‹ Marianna (volume 2)Chapitre 13 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les (leurs relèvenl leur corolle; la terre engourdie se réveille : les concerts de la crcalion sont près de recommencer.

C'est l'image de nos douleurs. Après qu'un grand désastre a fondu sur notre ame, il se fait en elle une nuit profonde où pas une étoile ne luit. Il semble qu'aucun rayon ne percerajamaisces ombres. Cependant, comme le soleil filtrant à travers la nue, la joie s'y fait jour par d'imperceptibles interstices. Ce ne sont d'abord que de pâles éclairs qui s'éteignent presque aussitôt : mais ces lueurs passagères deviennent plus vives et plus fréquentes. Bientôt les ténèbres s'effacent. Déjà le crépuscule a chassé cette nuit qui menaçait d'être éternelle : déjà la vie chante en celle âme qui se croyait morte au bonheur. Ainsi tout passe, rien n'est durable. Le temps a deux ailes : l'une essuie nos larmes, l'autre emporte nos joies.

Un an s'élait écoulé depuis que madame de Belnave avait quitté Paris; elle en élait partie avec le funeste espoir de ne plus y rentrer jamais; elle y rentra au bout d'un an, avec une âme, sinon sereine, du moins apaisée. Sans doute l'heure du retour ne fut point exempte de quelque trouble, ni de quelque amertume. Lorsqu'elle aperçut à l'horizon Paris au travers de sa robe de brume, et qu'elle entendit les rumeurs de la ville pareilles aux mugissemens de la mer, celle heure fut terrible sans doute. Il lui sembla que chaque objet prenait dans le brouillard un aspect menaçant; les bruits de la cité lui arrivèrent mêlés d'imprécations et de sanglots, et, comme un lugubre fantôme, le passé se dressa devant elle. Ptemontant plus haut le courant de ses souvenirs , elle se rappela son premier voyage à Paris; alors que tout élail promesse, confiance, illusion dans

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