‹ Marianna (volume 2)Chapitre 15 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

faciles ? Pourquoi leur avoir créé cette affreuse lutte de l'âme et de la chair , de la terre et du ciel ? N'était-ce pas assez de tant d'ambitions cl de douleurs qui se partageaient leurs jours? Leur fallait-il aussi les rébellions du sang, les nuits embrasées et les cuisantes insomnies! H l'avait bien rencontré, lui , l'ange de ses illusions; mais plut à Dieu qu'il eût passé sa vie à le poursuivre dans le monde enchanté des chimères! Quand l'amour s'offrit à lui , ' comme un calice d'amertume , il ne calcula rien , il n'espéra rien , il aima. 11 avait cet âge où l'amour se suffit à lui-même : ce fut une flamme qui n'eut d'autre aliment que l'âme qu'elle embrasa. Jamais, auprès de Marianna , il ne profana d'un désir cette grande désolation qu'il jugeait lui-mômeétcrnelle; jamais il n'éleva dans sa pensée l'édifice de son bonheur sur les débris de celui dont il contemplait la ruine. 11 avait rêvé, lui aussi, des

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abnégalionssurhumaines; ilavait faille roman de toutes les afïections; la tâche qui lui élait échue ne passait passes espérances.

Exallé par la conscience de son héroïsme, il avait puisé dans la douleur qu'il assistait la force de supporter la sienne. Sa passion s'était tenue silencieuse et cachée devant cette immense infortune. Mais , lorsqu'il vit cette femme, qu'il avait crue pour jamais ensevelie, s'éveillerjeune et belle encore, et sortir de son linceul; lorsqu'il la vit, comme un lis penché par l'orage, se relever, encore humide de ses larmes, mais prête à reileurir à de nouveaux ra}ons : c'est alors que, sentant l'amour et la jeunesse se révolter en lui, il se débattit dans le cercle inflexible du rôle qu'il avait accepté. Mais vainement : l'amant ne put briser l'enveloppe de l'ami. Le prisonnier qui a limé les fers de son compagnon déchaîne, et qui le voit pailir, insoucieux et libre, tandis qu'il

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