‹ Marianna (volume 2)Chapitre 12 sur 68 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

cœur. Chaste élreinle! nul ne saurait dire comment il arriva que leurs lèvres se renconirèrenl. Ce ne fut qu'un baiser rapide comme l'éclair : mais l'étincelle qui tombe sur le salpêtre produit une explosion moins prompte et moins terrible. Madame de Belnave s'arracha, pâle el tremblante, des bras qui l'avaient enlacée; et, d'une voix altérée, qu'elle s'cftbrea de rendre calme et indifférente, elle se plaignit de la fraîcheur de la nuit , et demanda s'il n'était pas l'heure de rentrer. Tous deux s'éloignèrent en silence, mais ils se gardèrent des sentiers étroits; Marianna ne s'appuyait pas sur le bras d'Henry , et durant le trajet, ils n'osèrent ni se regarder, ni échanger une parole.

Cet incident, dont il, ne fut jamais question entre eux , jeta sur leurs relations beaucoup de gêne et de conlrainte. Madame de Belnave prit vis-à-vis d'Henry une attitude

réservée , elle donna à leurs entreliens un tour plus grave et plus positif, et contraignit l'esprit de ce jeune homme à se diriger vers les idées, trop long-temps négligées, de travail, d'ordre et d'avenir. Elle évita de se trouver avec lui dans les lieux déserts , et la nuit ne les vit plus errer à la clarté de ses étoiles. Avec quelque expérience, Henry se fut enorgueilli de ce changement-, mais c'était une âme toute neuve , qui ne savait rien de la vie. Il crut madame de Belnave offensée; à son tour, il s'offensa de la réserve qu'elle lui témoignait, et dès-lors ce fut Uni du charme de leur intimité.

Au bout de quinze jours, ils partirent d'un commun accord , Henry emportant bien avant dans son cœur le trait qu'il avait arraché du sein de Marianna.

11 est des jours où vous diriez la nature plongée dans un deuil éternel. Le ciel n'a pas un coin d'azur : un seul nuage tout d'une pièce enveloppe la terre, comme un drap funèbre Icndu à chaque point de l'horizon. L'air est stagnant, les feuilles sont immobiles. Une lumière terne et glacée rampe sur

le sol; les oiseaux se taisent; les fleurs se penchent tristement sur leurs liges; les arbres éplorcs distillent goutte à goutte l'humidité que boivent leurs rameaux. Il semble que le flambeau de la vie s'est éleiut , que les vents épuisés ne se lèveront plus, et que l'atmosphère qui pèse sur le monde est le manteau qui doit lui servir de linceul.

Cependant, où le regard ne voyait pas d'issue, un fdet d'or perce soudain la nuée. Bientôt des brises inattendues la soulèvent et la décliirent. L'azur rit à travers les trouées. Déjà ce ne sont plus que de larges pans de brume que le soleil effondre et que le vent éparpille commodes flocons de ouate. Encore un instant, et de ces teintes sombres, qui semblaient devoir ne jamais s'éclaircir, il ne restera plus qu'une blanche vapeur, voile de gaze que le soufïle de l'air plissera sur le flanc des coteaux. Les oiseaux secouent leurs ailes ;

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