent pas une direction sage; ils trouveront dans la rue une explication grossière et vicieuse du mystère de la vie, et leurs enfants seront perdus du coup. C’est ce qui explique pourquoi les enfants, souvent, ne sont plus pour leurs parents, après l’âge de puberté, ce qu’ils étaient auparavant.

‘“ Instruis ton fils de ses devoirs, dit

l’'Ecriture Sainte, dans le livre de l’Ecclésiastique, travaille à le former au bien, de peur qu’il ne te déshonore par sa vie honteuse.” Ces paroles ne renferment pas seulement un conseil, c’est un devoir qu’elles imposent.

Quand les enfants sont tout jeunes, parents chrétiens, vous devez les instruire de leurs devoirs envers Dieu. Vous devez leur apprendre à le connaître et à l’ai-

mer, et les habituer à le bien servir. De même, quand ils arrivent à l’âge de puberté, vous devez les instruire des obligations nouvelles qui se présentent à eux, et les former à la vertu. Dites-leur clairement qu’ils sont arrivés à l’âge où la nature les prépare au mariage, et qu’ils doivent se mettre en harmonie avec elle.

Qu'ils sachent qu’ils n’ont pas reçu le bienfait suprême de la vie pour eux seulement, maïs pour qu’ils le transmettent à d’autres. Habituez-les à l’idée que le mariage est la grande affaire de leur vie, et engagez-les à s’y préparer sérieusement.

Insistez sur la nécessité de cette préparation, et encouragez-les à se marier de bonne heure.

Les parents doivent encore inspirer à leurs enfants, toujours en vue de les préparer pour le mariage, l’amour du travail.

Car pour vivre, il faut manger; et pour manger, il faut travailler. (Celui qui ne gagne pas son pain à la sueur de son front, n’en est pas digne. Instruisez-les de l'obligation du travail. Faites-leur comprendre que si le travail est nécessaire et parfois pénible, il est néanmoins une noble occupation qui honore et grandit ceux qui s’y livrent. Faites-leur observer que déjà vous les préparez depuis longtemps à gagner leur vie. Ils reconnaîtront facilement que tout, dans leur vie, tend à cette fin, et que c’est aussi pour cela que vous les avez tenus à l’école, et que vous exigiez d’eux tous les petits services qu’ils pouvaient rendre.

Parents chrétiens, je vous le demande, avez-vous instruit vos enfants de ces pre-

miers devoirs? Que de parents négligent ce devoir capital! C’est un grave abus. On voit des garçons, à l’âge de se marier, qui n’ont jamais pensé au mariage. Si vous leur parlez de se marier, ils vous regardent ébahis, tout étonnés de voir que vous pouvez penser qu’ils soient à l’âge de se marier. Ils ont vingt, vingt-trois et vingtcinq ans, et ils n’y ont pas encore pensé que comme une chcse possible dans un avenir lointain. |

Qu’arrive-t-il? Ces garçons, n'étant pas mariés au temps de leurs premiers amours, étant faits de chair et d’os, sont grandement exposés au danger de contracter des habitudes abominables, et à mener une vie honteuse. S'ils succombent,et Dieu sait qu’il y en a qui succombent, ils sont perdus : adieu! les nobles mouvements de l’âme ; adieu ! les fières ambitions ; adieu! les généreux efforts. Ils se traîneront dans la fange, ils rougiront de leur conduite; et, cependant, ils subiront l’esclavage de leur passion et seront malheureux,

Qu'arrive-t-il encore ? Il viendra un temps où, comme pour l’enfant prodigue de l'Evangile, se fera la réaction de leur conduite honteuse, et ils se marieront.

Mais comme leur mariage sera différent de ceux des jenes! Au lieu d’un corps intègre, frais et vigoureux; au lieu d’un coeur pur et ardent; au lieu d’une âme pleine de nobles sentiments; ils apporteront un corps fané, un coeur sec, et une âme avilie. Dans ces conditions, la vie de famille perd tous ses charmes. Le Home devient plutôt une maison de pension privée. Les époux, l’un et l’autre, faits à de vieilles habitudes, dont ils ne peuvent plus se défaire, se contrarient et se froissent sans cesse. De là, les remarques blessantes, les reproches amers, et la discorde. C’est là l’histoire de beaucoup de mariages malheureux.

Que les parents instruisent leurs enfants de leurs devoirs au sujet du mariage, et le résultat sera tout autre. Le gar- Ççon comprenant toute l’importance de son

mariage, ne le perdra jamais de vue. Sous la sage direction de son père, il sy préparera sérieusement, se livrera avec ardeur au travail; et, bientôt, il sera en état de gagner sa vie. La fille, à l’école de sa mère, se familiarisera avec les choses du ménage et apprendra avec soin l’art de l’économie. L'économie chez la femme est aussi importante que le travail chez l’homme.

Voilà nos jeunes gens préparés. Notre garçon est intelligent, bien développé physiquement, capable de gagner sa vie; il a vingt ans, il doit se marier. Notre fille connaît les obligations que le mariage impose, elle se sent capable de les remplir; elle a dix-sept ans, elle est prête à se marier, et l’occasion se présentant, elle doit se marier.

Certains parents, animés de motifs que je sais, et dont nous parlerons dans notre prochaine instruction, vont dire :

‘“ Les garçons se marier à vingt ans, et

les filles à dix-sept ans ! mais c’est bien trop jeune. C’est bien trop jeune, ditesvous? Mais sur quoi vous appuyez-vous, je vous le demande, pour justifier votre manière de voir ? Si c’est à cet âge que Dieu veut que votre garçon se marie, qu’avez-vous à dire ? Est-ce qu’il n’est pas le maître, même de votre garçon? Si c’est le cri de la nature qui se fait entendre et qui réclame ses droits de votre garçon, que pouvez-vous faire ? Si c’est pour éviter le péché impur qu’il se marie, conformément à la loi de saint Paul, comment pouvez-vous vous y opposer ?

Parents chrétiens, rappelez-vous que vous n'êtes que les dépositaires de vos enfants, et que Dieu en est toujours le maître. Il vous les a confiés et donnés en -soin, et c'était vous faire une grande faveur. Mais quand ils sont devenus à leur tour des hommes et des femmes, lui, le maître, les appelle à d’autres devoirs.

Comme le fruit mûr se détache de l’arbre, de même ils doivent se détacher de la

famille, ‘“ L'homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, ” et de même, la femme quittera sa mère et son père, et s’attachera à son mari.

Je dis vingt ans, parce que c’est à cet âge que nos garçons, dans les conditions dans lesquelles nous vivons, sont ordinairement prêts à se marier. A moins de raisons très graves, qui rendent la chose moralement impossible, le jeune homme devrait se marier à cet âge le plus tard. Il peut se faire qu’un garçon soit prêt à s'attacher à une femme plus tôt. Voici, par exemple, un jeune homme de dix-huit ans. Il est bien bâti, a une excellente santé; il a bon coeur et bons bras. Parce qu’il n’a que dix-huit ans, empêcherezvous ce garçon de se marier? Mais non :

si vous êtes raisonnables, si vous voulez son bonheur, vous lui direz: “ C’est bien, mon garçon, marie-toi. ” J’en ai connu qui se sont mariés à seize ans, et qui ont été on ne peut plus heureux en ménage.

Du moment qu’un jeune homme est bien

préparé, qu’il a les qualités nécessaires, il peut et fait bien de se marier, peu importe son jeune âge.

Quant aux filles, elles sont prêtes ordinairement à dix-sept ans. Je dis ordinairement, parce qu’il y en a qui sont plus précoces les unes que les autres. 11 y en a qui sont aussi capables à quinze ans que d’autres à vingt-cinq. J’ai connu, à Spencer, une femme qui s’est mariée à douze ans, son mari en avait seize. Cela ne l’a pas empêchée d’élever heureusement une nombreuse famille, Elle était mère à treize ans. Dans une visite de paroisse à Worcester, où j'étais alors vicaire, j'ai rencontré cette enfant qui n’avait que treize ans plus jeune que sa mère.

Elle était mariée et mère de famille. Vous vous imaginez peut-être qu’elle était toute petite, faible de santé, plutôt morte que vive? Pas du tout, elle était au contraire admirablement bien développée, florissante de santé et pleine de vie. Quand j'ai connu la mère, elle était déjà

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avancée en âge, mais elle était encore capable de présider aux choses du ménage, et son plus grand bonheur était toujours de se dépenser pour sa belle famille. Entourée de ses douze enfants, sept garçons et cinq filles, qui la respectaient tous profondément, et l’aimaient tendrement, qui lui témoignaient les plus grands égards, elle était plus heureuse qu’une reine.

Un de nos prêtres canadiens du diocèse me disait, tout dernièrement, que sa mère s'était mariée à treize ans et qu’elle était mère à quatorze ans.

Ou voit assez souvent des filles se marier à quatorze et à quinze ans, et elles font bien. J’aime mieux voir une fille se marier plutôt jeune que vieille. Cependant, ce sont là des exceptions. L'âge le plus convenable pour nos filles de formation et de condition ordinaires, c’est vers les dix-sept ans.

Il y a de grands avantages à se marier jeune. C’est avant tout une garantie de

bonheur. Du moment que l'enfant est devenu un homme ou une femme, il est ou elle est soumis à de nouvelles lois physiques et morales. En se mariant, les jeunes se mettent d’accord avec la nature et vivent en conformité avec ses lois. C’est pourquoi les Saintes Ecritures disent qu’ “ Il n’est pas bon que l’homme soit seul.” Quoique placé dans un jardin de délices, Adam ne pouvait pas se défendre d’une certaine tristesse; c’est qu’il n'avait pas de compagne. Aussi, avec quels transports de joie ne reçoit-il pas Eve des mains du Créateur! Entendez-le s’écrier dans son enthousiasme : “ Voilà l’os de mes os et la chair de ma chair! ” Le Paradis Terrestre lui apparaît sous un autre jour, sa vie prend une nouvelle signification, et sa personne n’est plus une énigme, “ Ils sont deux dans une même Chair ”, ils n’ont qu’un coeur et qu’une âme; tout en eux s’accorde parfaitement bien, et forme un tout harmonieux. C’est le bonheur parfait qui en résulte.

Depuis le péché, sans doute, le bonheur

des mariés n’est pas parfait. Il y a beaucoup d'obstacles à l’harmonie parfaite qui existait, chez nos premiers parents, dans le Paradis Terrestre. Mais ces obstacles au bonheur parfait des époux sont d'autant moins considérables qu’ils se marient plus jeunes. Et cela pour deux raisons principales.

La première, c’est que les premiers amours sont plus purs et partant plus

forts et plus durables. Vous connaissez ce dicton populaire : “ L'amour aveugle.” Les Saintes Ecritures disent : “ La charité couvre la multitude des péchés. ” Sous l'influence salutaire de leurs premiers amours, les jeunes ne voient pas leurs défauts mutuels, ou, s’ils les voient, n’en tiennent pas compte; et ils se pardonnent l’un l’autre avec empressement.

Cette charité, de part et d’autre, qui pardonne tout et oublie tout, a pour effet, non seulement de faire éviter les fautes qui déplaisent, mais encore d’en enlever la cause, en faisant corriger les défauts.

La deuxième raison, c’est que plus les

mariés sont jeunes, plus ils s'adaptent fa- ” cilement l’un à l’autre. Il n’y a pas chez les jeunes, comme il arrive souvent chez les vieux, de ces habitudes de vie gênantes pour les autres; il n’y a pas de ces préjugés tenaces, qui dominent et faussent le jugement, et sont une cause féconde en contradictions; il n’y a pas de ces vices repoussants qui éloignent les coeurs. Autant de choses qui rendent l’accord des époux excessivement difficile. Si toutefois elles existent déjà, ces causes de discorde, elies n’ont pas eu le temps de prendre de fortes racines, et elles sont facilement enlevées.

Unissez deux jeunes âmes, elles s’adaptent facilement l’une à l’autre, elles s’ajustent admirablement ensemble, et de cette harmonie 'ésulte leur bonheur. Elles sont d'autant plus heureuses que cette harmonie est plus parfaite.

Jai, en ce moment, présent à l’esprit,

un vénérable jeune vieillard. Je dis teune vieillard parce qu’il a toute l’'apparence d’un jeune homme malgré son vieil âge. Il n'avait que dix-sept ans quand il s’est marié et sa fiancée en avait quinze.

Il y avait quarante-huit ans qu’ils étaient en ménage quand sa femme mourut. Il vient me voir pour faire les arrangements pour le service. L’homme était profondément affligé Comme je lui offrais mes sympathies et essayais à le consoler, il me dit: “ Monsieur le curé, j'avais la meilleure femme au monde, nous avons tonjours vécu heureux ensemble. Nous avons élevé une nombreuse famille, nous avons eu notre part d'épreuves ; cependant nous étions heureux. Après quarantehuit ans de ménage, nous étions encore comme au jour de nos noces. Sa mort me désole... ” Il ne peut plus parler, les sanglots le suffoquent.

Oui, mes frères, se marier jeune est le secret des mariages heureux, c’est le moyen de prolonger indéfiniment la lune

de miel. Puissiez-vous le bien comprendre, parents chrétiens, afin de conseiller sagement vos enfants; et vous, jeunes gens, afin de vous assurer une lune de miel, qui dure aussi longtemps que le mariage lui-même. — Ainsi soit-il.

Relinquet homo patrem euum et matrem, et adhaeredit uæori suae.

L'homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme.

Gen. II, 24.

Mes chers frères, dans l'instruction précédente, nous avons dit que c'était un devoir des plus importants pour les parents d’instruire leurs enfants, aussitôt que ceux-ci en sont capables, des obligations que le mariage impose, et de les préparer à les accepter volontiers et de bonne heure. Nous avons vu que c'était un

grave abus pour les parents de négliger ce devoir, et quelles en étaient les conséquences.

Si le seul fait de laisser les enfants à eux-mêmes, à l’âge critique, si la simple négligence de les éclairer et de les diriger est un abus qui entraîne après lui les graves conséquences que nous aVO:8 Vues; que faut-il penser de la conduite des parents qui, non seulement négligent de préparer et d'encourager leurs enfants à se marier de bonne heure, maïs encore, les détournent systématiquement du mariage ?

Je dis systématiquement, parce que c’est chez eux une affaire arrêtée. C’est entendu que l’on prendra tous les moyers pour inspirer de la répugnance pour le mariage. On ne laissera passer aucune occasion d’en parler défavor:blement. On saisira habilement les incidents fâcheux de la vie conjugale des mauvais wénages pour rendre le mariage redoutable. On

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répétera sans cesse, d’un air doctoral et sur un ton qui marque de la pitié pour les pauvres malheureux qui ont eu le tort de se marier: “ On se marie toujours trop vite... On se met toujours trop tôt dans la misère... On est fou de se marier jeune...” On fait si bien, que les jeunes finissent par ne voir que le revers de la médaille, et le mariage devient pour eux un épouvantail.

En voici un exemple. Je rencontrais

l'automne dernier un beau gros garçon, plein de santé, ayant une position lucrative et parfaitement sûre. Jamais garçon ne peut être mieux qualifié pour se marier. Je lui dis: ‘“ Je suppose que vous êtes à la veille de vous marier, à votre âge (il approche la trentaine), vous devriez avoir un foyer à vous. ?” — “ Non, . Seigneur! répond-il sur un ton de mépris, je ne suis pas prêt à me marier pour me mettre dans la misère. ” Ces paroles m'ont grandement surpris et fait encore plus de peine; car j'aime ce jeune homme

et je regrette amèrement de le voir si grossièrement dans l'erreur.

Cependant, c’est là un enfant de l’une de nos meilleures familles. Est-ce donc à dire que l’erreur serait générale? Est-ce que ce serait là l'explication du petit nombre de mariages que nous avons? Est-il donc vrai que ceux qui se marient, quoique presque toujours trop vieux, font preuve d’un courage héroïque? Parents chrétiens, ouvrez les yeux à la vérité, et renoncez, avant qu’il soit trop tard, à l’erreur qui vous mène à la perdition, vous et vos enfants.

Pour mieux comprendre votre erreur pernicieuse, comparez votre manière de voir avec la pensée de Dieu. Dieu dit :

“ Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide semblable à lui. ” Vous, vous dites : ‘“ Notre garçon est bien comme il est, il a un bon chez soi, cela lui suffit; et notre fille n’a pas besoin de mari, du moins, pas maintenant. ” Dieu

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dit encore: “ L'homme quittera con père et sa mère et s’attachera à 8a femme.” Vous, vous dites: “ Notre jeune homme doit rester avec nous, ses parents, il est bien mieux avec nos que marié. ” Saint Paul, parlant au nom de Dieu, sous l’inspiration de l'Esprit-Saint, dit: “ A cause du péché impur que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.” Et vous, que dites-vous? Vous dites par votre conduite ce que vous n’a-

vez pas le courage de dire de vive voix ; vous dites: “ Peu *mporte que notre garçon se livre, dans sa conduite privée, à des actes impurs, pourvu qu'il vive avec nous. ”

Voyez-vous jusqu’à quelle abomination votre erreur vous conduit ? Voyez donc!

Vous êtes en opposition directe avec la volonté de Dieu, vous trompez lamentablement vos enfants, vous les détournez du devoir et les portez au vice, et vous les livrez au démon de l’impureté. Il serait infiniment mieux pour vous de subir tou-

tes les privations plutôt que d’être la cause que vos enfants vivent une vie vicieuse, pleine de remords et de honte.

C'est encore une erreur pour les parents de croire qu'ils ont le droit, en vertu de leur autorité, de disposer du mariage de leurs enfants comme bon leur semble.

Il est dans l’ordre que les enfants consultent leurs parents sur une question de cette importance; c’est un devoir de respect et de piété filiale; aussi, c’est ce qui se fait généralement. Les parents doivent, n’ayant en vue que le bien de leur enfant, lui dire ce qu’ils pensent du mariage en question, et lui donner un conseil désintéressé et sage. Là s’arrête leur devoir, ils n’ont pas le droit d’imposer leur volonté. L'enfant, arrivé à l’âge de se marier, est libre de se marier quand il vent et à qui il veut. Il n’est soumis en cela qu'aux lois de Dieu et de l’Eglise.

C’est un droit que les parents doiveit respecter.

C’est donc un abus pour les parents de

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s'opposer au mariage de leur enfant et de le contraindre à y renoncer. Cette intervention abusive des parents, toujours, malheureusement, porte des fruits amers.

Voici un fait, arrivé il y a quelque trente ans, avec ses bien tristes conséquences. C'était un jeune homme de dix-neuf ans, il courtisait une fille de dix-huit ans. Ces deux âmes étaient faites l’une pour l’autre. Ils appartenaient l’un et l’autre à de bonnes familles, qui vivaient dans le mê-

me voisinage depuis plusieurs années. Il leur semblait qu’il n’y avait aucun obstacle possible à leur union. Déjà ils sont fiancés, et, dans leur imagination, ils se voient dans un charmant petit Home où ils sont les plus heureux du monde.

Le garçon, un jour, s’approche de son père avec confiance, lui fait l’aveu de ses amours et de ses intentions. “ Ecoute, mon garçon, lui dit son père, tu appartiens à une trop bonne famille pour marier cette fille-là. Je n’ai rien à lui reprocher, si ce n’est qu’elle est un peu lé-

gère, ce qui ne l'empêche pas d’être une bonne fille, je pense bien; je n’ai rien non plus à reprocher à ses parents, c’est du bon monde; mais vois du côté de la mère, c’est tout de la canaïlle. Tu ne veux pas qu’il soit dit que Monsieur N... soit ton oncle! Tu ne peux consentir à devenir le neveu de Madame N...! Je n’approuve pas ce mariage, et, d’ailleurs, tu es encore jeune et plus tard tu pourras trouver un meilleur parti. ”

Le père avait parlé, c'était une affaire réglée. C'était inutile pour le garçon d'essayer à plaider sa cause davantage.

On s’imagine facilement sa déception et son embarras. Renoncer à ce mariage, il le sent, c’est renoncer au bonheur, c’est la ruine de sa vie. D'un autre côté, se marier malgré ses parents, c’est pour lui la disgrâce. Désolé, il dit son embarras à sa fiancée, qui se montre admirable dans cette circonstance difficile: “ Ton père, dit-elle, ne veut pas notre mariage, je ne veux pas non plus que tu me maries

malgré lui; séparons-rous pour le moment et mettons le tout entre les mains de la divine Providence. Quant à moi, je n’en marierai jamais un autre. ”

L'affaire ne manqua pas de faire du bruit dans le village. Tout le monde en parlait et les cancans allaient grand train. Plusieurs blâmaient vertement, et à bon droit, la folle conduite du père ; d’autres l’approuvaient sous prétexte que le garçon était trop jeune. On plaignaïit les jeunes amoureux dans leur malheur, on sympathisait avec eux, surtout avec la jeune fille, dont la conduite avait gagné l'admiration de tous. Le premier résultat de tout cela, c’est que les familles, amies depuis des années, se sont brouillées ; le père a perdu beaucoup de son prestige auprès de ses enfants, et le garçon n'avait plus pour lui le même respect qu'auparavant.

Quelques mois seulement plus tard, le garçon voit de nouveau son père et Jui dit,

résolument cette fois, qu’il est décidé de marier Mademoiselle N... Il n’aimait pas cette fille comme il avait aimé la première ; ce n’était pas un mariage d’amour; il se mariait plutôt par dépit. Cetce déclaration renverse le père. Il s’était rendu compte qu’il avait eu tort de s’opposer au premier mariage. Il aurait bien plus raison d'empêcher ce deuxième mariage, qui n’était pas du tout assorti, et ne promettait rien de bon. Mais il se rappelie les suites de son premier refus, et, de plus, il voit la détermination de son garçon, il comprend que ce ne serait pas prudent de s’y opposer. Il se contente de lui dire: “ C’est bien, mon garçon, fais comme tu voudras. ”

Le garçon se marie. Il prend pour femme une fille dont la santé laissait beaucoup à désirer et encore plus sa formation.

Jamais je n’ai vu une enfant plus gâtée.

Excessivement impatiente et essentiellement disputeuse, elle était simplement insupportable. De plus, connaissant l’his-

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toire des premic:s amours de son mari, elle devint jalouse. Pauvre homme! Ce qu’il a eu à souffrir de cette femme, ne peut pas se dire. Il a dû quitter le pays où il avait grandi et aller demeurer dans une ville éloignée, loin de toutes ses COnnaissances, afin de leur cacher son malheur et sa honte. Après dix ans de ménage, sa femme meurt, après lui avoir donné sept enfants, dont cinq sont morts jeunes; les deux autres vivent encore, mais misérablement, étant maladifs comme leur mère.

Pendant tout ce temps, sa vie a été une vie d'enfer. N’y pouvant rien, il se découragea, et est devenu endurci et indifférent à tout. Il négligea ses devoirs de chrétien, et, pour comble de malbeur, il maria, en secondes noces, une protestante, et il ne fait plus de religion depuis des années. Il a enterré, il y a quelque temps, une grande fille: une enfant qui était baptisée, qui avait fait sa première communion, et qui était confirmée; il n’a pas demandé le prêtre à son chevet; elle est

morte sans sacrements ; il l’a enterrée sans prière ni religion.

Voilà un exemple, parents chrétiens, dont vous pouvez profiter. C’en est un entre mille. Nous n’avons pas besoin de sortir de la paroisse pour en trouver, seulement je veux vous épargner.

Ce qui rend cette injuste opposition encore plus odieuse, c’est qu’elle est toujours l'effet de la passion. Les parents sont môûs par des motifs inavouables. Ils sont trop nombreux, ces motifs, pour les étudier tous. Contentons-nous de mentionner ceux que nous rencontrons le plus souvent.

C’est d’abord un motif d'intérêt. Certains parents, dont la mentalité est pour le moins étrange, s’attendent que les enfants leur rendent, au moins en partie, l’argent qu’ils ont dépensé pour les élever. Pour eux, ce n’est que justice que les enfants leur donnent quelques années de travail. Ils se dépensent volontiers pour

leur famille, ils se sacrifient pour leurs enfants; mais ils comptent longtemps d’avance sur l’aide de leur fille et sur le travail de leur garçon. Pour s'assurer cette assistance, ils font l’impossible pour retarder le mariage de leurs enfants.

Parents chrétiens, détrompez-vous, car l'erreur est mauvaise conseillère ; et c’est une erreur de croire que les enfants doivent thésauriser pour les parents; ce n’est pas l’ordre établi par Dieu. Et, en effet, saint Paul dit : ‘“ Ce n’est pas aux enfants à amasser pour les parents, mais c’est aux parents à amasser pour les enfants. ?” C’est vrai que vous avez fait beaucoup pour vos enfants, que vous Vous êtes dépensés pour eux; mais C’ést également vrai que, si vous avez le coeur bien fait, c'était pour vous un besoin de vous donner, et vous y trouviez votre bonheur.

En retour pour tout ce que vous avez fait pour eux, vos enfants devront élever une famille à leur tour ; et ainsi ils ren-

dront tout ce qu’ils ont reçu et davantage; seulement ce ne sera pas à vous, leurs parents, mais à leurs enfants. C’est la loi.

Cela n'empêche pas, sans doute, que les enfants ne doivent venir en aide aux parents qui sont dans la nécessité. Cependant, vous ne devez pas réclamer ce secours de vos enfants au détriment de leur mariage. Il serait mille fois mieux pour vous de vous réfugier à la maison des pauvres, Ce qui n’est pas un déshonneur en soi, plutôt que d’être un obstacle au mariage de vos enfants. D’ailleurs, si les parents ont bien élevé leurs enfants, ils n’ont rien à craindre pour leurs vieux jours, car, dans les bonnes familles, les vieillards occupent toujours la place d'honneur.

L’égoïsme est un autre motif qui porte les parents à s’opposer au mariage de leurs enfants. L’égoïsme, ce vice qui rapporte tout à soi, est le péché capital des péchés capitaux. C’est lui qui est à la base de l’orgueil, qui est une complaisance ex:

cessive de soi. Il n’y a pas d’avarice possible sans l’égoïsme, qui veut tout attirer à lui pour en être le maître. L’impureté, qui se complaît dans les plaisirs de la chair, est du pur égoïsme des plus sales.

L’envie est un égoïsme déguisé: on s’attriste de ce que le bien du prochain n’est pas à soi. La gourmandise, au fond, n’est que la satisfaction de soi, dans l’abus du boire et du manger. La colère, cet emportement violent de l’âme, n’est qu’un cri de vengeance de l’égoïsme blessé. La paresse, enfin, c’est le dégoût du travail qui gêne et impose des fatigues. L’égoïsme est le vice des vices.

Les parents atteints de ce vice, sont capables de tous les abus. Ils s’opposeront au mariage de leurs enfants simplement parce qu’il leur plaît de les avoir avec eux. Ils sacrifieront gaiement leur avenir pour ne pas se priver du plaisir de leur présence. Je connais une femme, mère de plusieurs filles, qui ne veut pas leur permettre de se marier. Elle me di-

sait, un jour, parlant de l’une d’elles :

“ Cette enfant est trop bonne pour se marier, c’est un ange sur la terre. ” Cette fille, en effet, était bonne. Elle l’a prouvé en sacrifiant les meilleures années de sa vie pour être agréable à sa mère. Elle a refusé de bons partis, risquant à chaque fois son avenir. Elle espérait toujours que sa mère deviendrait plus raisonnable, mais son espoir a été vain. Arrivée à un âge avancé, elle veut accepter, cette fois, le bon parti qui se présente. Cependant, elle ne voudrait pas se marier sans avoir l’approbation de sa mère. Elle demande, elle supplie, elle pleure en vain. Un coeur égoïste ne se laisse pas toucher. “ Tu es en âge, lui dit-elle, tu peux te marier si tu veux, je ne puis t’en empêcher, mais tu me briseras le coeur. ”? Pour toute consolation, elle reçoit de sa mère une réponse brutale.

Voilà une mère qui, pour n’avoir pas compris son devoir, sera malheureuse le reste de ses jours, et qui prive ses enfants

de la douce consolation des sympathies d’une mère.

L’ambition déréglée des parents est un autre motif qui donne occasion à bien des abus. Les parents se font facilement illusion sur le mérite de leurs enfants. Estimant outre mesure leurs qualités, ils veulent les marier à des personnes de beaucoup leurs supérieures. Ces parents ambitieux ne sont jamais satisfaits des prétendants de leurs filles; et les filles, que leurs garçons fréquentent, ne sont jamais assez distinguées pour eux. Ils s’opposent en conséquence à toutes les propositions de mariage qui leur sont faites. Le résultat de cet abus, comme toujours, est désastreux. Les garçons finiront par se marier malgré les parents et les chances sont qu’ils ne seront pas aussi bien mariés. Les filles, si elles ne restent pas vieilles filles, ne seront certainement pas heureuses, ayant pour maris des hommes qui n° sont pas de leur condition. Le mariage qui n’est pas bien assorti ne peut

pas faire un ménage heureux, comme nous le verrons plus loin.

Parents chrétiens, vous éviterez toutes ces misères en corrigeant les abus qui en sont la cause. Vos intérêts les plus chers, aussi bien que le bonheur de vos enfants, vous y engagent. Sachez que vos enfants, devenus grands,doivent vous quitter. Dieu les appelle à d’autres devoirs. Encouragez-les à se marier jeune, parlez-leur de l’excellence du mariage, de sa sainteté ; respectez toujours, comme une chose sacrée, leur droit exclusif de se choisir, le garçon, sa femme, et la fille, son mari.

Vos enfants alors vous béniront; vous serez heureux de leur bonheur; et vous aurez conscience d’avoir fait votre devoir, que Dieu récompense éternellement. — Ainsi soit-il.

Relinquet homo patrem euum et matrem, et adhaerebit uæori suae.

L'homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme.

Gex. 11, 24.

Dans notre dernière instruction, mes bien chers frères, nous avons étudié les abus auxquels sont exposés les parents.

En corrigeant ces abus, nous avons fait connaître et avons défendu l’ordre établi par Dieu. Cet ordre, c’est que les jeunes gens, du moment qu’ils sont mûrs pour le mariage, doivent se marier. Ils peuvent,

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